‹ Œuvres complètesChapitre 7 sur 63 · QUINT · texte numérisé non relu

QUINT

tous les âges était fixé avec autant de sagacité que de justice et de précision. Les hommes de lettres se livrèrent avec ardeur à l'étude de cette nouvelle science ; et peu d'années après la découverte des Pandectes on nomma , dans la plupart des états de l'Europe, des professeurs de droit civil , chargés d'en donner des leçons publiques.

L'étude et l'imitation d'un modèle si parfait ne pouvaient manquer de produire les plus heureux effets. Les hommes n'avaient besoin que de connaître les lois constantes et générales pour en sentir toute l'utilité ; ils s'empressèrent de fixer les principes et les formes sur lesquels les tribunaux devaient régler leurs procédures et leurs jugemens. Cette entreprise, si importante pour le bien de la société , fut poussée avec tant de zèle et d'ardeur, qu'avant la fin du douzième siècle , la loi féodale fut réduite en un système régulier; le code du droit canon fut étendu et disposé dans une forme méthodique , et les coutumes vagues et incertaines des différentes provinces ou des royaumes divers furent recueillies et arrangées avec un ordre et une exactitude qu'on ne devait qu'à la connaissance de la jurisprudence romaine. Dans quelques pays d'Europe, on adopta le droit romain pour servir de supplément aux lois municipales ; et tous les cas sur lesquels celles-ci n'avaient pas prononcé étaient jugés suivant les principes du premier. Chez d'autres peuples, les maximes aussi bien que les formes de la jurisprudence romaine se mêlèrent et se confondirent avec les lois du pays , et contribuèrent aussi , quoique d'une manière moins sensible , à y perfectionner la législation (25).

Ces divers perfectionnemens dans le système de jurisprudence et dans l'administration de la justice occasionèrent dans les mœurs des changemens d'une grande importance et dont les effets s'étendirent fort loin. Il en résulta une distinction marquée dans les professions. Les hommes furent obligés de cultiver des talens divers et de s'exercer à des occupations différentes afin de se mettre en état de remplir les différens emplois qu'exigeaient les besoins multipliés de la société '. Chez les peuples non civilisés , il n'y a qu'une profession honorable : c'est celle des

'• Dr. Fergusson, Easay on the hisloryofcuil society, part, iv, sect. i.

INTRODUCTION

armes Toute l'activité de l'esprit humain se borne A acquérir la force et l'adresse qu'exigent les exercices militaires. Les occupations en temps de paix sont simples et en petit nombre; et l'on n'a pas besoin , pour se mettre en état de les remplir, de suivre un plan d'éducation ou d'étude: tel fut l'état de l'Europe pendant plusieurs siècles. Tout gentilhomme naissait soldat et méprisait toute autre occupation; il n'apprenait d'autre science que celle de la guerre ; ses exercices et ses amusemens étaient des faits de prouesse militaire. Le caractère même de juge, qui appartenait aux nobles seuls, ne demandait pas des connaissances plus étendues que celles que des soldats sans éducation pouvaient acquérir. Tout ce qu'un baron regardait comme nécessaire pour rendre la justice se réduisait à recueillir quelques coutumes de tradition que le temps avait confirmées et rendues respectables , à fixer, avec les formalités requises, les préparatifs d'un combat, à en observer l'issue, et à prononcer si tout s'était passé conformément aux lois des armes.

Mais lorsqu'on eut fixé les formes des procédures légales, lorsqu'on eut rédigé par écrit et recueilli en un corps les règles qui devaient guider les jugemens, la jurisprudence devint alors une science qu'on ne put acquérir que par un cours régulier d'études, et par une longue expérience de la pratique des différens tribunaux. Les nobles , qui ne respiraient que la guerre et savaient à peine écrire, n'avaient ni le loisir ni le désir d'entreprendre un travail si pénible et en même temps si étranger aux seules occupations qu'ils regardaient comme intéressantes ou comme convenables à leur rang. Ils abandonnèrent par degrés les places qu'ils avaient clans les cours de justice, où leur ignorance les exposait au mépris. Ils se lassèrent d'entendre des discussions d'affaires , qui devenaient trop compliquées pour qu'ils pussent en embrasser tous les détails. Il fallut donc s'en rapporter à des personnes exercées par des études préliminaires et par la connaissance des lois, non -seulement pour la décision judiciaire des points qui formaient le sujet de la contestation , mais encore pour la conduite des opérations et des procédures qu'exigeait l'instruction du procès Une classe d'hommes à qui tous les citoyens étaient obligés d'avoir sans cesse recours pour avoir

leur avis sur les objets les plus intéressans , et dont les opinions décidaient de la fortune , de l'honneur et de la vie, ne pouvait manquer d'acquérir bientôt de la considération et de l'influence dans la société. Us obtinrent les honneurs qui avaient été regardés jusque-là comme les récompenses propres des talens et des services militaires. On leur confia des emplois distingués par la dignité et la puissance qui y étaient attachées. Il s'éleva ainsi parmi les laïques une nouvelle profession honorable, autre que celle des armes. Les fonctions de la vie civile méritèrent l'attention du public, et l'on cultiva les talens nécessaires pour les bien remplir. Une nouvelle route s'ouvrit à l'émulation des citoyens, et les conduisit à la richesse et aux honneurs. Les arts et les vertus de la paix furent mis à leur place , et reçurent les récompenses qui leur étoient dues (26).

Tandis que ces changemens, si importans pour l'état de la société et pour l'administration de la justice , s'établissaient par degrés en Europe, la noblesse commençait à prendre des idées plus grandes et des sentimens plus généreux ; ce fut un effet de l'esprit de la chevalerie, qu'on ne regarde ordinairement que comme une institution bizarre, née du caprice, et comme une source d'extravagances, mais qui était le produit naturel des circonstances où se trouvait la société, et qui contribua puissamment à polir les mœurs des nations de l'Europe. Le gouvernement féodal était un état perpétuel de guerre, de rapine et d'anarchie, dans lequel les hommes faibles et désarmés étaient sans cesse exposés aux insultes de l'insolence et de la force. Le même esprit guerrier qui avait engagé tant de gentilshommes à prendre les armes pour la défense des pèlerins opprimés dans la Palestine , en excita d'autres à se déclarer les protecteurs et les vengeurs de l'innocence opprimée en Europe; ce fut le seul objet digne d'exercer le courage et l'activité de ces nobles aventuriers, lorsque l'entière réduction de la Terre-Sainte, sous la domination des infidèles , eut mis fin aux expéditions des croisades. Réprimer l'insolence des oppresseurs puissans , secourir les malheureux , délivrer les captifs , protéger ou venger les femmes, les orphelins, les ecclésiastiques, et tous ceux qui ne pouvaient pas prendre les armes pour se défendre eux-mêmes, enfin re-

dresser les torts et réformer les abus, telles étaient les occupations les plus clignes d'exercer leur valeur et leur vertu. L'humanité , la bravoure, la justice et l'honneur étaient les qualités distinctives de la chevalerie, qualités que la religion , qui se mêlait à toutes les institutions et à toutes les passions de ce temps-là , exaltait encore par un mélange d'enthousiasme, et qu'elle portait jusqu'à cet excès romanesque qui nous étonne aujourd'hui. On se préparait alors à la chevalerie par des exercices longs et pénibles; et l'on y était admis avec des solennités où il entrait autant de pompe que de dévotion. Il n'y avait point de noble qui ne sollicitât l'honneur d'être fait chevalier. C'était une distinction qui paraissait en quelque sorte supérieure à la royauté ; et les souverains se faisaient gloire de la recevoir des mains d'un simple gentilhomme.

Cette singulière institution, où la valeur, la galanterie et la religion se confondirent d'une manière si étrange , était merveilleusement appropriée au goût et au génie d'une noblesse, guerrière ; et ses effets sur les mœurs se manifestèrent bientôt de la manière la plus sensible. La guerre se fit avec moins de férocité , lorsque l'humanité devint, autant que le courage, l'ornement de la chevalerie. Les mœurs se polirent et s'adoucirent, lorsque la courtoisie fut regardée comme la vertu la plus aimable d'un chevalier. La violence et l'oppression produisirent moins d'excès , lorsqu'on se fit un mérite et un devoir de les prévenir ou de les punir. Le respect le plus scrupuleux pour la vérité , et l'exactitude la plus religieuse à remplir tous ses engagemens, formèrent le caractère distinctif d'un gentilhomme, parce que la chevalerie était regardée comme l'école de l'honneur , et qu'elle exigeait à cet égard la plus grande délicatesse.

L'admiration que méritaient ces qualités brillantes, jointe aux distinctions et aux prérogatives que la chevalerie obtint dans toutes les parties de l'Europe, put inspirer quelquefois à des esprits ardens une sorte de fanatisme militaire qui les porta à des entreprises extravagantes; mais elle contribua toujours à graver profondément dans les âmes les principes de l'honneur et de la générosité. Ces principes étaient fortifiés d'ailleurs par tout ce qui peut affecter les sens et toucher le cœur. Les roma-

nesques exploits de ces chevaliers errsns, qui couraient le monde à la quête des aventures, sont assez connus, et ont été justement l'obje» de la satire et du ridicule ; mais on n'a pas assez observé les effets politiques et permanens de la chevalerie. C'est peut-être à cette singulière institution , en apparence si peu utile au bonheur du genre humain, qu'on doit en grande partie et les raffinemens de la galanterie et les délicatesses du point d'honneur, et celte humanité qui vient se mêler quelquefois aux horreurs de la guerre ; ce sont là les trois traits les plus frappans qui distinguent les mœurs modernes des mœurs anciennes. Pendant le douzième , le treizième , le quatorzième et le quinzième siècle, les sentimensque la chevalerie inspira eurent une influence bien sensible sur les mœurs et sur la conduite des hommes; et ils avaient jeté des raciues si profondes que leurs effets durèrent encore après que l'institution même, qui en était le principe, eut perdu sa vigueur et son crédit sur l'opinion des peuples. On trouvera dans l'histoire que j'ai entrepris d'écrire des faits imporlans , qui ressemblent plus aux valeureuses expéditions de la chevalerie qu'à des expéditions bien concertées d'une saine politique; et quelques-uns des principaux caractères que j'ai tracés étaient fortement empreints de cet esprit romanesque. François Ier ambitionnait la gloire d'être regardé comme un parfait chevalier ; il voulait en avoir l'audace et la bravoure dans la guerre, la magnificence et la courtoisie dans la paix. La réputation qu'il se fit par ses qualités brillantes éblouit son rival, plus flegmatique, au point de le faire sortir de sa prudence et de sa modération naturelles , et de lui inspirer le désir d'égaler François par quelques actions de prouesse et de galanterie (27).

Les progrès de la raison et la culture des lettres contribuèrent beaucoup aussi à changer les mœurs des nations européennes , et à y introduire la politesse et le goût qui les distinguent aujourd'hui. Les Romains, après la destruction de leur empire, avaient à la vérité perdu ce goût pur qui faisait des productions de leurs ancêtres des modèles de perfection et des objets d'imitation pour les siècles et les peuples qui devaient leur succéder; mais ils avaient conservé l'amour de la littérature, et ils cultivaient encore les arts avec beaucoup d'ardeur. Des peu

INTRODUCTION

pies barbares et grossiers étaient bien éloignés d'admirer ces perfections raffinées, qu'ils ne connaissaient pas ou qu'ils méprisaient ; ils n'étaient pas encore arrivés à cet état de société où l'esprit humain commence à exercer ses facultés sur les objets de l'imagination et du goût. Ils étaient étrangers aux besoins et aux désirs qui donnent naissance aux inventions de l'esprit ; et comme ils ne sentaient ni le mérite ni l'utilité des arts, ils s'occupèrent à en détruire les monumens avec autant de zèle que leur postérité en a mis à les découvrir ou à les conserver. Les secousses violentes occasionées par l'établissement des Barbares dans l'empire romain, les révolu ions nombreuses et violentes qu'ils excitèrent dans tous les royaumes qu'ils formèrent, et les vices essentiels qui se trouvaient dans la forme de gouvernement qu'ils ont introduite, étaient autant de causes qui , en banissant le loisir et la sécurité, avaient suspendu la naissance du goût et la culture des lettres, et qui, pendant plusieurs siècles, avaient tenu l'Europe dans l'état d'ignorance dont on a déjà vu la peinture ; mais les événemens et les institutions diverses dont j'ai tracé l'histoire ont produit successivement dans la société les changemens les plus essentiels. Dès qu'on eut commencé à éprouver les bons effets cle la révolution qui rendit à une grande partie de la nation la liberté et l'indépendance; dès que tous les membres de la société eurent commencé à sentir le prix des avantages qui résultaient du commerce, de l'ordre public, de la sûreté personnelle, alors l'esprit humain commença à sentir ses forces et prit un nouvel essor ; les hommes se livrèrent à des occupations et à des recherches dont auparavant ils n'avaient pas même l'idée. C'est vers la fin du onzième siècle qu'on observe ce premier réveil des esprits, qui, sortant de la profonde léthargie où ils avaient été si longtemps plongés , portèrent leur attention et leur curiosité sur des objets nouveaux.

Cependant les premiers efforts des peuples de l'Europe vers les objets de littérature et de philosophie furent très mal dirigés. Il en est des nations comme des individus: les facultés de l'imagination ont déjà acquis de la vigueur avant que celles de l'esprit se soient exercées sur les matières abstraites et spéculatives. Les hommes sont poètes avant que d'être philoso-

phes. Us sentent vivement et savent peindre avec force, lors même qu'ils n'ont fait encore que peu de progrès dans le raisonnement. Le siècle d'Homère et d'Hésiode précéda de beaucoup celui de Thaïes et de Socrate; mais, malheureusement pour la littérature, nos ancêtres, s'écartant de cette marche des esprits, indiquée par la nature même, se jetèrent dans les profondeurs de la métaphysique et des études les plus abstraites. A peine étaient-ils établis dans les pays qu'ils avaient conquis, qu'ils furent convertis à la religion chrétienne ; mais ils ne la reçurent pas avec toute sa pureté. Des hommes présomptueux avaient mêlé à la doctrine instructive et simple du christianisme les subtilités d'une vaine philosophie, qui osait entreprendre de pénétrer des mystères et de décider des questions inaccessibles aux facultés trop bornées de l'esprit humain. Ces téméraires spéculations s'étaient incorporées avec le système même de la religion , et en avaient été enfin regardées comme la partie la plus essentielle. Dès que la curiosité eut porté les hommes à réfléchir et à raisonner, ces objets durent être les premiers qui se présentèrent à eux et attirèrent leur attention. La théologie scolastique, avec son cortège immense de discussions hardies et de distinctions subtiles sur des points qui ne sont pas à la portée de la raison humaine , fut la première production de l'esprit philosophique, lorsqu'il reprit quelque activité en Europe.

Celte circonstance ne fut pas la seule qui servit à donner une fausse direction aux esprits, lorsqu'ils recommencèrent à s'exercer sur des objets qu'ils avaient négligés si long-temps. La plupart deceux qui concoururent à la renaissance des lettres, dans le douzième et le treizième siècle, avaient reçu leurs connaissances et leurs principes dephilosophie ou des Grecs dans l'empire d'Orient ou des Arabes en Espagne et en Afrique ; mais ces deux peuples avaient corrompu , par un excès de raffinement, les sciences qu'ils avaient cultivées. Les Grecs avaient fait de la théologie un système de futilités spéculatives et de controverse interminable; les Arabes avaient dégradé la philosophie par les vaines subtilités dont ils l'enveloppèrent : de semblables guide* n'étaient propres qu'à égarer. Ceux qui les premiers étudièrent la philosophie errèrent sans but dans un labyrinthe de recherches embarras-

sées;au lieu d'abandonner leur imagination à son essor naturel et de l'appliquer à des ouvrages d'invention qui auraient épuré leur goût et étendu leurs idées ; au lieu de cultiver les beauxarts qui embellissent la vie et en adoucissent les peines, ils se laissèrent enchaîner par l'autorité et égarer par l'exemple; ils épuisèrent la force et l'ardeur de leur génie dans des spéculations aussi frivoles que pénibles.

Mais ces spéculations, quoiqu'inuliles et mal dirigées, excitaient les esprits par leur nouveauté, et les intéressaient par leur hardiesse. L'ardeur avec laquelle les hommes se livrèrent à des études si peu attrayantes est extraordinaire. Jamais dans les siècles les plus éclairés on ne cultiva avec plus de zèle la bonne philosophie. On ouvrit dans toutes les cathédrales, et presque dans tous les monastères un peu considérables , des écoles sur le modèle de celles qu'avait établies Charlemagne. On fonda des collèges et des universités, qui formèrent des communautés ou corporations , avec le droit de se gouverner par leurs propres lois , et d'exercer sur leurs membres une juridiction particulière et fort étendue. On accorda aux maîtres et aux étudians des privilèges importans ; et , pour récompenser les uns et les autres , on inventa des titres et des distinctions académiques de toute espèce. Ce n'était pas dans les écoles seules que la supériorité de connaissances conduisait aux honneurs et à l'autorité; la science devint un objet respectable dans la société, et un moyen de fortune et d'avancement ; tous ces avantages réunis attirèrent dans les universités et dans les collèges une foule incroyable d'étudians. On s'empressa d'entrer dans une carrière nouvelle, qui conduisait à la gloire et aux distinctions.

Quelque ardeur et quelque activité qu'on remarque dans ces premiers efforts de l'esprit humain , il n'en résulta pas cependant d'aussi grands avantages qu'on avait lieu de l'attendre: une circonstance particulière en arrêta les effets; toutes les langues d'Europe, pendant le siècle dont nous parlons, étaient barbares, dénuées d'élégance, de force et même de clarté; et l'on n'avait fait jusqu'alors aucune tentative pour les perfectionner ou les polir. L'Église avait consasacré à la religion la langue latine: et la coutume, dont l'autorité n'était guère moins respectée (jue la religion, avait approprié cette

même langue à la littérature. Toutes les sciences qu'on cultivait dans le douzième et le treizième siècle n'étaient enseignées qu'en latin. Tous les livres où l'on en traitait étaient écrits dans le même idiome. On aurait cru dégrader un sujet important si on l'eût traité dans la langue vulgaire; ce préjugé resserrait les connaissances dans un cercle fort étroit. Il n'y avait que les savans qui pussent être admis dans le temple delà philosophie; les portes en étaient fermées au commun des hommes, forcés de rester ense velis dans leur première ignorance.

Quoique cet obstacle , en bornant l'influence des lumières, eût empêché qu'elles ne se répandissent dans la société , cependant les progrès des connaissances doivent être comptés parmi les causes principales qui introduisirent un changement de mœurs chez les peuples d'Europe. Cette ardeur de recherche que j'ai décrite , quoique dirigée par un faux principe, mit en mouvement et excita l'industrie et l'activité des esprits; elle apprit aux hommes à faire de leurs facultés un usage qu'ils trouvèrent aussi agréable qu'intéressant. Elle les accoutuma à des exercices et à des occupations propres à adoucir leurs mœurs et à leur donner le goût des vertus aimables qui distinguent les nations chez qui les sciences sont cultivées avec succès (28).

Le commerce, qui faisait chaque jour des progrés sensibles, concourut aussi à polir les mœurs des peuples d'Europe et à y introduire une saine jurisprudence, une police régulière et des principes d'humanité. Dans la naissance et l'état primitif de la société , les besoins des hommes sont en si petit nombre , et leurs désirs si limités, qu'ils se contentent aisément des productions naturelles de leur climat et de leur sol , et de ce qu'ils peuvent y ajouter par leur simple et grossière industrie. Ils n'ont rien de superflu à donner, rien de nécessaire a demander. Chaque petite communauté subsiste du fondsqui lui appartient; et,satisfailedecequ'elle possède , ou elle ne connaît point les états qui l'environnent , ou elle est en querelle avec eux. II faut , pour qu'il s'établisse une libre communication entre des peuples différens, que la société et les mœurs aient acquis un certain degré de perfection, et qu'il y ait déjà des règlemens pour affermir l'ordre public et la sûreté personnelle. Nous voyons aussi que le premier

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