LIV
entre leurs dents, se jetèrent à la nage, traversèrent la rivière, mirent en fuite quelques Saxons qui voulurent les arrêter, et sauvèrent des flammes autant de bateaux qu'il leur en fallait pour achever le pont ; cette action si hardie et si heureuse anima le courage de leurs compagnons et jeta l'épouvante parmi leurs ennemis.
En même temps, chaque cavalier prenant en croupe un fantassin , tous commencèrent à entrer dans la rivière; la cavalerie légère marchait à la tête , suivie par les gendarmes que l'empereur conduisait en personne, monté sur un beau cheval , vêtu d'un habit superbe , et tenant une javeline à la main. Ce corps nombreux de cavaliers s'agitant à travers une grande rivière où, suivant la direction de leur guide, ils étaient obligés de suivre différens détours, marchant quelquefois sur un terrain solide, et quelquefois se mettant à la nage, présentait à ceux de leurs compagnons qu'ils laissaient sur le rivage, un spectacle également intéressant i et magnifique. Le courage de cette troupe surmonta à la fin tous les obstacles; personne n'osait montrer un sentiment de crainte lorsque l'empereur partageait tous les dangers avec le dernier de ses soldats. Dès que Charles eut atteint la rive opposée, sans attendre le reste de son infanterie , il marcha aux Saxons à la tète des troupes qui avaient passé la rivière avec lui ; celles-ci , encouragées encore par le succès de leur entreprise et méprisant un ennemi qui n'avait osé les attaquer lorsqu'il pouvait le faire avec tant d'avantage, ne tinrent aucun compte de la supériorité du nombre, et marchèrent au combat comme à une victoire certaine.
Pendant toutes ces opérations, qui nécessairement durent consumer beaucoup de temps, l'électeur resta dans son camp sans faire aucun mouvement ; il ne voulait pas même croire que l'empereur eût passé la rivière et pût être si près de lui 2, aveuglement si extraordinaire, que les •historiens les mieux instruits l'imputent à la perfidie de ses généraux qui l'avaient trompé par de faux avis. Lorsque les témoignages réunis de plusieurs témoins oculaires l'eurent enfin convaincu de sa fatale méprise , il donna ses ordres pour se retirer vers Wittemberg; mais une
1 Avila, p. 115 A.
* Cainerar.,a/>. Freher.,lom. Ill,p.693.Struv., Corp. hisl. germ., 1047, 1049.