C. XVI
NOTE 19, Sect. h, p. 523.
Ce détail curieux nous apprend combien la navigation des anciens était imparfaite , même à son plus haut point de perfection. On n'aurait jamais employé trente jours à faire le voyage deBérénice à Océlis, si on eût connu une autre méthode que celle de suivre servilement tous les détours des côtes. Le voyage d'Océlis à Musiris serait, suivant le major Rennell , de quinze jours pour un vaisseau européen , d'après la nouvelle manière de naviguer , n'y ayant que sept cent cinquante milles marins sur une ligue droite ( Inlroduc. p. 37). 11 esfc singulier que , quoique le Periplus maris Erythrœi ait été écrit après le voyage d'Hippale, son auteur se soit surtout attaché à décrire l'ancienne marche le long des côtes d'Arabie et de Perse jusqu'à l'embouchure de l'indus, et de là en descendant le rivage occidental du continent jusqu'à Musiris. Je ne puis expliquer cette singularité qu'en supposant que par une smte de cette difficulté qu'éprouvent les hommes à renoncer à d'anciennes habitudes, la plus grande partie des commerçans de Bérénice continuèrent de suivre cette route à laquelle ils étaient accoutumés. Il faut, suivant Pline, quatre-vingt-quatorze jours pour aller d'Alexandrie à Musiris. L'an 1788 , IcRoddam, vaisseau de la compagnie anglaise des Indes, de mille ton neaux de port, ne mit que quatorze jours de plus à faire son voyage de Porstmouth à Madras. Telle est la mesure des progrès qu'on a faits dans la navigation.
NOTE 20, Sect. n,p 524.
Platon pensait que , dans une république bien gouvernée, les citoyens ne doivent point se livrer au commerce , ni l'état chercher à se rendre puissant sur la mer. Il prétend que le commerce corromprait la pureté de leurs mœurs, et que le service de la mer les accoutumerait à trouver des prétextes pour justifier une conduite dont l'opposition à tout ce qu'il y a de noble et de convenable tendrait à relâcher insensiblement les liens de la discipline mililaire. 11 assure qu'il aurait été moins funeste pour les Athéniens de continuer d'envoyer tous les ans les fils de sept de leurs principaux citoyens pour être dévorés par le Minotanre, que d'avoir renoncé à leurs mœurs primitives et d'être devenus une puissance mari-
SUR L'INDE ANCIENNE
rime. Dans cette république parfaite, dont il trace le plan, il veut que la capitale soit située au moins à dix milles de la mer. {De legibus , lib. iv, ab initio.) Ces idées de Platon furent embrassées par d'autres philosophes. Aristole entre dans la discussion formelle de la question de savoir, si un état bien organisé doit ou ne doit pas être commerçant ; et quoique extrêmement disposé à soutenir une opinion contraire à celle de Platon, il n'ose s'expliquer ouvertement à ce sujet. {De Repub. lib. vu, c. vi.) Dans des siècles où de telles opinions dominent, on ne doit pas s'attendre à de grands renseignemens sur le commerce.
NOTE 21 , Sect. ii , p. 525.
Pline dit (lib. ix , c. xxxv): Princ.ipium ergo culmcn- ;uc omnium rerum prelii margarilœ tcnent. (In lib. xxxvii , c. iv.) Il affirme, maximum in rébus humants pretium non solum inter gemmas , kabel adamas. Ces deux passages sont tellement opposés l'un à l'autre, qu'il est impossible de les concilier, ou de déterminer lequel est le plus conforme à la vérité. Je me suis attaché au premier , parce que nous avons plusieurs exemples du prix exorbitant des perles, mais pas un seul de cette cherté extrême des diamans. Un autre passage de Pline me confirme dans cette opinion (lib. xix , c. i), après avoir parlé du prix exorbitant de Yasbeste , il dit : « Mquat pretia excellentium margaritarum ; » ce qui implique qu'il regardait les perles comme la plus chère de toutes les marchandises.
NOTE 22, Sect. h, p. 525.
Pline a consacré deux livres entiers de son histoire naturelle (lib. xn et xiii), à l'énumération et à la description des épices et des aromates , des onguens et des parfums, dont le luxe avait introduit l'usage parmi ses concitoyens. Comme la plupart de ces productions venaient de l'Inde, ou des pays au-delà, et que le commerce avec l'orient était considérable du temps de Pline, nous pouvons nous former une idée du grand débit qui s'en faisait par l'extrême cherté dont elles continuèrent d'être à Rome. La comparaison des prix des mêmes marchandises à Rome autrefois, et aujourd'hui , dans notre propre pays, n'est pas un pur objet de curiosité, mais peut servir de règle pour apprécier la différence du succès avec lequel le commerce de l'Inde s'est fait dans les temps anciens et modernes. Meursius {De luxu Romanorum, c. v) , et Stanislas Robierzyckius, dans son traité sur le même sujet (lib. h , c. i,) ont fait des recueils de plusieurs passages remarquables des anciens auteurs sur le prix extravagant des pierres précieuses et des perles (hez les Romains, et sur l'usage général qui s'en faisait parmi les personnes de tous les rangs. Le lecteur anglais peut se contenter des excellentes tables de monnaies, des poids et des mesures des anciens par le docteur Arbui m:ot (p. 172 etc.).
NOTE 23, Sect. ii, p. 526.
Ai. Mahudel, dans un mémoire lu à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, l'an 1719, a présenté letableau ■ les différentes opinions des anciens sur la nature et l'o-
rigine de la soie , qui toutes tendent à prouver leur ignorance à ce sujet. Depuis la publication du mémoire de M. Mahudel , le P. du Halde a fait la description d'une espèce de soie, dont je crois qu'il a le premier donné connaissance aux modernes. «Elle est produite par de pe:its insectes qui ressemblent beaucoup aux limaçons. Ils ne forment pas, comme les vers à soie , des cocons de form t ronde ou ovale , mais font de très longs fils qui s'attachent aux arbres et aux buissons, selon que le vent les pousse. On les ramasse et on en fabrique des étoffes de soie plus grosses que celles qui viennent des vers à soie domestiques. Les insectes, qui produisent cette grosse soie, ne sont pas privés. » {Description de l'empire de la Chine, tom. 11, fol. p. 207). Ceci ressemble beaucoup à la description de Virgile ;
Velleraque ut foliis depectant tenuia Seres.
Georc, ii, p. 121.
Il ne faut que lire attentivement Virgile pour s'apercevoir que outre toutes les autres qualités d'un grand poète qui peint, il avait une connaissance très étendue de l'histoire naturelle. La nature et les productions des vers à soie sauvages sont traitées d'une manière plus détaillée dans la vaste collection des Mémoires concernant l'histoire , les sciences et les arts, etc. , des Chinois: tome 11, p. 575, etc. ; et par le père de Mailla , dans son histoire volumineuse de la Chine, tome Xlll,p. 434. C'est une circonstance singulière dans l'histoire de la soie, que les mahométans la regardent comme une étoffe immonde, parce qu'elle est le produit d'un ver; et tous leurs docteurs, d'un consentement unanime, ont décidé que toute personne revêtue d'un habit uniquement composé de soie , ne peut être admis à réciter les prières journalières prescrites par le Koran ( d'Herbel. Bibl. Orient,, artic, Harir.).
NOTE 24, Sect ii, p. 526.
Si l'usage des manufactures de coton de l'Inde avait été commun parmi les Romains , on en aurait spécifié les différentes espèces dans la loi dePublicanis et de Vectigalibus, comme on avait fait pour les épices et les pierres précieuses. Une telle explication n'aurait pas été moins nécessaire au marchand qu'au collecteur , pour les diriger l'un et l'autre dans leur opérations.
NOTE 25, Sect. h, p. 526.
Le lieutenant Wilford a porté beaucoup d'exactitude et d'érudition dans l'examen de cette partie du Périple d'Arrien ; et il est évident, d'après ses recherches, que la Plilhana d'Arrien est la moderne Pulhanah sur la rive méridionale de la Godvéry. à deux cent dix-sept milles anglais au sud de Baroche ; que la position de Tagara est la même que celle de la moderne Dultabad, et les hautes terres à travers lesquelles les marchandises arrivaient à Baroche sont les montagnes de Ballagaut. Les hauteurs et les distances de ces différens endroits, telles qu'Arrien les désigne, sont une nouvelle preuve , si elle était nécessaire , de l'exactitude des renseignemens qu'il avait pris sur ce district de l'Inde. {Recherches sur l'Asie ; vol. 1 , p. 369, etc.)
NOTES ET ÉCLA1RCISSEMENS
NOTE 26, Sect. ii , p. 529.
Strabon avoue qu'il s'est très peu servi des nouvelles minières que les observations astronomiques d'Hipparque avaient répandues sur la géographie , et il juslifie sa négligence par une de ces subtilités scolasliques que les anciens mêlaient trop souvent dans leurs écrits. «Un « géographe, dit-il, c'est-à-dire celui qui décrit la terre , « ne doit faire aucune attention à ce qui est hors de la « terre ; et les hommes occupés de la conduite des affaires «dans les parties habitées de la terre, ne s'inquiéteront « nullementdes distinctions et des divisions d'Hipparque.» (Lib. u, p 194, C. ).
NOTE 27, Sect. ii , p. 529.
Agathemère , qui fleurit assez près de Ptolémée , nous apprend quelle haute idée les anciens avaient de lui. *Ptolémée , dit-il, qui a réduit la géographie en un sys- «tème régulier, iraite de (out ce qui y a rapport, non «pas d'une manière indifférente, ou seulement d'après «ses propres idées, mais recueillant avec soin tout ce «qu'avaient écrit des auteurs plus anciens, il en a pris « tout ce qui lui paru conforme à la vérité. » ( Epitome Geugr , lib. i , c. vi, édit. Hudson. ) Agalhodémon , artiste d'Alexandrie, non moins épris de son ouvrage, y joignit une suile de cartes propres à en faciliter l'intelligence , où la position de tous les lieux dont parle Ptolémée , avec leur longitude et leur latitude , se trouvait marqué d'une manière absolument conforme à ses idées. (Fabric. Biblloth. grœc, 111 , 412.;
NOTE 28, Sect. h, p. 529.
Comme c'était dans ces itinéraires ou dans des plans que les anciens géographes puisaient les renseignemens les plus certains sur la position et les distances de beaucoup d'endroits, il peut n'être pas inutile de faire voir de quelle manière ils furent exécutés par les Romains. Jules- César conçut le premier l'idée de faire lever un plan général de l'empire; il le commença sous l'autorisation d'un iécret du sénat, et Auguste l'acheva. Comme Rome était encore bien inférieure à la Grèce dans les sciences, l'exécution de cette grande entreprise fut confiée à trois Grecs, hommes de grands talens, et versés dans toutes les branches de la philosophie. Le plan de la partie orientale de l'empire fut achevé par Zénodoxe en quatorze ans, cinq mois et neuf jours; celui de la partie septentrionale, par Théodote , en vingt ans , huit mois et dix jours. La partie septentrionale fut achevée en vingt-cinq ans un mois et dix jours. (iElhici Cosmographia apud Geographios cditos a Hen. Slephan , 1577, p. 107. ) Ce fut là une entreprise digne de ces personnages illustres , et dignes de la magnificence d'un grand peuple. Outre ce plan général , chaque nouvelle guerre occasionait de nouvelles mesures et une nouvelle description des pays qui en étaient le siège. Nous pouvons conclure, d'après Végèce. (Instit. rei militaris, lib. m, c. vi), que chaque gouverneur d'une province romaine était muni d'un plan de sa province, où était spécifié la distance des lieux en milles, la nature des grandes routes, les chemins de côté, ceux de traverse, les montagnes, les rivières, etc. Tous ces objets, dit-il n'étaient pas seulement représentés par des
mots , mais dessinés sur des cartes , afin qu'en concertant ses mouvemens militaires, l'œil du général pût seconder les résolutions de son esprit.
NOTE 29, Sect. h , p. 530.
La suite de cette méprise est remarquable. Ptolémée ( lib. vu, ci), calcule la longitude de Barygaza ou Baroche, à 17° 20' ; et celle de Cory ou cap Comorin , à 10° 20' ; ce qui fait précisément une différence de quatre degrés , au lieu que la différence réelle entre ces deux endroits est de près de quatorze degrés.
NOTE 30, Sect. h, p. 530-
Ramusio , éditeur de la plus ancienne et peut-être de la meilleure collection de voyages qui existe , est le premier que je sache, qui ait remarqué cette singulière erreur de Ptolémée. ( Viaggi, vol. 1, p, 181. ) 11 observe avec raison que l'auteur de la navigation autour de la mer Erythrée s'était montré plus exact dans la description de l'Inde, qu'il avait représentée comme s'étendant du nord au sud. ( Peripl., p. 24, 29.)
NOTE 31, Sect. u, p. 531.
Cette erreur de Ptolémée mérite justement le nom d'énorme que je lui ai donné; et elle paraîtra plus surprenante encore quand on se rappellera qu'il n'a pu ignorer ni ce que Hérodote rapporte du voyage autour de l'Afrique, exécuté par ordre d'un des rois d'Egypte ( lib. iv , c. iv ) , ni l'opinion d'Ératosthène , qui soutenait que la grande étendue de l'océan Atlantique, était la seule chose qui s'opposât à la communication par mer entre l'Europe et l'Inde. ( Strab. Geogr., lib. i, p. J 13, A. ) Cependant cette erreur ne doit pas être imputée tout entière à Ptolémée. Hipparque, que nous pouvons regarder comme son guide, avait enseigné que la terre n'était pas environnée de toutes parts par l'Océan , mais qu'elle était occupée par différens isthmes qui la partagent en plusieurs grands bassins. (Strab. lib. i, p. II, B). Ptolémée, ayant adopté cette opinion , soutint, pour être conséquent , qu'il y avait un pays inconnu qui s'étendait de Cattigara à Prassum, au sud-est de la côte d'Afrique (Geogr., lib. vu, c. m etv.^ Comme le système géographique de Ptolémée était généralement reçu , cette erreur se propagea par le même canal. Pour s'y conformer, le géographe arabe Édrissi, qui écrivait au douzième siècle, enseigna qu'une suite de terres non interrompue s'étendait de Sofala du côté de l'orient, en suivant la côte , d'Afrique, jusqu'à sa jonction avec une partie du continent indien. ( D'Anville , Antiq., p. 187. ) Au premier volume des Gesta Dei per Francos , est jointe une ancienne carte très grossière du monde habitable, dessinée d'après cette idée de Ptolémée. M. Gosselin , dans sa carte intitulée Ptolemœi systema geographicum , a représenté cette étendue de terre imaginaire par laquelle Ptolémée suppose que l'Afrique est jointe à l'Asie. (Gcographie des Grecs analysée. )
SUR L'INDE ANCIENNE
NOTE 32,Sf.ct.ii,p. 531.
Dans cette partie de la dissertation , aussi bien que dans la carte qui doit raccompagner, on a généralement suivi les opinions géographiques de M. d'Anville, auxquelles le major Rennell a donné la sanction de son approbation [Introd , p. 39 ) ; mais M. Gosselin a dernièrement publié la Géographie des Grecs analysée, ou les systèmes d'Ératosthène, de Strabon et Ptolémée , comparés l'un à l'autre et tous ensemble aux nouvelles connaissances des modernes , ouvrage savant et ingénieux où il diffère de son compatriote dans plusieurs de ses décisions. Suivant M. Gosselin, le Magnum-Promontorium , que M. d'Anville prétend être le cap Romania, à l'extrémité méridionale de la péninsule de Malacca , est la pointe de Bragu , à l'embouchure de la grande rivière d'Ava, près de laquelle il place Zaba, que M. d'Anville et Barros ( Dccad. 11 , liv. vi, c. i ), supposent être située sur le détroit de Sincapura ou Malacca. 11 soutient que le Magnus Sinus de Plolémée est le même que le golfe de Martaban , et non point celui de Siam, suivant la décision de M. d'An' ville. La position de Caltigara, comme il s'efforce de le prouver répond à celle de Mergui, port considérable sur la côte occidentale du royaume de Siam ; et Thina ou Sinse Metropolis, que M. d'Anville recule jusqu'à Sin- Hoa, au royaume de Cochinchine, est située sur la même rivière que Mergui, et porte aujourd'hui le nom de Tana- Serim. L'ibadii Insula de Ptolémée, que M. d'Anville reconnaît dans Sumatra, fait partie, suivant lui, de ce groupe de petites îles qui sont à la hauteur de cette partie de la côte de Siam (p. 137—148). Selon le système de M. Gosselin, les anciens ne portèrent jamais leurs voiles dans le détroit de Malaca, ne connaissent poiut l'île de Sumatra, et l'océan Oriental leur était absolument inconnu. S'il est quelqu'un de mes lecteurs à qui ses opinions paraissent bien fondées, la navigation et le commerce des anciens dans l'Inde auront des bornes encore plus élroites que celles que je leur ai assignées. Ayeen Akbery (vol. 11, p. 7 ), nous apprend que Cheen était l'ancien nom du royaume de Pégu ; comme ce pays est limitrophe d'Ava où M. Gosselin place le Grand-Promotoire, cette grande ressemblance de noms paraîtra peut-être confirmer son opinion que Siuœ-Metropolis était située sur cette côte, et non pas aussi loin vers l'o~ rient que M. d'Anville l'a placée
Comme la description que Ptolémée a faite de cette partie orientale de l'Asie est plus erronée, plus obscure et plus contradictoire qu'aucune autre partie de son ouvrage , et comme tous les manuscrits grecs et latins sont extrêmement incorrects dans les deux chapitres qui contiennent la description des pays au-delà du Gange, M.d'Anville,dans son Mémoire sur les Limites du monde connu des anciens au-delà du Gange, s'y est plus livré aux conjectures qu'on ne le voit dans les autres recherches de ce judicieux géographe. Il se fonde aussi plus qu'à l'ordinaire sur les ressemblances entre les noms anciens et modernes des endroits, quoique partout il découvre un penchant peut-être trop grand à suivre leur êtymologie et à s'y fier. Il est vrai que souvent ces ressemblances sont frappantes, et l'ont conduit à plus d'une heureuse découverte. Mais en lisant ses ouvrages, il est impossible, à mon avis, de ne pas s'apercevoir que quelques-unes de celles qu'il cite sont peu naturelles et souvent
imaginaires. Toutes les fois que je l'ai suivi, je n'ai embrassé de ses décisions que celles qui m'ont paru fondées sur son exactitude ordinaire.
NOTE 33, Sect. u, p. 534.
L'auteur de la Navigation autour de la mer Erythrée a marqué les distances de plusieurs endroits qu'il cite avec une exactitude qui doit faire regarder son ouvrage comme la description lapins complète qu'il soit possible de trouver dans aucun auieur ancien , de la côte depuis Myos-Hormus , sur la côte occidentale du golfe Arabique, le long des rivages de l'Ethiopie , de l'Arabie, de la Perse et de la Caramanie, jusqu'à l'embouchure de l'indus, et de là, en descendant la côle occidentale de la péninsule de l'Inde, jusqu'à Musiris et Barace. C'est un mérite de plus dans ce court traité, qui en a déjà beaucoup à bien des égards On peut regarder comme une preuve remarquable de l'étendue et de l'exactitude des connaissances de cet auteur sur l'Inde qu'il est le seul écrivain de l'antiquité qui paraisse avoir eu quelque idée de la grande division qui subsiste encore de ce pays; à savoir : l'indostan propre, comprenant les provinces septentrionales de la péninsule, et leDeccan,qui renferme les provinces méridionales : «De Barygasa, dit-il, le « continent s'étend vers le sud, d'où vient que ce district « s'appelle Dachinabades; car dans la langue du pays le (v sud s'appelle dachanos.» {PeripL, p. 29.) Comme les Grecs et les Romains, lorsqu'ils adoptaient une dénomination étrangère, avaient toujours soin d'y joindre une terminaison particulière à leur propre langue, et que la structure grammaticale des deux langues rendait en quelque sorte nécessaire, il est évident que Dachanos est le même nom que Deccan, mot qui n'a point changé de signification, et qui est encore le nom de cette division de la péninsule. La rivière Nerbuddah sert actuellement de borne au Deccan du côté du nord, et c'est aussi là que l'a posée notre auteur. (Perip., ibid.)
NOTE 34, Sect. ii , p. 535.
Quoique les anciens astronomes, en fixant les latitudes des lieux d'après les observations faites sur le soleil et sur les étoiles, aient négligé plusieurs procédés qu'il aurait fallu employer, il ne manquait quelquefois qu'un petit nombre de minutes à l'exactitude de leurs résultats ; mais d'autres fois la différence allait jusqu'à deux et même trois degrés; et l'on peut calculer que, l'un dans l'autre, ces résultats approchaient de moitié de la vérité. Ainsi cette partie de la géographie ancienne aurait été passablement exacte s'il y eût eu un nombre suffisant de déterminations faites d'après ces principes. H s'en faut de beaucoup au contraire qu'elles soient nombreuses, et il paraît qu'elles ne furent appliquées qu'aux endroits les plus remarquables des pays qui environnent la Méditerranée.
Lorsque, faute d'observations plus exactes, la latitude se déterminait d'après la mesure du jour le plus long ou le plus court , on ne pouvait dans aucun cas compter sur un grand degré de précision , surtout dans le voisinage de l'équateur. Une seule erreur d'un quart d'heure (et il était aisé d'y tomber, d'après la manière peu exacte dont les anciens mesuraient le temps) pouvait dans de telles
NOTES ET ECLAIRCISSEMENS
positions en causer une de quatre degrés dans la détermination de la latitude.
Quant aux lieux situés dans la zone torride, il y avait pour la fixation de la latitude une ressource qui manquait ailleurs; c'était d'observer le temps de l'année où le soleil était vertical à un endroit, ou, dans d'aulres termes, quand les corps perpendiculaires à l'horizon n'avaient point d'ombre à midi : la dislance du soleil de l'équateur en ce temps, qui était connue par les principes de l'astronomie, était égale à la latitude du lieu. Nous avons des exemples de l'application de cette méthode dans la détermination des parallèles de Syène et de Méroé. L'exactitude dont cette méthode était susceptible semble être limitée à près d'un demi-degré; et encore faut-il supposer que l'observateur restait à la même place : car s'il voyageait d'un lieu à l'autre, sans avoi.' occasion de corriger l'observation d'un jour par celle du jour suivant, il risquait de s'écarter beaucoup plus encore de la vérité.
Quant à la longitude des lieux, comme les éclipses de lune ne sont pas fréquentes et ne pouvaient que rarement servir à la déterminer et seulement lorsqu'il se trouvait des astronomes capables de les observer avec exactitude, on peut n'en tenir aucun compte dans l'examen de la géographie des pays éloignés. C'était donc uniquement par les distances et par les hauteurs d'un lieu à l'autre que s'assignaient anciennement les différences des méridiens des divers endroits ;*et par conséquent c'était principalement sur la longitude que tombaient toutes les erreurs d'estimations, de plans et de descriptions, de même qu'il arrive sur un vaisseau, qui n'a d'autre moyen de déterminer sa longitude qu'en comparant l'estime avec les observations de la latitude; quoiqu'il y ait cette différence, que les erreurs auxquelles le plus habile des anciens navigateurs fût sujet étaient bien plus grandes que cellefi où le patron le plus ignorant, muni d'une boussole, pourrait tomber aujourd'hui. La longueur de la Méditerranée, prise en degrés de longitude depuis les Colonnes d'Hercule jusqu'à la baie d'Issus, ne porte pas quarante degrés; mais dans les cartes dePtolémée elle en a plus de soixante; et en général ses longitudes, à" partir du méridien d'Alexandrie, surtout du côté de l'orient, sont défectueuses à peu près dans la même proportion. Il parait, à la vérité, que dans les mers éloignées on décrivait souvent les côtes d'après le relevé imparfait des distances qu'avait parcourues le vaisseau, sans la moindre connaissance de la direction de sa marche ou desgisemens. Il est vrai que Ptolémée avait coutume de déduire un tiers pour les détours que suivait un vaisseau dans son cours {Géog, , lib. i, cap. xu); mais il est clair que l'application de cette règle générale pouvait rarement conduire à un juste résultat. Nous en avons un exemple frappant dans la forme que ce géographe a donnée à la péninsule de l'Inde. De Barygazenum-Promontorium, à l'endroit désigné Locus undè solvunt in Chrysen navigantes } c'est-à-dire de Surate sur la côte de Malabar, à Narsapour sur celle de C.oromandel, la distance, prise le long du rivage de la mer, est à peu près la même que ce qu'elle esl réellement, c'est-à-dire d'environ cinq cent vingt lieues. Mais la méprise dans la direction est étonnante ; car les côtes de Malabar et de Coromandel, au lieu de s'allonger vers le sud et de s'entrecouper au cap Conioi'in, par un angle très aigu , sont représentées par Ptolémée comme s'élendant sur une
même ligne droite d'occident en orient, avec une légère inflexion vers le sud. Il y a en même temps plusieurs baies et promontoires représentés sur cette côte, qui ressemblent beaucoup, dans leur position, à ceux qui y existent aujourd'hui. On voit clairement par la réunion de toutes ces circonstances quels étaient les élémeus qui entrèrent dans la composition de l'ancienne carte de l'Inde. Les vaisseaux qui avaient visité la côte de ce pays avaient tenu compte du temps qu'ils avaient mis à aller d'un lieu à l'autre, et en suivant la côte avaient remarqué de quel côté était la terre lorsqu'ils traversaient une baie ou doublaient un promontoire. C'est à ce journal imparfait, auquel se joignait peut-être une mauvaise mesure de la latitude d'un ou de deux endroits, que se bornèrent probablement tous les renseignemens qu'ii fût possible à Ptolémée de se procurer. On ne sera pas étonné qu'il n'ait pas pu en obtenir de mieux raisonnes de la part de marchands, dont la navigation n'avait nullement pour objet l'examen des côtes, si l'on considère que même le célèbre Periplus d'Hannon ne mettrait pas un géographe à même de lever un plan plus exact de la côte d'Afrique que Ptolémée n'a fait celle de l'Inde.
NOTE 35, Sect. 11 , p. 538.
L'introduction du ver à soie en Europe et les effets qu'elle produisit se présentèrent sous la plume de M. Gibbon en écrivant l'histoire de l'empereur Justinien; et. quoique ce ne fût qu'un incident d'un intérêt secondai! ; dans la foule des grands événemens qui devaient fixer son attention, il l'a examiné avec un soin et l'a rapporté avec une vérité qui auraient fait honneur à l'écrivain qui eût borné là l'objet de ses recherches (vol. IV, p. 71, etc.;; et ce n'est pas seulement ici que je rne fais un devoir de lui rendre celte justice. Le sujet de mes recherches m'a souvent conduit sur un terrain qu'il avait parcouru, et je m'en suis uniquement rapporté à son habileté et à son discernement.
NOTE 36, Sect. m, p. 539.
Ce voyage, avec les observations d'Abu-Zud et de Hassan de Siraf, fut publié par M. Renaudot l'an de Jésus- Christ 1718, sous le titre d'anciennes Relations des Indes et de la Chine, de deux voyageurs mahométans qui y allèrent dans le neuvième siècle ; traduites de l'arabe, avec des remarques sur les principaux endroits de ces relations. Comme M. Renaudot, dans ses Remarques, représente la littérature et la police des Chinois sous des couleurs bien différentes de celles qui caractérisent les brillantes descriptions qu'en avaient données les jésuites, poussés par une admiration aveugle, deux zélés missionnaires ont révoqué en doute l'authenticité de ces relations, et ont assuré que leurs auteurs n'avaient jamais été en Chine (P. Prémare, Lettres édifiantes et curieuses, tom. XIX, p. 420, etc. ; P. Parennin, ibid. , tom. XXI, p. 158, etc.). Plusieurs savans d'Angleterre conservèrent aussi des doutes sur le même sujet , en ce que M. Renaudot n'avait donné d'aulres éclaircissemens sur le manuscrit qu'il avait traduit , sinon qu'il l'avait trouvé dans la bibliothèque de M. le comte de.Seignelay. Comme personne depuis n'avait vu le manuscrit , les doutes augmentèrent, et M. Renaudot lut accusé d'avoir
SUR L'INDE ANCIENNE
voulu en imposer au public. Mais les manuscrits de Colbert ayant été déposés dans la bibliothèque du roi, pomme le sont, heureusement pour la littérature, la plupart des collections parliculières en Fra»ce, M. de Guignes , après bien des recherches, découvrit en na»ure le manuscrit cité par M. Renaudot. 11 paraît avoir élé écrit au douzième siècle {Journal des Savans , déc. 1764, p. 315, etc.). Comme je n'avais pas l'édition française du livre de M. Renaudot, c'est de la traduction anglaise que sont tirées mes citations. La relation des deux voyageurs arabes se trouve confirmée sur beaucoup de points par leur compatriote Massoudi, qui publia son traité de l'histoire universelle , auquel il donna le titre bizarre de Champs d'or,de Mines de diamans, cent six ans après leur mort. C'est encore lui qui nous a laissé sur la situation de l'Inde au dixième siècle des détails qui prouvent évidemment qu'à cette époque les Arabes avaient acquis une connaissance très étendue de ce pays. Suivant la description qu'il eu donne, la péninsule de l'Inde était divisée en quatre royaumes. Le premier était composé des provinces arrosées par l'indus et les autres rivières qui s'y jettent; sa capitale était Moultan. La capitale du second royaume était Canoge, qui, par les ruines qu'on voit encore, parait avoir été une très grande ville (Mémoires de Renncl , p. 54). Pour donner une idée de sa population , les historiens indiens assurent qu'elle contenait trente mille boutiques où se vendait la noix de bétel , et. soixante mille bandes de musiciens et de chanteurs qui payaient un droit au gouvernement (Férishla, traduit par Dow, vol 1, p. 32). Le troisième royaume était Cachemire. Massoudi est le premier auteur, queje sache, qui I'jssp mention de ce paradis de l'Inde, dont il ne donne qu'une courte mais fidèle description. Le quatrième est le royaume de Guzurate, qu'il représente comme le plus grand et le plus puissant, et il s'accorde avec les deux voyageurs arabes dans la dénomination de Balhara qu'il donne à ses souverains. Ce que Massoudi raconte de l'Inde est plus remarquable, en ce qu'il avait lui-même visité ce pays (Notices et extraits de manuscrits de la Bibliothèque du Roi, tom. 1, p. 9, 10). Massoudi appuie ce que disent les deux voyageurs arabes des progrès étonnans des Indiens dans l'astronomie. Suivant lui , on bâtit un temple sous le règne de Brahman , premier monarque de l'Inde, avec douze tours représentant les douze signes du zodiaque, et où l'on voyait toutes les étoiles dans l'ordre où elles paraissent dans les cieux. Sous le même règne fut composé le fameux Sintl-Hind, qui parait être le traité le plus parfait de l'astronomie indienne (Notices, tom. 1, p. 7). Un autre auteur arabe, qui écrivait vers le milieu du quatorzième siècle, partage l'Inde en trois parties, l'une septentrionale, qui eonij; end toutes les provinces arrosées par llndus ; l'intermédiaire, qui s'étend de Guzurate au Gange; la méridionale, qu'il appelle Comar, du nom du cap Comorin {Notices, e:c. , tom. XI, p. 46;.
NOTE 37, Sect. m , p. 540.
Il ne paraît pas que les Chinois aient été versés plus que les Grecs, les Romains ou les Arabes, dans l'art de la navigation. Leurs propres auteurs ont tracé la route qu'ils cuivaient deQuang-Tong àSiraf, près l'embouchure du golfe lersique. Ils se tenaient le plus près du rivage
qu'il leur était possible jusqu'à leur arrivée à l'île de Ceylan, et alors, doublant le cap Comorin, ils suivaient le côté occidental de la péninsule jusqu'à l'embouchure de l'indus, et de là s iraient la côte jusqu'au lieu de leur destination. (Mcm. de litlcrat., tom. XXX11, p. 307. ) Quelques auteurs ont prétendu que les Arabes et les Chinois connaissaient très bien le compas de marine et l'usage qu'on en fait dans la navigation : mais il est remarquable que dans aucune des langues arabe, turque ou perse, il n'y a point originairement de mot pour boussole. Ils l'appelaient communément bossola, nom Italien qui prouve que la chose qu'il signifie ne leur était pas moins étrangère que le mot même. Il n'y a pas une seule observation de quelque antiquité, faite par les Arabes sur la variation de l'aiguille, ou quelque inférence utile h la navigation, qui en ait été tirée. Le chevalier Chardin, l'un des voyageurs les plus savans et les mieux instruits qui aient visité l'orient, ayant élé consulté sur ce point, donna la réponse suivante : « Je soutiens, sans crainte « d'être démenti , que c'est à nous que les Asiatiques sont « redevables de ce merveilleux instrument qu'ils tenaient « de l'Europe long temps avant la conquête des Portu- «gais. Car, d'abord, leurs boussoles sont exactement pâte reilles aux nôtres, et, tant qu'ils peuvent, il les achè- « tent des Européens, osant à peine se fier aux leurs ((Secondement, il est certain qu'il n'y avait que les an- « tiens navigateurs qui s'attachaient aux côtes; ce que «j'attribue au défaut de cet instrument qu'ils n'avaient « pas pour les guider et les instruire au milieu de l'Océan. « On ne dira pas qu'ils craignaient de se hasarder trop « loin de chez eux; car les Arabes, les premiers naviga- « teursdu monde, selon moi, du moins sur les mers orien- « taies, on! , de temps immémorial, navigué du fond de « la mer Rouge tout le long de la côte d'Afrique, et les «Chinois ont été dans un commerce continuel avec les « îles de Java et de Sumatra, ce qui est un voyage très « considérable. Tant d'îles inhabitées et. cependant pro- « duclives, tant de terres inconnues aux peuples dont je «parle, sont une preuve que les anciens navigateurs « ignoraient l'art de gouverner en pleine mer. Je n'ai «que des raisonnemens à présenter sur celte matière , « n'ayant jamais trouvé personne en Perse ou dans les « Indes qui ait pu me dire à qu'elle époque le compas y « fut connu pour la première fois, quoique je me sois « adressé aux plus savans hommes des deux pays. J'ai fait « le voyage des Indes en Perse sur des vaisseaux indiens, « où il n'y avail que moi d'Européen. Tous les pilotes «étaient Indiens, et ils se servaient, pour leurs observa- « lions, du rayon astronomique et du quart de cercle. « C'est de nous qu'ils tiennent ces instrumens; ils sont « faits par nos artistes, et ils ne différent absolument en « rien des nôtres, si ce n'est dans les caractères, qui sont « arabes. Les Arabes sont les plus habiles navigateurs « parmi les Asiatiques et les Africains; mais ni eux ni les « Indiens ne font usage des cartes ; et elles ne leur sont « pas très nécessaires : ils en ont bien , mais copiées sur « les nôtres; car ils ne connaissent point du tout la pers- « pective. » (Recherches sur la première entrée des mahomélans en Chine, p. 141, etc.) M. Niebhur étant au Caire, fit connaissance d'un mahométan qui avait une aiguille marine qui servait à indiquer la Kaaba, et il lui donnait le nom à' El Magnalis ; preuve évidente qu'elle venait d'Europe. (Voy. en Arabie, t. II , p. 169.
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENS
NOTE 37 bis, p. 540.
Quelques hommes savans, tels que Cardan, Scaliger, etc. ont imaginé que les Jasa Murrhina , particulièrement décrits par Pline (Hist. nat., lib xxxvn) et mentionnés çà et là par plusieurs ailleurs anciens grecs et romains , étaient la véritable porcelaine de la Chine. M. l'abbé Le Blond et M. Larcher ont examiné cette opinion avec autant de soin et d'érudition que le méritait le sujet , dans deux Dissertations publiées dans les Mém. dp littéral. (t. XLHI). D'après eux il serait évident que les vases murrhina étaient formés d'une pierre transparente que l'on trouve en creusant la terre dans quelques-unes des provinces orientales de l'Asie. On cherchait à imiter ces vases avec des vaisselles de verre colorié. Comme tous deux étaient fort beaux et fort rares, on les vendait à un très haut prix aux opulens citoyens de Rome.
NOTE 38 , Sect. m, p. 540.
Nous avons des preuves de la propagation du christianisme et du mahométisme dans la Chine et dans l'Inde, qui ne laissent aucun doute sur cet objet. Ces preuves sont présentées par A$mm\m(Bibliol. Orient, vol. IV, p. 437, etc. 521 , etc., et par M. Renaudot, dans deux Dissertations qu'il a jointes aux Anciennes relations; enfin par M. delaCroze, Histoire du christianisme des Indes. Aujourd'hui cependant nous savons que le nombre des prosélytes dans les deux religions est infiniment petit, surtout dans l'Inde. Un Gentou regarde toutes les distinctions et tous les privilèges de sa caste comme lui appartenant par un droit exclusif et incommunicable. Convertir ou être converti sont des idées qui répugnent également aux principes les plus profondément enracinés dans son âme ; et il n'y a pas un seul missionnaire catholique ou protestant dans l'Inde, qui puisse se vanter d'avoir surmonté ces préjugés, si ce n'est dans un petit nombre d'individus qui appartiennent aux castes les plus basses, ou qui n'en ont pas du tout. Celte dernière circonstance est un grand obstacle aux progrès du christianisme dans l'Inde. Comme les Européens mangent la chair de l'animal sacré pour les Indiens, et boivent des liqueurs enivrantes, exemples que suivent les nouveaux convertis au christianisme, cette conduite les fait descendre au niveau des parias, l'espèce d'hommes la plus méprisable et la plus odieuse. Quelques missionnaires catholiques en sentirent si bien la conséquence, qu'ils affectèrent d'imiter l'habillement et la manière de vivre des bramiues, et refusèrent de fréquenter les parias, ou de les admettre à la participation des sacremens. Mais ils en furent blâmés par le légat apostolique Tournoi;, comme d'une chose contraire à l'esprit et aux maximes de la religion chrétienne. ( Voyages aux Indes Orientales , par M. Sonnerai, tom. 1, p. 58, notes.) Malgré les travaux des missionnaires pendant plus de deux cents ansj dit un écrivain moderne distingué, et les élablissemens de différentes nations chrétiennes qui les entretiennent et qui les protègent parmi peut-être cent millions d'indiens, il n'y en a pas douze mille chrétiens, et encore ce petit nombre n'est-il composé que de Cliaucalas, ou proscrits (Esquisses sur l'histoire , la religion, la littérature et les mœurs des Indiens , p. 48 ). On fait monter à prés de dix millions le nombre des mahométans
ou des maures qui sont aujourd'hui dans l'Indostan ; mais ils ne sont point originaires du pays; ce ne sont que les descendans des aventuriers qui n'ont cessé de s'y répandre de la Tartarie, de la Perse et de l'Arabie, depuis l'invasion de Mahmoud de Gazna , l'an de Jésus-Christ 1002, premier conquérant de l'Inde, parmi les mahomé tans (Orme, Hist. ofmilitary transactions , in Indostan, vol. I, p. 2ï. D'Herbelot, Bibliot. Orient, artic Gasnaviah). Comme il paraît que les mœurs des indiens d'aujourd'hui sont absolument les mêmes qu'autrefois il est probable que les chrétiens et les mahométans, qu'on dit avoir été en si grand nombre dans l'Inde et dans la Chine, étaient surtout des étrangers qu'y avait attirés l'appât d'un commerce lucratif, ou bien leurs descendans. Le nombre des mahométans dans la Chine s'est considérablement augmenté par l'usage établi chez eux d'acheter dans les années de famine des enfans qu'ils élèvent dans la religion mahométane. ( Hist. gêner, des Voyages , tom. VI, p. 357.)
NOTE 39, Sect. m, p. 542.
La Chronique d'André Dandulo, doge de Venise , qui fut élevé à cette dignité dans un temps où ses compatriotes avaient établi un commerce régulier avec Alexandrie et en tiraient toutes les productions de l'orient, faisait naturellement espérer quelques éclaircissemens sur leurs premières relations avec ce pays; mais, excepté je ne sais quelle histoire de quelques vaisseaux vénitiens qui étaient allés à Alexandrie, vers l'an 828, en dépit d'un décret de la république , et qui avaient enlevé le corps de saint Marc (Murât., Script, rcr. ital., vol. XII, lib. vin, c. ii, p. 170), je ne trouve aucun autre indice sur la communication entre les deux pays. 11 se présente au contraire des circonstances qui font voir que les relations des Européens en Egypte avaient presque entièrement cessé pour un temps. Antérieurement aux septième et huitième siècles, la plus grande partie des actes publics, en Italie et dans les autres pays de l'Europe, s'écrivaient sur du papier fait d'un arbrisseau d'Egypte : mais après cette époque, comme les Européens ne cherchaient plus à commercer avec Alexandrie, presque toutes les Chartres et autres actes sont écrits sur du parchemin (Murât., Antiq. ital. medii œvi, vol. 111, p. 832). Je ne me suis si fort appesanti , et dans le texte et dans cette note, sur ces détails qui prouvent l'interruption du commerce entre les chrétiens et les mahométans, que pour détruire une erreur dans laquelle sont tombés plusieurs auteurs modernes, en supposant que bientôt après les premières conquêtes des califes, le commerce avec l'Inde avait repris son ancienne marche , et les négocians d'Europe fréquentaient avec la même liberté qu'auparavant les ports d'Egypte et de Syrie.
Il est bon de remarquer, dit M. Stewart, que les Indiens ont un art admirable pour rendre leur religion lucrative. Les fakirs , dans leurs pèlerinages des côtes de la mer dans l'intérieur des terres, se chargent ordinairement de perles, de corail, d'épiceries et autres objets précieux d'un petit volume, qu'ils échangent, à leur retour, contre de la poudre d'or, du musc et autres
SUR L'INDE ANCIENNE
articles semblables , qu'il leur est facile de cacher dans leurs cheveux et dans leurs ceintures; faisant par ce moyen un trafic assez considérable, en proportion de leur nombre. (Relation du royaume de Thibet. — Transact. philos., vol. LXVII1, part, n, p. 483.)
NOTE 41, Sect. ni, p. 546.
Caffa est la place de commerce la mieux située de la mer Noire. Dans les mains des Génois, qui en avaient eu la possession pendant plus de deux siècles, elle était devenue le centre d'un commerce étendu et florissant. Malgré tous les désavantages d'un gouvernement tel que celui des Turcs, elle est encore aujourd'hui renommée par sou commerce. Le chevalier Chardin , qui y fut , l'an de J.-C. 1672, dit que dans un séjour de quarante jours qu'il y fit, il vit à Caffa arriver ou partir plus de quatre cents vaisseaux. ( Voyages , t. 1 , p. 48. ) 11 y remarqua beaucoup de restes de la magnificence des Génois. Le nombre de ses habitans, selon M. Peyssonnel , est encore de quatre -vingt mille. (Commerce de la mer Noire, t. 1 , p. 15.) Il parle de son commerce comme d'un commerce très considérable.
ROTE 42, Sect. m, p. 547.
L'insolence et la rapacité des Génois établis à Constantinople sont représentées par Nicéphore Grégoras, témoin oculaire de leur conduite , sous les couleurs les plus frappantes : « Les Génois , dit-il, à présent, c'est-à-dire « vers l'an 1340, s'imaginent avoir acquis l'empire de la « mer, et s'arrogent un droit exclusif au commerce de la « mer Noire, empêchant les vaisseaux grecs d'approcher « du Méotide , de la Chersonèse et de toute autre partie « de la côte supérieure à l'embouchure du Danube, sans « une permission expresse de leur part. Ils étendent cette « exclusion jusque sur les Vénitiens, et ils ont poussé le « délire jusqu'à s'occuper du projet de lever une taxe « sur tous les vaisseaux qui passeraient le Bosphore. » (Lib. xviii , c. n, § 1.)
NOTE 43, Sect. ni, p. 547.
On croyait qu'il était si nécessaire de s'autoriser d'une permission du pape pour commercer avec les infidèles, que long-temps après celte époque, l'an 1454, Nicolas V, dans sa fameuse bulle en faveur du prince Henri de Portugal, entre autres privilèges, lui accorde la permission de trafiquer avec les mahométans , s'appuyant de semblables permissions accordées aux rois de Portugal par les papes Martin V et Eugène. (Leibnitz, Codex jur., gent. diplomat. , pars i , p. 489.)
NOTE 44, Sect. m, p. 548.
Ni Paul Jove, panégyriste zélé des Médicis, ni Jos. M.Brutus leur détracteur, quoiqu'ils parlent tous deux de l'exorbitante richesse de cette famille, ne s'expliquent .sur la nature du commerce par lequel ils s'étaient, enrichis. Machiavel lui-même, dont le génie se plaisait à rechercher toutes les circonstances qui avaient contribué à l'agrandissement ou à la décadence des nations, ne parait pas avoir envisagé le commerce de son pays comme un sujet qu méritât le moindre éclaircissement. Déniua qui a intitulé le premier chapitre de sou dix-huitième
livre : Origine dei Médicis, et commencement de leur pouvoir et de leur grandeur, ne donne que peu de renseignemens sur le commerce qu'ils ont fait. Ce silence de tant d'auteurs est une preuve que les historiens n'avaient pas encore commencée considérer le commerce comme un objet assez important dans les rapports politiques des nations, pour en suivie la nature et les effets. D'après les renvois de divers écrivains à Scipio-Ammiralo (Islorie florentine), à Pagnini (Délia Décima cd ail ri gravezze délia mercalura di Fiorenlinï), et à Balducci (Pratica de/la mercalura^jecrolrM&qu'W serait possible de trouver quelque chose de plus satisfaisant sur le trafic tant de la république que de la maison de Médicis ; mais je ne trouverais ces livres ni à Edimbourg ni à Londres.
NOTE 45 , Sect. m , p. 548.
Leibnitz a conservé une pièce précieuse qui contient les instructions de la république de Florence aux deux ambassadeurs envoyés au Soudan d'Egypte pour négocier ce traité avec lui, avec la réponse de ces ambassadeurs à leur retour. Le grand objet de la république était d'obtenir la liberté de commercer dans toute l'étendue des états du Soudan, sur le même pied que les Vénitiens. Les principaux privilèges qu'ils sollicitèrent étaient : 1. Libre entrée dans tous les ports du Soudan, protection tant qu'ils y resteraient, et liberté d'en sortir quand ils voudraient. 2. Permission d'avoir un consul revêtu des mêmes droits et de la même juridiction que ceux des Vénitiens; et liberté de faire bâtir une église, un magasin et un bain dans tous les lieux de leurs établlssemens. 3. Qu'ils ne paieraient point sur les objets d'importation ou d'exportation des droits plus forts que n'en payaient les Vénitiens. 4. Que les effets de tout Florentin, qui mourrait dans les états du Soudan, seraient remis entre les mains du consul. 5. Que la monnaie d'or et d'argent de Florence serait reçue en payement. Tous ces privilèges, qui font voir sur quel pied généreux et équitable les chrétiens et les mahométans traitaient alors ensemble, les Florentins les obtinrent; mais à cause des raisons motivées dans le texte, il paraît qu'ils n'ont jamais eu une grande part au commerce de l'Inde. (Leibnitz, Mantissa, God. jur. gent. diplom., pars altéra, p. 163.)
NOTE 46, Sect. m, p. 547.
Les parties orientales de l'Asie sont aujourd'hui si parfaitement connues, que le compte inexact qu'en a rendu le premier Marco Polo n'attire que peu de cette attention qu'excita d'abord la publication de ses voyages; et il s'est mêlé à ses récits des circonstances qui ont poussé quelques auteurs à justifier cette défaveur , en révoquant en doute la vérité de ce qu'il rapporte, et même à soutenir qu'il n'avait jamais vu le pays dont il prétend donner la description. 11 n'établit, disent-ils, la position d'aucun lieu en spécifiant sa longitude ou sa latitude. Il donne aux provinces et aux villes, surtout dans sa description du Catay , des noms qui n'ont aucune ressemblance avec lesnomsmodernes.il faut cependant observer que Marco Polo n'étant pas du tout un savant on n'a pas dû s'attendre qu'il fixerait la position des lieux avec l'exactitude d'un géographe. Comme les voyages qu'il faisait dans la Chine étaient ou pour accompagner le grand Khan , ou pour faire exécuter ses ordres, il est probable que les
NOTES ET ECLAIRCISSEMENS
noms, qu'il donne aux différentes villes, sont ceux que leur faisaient porter les Tartares au service de qui il était, el non point les noms originaires chinois. Une circonstance explique les inexactitudes qui se trouvent dans la relation de ses voyages, c'est qu'elle ne fut point publiée d'après un journal régulier que les changemens continuels de sa situation, pendant une si longue suite d'aventures, ne lui permirent pas de tenir ou de conserver. 11 la composa, de retour dans son pays natal, el principalement de mémoire. Mais, malgré ce désavantage, le compte qu'il rend des contrées de l'orient qui ont été l'objet de mes recherches renferme des éclaircissemens sur beaucoup de points que l'Europe ne connaissait pas alors, et dont l'exactitude est aujourd'hui parfaitement démontrée. M. Maisden, dont l'exactitude et le discernement sont justement estimées , rappelle sa description de l'île appelée par lui Java minor, et qui est évidemment Sumatra. D'où il paraîtrait que Marco Polo aurait passé un temps considérable dans cette île, en aurait examiné avec soin quelques parties , et aurait pris sur d'autres les renseignemens les plus détaillés (Hist. de Sumatra, p. 281.) J'en rapporterai quelques-uns qui, quoiqu'ils ne soient pas relatifs à des objets de grande importance , prouvent incontestablement qu'il a visité ce pays , et qu'il a observé avec attention les mœurs et les usages du peuple. 11 rend un compte particulier de la nature et de la préparation du sagou , premier article de subsistance chez toutes les nations de la race malaise , et il apporta le premier échantillon de celte production singulière à Venise (lib. ii , c. xvi). 11 parle aussi de, l'usage où l'on était généralement de mâcher le bétel, et la manière de le préparer est encore aujourd'hui la même que celle qu'il a décrite. (Ramus, Viaggi i. p. 55, D. 56.) 11 va même jus- :1er de la manière particulière dont on nourrissait les chevaux , et qui existe encore. (Ramus, p. 53, F.) Mais ce qui est bien plus important, il nous apprend que le commerce ave;: Alexandrie, lors de son voyage dans l'Inde, se faisait encore de la même manière que j'av is présumé qu'il se faisait anciennement. Celait encore des vaisseaux du pays qui portaient, les marchandises de l'orient à la côte de Malabar , d'où elles étaient enlevées avec le poivre et d'autres productions particulières à celle partie de l'Inde par des vaisseaux qui venaient de la mer Rouge (lib. ui, c. xxvii). On peut rendre compte par-ià peut-être de cette qualité supérieure que Sauudo attribue aussi aux marchandises apportées à la côte de Syrie, du golfe Pcrsique, sur celles qui arrivaient en Egypte par la mer Rouge. Celles-là étaient choisies et achetées dans les lieux qui les avaient produites ou manufacturées par des marchands persans qui continuaient leurs voyages dans toutes les parties de l'orient; tandis que les marchands égyptiens , dans la formation de leurs cargaisons, étaient bornes, pour tout assortiment , aux marchandises apportées à la côte de Malabar par les naturels. Ce que Marco Polo raconta à quelques personnes de son temos des nombreuses armées et des revenus immenses des princes orientaux, leur parut si extravagant, quoique absolument conforme à ce que nous savons aujourd'hui de la population de la Chine el de la richesse de l'indostan , qu'ils lui donnèrent le nom de Messcr Marco Millioni. (Préfat. de Ramus, pag. 4.) Mais i! fut bien différemment écouté des personnes mieux instruites. Colon. b, ainsi que les sa vans avec qui il était en relation ,
mettait une si grande confiance dans la véracité de ses rapports, qu'ils servirent de base principale aux spécu lations et aux théories qui menèrent a la découverte du Nouveau-Monde. (Fie de Colomb s\i%.v son fils, c.vii,vin.j
L'an 1301 , Jeanne de Navarre, femme de Philippe-le Rel , roi de France, ayant passé quelques jours à Bruges, fut tellement frappée de la grandeur et de la richesse de cette ville, et surtout de la magnificence des femmes des bourgeois, que par un mouvement de cette envie naturelle à son sexe ( dit Guicciardin ) elle s'écria avec indi gnation : « Je croyais être ici la seule reine, mais je vois « qu'il y en a des centaines encore. » (Dcscril. dei Pat si Basai, p. 408.)
NOÏE48,Sect. m, p. 552.
J'ai remarqué dans l'histoire du règne de Charles V , vol, 1 , p. 163 , que , durant la guerre excitée par la fameuseliguedeCambray,tandisqueChatlcsVHlde Fr< :e ne pouvait se procurer de l'argent qu'avec une prime de quarante-deux pour cent, les Vénitiens trouvaient les sommes qu'ils voulaient à cinq pour cent. Mais je pense bien que ce prix ne doit pas être comme le taux ordinaire de l'intérêt à cette époque, mais comme un effort volontaire et patriotique des citoyens, pour venir au secours de leur pays dans une crise dangereuse. Il y a dans l'histoire de la république des exemples frappatis de ces généreux dévouemens. L'an 1379, lorsque les Génois, après avoir remporté une grande victoire navale sur les Vénitiens, se disposaient à attaquer leur capitale, les citoyens, par une contribution , mirent le sénat à même de faire un armement qui sauva leur pays. (Sabellicus, Hist. rer. venct. Dec. 111 , lib. iv , p. 385 , 390.) Dans la guerre avec Ferrare, qui commença l'an 1472, le sénat, sûr de l'attachement des citoyens à leur pays, ordonna que chacun apportât au trésor public toute sa vaisselle d'or et d'argent et ses bijoux , s'engageant d'en payer la valeur à la fin de la guerre, avec cinq pour cent d'intérêt; et cet ordre fut exécuté avecallégresse/Pffr. Cyrnœus de Tiello Ferrar. ap. Murât. Script, rer. ital., vol. XXI, p. 1056.)
NOTE 49, Sect. m, p. 552.
On peut citer deux faits comme preuves de l'étendue extraordinaire du commerce des Vénitiens à cette époque. — 1° Ou trouve dans la grande collection de Rymer une suite d'actes par lesquels les rois d'Angleterre conféraient différens privilèges et différentes immunités aux marchands vénitiens qui commerçaient en Angleterre, ainsi que divers traités de commerce avec la république, qui montrent clairement à quel point leurs rapports s'étaient multipliés dans ce pays. M. Anderson cite chacun de ces traités dans leur ordre; et quiconque est engage dans des recherches sur le commerce, a dû sentir en plus d'une occasion combien il devait au travail infatigable et à l'excellent jugement de cet écrivain. — 2" L'établissement d'une banque par l'autorité publique, dont le crédit élait fondé sur celui de l'état, dans un siècle et chez une nation où l'on connaît si bien les avantages que le commerce retire de l'institution des banques, il est inui .; d'en faire l'énumération. Les transactions mercantiles doivent avoir élé nombreuses el étendues , avant que l'on
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aperçût pleinement l'utilité d'une telle institution , ou que les principes du commerce fussent si bien connus qu'ils formassent des règlemens propres à la diriger avec succès. Venise peut se vanter d'avoir donné à l'Europe le premier exemple d'un établissement entièrement inconnu aux anciens et dont s'enorgueillit le système moderne commercial. La constitution- de la banque de Venise fut originairement établie sur des principes si justes , qu'elle a servi de modèle à l'établissement des banques dans les autres pays , et l'administration de ses affaires a été conduite avec tant d'intégrité, que son crédit n'a jamais été ébranlé. Je ne peux pas spécifier l'année précise dans laquelle la banque de Venise fut établie par unie loi de l'état. Auderson présume qu'elle l'a été l'an de Jésus-Christll57.(<7/t/wi.,v.I, p. 84. Sanài, Jïist. cuil. de Ven., part h , vol. H, p. 768 ; part. m , vol. 11 , p. 892.)
NOTE 50, Sect ni, p. 553.
Un auteur italien assez estimé, et qui a fait des recherches exactes sur l'histoire ancienne de ses différais gouvernemens, assure que si tous les états qui commerçaient dans la Méditerranée s'étaient réunis, Venise seule aurait été supérieure à tous par ses forces navales, et l'étendue de son commerce (Denina, Révol. d' Italie, traduites par l'abbé Dujardin, lib. xvhi, c. vi, tom. VI, p. 339 ). Vers l'an Î20, le doge Mocenigo donna un plan de la force navale delà république, lequel confirme cette décision de Denina. Elle consistait alors en trois mille vaisseaux marchands de différentes grandeurs, à bord desquels il y avait dix-sept mille matelots; en trois cents vaisseaux de plus grande force, montés par huit mille matelots ; et en quarante-cinq larges galères ou caraques, conduites par onze mille matelots. Six mille charpenliers étaient employés aux arsenaux publics et particuliers. (Marc Sanuto, Vies des ducs de Ven. Ap. Murât, Hist. de V Italie , vol. XXII , p. 959. )
NOTE 51 , Sect. m , p. 558.
Si uous remarquons la forme et la position des parties habitables de l'Asie et de l'Afrique, nous aurons de bonnes raisons pour considérer le chameau comme le plus utile de tous les animaux que les habitans de ces grands continens aient domptés. Dans ces deux continens, quelquesuns des plus fertiles districts sont séparés l'un de l'autre par des trajets si étendus de sables arides, séjour de la désolation et de la sécheresse , qu'ils paraissent exclure la possibilité de toute communication entre ces deux parties du monde. Mais comme l'Océan, qui semble d'abord être placé comme une barrière insurmontable entre les différentes régions de la terre , est devenu par la navigation utile à leur commerce réciproque, ainsi par le moyen du chameau , que les Arabes nomment avec emphase le vaisseau du désert , on traverse les déserts les plus sauvages, et les nations qu'ils séparent sont en état de commercer entre elles. Ces voyages pénibles, impraticables pour tout autre animal, le chameau les exécute avec une étonnante promptitude. Chargé de six, sept à huit cents pesant, il peut continuer sa marche durant un long espace de temps avec peu de nourriture ou de repos, et quelquefois sans boire pendant huit ou neuf jours. Par la sage économie de la Providence, le chameau parait tonné exprès pour être la bête de charge des régions où il est
placé, et où son service est très nécessaire. Dans tous les districts de l'Asie ou de l'Afrique, où les déserts sont multipliés et très étendus, le chameau abonde; ces pays lui sont propres et la sphère de sou activité ne peut s'étendre plus loin. Il redoute également les excès de la chaleur et du froid, et ne peut se faire même au doux climat de notre zone tempérée. Comme le premier commerce des marchandises de llnde dont nous ayons quelque détail authentique fut fait par le moyen des chameaux (Gen., xxxvu, v. 5), et comme c'est en les employant que le transport de ces marchandises a été d'une si grande étendue dans l'Asie et dans l'Afrique, les particularités dont j'ai fait mention relativement à ce sin gulier animal m'ont paru nécessaires à l'éclaircissement de cette partie de mon sujet. Si quelques-uns de mes lecteurs désirent une plus ample information et souhaitent de connaître comment l'industrie et l'art de l'homme avaient secondé les intentions de la nature en dressant le chameau dès sa naissance à cette vie active et laborieuse à laquelle il est destiné, il peut consulter l'Histoire naturelle de M. le comte de Buffon, article chameau et dro madaire, une des plus éloquentes descriptions, et autant que je peux juger, d'après l'examen des autorités qu'il a citées, une des plus exactes qu'ait dotinées ce fameux écrivain. M. Volney, dont l'exactitude est bien connue, donne aussi une description de la manière dont le chameau voyage. Elle peut être agréable 5 quelques uns de mes lecteurs. «On emploie surtout les chameaux eu « voyageant à travers les déserts, parce qu'ils consomment «peu et portent de gros fardeaux. Leur charge ordinaire «est d'environ sept cent cinquante livres, leur nourriture «est tout ce qu'on leur donne, paille, chardons, les «noyaux de dates, fèves, orge, etc. Avec une livre de «nourriture par jour, et autant d'eau, le chameau «voyagera pendant des semaines. Dans la journée du «Caire à Suez, qui est de cinquante ou de cinquante-six «six heures, ils ne mangent ni ne boivent, mais ces «longs jeûnes si souvent répétés les épuisent. Leur «marche ordinaire est très lente , ils font à peine au-delà «de deux milles par heure; il est inutile de les presser, «ils ne précipiteront pas leur pas, mais si on leur accorde «quelques repos, ils marcheront quinze o'.i dix -huit «heures par jour. » ( Voyage, loin. 11 , p. 383. )
Pour donner une idée complète de la circulation étendue des marchandises indiennes par terre, il serait nécessaire de tracer la roule et d'évaluer le nombre des différentes caravanes qui les transportent. Si ceci éiait exécuté avec exactitude , ce serait un objet curieux de recherche géographique, aussi bien qu'une addition précieuse à l'histoire du commerce. Quoique je ne pusse entrer dans un si long détail sans contredire la brièveté à laquelle je me suis attaché dans celle recherche , cependant il est peut-être nécessaire ici d'éclaircir cette partie de mon sujet en parlant des deux caravanes qui visitent la Mecque, afin mie mes lecteurs puissent mieux apprécier l'importance de leurs transactions commerciales. La première est la caravane qui va du Caire en Egypte , et l'autre de Damas en Syrie. Je choisis celles-ci, et parce qu'elle sont les plus considérables et parce qu'elles sont décrites par des auteurs non suspects, qui ont eu les meilleures occasions d'être pleinement informés de tout
NOTES ET ECLAIRCISSEMENS
ce qui avait rapport à ce sujet. La première est composée non -seulement de pèlerins de chaque partie de l'Egypte , irîis encore de ceux qui arrivent, d* tous les petits états mahométans sur les côtes d'Afrique dans la Méditerranée, de l'empire de Maroc et même des royaumes maures dans la mer Atlantique. Lorsque la caravane s'assemble , elle est composée au moins de cinquante mille personnes, et le nombre des chameaux employés à porter de l'eau , des provisions et des marchandises, est encore plus grand. Ce voyage, qui en partant du Caire et en y revenant ne s'achève pas en moins de cent jours, se fait entièrement par terre, et comme là route est ordinairement à travers les déserts sablonneux, stériles, inhabités et sau vages, qui rarement offrent quelque subsistance, et où souvent on ne peut trouver des sources d'eau, les pèlerins essuient toujours beaucoup de fatigue, et quelquefois doivent supporter des peines incroyables. Hakluit a publié anciennement une bonne description de celte caravane (vol. 11, p. 202, etc.). Maillet est entré à ce sujet dans un détail curieux et minutieux. (Descript. de l'Égyple, part, ii, p. 212, etc.) Pocock a donné la route avec la longueur de la marche de chaque jour; il la tenait dune personne qui avait élé quatorze jours à la Mecque (vol. 1, p. 188, 261 , etc.). La caravane de Damas, composée de pèlerins de presque toute la province de l'empire turc, est peu inférieure en nombre à la première, et son commerce n'est pas moins important. ( Voyage de Volney, tom. 11, page 251, etc. ) Ce pèlerinage fut formé dans l'année 1741 par Khojeh Abdulkurreem , dont j'ai déjà parlé, note 4, p. 572. 11 donne la route ordinaire de Damas à la Mecque évaluée par heures, manière commune d'apprécier une journée dans l'orient à travers les contrées peu fréquentées. Selon l'évaluation la plus modérée, la distance entre les deux villes, par son calcul, doit être de plus d'un millier de milles. Une grande partie du voyage se fait au travers d'un désert, et les pèlerins essuient non-seulement beaucoup de fatigue, mais courent souvent de grands dangers de la part des Arabes vagabonds [Mémoires , p. 114, etc.). C'est une singulière preuve de l'esprit. de rapines des Arabes, que quoique toutes leurs tribus indépendantes soient mahométanes zélées, cependant ils ne se font pas de scrupule de piller les caravanes des pèlerins , qui ne font que remplir un des plus indispensables devoirs de leur religion : quelque nombreuses que soient ces caravanes, nous ne pouvons pas supposer que tous les pèlerins qui visitent la Mecque leur appartiennent. Il y a des renforts considérables des vastes domaines de la Perse, de chaque province de l'iiidostaii et des contrées à l'est, de l'Abyssinie, des différens états sur la côte méridionale d'Afrique et de toutes les parties de l'Arabie, qui tous rassemblés ont été estimés monter à deux cent mille. En quelques années le nombre est encore augmenté par de petites bandes de pèlerins de plusieurs provinces intérieures de l'Afrique, dont les noms et les positions commencent maintenant à être connus en Europe. Nous sommes redevables de ce dernier fait à l'association pour favoriser la découverte des parties intérieures de l'Afrique, formée par quelques Anglais sur des principes si généreux et des vues de bien public qui les honorent autant que leur propre pays.
Dans le rapport du comité du conseil privé sur la traite des nègres, il y a d'autres particularités, et il paraît que le commerce des caravanes, dans les parties intérieures
de l'Afrique, est non-seulement très étendu, mais d'un bénéfice considérable. Outre la grande caravane qui va au Caire et est jointe par des pèlerins mahométans de chaque partie de l'Afrique, il y a des caravanes qui n'ont d'autre objet que le commerce; elles parlent de Fez, Alger, Tunis, Tripoli et des autres états sur la côte maritime, et pénètrent dans l'intérieur de la contrée. Quelques-unes d'elles ne mettent pas moins de cinquante jours pour atteindre le lieu de leur destination; et comme leur marche peut être estimée à environ dix-huit milles par jour, on peut aisément calculer l'étendue de leur voyage. Comme le temps de leur départ et leur route sont entièrement connus, elles sont rencontrées par le peuple de toutes les contrées qu'elles traversent et qui commercent avec elles. Les marchandises indiennes de toute espèce, forment un article considérable de ce trafic : la denrée principale qu'elles peuvent donuer en échange consiste eu esclaves (part, vi ).
Comme les voyages des caravanes qui sont purement commerçantes ne commencent pas dans des saisons fixes, et que leurs routes varient selon la convenance ou la fantaisie des marchands qui les composent, ou ne peut les décrire avec le même degré d'exactitude. En considérant les détails de quelques auteurs et les notions des autres, on peut tirer une connaissance suffisante pour nous satisfaire, que la circulation des marchandises d'orient par ces caravanes est très étendue. Le même commerce qui se faisait anciennement par les provinces au nord-est de l'Asie avec l'Indostan et la Chine , et que j'ai décrit au commencement, subsiste encore. Parmi toutes les nombreuses tribus de Tartares, même de celles qui conservent leurs mœurs pastorales dans la plus grande pureté, la demande pour les productions de ces deux contrées est très considérable. ( Voyage de Pallas , tom. 1 , p. 357 , et tom. 11, p. 422.) Pour faire des échanges des mar chandises les unes avec les autres, les caravanes partent annuellement de Boghave (Hackluyt, vol. 1. p. 332), de Samarcande , du Thibet, et de plusieurs autres places et retournent avec d'amples cargaisons de marchandises indiennes et chinoises. Mais le commerce entre la Russie et la Chine, en cette partie de l'Asie, est bien plus étendu et mieux connu. 11 est probable que quelque relation de cette espèce existait entre elles ; mais elle a augmenté considérablement lorsque les parties intérieures de la Russie furent devenues plus accessibles par les conquêtes de Gengis-Kanetde Tainerlan. Lesnationscommerçantes de l'Europe étaient si au fait de la manière de faire le commerce, qu'aussitôt après que les Portugais eurent ouvert la communication avec l'orient par le cap de Bonne-Espérance, on essaya de diminuer les avantages qu'ils retiraient de cette découverte , de l'emporter sur les Russes pour transporter les marchandises indiennes et chinoises à travers toute l'étendue de leur empire, partie par terre et partie par le moyen des rivières navigables, dans quelque port de la Baltique, d'où elles pussent être distribuées dans chaque partie de l'Europe. (Ramusio, Recueil des voyages, vol. 1. p. 374. B. )
Ce plan , trop vaste pour que le monarque alors sur le trône de la Russie pût le mettre à exécution, devint praticable par les conquêtes de Basilovitz, et le génie de Pierre le-Grand. Quoique les capitales des deux empires fussent situées à l'immense distance de six mille trois cent soixante-dix-huit milles l'une de l'autre,el que la roule, à
SUR L'INDE ANCIENNE
travers un désert inhabité , parcourait un espace de plus de quatre cents milles {Voyages de Bell., vol. H, p. 167), les caravanes voyageaient de Pélersbourg à Pékin. 11 avait été stipulé, lorsque cette communication fut établie, que le nombre des personnes dans chaque caravane n'excéderait pas deux cents. Tous restèrent renfermés dans les murs d'un caravanserai pendant le peu de temps qu'ils passèrent à Pékin, et il ne leur fut permis de traiter qu'avec un petit nombre de marchands à qui on avait accordé le monopole de ce commerce; mais .malgré ces entraves et ces précautions , la vigilance jalouse avec laquelle le gouvernement chinois interdit aux étrangers tout commerce libre avec ses sujets, prît l'allarme, et l'admission des caravanes russes fut aussitôt défendue. Après différentes négociations, on employa à la fin un expédient qui assura les avantages d'un commerce réciproque , sans enfreindre les règlemens circonspects de la police chinoise. Sur les limites des deux empires, on bâtit deux petites villes contiguës, l'une habitée par les Russes, et l'autre par les Chinois, Les sujets de chaque empire portent dans ces villes les productions commerçables de leur pays. Les fourrures, les toiles, les draps de laine, le cuir et les glaces de la Russie sont échangés contre la soie, le coton, le thé, le riz et les bijoux de la Chine. Quelques règlemens sages de la souveraine placée aujourd'hui sur le trône de la Russie, dont le génie est supérieur aux maximes étroites de quelques-uns de ses prédécesseurs, ont rendu ce commerce si florissant , que le produit monte tous les ans au moins à huit cent mille livres sterling, et que c'est le seul trafic avec la Chine qui se fasse presqu'entièremenl par échange. M. Coxe. dans ses recherches sur la Russie, a recueilli, avec l'attention et le discernement qui lui sont ordinaires , tout ce qui est relatif à cette branche de commerce, dont la nature et l'étendue étaient peu connues en Europe ( ch. h, met iv.) Ce n'est pas le seul endroit où la Russie reçoive des marchandises chinoises et indiennes. Un supplément considérable des unes et des autres est apporté par des caravanes de Tartares indépendans, à Orembourg sur la rivière de Jaik {Voyage de Pallas, tom. 1 , p. 355), et à Troizkaia sur la rivière d'Oui, et à d'autres places dont je ne fais pas mention. Je suis entré dans ce long détail relativement à la manière dont les productions de l'Inde et de la Chine sont introduites en Russie, parce qu'il offre la preuve la plus frappante qu'il est possible de transporter par terre des marchandises considérables à une très grande dislance.
NOTE 53, Sect. iv, p. 560.
Le seul voyage des découvertes dans l'océan Atlantique, vers le sud , qui ait été entrepris par aucun des peuples commerçans des côtes de la Méditerranée est celui d'Hannon, ordonné parla république de Carthage. La position de cette ville, beaucoup plus voisine du détroit de Gibraltar que Tyr, Alexandrie et les autres places de commerce dont j'ai fait menlion, lui donnait plus de facilité povr entrer dans l'Océan. Cette circonstance, réunie
aux divers établissemens que les Carthaginois avaient faits en différentes provinces d'Espagne, leur suggéra naturellement cette entreprise, et leur présenla dans le succès des avantages considérables. Le voyage d'Hannon, loin de détruire, parait confirmer la justesse des raisons que j'ai données , et pour lesquelles de semblables tentatives n'ont pas été faites par d'autres peuples commerçans dans la Méditerranée.
NOTE 54, Sect. iv, p. 560.
Quoique les auteurs éclairés que j'ai cités aient regardé comme fabuleux ce voyage des Phéniciens , Hérodote en rapporte une circonstance qui semble prouver qu'il a été réellement entrepris. iLes Phéniciens, dit il, affirmaient « qu'en naviguant autour de l'Afrique, ils avaient le so- « leil à leur droite, ce qui ne parait pas croyable, quoi- « que d'autres aient paru le croire ( lit), iv, c xm) ». 11 est certain que cela doit être arrivé, s'ils ont réellement fait un tel voyage. La science de l'astronomie cependant était si imparfaite dans ces premiers temps que l'expérience seule pouvait avoir donné aux Phéniciens la connaissance de ce fait; ils n'auraient pas osé sans cela affirmer ce qui aurait paru une fiction dénuée de vraisemblance ; même après leur rapport, Hérodote en dou tait.
NOTE 55, Sect. iv, p. 563
Malgré les demandes multipliées pour les productions de l'Inde, on remarque que pendant le seizième siècle quelques marchandises qui sont aujourd'hui les principaux articles d'importation de l'orient, étaient ou entièrement inconnues, ou de peu de valeur. Le thé, dont l'importation excède de beaucoup celle de toutes les autres productions de l'orient , n'a été d'un usage général, pendant tout un siècle, dans aucun pays de l'Europe; même pendant ce court espace, par quelque caprice singulier du goût, ou par l'empire de la mode, l'infusion d'une feuille apportée des extrémités les plus éloignées de la terre, et dont l'éloge le plus grand peut-être qu'on puisse en faire est de dire qu'elle n'est pas malfaisante, est devenue presque une nécessité de la vie dans plusieurs parties de l'Europe, et cette passion a passé dans toutes les classes de la société, depuis les plus hauts rangs jus qu'aux derniers. Eu 1785, on calcula que toute la quantité de thé, transportée de Chine en Europe, était de dix-neuf millions de livres, dont on conjecture que douze millions lurent consommés dans la Grande-Bretagne et dans les possessions qui en dépendent {Animal Rcgister de Dodsley pour (784 et 1785, p. 156). La porcelaine de la Chine, qui est maintenant aussi commune dans plusieurs parties de l'Europe, que si elle était le produit de leurs propres manufactures, n'était pas connue des anciens. Marco Polo est le premier parmi les modernes qui en fasse mention. Les Portugais commencèrent à l'importer peu de temps après leur premier voyage à la Chine. ( A. D. 1517); mais un temps considérable s'écoula avant que l'usage en devînt commun.