XXVI, XXVII, XXVIII
NOTE 3 . Sect. i, p. 511.
L'état qui nous est donné par Hérodote du revenu de la monarchie perse est curieux , et paraît avoir été copié sur quelque registre public qui lui avait été communiqué. D'après cet étal, l'ur.p.rfc ptrst itait ànLsé o,n vi.igt satrapies ou gouvernemens. Le tribut levé sur chacun de ces gouvernemens est spécifié, et la totalité en monte à 14,560 talens d'Eubée, ce qui fait, suivant le docteur Arbuthnot , une somme égale à celle de 2,807,437 livres sterling ; somme très petite pour le revenu du grand roi, et qui ne s'accorde guère avec tout ce que les anciens historiens racontent des richesses, de la magnificence et du luxe de l'orient.
NOTE 3 bis, Sect. i , p. 512.
Le major Rennell, dans la deuxième édition de son Mémoire, où il donne aussi les mœurs modernes de l'indusoullydaspes (Behut et Thylam), a tracé, d'après des matériaux fort imparfaits et cependant avec une exactitude qui fait honneur à son discernement, les routes par lesquelles Alexandre, Tamerlan et Nadir Shah ont pénétré dans l'Inde. Il déploie dans ces recherches la supériorité de ses connaissances dans la géographie ancienne et moderne de ce pays. Une carte nouvelle sert à préciser ses recherches, j'y renvoie nos lecteurs. Il faut bien se garder de considérer ces laborieuses investigations comme un pur objet de curiosité. La géographie de cette région fertile et considérable de l'Inde connue sous le nom de Panjab, peut devenir sous peu d'années fort intéressante , bien qu'aujourd'hui nous la connaissions fort peu. Si d'un côté les fondemens , sur lesquels l'empire britannique dans les Indes semble appuyé depuis l'heureuse issue de la dernière guerre, restent long-temps solides , et d'un autre côté les Saiks , cette confédération de plusieurs états indépendans, continuant à étendre leurs conquêtes avec la même rapidité qu'ils l'ont fait depuis le commencement du siècle, il est fort probable que l'esprit commercial si entreprenant de l'un des deux peuples, et l'ardeur mar-
tiale de l'autre , ardeur qui conserve toute l'activité et toute l'impétuosité, naturelles aux hommes dans les premières époques de leur union sociale , pourront donner naissance à des événemens de la plus grande importance. Les frontières des deux états se rapprochent de plus en plus. Les Saiks sont déjà parvenus sur la rive occidentale du fleuve Jumna, et le territoire du nabab d'Oude s'étend le long de sa rive orientale. Ce nabab allié ou tributaire de la compagnie des Indes est protégé par une brigade de l'armée de Bengale, stationnée constamment sur les frontières occidentales (Rennell, Mém. Introd., p. 116). Dans une position si rapprochée, la rivalité du pouvoir, le choc des intérêts, et d'autres causes innombrables de jalousie et de discorde ne peuvent guère manquer d'amener tôt ou tard des hostilités ouvertes. Les Saiks possèdent tout le Soubah de Lahore, la plus grande partie du Moultan et la partie occidentale de Delhy. Ce territoire comprend environ 400 milles anglais du N. O. au S. E., sur une largeur qui varie de 300 à 150 milles. Leur principale ville est Lahore. On connaît peu de chose de leur gouvernement et de leurs maximes politiques ; mais on les représente comme fort doux. Dans leur manière de faire la guerre, ils se montrent cependant sauvages et cruels; leur armée est tout entière composée de cavalerie , et ils peuvent rassembler jusqu'à cent mille hommes. ( Rennell. , Mém , deuxième édit.. InXfod, . p. 1?1 , 122 à p. 365. foy. aussi Esquisses de M. Crawford, deuxième édit. v. Il, p. 263.)
NOTE 4, Sect. i, p. 512.
11 est étonnant qu'Alexandre n'ait rien appris des pluies périodiques de l'Inde, dans les provinces limitrophes de cette péninsule; cette connaissance aurait pu l'aider à mieux y choisir le temps de ses opérations militaires. Son expédition dans l'Inde commença vers la fin du printemps (Ârrian., lib. îv , c. xxn), lorsque les pluies étaient déjà commencées dans les montagnes, d'où toutes les rivières qui arrosent le Panjab partent, et dont les eaux par conséquent devaient être considérablement accrues avant qu'il arrivât sur leurs bords (Rennell , pag. 268). — Il passa l'Hydaspe à la mi-été, à peu près dans le fort de la saison pluvieuse. Dans un pays que traversent tant de grands fleuves, une armée en campagne à cette époque de l'année doit avoir beaucoup souffert. Arrien (lib. v, c. ix) donne une description exacte de la nature des pluies et des inondations dans cette partie de l'Inde ; on en trouve une plus étendue encore dans Strabon (lib. xv, 1013). C'était de ce que leur faisaient souffrir ces pluies, que se plaignaient les soldats d'Alexandre (Slrabo, i, xv, 1021 , D.) ; et ce n'était pas sans raison, car il n'avait cessé de pleuvoir pendant soixanle-dix jours (Diod. Sicul., xvh,c. xciv). — Une circonstance qui fait voir avec quelle exactitude les officiers d'Alexandre observaient tout ce qui se passait dans cette partie de l'Inde, mérite d'être remarquée. Aristobule, dans son journal dont j'ai fait mention, remarque que quoiqu'il eut abondamment plu dans les montagnes et dans le pays qui les avoisine, les plaines qui s'étendent au-delà ne reçurent pas la plus petite ondée (Strabo, lib. x\ , 1013, B. 1015, B.). Le major Rennell apprit d'une personne digne de foi, qui avait résidé dans ce district de l'Inde, où les
SUR L'INDE ANCIENNE
Européens ne vont guère aujourd'hui , que pendant une grande partiede la mousson du S.O.,ou au moinsdans les mois de juillet, août et partie de septembre, qui sont les temps des pluies pour la plupart des autres endroits de l'Inde, l'atmosphère dans le Delta indien est chargé de nuages en général, mais sans aucune pluie, si ce n'est très près de îa mer. 11 tombe même à peine quelques ondées pendant tout le cours de la saison. Le capitaine Hamilton rapporte que quand il se rendit à Tatta , il y avait trois ans qu'il n'avait plu du tout (Mémoires, p. 288). — Tamerlan, dont la capitale n'était pas éloignée de l'Inde, doit avoir été à même de connaître la nature du pays; il évita la faute d'Alexandre, et fit sa campagne de l'Inde pendant la belle saison. Comme Nadir Shah, lors de son invasion del'lnde l'an de Jésus-Christ 1738, etàson retour l'année suivante , traversa les mêmes pays qu'Alexandre, et marcha presque sur la même ligne. Rien ne peut donner une plus forte idée de l'invincible constance du conquérant macédonien, que la description des embarras que Nadir Shah eut à surmonter , et des fatigues qu'essuya son armée. Quoique possédant un pouvoir sans bornes et des richesses immenses, et non moins distingué par ses grands talens que par une longue expérience dans la conduite delà guerre, il eut la douleur de perdre une grande partie de ses troupes eu traversant les rivières du Panjab, en s'ouvrant un chemin à travers les montagnes du nord de l'Inde, et dans les chocs qu'il eut à esstiver delà part des belliqueux habitans des pays qui s'étendeut depuis les bords de l'Oxus jusqu'aux frontières de Perse. Il se trouve dans les mémoires de Khojeh Abdulkurreem, Cachemirien de distinction qui servait dans son armée, une description intéressante desa retraite et de ses malheurs.
NOTE 5, Sect. i, p. 513.
Il paraîtrait d'abord incroyable qu'on eût pu rassembler en si peu de temps uneËotte aussi nombreuse. Cependant Arrien nous assure qu'il n'indique ce nombre que d'après Ptolémée, fils de Lagus, dont il regarde le témoignage comme étant du plus grand poids (lib. vi, c. m). Mais comme le Panjab est rempli de rivières navigables sur lesquelles se faisait tout le commerce entre les naturels, il s'y trouvait de tous les côtés des vaisseaux tout prêts à la disposition du conquérant, qui ne doit pas avoir eu de peine à en rassembler un si grand nombre. Si l'on pouvait ajouter foi au récit de l'invasion de l'Inde par Sémiraniis, il n' y avait pas moins de quatre mille vaisseaux réunis dans l'indus , pour barrer le passage à sa flotte. ( Diod. Sicul , lib. h, c. lxxiv).— Il est singulier que lorsde l'invasion de l'iude par Mahmoud de Gaznah, on ait rassemblé contre lui dans l'indus une flotte composée du même nombre de vaisseaux. Nous apprenons de Ayeen Akbery, que les habitans de cette partie de l'Inde commercent encore aujourd'hui entre eux par eau; les habitans du Circar, de Tetta seul, ne possèdent pas moins de quarante mille vaisseaux de différentes constructions ( v. Il, p 143j.
NOTE 6, Sect. i, p. 313.
Tous ces détailssont tirés deV/fisloire de l'/nde^krrien, ouvrage différent de celui dont j'ai déjà parlé, et l'un des traités les plus curieux qui nous soient venus de
l'antiquité. Des extraits de la Description que donne Néarque du climat et du sol de l'Inde et des mœurs des naturels, remplissent la première partie. La seconde contient le Journal où cet officier rend compte de son voyage depuis l'embouchure de l'indus jusqu'au fond du golfe Persique. Cette lecture donne lieu à plusieurs observations. — 1. Il est remarquable que ni Néarque, ni Ptolémée, ni Aristobule, ni même Arrien, ne fassent pas la moindre mention du voyage de Scylax; ce silence ne pouvait pas venir de leur ignorance ; car Hérodote était l'auteur favori de tout Grec qui avait quelque prétention littéraire. 11 avait probablement pour cause les raisons qu'ils avaient de se défier de la véracité de Scylax, et dont j'ai déjà fait l'exposé. En conséquence, Arrien met dans la bouche d'Alexandre un discours où il affirme qu'il est le premier après Bacchus qui ait passé l'indus; ce qui suppose qu'il n'ajoutait pas foi à ce que l'on rapporte de Scylax, et qu'il n'avait pas entendu parler de ce que l'on dit que Darius Hysdaspe avait fait pour soumettre cette partie de l'Inde à la couronne de Perse ( Arrian., vu , c x). Cette opinion est confirmée par Mégasthène, qui avait fait une très longue résidence dans l'Inde. Il assure qu'à l'exception de Bacchus et d'Hercule (aux exploits fabuleux desquels Strabon s'étonne qu'il ait pu accorder quelque confiance (lib. vx, p. 1007, D. ), Alexandre était. le premier qui se fût emparé de l'Inde (Arrian., Hisl. indic., c. v). Arrien nous apprend que les Assacans et d'autres peuples qui possédaient le pays qu'on appelle aujourd'hui le royaume de Candahar, payèrent tribut d'abord aux Assyriens et ensuite aux Mèdes et aux Perses (Hisl indic, c. I). Comme toutes les bêles provinces au nord-ouest de l'indus étaient censées anciennement faire partie de l'Inde, il est probable que ce que' les payaient en impôt est la somme portée sur le rôle qu'Hérodote avait consulté dans le compte qu'il rend du revenu annuel de l'empire perse, et qu'aucune des provinces au sud de l'indus ne fut jamais soumise aux rois de Perse. — 2. Ce voyage de Néarque fournit plusieurs preuves frappantes du peu de lumières des anciens sur toute autre navigation que celle à laquelle ils étaient accoutumés dans la Méditerranée. Quoique le génie entreprenant d'Alexandre et la grandeur de ses vues lui eussent inspiré le dessein d'établir un commerce par mer entre l'Inde et ses états de Perse, cependant Néarque et lui avaient si peu d'idée de l'Océan qu'ils désiraient de parcourir, qu'ils craignaient que leur navigation n'y fût arrêtée par des détroits impraticables et d'autres obstacles semblables (Hist. indic, c. xx, Q. Curt., lib. îx, c. ix). Lorsque la flotte arriva à l'embouchure de l'indus, i'étonnement que produisit le flux et le reflux de la marée de l'océan Indien, phénomène, selon Arrien, jusqu'alors inconnu à Alexandre et à ses soldats, est une autre preuve de leur ignorance dans l'art de la navigation (lib. vi, c. xix ); et il n'y a nullement lieu d'être surpris de leur étonnement, les marées étant à peine sensibles dans la Méditerranée où se renfermait toute la science des Grecs et des Macédoniens. C'est pour cette raison que lorsque les Romains portèrent leurs armes victorieuses dans les pays situés sur l'océan Atlantique, ou sur les mers qui y communiquent, ce phénomène nouveau des marées fut pour eux un objet de surprise et de terreur. César décrit l'étonnement de ses soldats au sujet d'une maline qui endommagea beaucoup sa flotte quand il fit
NOTES ET ECLAIRCISSEMENS
sa descente en Angleterre, et avoue que c'était pour eux un spectacle nouveau (Bell.Gallic.,Y\b. îv, c. xxix); les marées sur la côte voisine de l'embouchure de l'Inclus, sont extrêmement hautes et suivies de grands effets, surtout cette précipitation soudaine de la marée dans la bouche des fleuves et des bras de mer étroits qui est connue dans l'Inde sous le nom du calibré, et dont le major Rennell donne une description exacte(/«/., xxiv, Mém,p.278); dans le Periplus Iffaris Erythrœi, p. 26, il est question de ces hautes marées, et la description qu'on <rm donne ressemble beaucoup à celle du calibré. Pline rend un compte fort exagéré des marées dans l'océan Indien {Nat. fust, lib. xm, c. 25) Le major Rennell semble croire qu'Alexandre et ses compagnons ne devaient pas être si absolument étrangers au phénomène des marées puisque Hérodote avait appris aux Grecs? « qu'il y avait tous les jours un flux et reflux régulier de la marée dans la mer Rouge flib. n, c. n). « C'est là toute l'explication que donne Hérodote de ce phénomène. Mais il y a chez les anciens des exemples du peu de cas que l'on faisait des faits rapportés par des auteurs respectables, qui ont de quoi surprendre dans les temps modernes. Quoique Hérodote, comme je viens de le remarquer, eût raconté fort au long le voyage exécuté par -cylax, Alexandre et ses historiens ne font pas la moindre mention de cet événement. J'aurai dans la suite occasion de citer un exemple encore plus remarquable du peu d'attention qu'ont fait des écrivains, venus après Hérodote, à la description exacte qu'il donne de la mer Caspienne. D'après ces exemples et d'autres semblables , qu'il eût été facile de produire , nous pouvons conclure que le peu que dit Hérodote du flux et du reflux singulier de la marée dans la mer Rouge, n'est pas une raison sufiisante pour rejeter, comme indigne de foi, ce qu'Arrien raconte de la surprise des soldais d'Alexandre à la vue des effets extraordinaires de la marée à l'embouchure de l'Indus. — 3. Le cours entier du voyage de Néarque, les promontoires, les anses, les rivières, les villes, les montagnes, qui se présentèrent successivement à ses regards, sont décrits avec tant d'ordre , et les distances des lieux les plus remarquables, tracées avec tant de précision , que M. d'Anville, en les comparant avec la position actuelle du pays, d'après les rapports anciens et modernes les mieux faits à ce sujet, s'est vu en état d'indiquer la plupart des lieux dont parle Nénarque, avec un degré de certitude qui ne fait pas moins d'honnenr à la véracité du navigateur grec, qu'au talent, au savoir et à la pénétration du géographe français ( Méin. de littéral., tom. XXX, p. 132, etc).
Dans les temps modernes, le nom de mer Rouge est particulier au golfe Arabique ; mais les anciens appliquaient à la mer qui s'étend depuis ce golfe jusqu'à l'Inde, la dénominal ion de mer Erythrée, d'un roi Éryihras, dont on ne connaît rien de plus que le nom, qui, en grec, signifie rouge. D'après la signification accidentelle de ce mot, on s'est imaginé que cette mer était d'une couleur différente des autres, et par conséquent d une navigation plus dangereuse.
NOTE 7, Sect. i, p. 514.
Alexandre s'occupait tellement de cimenter de plus en plus cette uuion de ses sujets, qu'après sa mort on trouva
dans ses tablettes, entre autres magnifiques projets qu'il méditait, plusieurs indices qui annonçaient le projet de bâtir plusieurs villes nouvelles, les unes en Asie et les autres en Europe, et de peupler celles d'Asie d'Européens et celles d'Europe d'Asiatiques, « afin, dit l'historien , qu'en mêlant les mariages et en se rendant des services mutuels, les habit ans de ces deux grands continent parvinssent insensiblement à n'avoir qu'une même âme, et à rester attachés les uns aux autres par les liens d'une affection réciproque (Diod. Sicul. , lib. xvm, c. iv). »
Les hisioriens orientaux ont mêlé à tant de circonstances fabuleuseset incroyables le peu qu'ils savent desaffaires des nations européennes et particulièrement d'Alexandrele-Grand et de ses conquêtes de la Perse, que leurs récits ne méritent que bien peu d'attention. Bien qu'ils aient représenté de la manière la plus fausse tous les événemens de sa vie , ils s'étaient formé la plus haute idée de la grandeur de son pouvoir et le distinguaient par le nom d'Escander Dhulcarnein , c'est-à-dire à deux cornes, par allusion à l'étendue de son empire, qui, suivant eux . s'étendait de l'orient â l'occident du monde. ( D'Herbelot , Bibl. Orient. , article Escander. Ane. bniv. Hist., vol. V, édit., in-8° , p. 432. Richardson , dans la dissertation qui précède son Dictionnaire arabe et persan, p. 12. J On ne peut savoir si les historiens de l'Hindoslan ont donné un compte rendu plus exact de l'invasion de l'Inde par Alexandre , jusqu'à ce que quelques-uns de leurs ouvrages , écrits en langue sanscrite , aient été traduits. Plusieurs circonstances prouvent que l'on conserve encore dans les provinces septentrionales de la péninsule quelques notions traditionnelles sur l'invasion de l'Inde par Alexandre. Les rajahs de Chitore , qui sont regardés comme les souverains les plus anciens parmi les princes indiens, se vantent de descendre de Porus , aussi célèbre dans l'orient qu'il l'est dans l'occident pour sa valeureuse opposition au conquérant macédonien (Fragm. d'Orme, p. 5 ). Le major Rennell a dit, d'après des renseignemens nouvellement reçus de l'Inde et confirmés par de nombreux témoignages, que dans le pays de Kuttore, à l'extrémité orientale de l'ancienne Bactriane, il existait encore au moment de l'invasion des provinces par Tamerlan, un peuple qui prétendait descendre des compagnons d'Alexandre. Dans la Bijore, la Bazira d'Alexandre, pays de même district, mais plus à l'occident, il existe encore aujourd'hui une tribu qui fait remonter son origine à certains individus laissés par le conquérant dans son passage à travers celte province. Aboul Fazel et Soojah Rae, historien oriental d'une grande réputation , rapportent cette même tradition sans aucune différence remarquable, le dernier ajoute seulement que ces européens, si on peut leur donner ce nom , continuèrent à conserver sur leurs voisins l'ascendant qu'on pouvait supposer leurs ancêtres en possession d'exercer lorsqu'ils étaient venus's'y établir. Bien que nous devions rejeter comme fausse cette généalogie, cependant le simple fait de la prétention prouve la croyance des habitans du pays et il doit y avoir quelque base à la croyance qu'Alexandre non-seulement conquit le Bijore , mais transféra cette conquête à quelques-uns de ses compatriotes. Les habitans de Bijore avaient aussi une très haute opinion de l'étendue d'autorité d'Alexandre et ils lui donnaient aussi le nom de Picorue, cou
SUR L'INDE ANCIENNE
formément à l'emblème frappant du pouvoir dans toutes les langues orientales ( Ayeen Akbery , vol. XI , p. 194 ). Ceux qui sont accoutumés à la fecture des écritures saintes, doivent se rappeler plusieurs exemples du même emploi de cette image.
NOTE 8, Sect. i, p. 515.
Ii parait que c'est une opinion généralement reçue qu'Alexandre ne bâtit que deux villes dans l'Inde , Nicée et Bucéphalie sur les bords de l'Hydaspe, aujourd'hui Chaul, et que c'est Cratère qui fut chargé de ce double soin. Mais il est évident, d'après Arrien (lib. v, c. ult.) , qu'il fit bâtir une troisième ville sur l'Acésinès, aujourd'hui le Jénaub , sous l'inspection d'Éphestion ; et si son dessein était de tenir ce pays en respect , il paraît qu'il ne pouvait le faire que par le moyen d'une place forte sur l'une des rivières qui sont au sud de l'Hydaspe. Cette partie de l'Inde a été si peu fréquentée des modernes , qu'il est impossible de marquer avec précision la situation de ces villes. Si le P. Tiessenthaler, qui pense que la rivière qu'on appelle aujourd'hui Rave est l'Ascésinès d'Arrien (Bernouilli, vol. I, pag. 39), est bien fondé dans sa conjecture, il est probable que cette ville fut bâtie quelque part près de Lahore, l'un des postes les plus importans de cette partie de l'Inde, et regardée dans l'Ayeen Akbery comme une ville de la plus haute antiquité. Mais le major Rennell est, selon moi, très bien fondé dans son opiniou que le Jénaub doit être l'Acésinès des anciens.
NOTE 9, Sect. i, p. 516.
Les scrupules de religion qui empêchaient les Perses d'entreprendre aucun voyage par mer étaient counus des anciens. Pline rapporte de l'un des mages que Tiridate avait envoyé en ambassade à l'empereur Néron , « qu'il n'avait pas voulu venir par mer, parce qu'il ne pensait pas qu'il fût permis de salir cet élément de tous les immondices qu'y occasionerait le séjour des hommes» {Nat. hist. , lib. xxx, c. h); ils portaient si loin cette aversion pour la mer que, suivant l'observation d'un historien très bien instruit, il n'y avait pas dans leur empire une seule ville un peu importante bâtie sur les côtes de la mer (Ammian. Marcel., lib. xxm, c. vi). Le docteur Hyde nous apprend combien ces idées étaient intimement liées avec les principes de Zoroastre ( Rel. vet., Pers., cap. vi) ; dans toutes les guerres des Perses avec la Grèce, les flottes du grand roi n'étaient composées que de vaisseaux fournis par les Phéniciens , les Syriens, les provinces conquises de l'Asie-Mineure et les iles adjacentes. Hérodote et Diodore de Sicile parlent de la proportion dans laquelle chaque pays contribua , pour former la flotte de douze cents vaisseaux avec laquelle Xercès entra dans la Grèce; et parmi ces vaisseaux il n'y en a pas un seul qui appartint à la Perse. Il est bon d'observer en même temps que, suivant Hérodote, dont l'autorité est incontestable à cet égard , la flotte était commandée par Ariabigines, fils de Darius, qui avait plusieurs satrapes distingués sous ses ordres, et que les Perses et les Mèdes servaient à bord en qualité de soldats ( Herod., lib. vu, c. xcvi, xcvu). je ne puis dire par quels motifs ou par quelle autorité on les engagea dans
un tel service. Par une suite des mêmes scrupules religieux, plusieurs naturels de l'Indostan refusent encore aujourd'hui de s'embarquer et de servir sur mer ; et cependant, dans certains cas, les cipayes au service des puissances européennes ont surmonté ces sortes de scrupules.
NOTE 10, Sect. i, p. 516.
M. le baron de Sainte-Croix, dans son ingénieuse et savante Critique des historiens d'Alexandre-le-Grand (pag. 96 ) , paraît conserver des doutes sur le nombre de villes qu'on dit qu'Alexandre a bâties. Plutarque (de Fort. Alex. , ) assure qu'il n'en fonda pas moins de soixante-dix. Il paraît, par plusieurs passages des anciens auteurs, que le moyen dont Alexandre et ses successeurs faisaient usage pour conserver leur autorité sur les peuples conquis, était de bâtir des villes, ou, ce qui revient au même, des places fortes. Séleucus et Antiochus, sous l'empire desquels tomba la plus grande partie de la Perse, ne furent pas moins remarquables que Alexandre pour bâtir de nouvelles villes, et il paraît que ces villes remplissaient parfaitement le but des fondateurs, et qu'elles empêchèrent effectivement, comme j'aurai occasion de l'observer, la révolte des provinces conquises. Quoique les Grecs , animés de l'amour de la liberté et de leur patrie, eussent refusé de s'établir en Perse tant que cet empire fut sous la domination de ses propres monarques, malgré tous les avantages qu'on leur promettait, comme le remarque M. de Sainte-Croix , le cas devint tout différent lorsque le pays fut soumis à leur propre domination , et qu'ils s'y établirent non pas comme sujets, mais comme maîtres. Alexandre et ses successeurs montrèrent un égal discernement dans le choix qu ils firent de l'emplacement des villes qu'ils fondèrent. Séleucie, que bâtit Séleucus, ne le cédait qu'à Alexandrie pour le nombre des habitans, pour la richesse et l'importance. (M. Gibbon, vol. 1 , M. d'An ville. Mém. de Littér. , xxx.)
NOTE 11, Sect. i, p. 517.
C'est dans Justin que se trouve le peu de détails que nous avons sur les progrès de Séleucus dans l'Inde (lib. xv, c. îv ); mais nous ne pouvons compter sur son témoignage que lorsqu'il est appuyé de celui des autres auteurs. Plutarque semble affirmer que Séleucus avait pénétré fort avant dans l'Inde ; mais ce respectable écrivain brille davantage dans l'art de tracer les caractères et par l'heureux choix des circonstances qui les développent et les distinguent, que par l'exactitude des recher ches historiques. Pline, dont l'autorité est d'un plus grand poids , semble regarder comme une chose certaine que Séleucus avait porté ses armes dans les districts de l'Inde où Alexandre n'était jamais entré (Pline, Nat. hist., lib. vi, c. xvii). Le passage où il en est question n'est pas très clair, mais il semble intimer que la marche de Séleucus avait été de l'Hyphase à l'Hysudre, de là à Palybothra , et de ce dernier endroit à l'embouchure du Gange. Les dislances des principaux endroits où il s'arrêta sont marquées , et font un total de deux mille deux cent quarante-quatre milles romains. Telle est l'interprétation que donne à ce passage de Pline M. Bayer (J/istor.
NOTES ET ÉCLÀIRCISSEMENS
regni Grœcontm Bactrinni , pag. 37); quant à moi, il me paraît extrêmement peu probable que l'expédition de Séleucus dans l'Inde ait pu durer assez long-temps pour consommer des opérations aussi étendues. Si Séleucus eût pénétré dans l'Inde jusqu'à l'embouchure du Gange, les anciens auraient beaucoup mieux connu cette partie du pays qu'ils ne paraissent l'avoir jamais fait.
NOTE 12, Sect. i, p. 517.
1-e major Rennell nous donneune grande idée de cet effet Ci nous disant que « le Gange, après s'être échappé du « ' montagneux où il avait erré dans un espace de plus de huit cents milles (Mém., p. 233), reçoit dans son « «ours à travers les plaines onze rivières dont les unes << sont aussi grandes que le Rhin et pas une moindre que « la Tamise, sans compter celles qui sont moins remarie quables et dont le nombre est égal (p. 257). »
NOTE 13, Sect.i, p 517.
Je me suis écarté du major Rennell, en fixant la position de Palybothra, et ce n'est qu'avec défiance que je le fais. Suivant Strabon, Palybothra était située au confluent du Gange et d'une autre rivière (lib. xv, p. 1028, A. h Arrien est plus positif encore. Il place Palybothra au confluent du Gange et de l'Erranaboas , qu'il représente comme moins grand que le Gange et l'indus, mais comme supérieur à toutes les autres rivières connues ( Hist. ind., c. x). Celte position répond exactement à celle d'AUahabad. Le P. Boudier, aux observations duquel la géographie de l'Inde doit beaucoup, dit que le Jumna, à l'endroit où il se joint au Gange, lui a paru tout aussi considérable que ce fleuve (d'Anville, Antiq. de l'Inde, p. 53). Allahabad est le nom que donna à celle ville l'empereur Akbar, qui y éleva une puissante forteresse; M. Hodges en a publié un élégant dessin , n° 4 de ses Select, views in India. Son nom ancien , sous lequel elle est encore connue des lndous, est Praeg on Piyag, et le peuple de ce district s'appelle Praegi , dénomination qui se rapproche beaucoup de celle de Prasii , ancien nom du royaume, dont Palyboîhra était la capitale (P. Tiessenlhaler, chez Bernouilli , tom. I, p. 223. — D'Anville , p. 56). Allahabad est un lieu de dévotion si fameux parmi les lndous, qu'elle porte le nom de Reine des lieux adorés ( Ayeen Akbery , vol. 11, p. 35); son territoire, qui forme un espace de quarante milles, est réputé saint. Les lndous croient que l'homme qui y meurt est sûr d'obtenir tout ce qu'il désire à la seconde naissance. Quoiqu'ils enseignent que le suicide en général sera suivi de tourmens dans l'autre vie , cependant ils pensent qu'il y a du mérite à se tuer à Allahabad ( Ayeen Akbery , t. 111 , p. 255 ). Le P. Tiessenthaler décrit les différens objets de vénération à Allahabad, vers lesquels se rendent encore un très grand nombre de pèlerins i' Bemouilli, t. 1 , p. 224) ; de toutes ces circonstances, on peut conclure que c'est un endroit d'une très haute antiquité , et dont la situation est la même que celle de la Palybothra des anciens.
C'est par deux considérations principales que le major Rennell s'est déterminé à placer Palybothra au même lieu que P.itna. — 1. D'abord parce qu'il avait appris que sur le «ol de Patna ou très près, il existait anciennement une
très grande ville nommée Potclpool-her ou Pafa/ippu Ira, ce qui s'approche beaucoup de l'ancien nom de Palybothra. Quoiqu'il n'y ait point aujourd'hui à Patna deux rivières qui se joignent, il a su que le confluent de la Soanne et du Gange, aujourd'hui à vingt-deux milles audessus de Patna, était autrefois sous les murs de cette ville. Les rivières de l'Inde changent quelquefois leur cours d'une manière singulière, et il en cite quelques exemples remarquables. Mais quand on conviendrait que ce que racontent les naturels de ce changement de cours de la Soanne est parfaitement exact, je doute que ce que dit Arrien de la grandeur de l'Erranaboas, puisse s'appliquer à cette rivière aussi justement qu'au Jumna. — 2. 11 paraît que l'itinéraire de Pline en sa table des distances de Taxile (la moderne Attock) à l'embouchure du Gange, a eu quelque part à sa décision ( Nat. hist. , lib. vi , c. xvii ) ; mais dans cette table les distances sont marquées d'une manière si peu exacte et quelquefois si évidemment erronée, qu'il n'est pas possible de s'y fier jusqu'à un certain point. D'après cette table Palybothra est située à quatre cent vingt-cinq milles au-dessous du confluent du Gange et de Jumna. Cependant aujourd'hui il n'y a pas plus de deux cents milles d'Angleterre de distance entre Allahabad et Patna, Une différence si considérable ne peut s'expliquer qu'en supposant quelque erreur extraordinaire dans la table, ou un changement arrivé dans le point de jonction du Gange et du Jumna. 11 n'y a pour la première de ces suppositions, que je sache, aucun manuscrit, et pour la seconde aucune tradition dont on puisse s'étayer. Le major Rennell a exposé les raisons qui l'avaient engagé à supposer que la situation de Palybothra était la même que celle de Patna (Mémoires, p. 49, 51). Il a prévu quelques unes des objections qui pourraient être faites à cette supposition, et il s'est efforcé de les prévenir ; et après tout ce que je viens d'y ajouter, je ne serais point surpris que dans une discussion géographique, mes lecteurs fussent disposés à préférer sa décision à la mienne.
NOTE 14, Sect. i, p. 518.
Je ne parle point d'une légère iucursion d'Antiochus le-Grand dans l'Inde, environ cent quatre-vingt-dix-sept I ans après l'invasion de son ancêtre Séleucus. Tout ce que I nous savons de cet événement, c'est que le monarque syrien , après avoir terminé la guerre qu'il faisait aux deux provinces révoltées de Parthe et de Bactriane, entra dans l'Inde, et reçut un certain nombre d'éléphans et de l'argent de Soppagasénus , roi du pays, avec qui il avait conclu un traité de paix. (Polyb., lib. x, p. 597, etc. Lib. xi, p. 651, édit. Casaub. Justin., lib. xv, c. iv ; Bayer, Hist. regn. Grœcor. bact., p. 69, etc.)
NOTE 15, Sect i, p. 519.
Un fait, que Strabon rapporte en passant et qui est échappé au génie investigateur de M. de Guignes , s'accorde parfaitement avec le récit des écrivains chinois, et : le confirme. Les Grecs, dit-il, furent dépouillés de la i Bactriane, par des tribus ou hordes de nomades scylhes, j qui vinrent du pays au-delà du Jaxarlcs, et sont connus I sous les noms d'Asii , Pasiani , Tachari et Sacarauli. i (Strab., lib. xi, p. 779, A.) Les nomades des anciens
un
étaient des peuples qui, comme les Tartares, ne subsistaient que par leurs troupeaux , sans le secours de l'agriculture.
NOTE 16, Sect. i,p. 519.
Comme la distance d'Arsinoë ( Suez) au Nil est infiniment moindre que de Bérénice à Copte, c'était la voie la plus prompte -et la moins dispendieuse par laquelle on pût recevoir en Egypte toutes les marchandises qui entraient dans le golfe Arabique. Mais la navigation du golfe Arabique qui, malgré toutes les lumières acquises depuis, est encore aujourd'hui lente et difficile, était regardée autrefois par les peuples des environs comme extrêmement dangereuse; et la crainte qu'ils en avaient conçue leur avait fait donner à plusieurs de ses promontoires, de ses baies et de ses ports, des noms qui exprimaient d'une manière frappante l'impression de ce sentiment. Ils appelèrent l'entrée du golfe Babelmandcb , porte ou port d'affliction. A un port qui n'en est pas bien éloigné, ils donnèrent le nom de Mêle, c'est-à-dire mort. Ils appelèrent une pointe adjacente Garde fan, cap des funérailles. L'auteur à qui je dois ces détails cite d'autres dénominations qui devaient leur origine au même sentiment. {Voyages de Bruce, vol. I, p. 442, etc.) 11 n'était donc pas étonnant que l'entrepôt du commerce de l'Inde eût été transporté de l'extrémité septentrionale du golfe Arabique à Bérénice, puisque par ce changement on abrégeait de beaucoup une navigation dangereuse. Il parait que ce fut la principale raison qui détermina Plolémée à établir le port de communication avec l'Inde à Bérénice , quoiqu'il y eût sur le golfe Arabique d'autres ports infiniment plus près du Nil que celui-là. A une époque postérieure après la ruine de Copte par l'empereur Dioclétien , Albuféda nous apprend ( Descript. Egypt., édit. Michaelis, p. 77), que les marchandises de l'Inde furent transportées de la mer Rouge au Nil, par le chemin le plus court, c'est-à-dire de Cosseir (probablement le Philoteras Portus de Ptolémée) à Cous, le Vicus Apollinis, trajet de quatre jours. Cette distance fut confirmée au docteur Pococke par le rapport des naturels [Voyages, vol. J, p. 87); en conséquence, Cous, de petit village qu'il était, devint, après Fostat ou le vieux Caire, la ville la plus considérable de la Haute-Egypte. Dans la suite, par des causes que je ne puis expliquer, le commerce de la mer Rouge par Cosseir passe à Kène, plus bas que Cous, en suivant la rivière. (Albuf. , p. 13, 77, d'Anville, Egypte, 196-200.) Aujourd hui toutes les marchandises de l'Inde destinées pour l'Egypte, ou vont par mer de Gedda à Suez, et de là sont portées par des chameaux jusqu'au Caire , ou elles sont amenées par terre par la caravane qui revient du pèlerinage de la Mecque. ( Voyage de Nieburh , tom. 1 , p. 224. Volney, 1 , 188, etc.) Tel est le tableau complet, autant que mes recherches ont pu l'être , des différentes routes par lesquelles les productions de l'Inde ont été transportées jusqu'au Nil , depuis la première ouverture de cette communication. Il est singulier que le P. Sicard ( Mém. des missions dans le Levant, tom. II, p. 157), et quelques autres écrivains respectables, supposent que Cosseir est la Bérénice fondée par Ptolémée, quoique Ptolémée en ait fixé la latitude à 23° 50, et que Strabon l'ait placée presque sous le même parallèle que Syène (lib. n, p. 195, D .). Par une suite de cette méprise, on a regardé comme h
erroné le calcul de Pline, qui met entre Bérénice et Copte une distance de deux cent cinquante-huit milles. (Pococke, p. 87.) Mais comme Pline ne se borne pas à indiquer la distance totale, qu'il nomme les différais endroits où l'on s'arrêtait sur la route, et marque le nombre des milles qui les séparent ; qu'enfin l'itinéraire d'Antonin se rapporte exactement à sa mesure (d'Anville, Égypt., p. 21 ) , il n'y a pas raison de douter de son exactitude.
NOTE 17, Sect. i,p, 520.
Le major Rennell est d'avis, «que sous les Ptolémées, les Égyptiens étendirent leur navigation jusqu'à la dernière extrémité du continent indien, et remontèrent le Gange jusqu'à Palybotra, » aujourd'hui Patna. {Introd. . p. 36.) Mais s'il eût été ordinaire de remonter le Gange jusqu'à Patna, les parties intérieures de l'Inde auraient dû être mieux connues des anciens qu'elles ne l'ont jamais été, et ils auraient cherché des renseignemens ailleurs que dans Mégasthène. Strabon commence sa descriptio» de l'Inde d'une manière très remarquable. Il demande l'indulgence de ses lecteurs, parce que, dit-il, c'était un pays très éloigné et que peu de personnes avaient visité , et qu'alors même, ces personnes n'ayant vu qu'une petite partie du pays, ne rapportaient que ce qu'elles avaient ouï dire, ou tout au plus ce qu'elles avaient remarqué à la bâte dans le cours de leur service militaire , ou dans la suite d'un voyage. (Strabo, lib. xv, p. 1005, B.) Il observe qu'un très petit nombre de commerçans du golfe Arabique avaient été jusqu'au Gange. (Ibid., 1006,C.) Il assure que le Gange se jette dans la mer par une seule embouchure {Ibid., 1011 , C.) ; erreur dans laquelle il ne serait certainement pas tombé , si la navigation de ce fleuve eût été plus commune de son temps. Il parle bien de remonter le Gange {Ibid., 1010), mais c'est en passant et dans une seule phrase ; au lieu que si un voyage intérieur aussi considérable , un voyage de plus de quatre cent milles, à travers un pays riche et peuplé, eût été ordinaire, ou même s'il eût jamais été exécuté par aucun des marchands romains, grecs ou égyptiens, on n'aurait pu s"empêcher d'en faire une description particulière ; et Pline et les autres écrivains en auraient nécessairement parlé comme d'une chose extraordinaire dans la navigation des anciens. Arrien , ou l'auteur quelconque du Periplus Maris Erithrœi , observe qu'avant la découverte d'une nouvelle route dans l'Inde, dont nous parlerons dans la suite, le commerce avec ce pays se faisait dans de petits vaisseaux qui suivaient les détours de chaque baie (pag. 32, ap. Huds. Geogr,' min.), des vaisseaux d'une construction si légère et asservis à un tel mode de navigation n'étaient guère propres à un voyage aussi éloigné que l'était celui autour du cap Comorin,eldans toute la longueur du golfe de Bengale jusqu'à Patna. Il n'est pas invraisemblable que les marchands qui , suivant Strabon , ont été jusqu'au Gange, s'y soient rendus par terre, ou des pays à l'embouchure de l'Indus ou de quelque endroit de la côte de Malabar ; et que la navigation du Gange, dont il ne parle qu'accidentellement, se faisait par les naturels dans des vaisseaux du pays. Ce qui donne quelque poids à cette opinion , ce sont ses remarques sur la mauvaise construction des vaisseaux qui fréquentaient cette partie de l'océan Indien. D'après ce qu'il en dit, il est évident que ce ne pouvait être que des vaisseaux du pays (p. 1012, C).
NOTES ET ÉCLAIRC1SSEMENS
NOTE 18, Sect. i, p. 520.
Les idées erronées de plusieurs écrivains distingués Je l'antiquité, sur la mer Caspienne, quoique parfaitement connues de .tout homme de lettres, sont si étonnantes, et fournissent un exemple si frappant de l'imperfection de leurs connaissances géographiques , qu'un exposé plus complet de ces erreurs pourra non-seulement faire plaisir à quelques-uns de mes lecteurs , mais en cherchant à tracer les différentes routes par lesquelles les marchandises de l'orient arrivaient aux nations de l'Europe, il devient même indispensable d'entrer dans quelques détails sur la diversité de leurs sentimens à cet égard. I. Selon Strabon, la mer Caspienne est une baie qui communique avec le grand Océan septentrional d'où elle sort par un bras étroit , puis forme une mer qui s'étend dans une longueur de cinq cents stades (lib. xi, p. 773, A}. Pomponius-Mela est du même avis, et il représente !e détroit par lequel la mer Caspienne tient à l'Océan comme uu détroit extrêmement long, mais si resserré, qu'on le prendrait pour une rivière. {Ibid., m, c.v.) Pline lui-même en fait une semblable description. [Nat. hist., lib. vi, c. lxxiii.) Au siècle de Justinien, cette opinion sur la communication de la mer Caspienne avec l'Océan prévalait, encore. ( Cosm. indicopl. Topog. Christ, lib. h, p. 138, C.) Quelques écrivains des premiers âges, par une méprise plus singulière encore, ont supposé que la mer Caspienne communiquait avec la mer Noire. Quinte-Curce, dont l'ignorance en géographie est notoire, a adopté la même erreur (lib. vu, c- vu, édit.) 2. Arrien, écrivain beaucoup plus judicieux , qu'un séjour assez long dans la province romaine de Cappadoce , dont il était gouverneur, aurait dû mettre à même d'obtenir des renseignemens plus certains, déclare dans un endroit que l'origine de la mer Caspienne est encore inconnue; et il ne sait si elle se joignait à la mer Noire ou au grand Océan oriental qui environne l'Inde (lib. vu, c. xvi). Dans un autre endroit, il assure qu'il y avait une communication entre la mer Caspienne et l'océan Oriental (lib. v, c xxvi.) Ces erreurs paraissent d'autant plus extraordinaires qu'Hérodote avait donné une description exacte de la mer Caspienne, près de cinq cents ans avant le siècle de Slrabon. «La mer Caspienne, dit-il, est une mer indépendante et qui ne tient à aucune autre. Elle a en longueur ce qu'un vaisseau armé de rames peut parcourir en quinze jours, et dans sa plus grande largeur, ce qu'il peut faire en huit jours. » (Lib. i, c. ccin.) Aristote en donne la même description, et soutient avec sa précision ordinaire que c'est un grand lacet non pas une mer. (Me teorolog , lib. n.) Diodore de Sicile joint son opinion à la leur (vol. Il, lib. xvm,p.26l). Aucun de ces auteurs ne détermine si c'était du nord au sud , ou de l'est à l'ouest que la mer Caspienne s'étendait dans sa plus grande longueur. Dans les anciennes cartes, qui servent d'éclaircissement à la géographie de Ptolémée, elle est représentée comme s'étendant de l'orient à l'occident dans sa plus grande longueur. De nos jours , ce fut un marchand anglais, Antoine Jenkinson, qui donna aux peuples de l'Europe les premiers renseignemens sur la vraie forme de la mer Caspienne ; il avait suivi une partie considérable de sa côte, avec une caravane de Russie, l'an 1558. (Hakluyt , Collect. vol. 1, p. 331) L'exactitude de la description de Jenkinson fut confirmée par une reconnaissance de celte
mer, exécutée par ordre de Pierre-le-Grand, en 1718, et il est maintenant hors de doute que non-seulement la mer Caspienne n'est jointe à aucune autre mer, mais qu'elle s'étend infiniment plus en longueur du nord au sud que de l'est à l'ouest dans sa plus grande largeur. Nous apprenons cependant, par ces détails, à combien de mauvais plans, pour le transport des marchandises de l'Inde ou de l'Europe, les fausses idées qu'on s'en était généralement faites avaient donné lieu , par la supposilion où l'ou était qu'elle communiquait avec la mer Noire ou avec l'océan septentrional. C'est une preuve de plus de l'attention d'Alexandre-le-Grand pour tout, ce qui pouvait contribuer à l'avancement du commerce , que l'ordre qu'il donna peu de temps avant sa mort , d'équiper pour la mer Caspienne une escadre destinée à la reconnaître , et à s'assurer si c'était avec la mer Noire ou avec l'océan Indieu qu'elle communiquait. (Arrien, lib. vu,