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qui est au nord, est le plus rocailleux et le plus riche eu fer. Le Gar& qui vient ensuite , a les plus beaux sapins. Le Sâhel, ou pays piat^ qui est la liùère maritime, est riche en mûriers et en vignes. Le Choùf, où se trouve Dair-el'Qamar, est le plus rempli âioqqâls, et produit les plus belles soies. Le Tefâk, ou district des pommes, qui est au midi, abonde en ce genre de fruits. Le Chaqi/a les meilleurs tahacs; enfin Ton donne le nom de Djourd à tout£ la région la plus élevée et la ^Xasjroide des montagnes : c'est là que les pasteurs retirent dans l'été leurs troupeaux.
J'ai dit que les Druzes avaient accueilli chez eux des chrétiens grecs et maronites, et leur avaient concédé des terrains pour y bâtir des couvents. Les Grecs cathoUques, usant de cette permission, en ont fondé douze depuis 70 ans. Le chef-lieu est Mar-hanna : ce monastère est situé en face du village de Chouair, sur une pente escarpée * au pied de laquelle coule en hiver un torrent qui va au Nahr^l-Kelb. La maison , bâtie au milieu de rochers et de blocs écroulés, n'est rien moins que magnifique. C'est un dortoir à deux rangs de petites cellules, sur lesquelles règne une terrasse solidement voûtée : l'on y compte 4o religieux. Son principal mérite est une imprimerie arabe, la seule qui ait réussi dans l'empire turk. II y a environ 5o ans qu'elle est établie : le lecteur ne trouvera peut-être pas mauvais d'en apprendre en peu de mots l'histoire.
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Dans les premières années de ce siècle, les jésuites, profitant de la considération que leur donnait la protection de la France, déployaient dans leur maison d'Alep te zèle d'instruction qu'ils ont porté partout, lis avaient fondé dans cette ville une école où ils s'efforçaient d'élever les enfants des chrétiens dans la connaissance de la religion romaine, et dans la discussion des hérésies : ce dernier article est toujours le point capital des missionnaires; il en résulte une manie de controverse qui met sans cesse aux prises les partisans des différents rites de l'Orient. Les I^atins d'Alep, excités par les jésuites, ne tardèrent pas de recommencer, comme autrefois , à argumenter contre les Grecs; mais comme la logique exige une connaissance méthodique de la langue, et que les chrétiens, exclus des écoles musulmanes, ne savaient que l'arabe vulgaire, ils ne pouvaient satisfaire par écrit leur goût de controverse. Pour y parvenir, les Latins résolurent de s'initier dans le scientifique de l'arabe. Vorgueil des docteurs musulmans répugnait à en ouvrir les sources à des infidèles; mais leur avarice fut encore plus forte que leurs scrupules; et moyennant quelques bourses, la science si vantée de la grammaire et du nàkou fut introduite chez les chrétiens. Le sujet qui se distingua le plus par les progrès qu'il y fit , fut un nommé Abd-tUlah-zâker ; il y joignit un zèle particulier à promulguer ses connaissances et ses
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opinions. Od ne peut déterminer les suites qu'eût pu avoir cet esprit de prosélytisme dans Alep; mais un accident ordinaire en Turkie viut en déranger la marche. Les schisraatiques, blessés des attaques d'^ét^/^oA, sollicitèrent sa perte à Constantinople. I>e patriarche , excité par ses prêtres, le représenta au vizir comme un homme dangereux : le viur, qui connaissait les usages, feignit d'abord de ne rien croire ; mais le patriarche ayant appuyé ses raisons de quelques bourses, le vizir lui délivra un kat-chértf, ou noble-seing du sul' tan, qui, selon la coutume, portait ordre de couper la tète à jébd-aîlak. Heureusement il iut prévenu assez à temps pour s'échapper; et il se sauva dans le Liban où sa vie était en, sûreté; mais en quittant son pays, il ne perdit pas ses idées de réforme, et il résolut plus que jamais de répandre ses opinions. Il ne le pouvait plus que par des écrits : la voie des manuscrits lui parut insuffisante. Il connaissait les avantages de l'imprimerie : il eut le courage de former le triple projet d'écrire, de fondre et d'imprimer; et il parvint à l'exécuter par son esprit, sa fortune, et son talent de graveiu', qu'il avait déjà exercé dans ta profession de joaillier. Il avait besoin d'un associé, et il eut le bonheur d'en trouver un qui partagea ses desseins : son frère, qui était supérieur à Marhanna, le détermina à choisir cette résidence; et dès lors, libre de tout autre soin , il se livra tout
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8o ' ÉTAT POLITIQDE
entier à l'exécution de son projet. Son zèle et son activité eurent tant de succès, que dès 1733 il fit paraître 'les Psaumes de David en un volume. Ses caractères furent trouvés si corrects et si beaux que ses ennemis mêmes achetèrent son livre : depuis ce temps on en a renouvelé dix fois l'impression; Ton a fondu de nouveaux caractères, mais l'on n'a rien fait de supérieur aux siens. Us imitent parfaitement l'écriture à la main; ils en observent les pleins et les déliés, et n'ont point l'air maigre et décousu des caractères arabes d'Europe. Il passa ainsi 30 années à imprimer divers ouvrages, qui furent la plupart des traductions de nos livres dévots. Ce n'est pas qu'il sût aucune de nos langues; mais les jésuites avaient déjà traduit plusieurs livres ; et comme leur arabe était tout-à-fait mauvais, il refondit leurs traductions, et leur substitua sa version , qui est un modèle de pureté et d'élégance. Sous sa plume, la langue a pris une marche soutenue, un style nombreux, clair et précis dont on ne l'eût pas crue capable, et qui indique que si jamais elle est maniée par un peuple savant, elle sera l'une des plus heureuses et des plus propres à tous les genres. Après la mort d'^èd-éUlak, arrivée vers 1755, son élève lui succéda ; à celui-ci ont succédé des religieux de la maison même; ils ont continué d'imprimer et de fondre; mais l'établissement est languissant et menace de finir. Les livres se vendent peu , k
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DE L\ SYRIE. 8l
r«xception des Psaumes,. dont les cbrétieHs ont fait le livre classique de leurs enfaats, et qu'il &ut , par cette raison, renouveler sans cesse. Les frais sont considérables, attendu que le. papier vient d'Europe, et que la main-d'œuvre est trèslente. Un peu d'art remédierait au premier de ces inconvénients ; mais le second est radical. Les caractères arabes exigeant d'être liés entre eux, il faut, pour les bien joindre et les aligner, des soins d'un détail immense. En outre, la liaison des lettres variant de l'une à l'autre, selon qu'elles sont au commencement, au milieu ou à la £n d'un mot, il a fallu fondre beaucoupde lettres doubles; par-là les casses trop multipliées ne se trouvent plus rassemblées sous la main du compositeur; il est obligé de courir le long d'une table de dixhuit pieds de long, et de chercher ses lettres dans prés de neuf cents cassetius : de là, une perte de temps qui ne permettra jamais aux imprimeries arabes d'atteindre à la perfection des nôtres. Quant au peu de débit des livres, il ne faut l'imputer qu'au mauvais choix que l'on en a fait; au lieu de traduire des ouvrages d'une utilité pratique, et qui fussent propres à éveiller le goût des arts chez tous les Arabes sans distinction. Ton n'a traduit que des livres mystiques exclu»vement propres aux chrétiens, et qui, par leur morale misanthropique, ne sont faits que pour fomenter le dégoût II. 6
de toute scieoce et même de la vie. Le lecteur e^ pourra juger par le catalogue ci-joint.
Catalogue des livres imprimés au couvent de Marhanna^l-Ckouir, dans la montagne des Druzes.
1. (t)Batance du temps, ou Différence du Temp» et de l'Éternité, par le père Nieremberg^ jésuite.
a. Vanité du monde, ipar Didaco Stella, jésuite.
3, Guide du Pécheur, par Louis de Grenade^ jésuite.