‹ Œuvres complètesChapitre 4 sur 63 · PRÉFACE DE LA PREMIERE EDITION · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA PREMIERE EDITION

■> Je donne cet ouvrage au public avec toute la défiance et toute l'inquiétude naturelles à un aufjur qui produit les premiers essais de sa plume. li y aurait peut-être de la prudence à ne point parler du temps que j'ai mis à le composer, et des peines que je me suis données pour le rendre digne de l'approbation des lecteurs, avant que de savoir si cette approbation lui sera accordée.

Mais comme je me suis écarté en plusieurs endroits de la route qu'ont suivie les historiens qui m'ont précédé, comme j'ai mis les faits dans un nouveau jour, et que j'ai peint les caractères ave. d'autres couleurs, je me crois obligé de rendre compte de ma conduite, et de faire connaître les autorités d'après lesquelles, à une distance de deux siècles, j'ose contredire le témoignage d'historiens moins éloignés des événemens ou même contemporains.

Les événemens du règne de Marie donnèrent naissance à deux partis animés l'un contre l'autre de la haine la plus forte , fondée sur des intérêts politiques, aigrie par le zèle de religion. Chacun de ces partis a eu des historiens d'un mérite distingué, mais qui ont adopté tous les sentimens de leur faction, et qui ont cherché à justifier toutes ses actions. La vérité seule n'a point conduit la plume de ces écrivains. Aveuglés par leurs préjugés, enthousiasmés par les rôles qu'ils avaient joué eux-mêmes dans les scènes dont ils ont donné le détail, ils ont plutôt fait l'apologie de leur parti, qu'ils n'ont écrit l'histoire de leur pays. Les historiens qui leur ont succédé les ont pris pour guides, les ont suivis presque mot à mot , et ont répété leurs erreurs et leurs infidélités. Les passions qui agitaient les différens partis pendant ce siècle se transmirent à la postérité; presque tous les événemens du règne de Marie devinrent des objets de doute et de discussion : l'esprit ardent de controverse aperçut bientôt que, sans des autorités plus évidentes et moins partiales que celles des historiens, aucun des points en question ne pouvait être décidé avec certitude. On fouilla dans les registres, on produisit des actes originaux, les archives publiques, ainsi que les cabinets des particuliers, devinrent la proie du zèle et de la curiosité des écrivains des partis différens. Cecil rassembla avec une attention particulière tout ce qui pouvait avoir rapport au temps où il avait luimême joué un rôle si brillant ; il se munit d'une foule de titres originaux propres à répandre la

lumière sur cette partie de l'histoire d'Angleterre et d'Ecosse, et qui sont dans une telle abondance, qu'ils pourraient satisfaire le chroniqueur le plus avide. Le chevalier Robert Cotton , dont la bibliothèque est actuellement au public, fit des additions considérables et essentielles à la collection de Ceci!, Digges, les compilateurs de la cabale, Anderson, Keith, Haynes, Forbes, ont puisé dans cette même collection, et en ont tiré la plupart des papiers qu'ils ont fait imprimer. Nous n'avons aucune Histoire d'Ecosse qui mérite la moindre attention depuis que ces pièces ont été publiées. En les consultant , j'ai été à portée, dans plusieurs occasions, de corriger les négligences des anciens historiens, d'éviter les fautes dans lesquelles ils sont tombés , et de dévoiler leurs infidélités.

Cependant plusieurs papiers importans avaient échappé aux recherches de ces habiles compilateurs, et malgré le grand nombre de ceux qu'ils ont mis au jour, il en restait encore beaucoup dans l'obscurité , soit qu'ils ne les eussent pas remarqués, ou qu'ils n'eussent pas jugé à propos de les publier. Il était de mon devoir de chercher à me procurer ces papiers omis; le désagrément de cette tâche ennuyeuse a été abondamment récompensé par l'utilité que j'en ai retirée.

La bibliothèque de l'honorable faculté des avocats à Edimbourg contient non-seulement une vaste collection de papiers originaux concernant les affaires d'Ecosse, mais aussi les copies de plusieurs autres également curieux , qui nous ont été conservés par le chevalier Robert Cotton, ou qui se trouvent dans les bureaux publics en Angleterre. Les gardiens de cette bibliothèque ont bien voulu me les communiquer tous et me permettre de les parcourir.

Quoique le Cabinet Britannique (Biitish Musœum) ne soit pas encore ouvert au public , le docteur Birch, dont on connaît le penchant à obliger, m'a procuré l'accès de cette superbe collection, bien digne de la grandeur et de la magnificence d'une nation policée.

La collection curieuse et abondante des papiers relatifs au règne d'Elisabeth, que !e docteur Forbes avait rassemblés, et dont il n'avait publié que deux volumes, ayant été continuée depuis sa mort par ïe lord vicomte de Royston , ce seigneur a eu la bonté de m'accorder l'usage de quatorze volumes in-quarto contenant les choses relatives à mon sujet.

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PREFACE

Le chevalier Alexandre Dick m'a communiqué une collection précieuse de papiers originaux en deux gros volumes. Ils regardent principalement le règne du roi Jacques. Plusieurs de ces papiers «ont apostilles de la main de l'archevêque Spotswood, et l'on voit par plusieurs passages de son histoire qu'il les avait lus d'un bout à l'autre avec beaucoup d'attention.

M. Calderwood, ecclésiastique presbytérien, fameux dans le dernier siècle, avait, par une suite de compilations , formé une Histoire d'Ecosse depuis le commencement du règne de Jacques V jusqu'à la mort de Jacques VI , en six gros volumes ; et il y avait inséré plusieurs pièces intéressantes qu'on ne trouvait pas ailleurs. Mon respectable ami , M. George Wishart , principal clerc de l'église d'Ecosse, m'a remis une copie de cette Histoire, qui est toujours restée en manuscrit, et qui appartient à cette église.

Le chevalier David Dalrymple m'a communiqué les papiers qu'il avait rassemblés au sujet de la conspiration de Gowry, et il m'a de plus fait part de ses opinions sur cet événement problématique de l'histoire d'Ecosse, ce qui m'a mis en état de répandre la lumière sur ce fait, et d'en écarter "^'obscurité et la confusion dont il avait été jusqu'ici envelopé.

M. Goodall, qui savait que mes sentimens étaient bien différens des siens au sujet de la conduite et du caractère de la reine Marie, ne laissa pas de me communiquer un volume de manuscrits qu'il avait en sa possession, contenant un grand nombre de pièces intéressantes , copiées sur les originaux

de la bibliothèque Cottonienne et du bureau des papiers, par le feu révérend M. Grawford, professeur royal d'histoire ecclésiastique dans l'université d'Edimbourg. J'ai aussi reçu de M. Goodall la table originale des lettres gardées par le régent Lennox pendant son administration.

J'ai consulté toutes ces pièces autant que j'ai cru qu'elles pouvaient m'être de quelque utilité pour éclaircir les faits du temps que j'ai parcourus dans mon Histoire. Je laisse au public à juger si je m'en suis servi avec succès pour confirmer ce qui était déjà connu, pour assurer ce qui était douteux, ou pour déterminer ce qui faisait des objets de discussion.

Le libre accès que j'ai eu dans les différens dépôts m'aurait mis à portée de recueillir un assez grand nombre de papiers pour rendre mon Appendice aussi volumineux que les plus fortes collections de mes prédécesseurs ; mais je me suis contenté d'en publier un petit nombre des plus curieux, et que j'ai cru devoir produire comme autant de garans de ma fidélité et de ma sincérité. Aucun de ceux que j'ai rassemblés n'avait encore paru dans les précédentes collections.

J'ai ajouté à mon second tome une Dissertation ^ritique sur le meurtre du roi Henri , et l'autlienticité des lettres de la reine à Bothwell. Je suis redevable des faits et des observations relatifs aux lettres de Sa reine Marie, à mon ami M. Jean Davidson, l'un des greffiers du sceau privé, qui a examiné ce point d'histoire avec sa sagacité et son habileté ordinaires.

WlLLIAM RoBERTSO*.

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