L:,.„-z__iv,GoOg[c
blé, cuisent le pain , Lavent le linge , et vont àla fontaine, comme au temps d'Abraham et d'Homère; et peut-être cette vie simple et laborieuse fait-elle plus pour le bonheur que l'oisiveté ennuyée et le iaste rassasié , qui entourent les grands des nations policées. Quant à Dâher, il est constant que sa famille était une des plus puissantes du pays. Après la mort d'O/Tior son père, arrivée dans les premières années du siècle, il partagea le commandement avec un oncle et deux frères. Son domaine fut Safad, petite ville et lieu fort dans les montagnes au nord-ouest du lac de Tabarié. Peu après , il y ajouta Tabarié même. C'est lui que Pocoke (i) y trouva en 17^7 , occupé à se fortifier contre le pacha de Damas, qui peu auparavant avait fait étrangler un de ses frères. En 1 74a, un autre pacha, nommé Soliman-el-àdm^ l'y assiégea et bombarda la place, au grand étonnement de la Syrie ,, qui même aujourd'hui connaît peu les bombes (a). Malgré son courage, Dâher était aux abois, lorsqu'un incident heureux et, dit -on, prémédité, le tira d'embarras. Une colique violente et subite emporta Soliman en deux jours. Jsàd-el-àdm, son frère et son successeur , n'eut pas les mêmes raisons ou les mêmes
(i) Tome m, page 304.
{%) J'ai vu des lettres de Jean-Joseph Blanc, négociant A'Acre, <[ui se trouvait au camp de Soliman à cette époque, et qui en donnait des détails.
UNl-ZD^bvGoOglC
dispositious pour continuer la guerre, et Dâher fut tranquille du côté des Ottomans. Mais son caractère remuant et les chicanes de ses voisins lui donnèrent d'autres affaires. Des discus^ous d'intérêt le brouillèrent avec. son oncle et son firète. Plus d'une fois on en vint aux armes, et Dâher toujour vainqueur, jugea à propos de terraÏDer ces tracasseries par la mort de ses concurrents.- Alors revêtu de toute la puissance de sa maison , et absolument maître de ses forces , il ouvrit une plus grande carrière à son ambition. Le commerce qu'il faisait, selon la coutume de tous les gouverneurs et princes d'Asie, lui avait fait sentir l'avantage qu'il y aiu-ait à communiquer immédiatement avec la mer. Il avait conçu qu'un port entre ses mains serait un marché public, où les étrangers établiraient une concurrence favorable au débit de ses denrées. Acre, situé à sa porte et sous ses yeux, convenait à ses desseins : depuis plusieurs années, il y faisait des afl^res avec les comptoirs français. Acre^ à la vérité, n'était qu'im monceau de ruines, un misérable village ouvert et sans défense. Le pacha de Saide y tenait un aga et quelques soldats qui n'osaient se montrer en campagne. Les Bédouins y dominaient, et faisaient la loi jusqu'aux portes. La plaine, jadis si fertile, n'était qu'une vaste friche , oii les eaux croupissaient , et par leurs vapeurs empestaient les environs. L'ancien port était corn-
:,q,-zo=[jvGoOglt'
4 iTAT POLITIQUE
blé , mais la rade de Haifa, qui en dépend , offrait un avantage si précieux , que Dâher se décida à en profiter. Il fallait un prétexte : la conduite de i'aga ne tarda pas de l'offrir. Un jour que l'on avait débarqué des munitions de guerre destinées contre le chaik , il marcha brusquement -vers Âere^ prévint I'aga par une lettre menaçante qui .lui fit prendre la fiiite, et entra sans coup fôrir dans la ville, où il s'établit; cela se passait vers 1 749- H '''vait alors environ 63 ans. L'on pourra trouver <%t âge bien avancé pour de tels coups de main ; mais si Ton observe qu'en 1 776 , à 90 ans , il montait encore hardiment un cheval fougueux , on jugera qu'il était bien plus jeune que cet âge ne semble le comporter. Cette démarche hardie pouvait avoir des suites; il tes avait prévues, et il se bâta de les prévenir : sur-le-champ il écrivit au pacha de Saide; et lui représentant que ce qui s'était passé de lui k I'aga, n'était qu'une affaire personnelle, il protesta qu'il n'en était pas moins le sujet trèssoumis du sultan et du pacha; qu'il paierait le tribut du district qu'il avait occupé, comme I'aga même ; qu'en outre il s'engageait à contenir les Arabes , et qu'il ferait tout ce qui pouirait convenir pour rétablir ce pays ruiné. Le plaidoyer de Dâher, accompagné de quelques mille sequiiis , fit son effet dans les divans de Saide et de Constantinople : on reçut ses raisons, et on lui accorda tout ce qu'il voulut.
UiqrzD^bvGoOglc
DS LA SVRIi;. J
- Ce n'est pas que la Porte fût la dupe des protestations de Dâher : die est trop accoutumée à ce manège pour s'y méprendre ; mais la politique des turcs n'est point de tenir leurs vassaux dans une stricte obéissance; ils ont dès long-temps calculé que s'ils iaisaîeut la guerre à tous les rebelles, ce serait un travail sans relâcbe, une grande conscunmation d'hommes et d'argent, sans compter les risques d'échouer souvent, et par-là de les enhardir. Ils ont donc pris le parti de la patience; ils temporisent (i); ils suscitent des voisins, des parents, des enfants; et plus tôt ou plus tard , les rebelles qui suivent tous la même marche, subirent le même sort, et finissent par enridiir le sultan de leuiê dépouilles.
De son côté, Z>aAer ne s'en imposa pas sur cette bienveillance apparente, j^cre qu'il voulait habiter, n'offrait aucune défense; l'ennemi pouvait le surprendre par terre et par mer : il résolut d'y pourvoir. Dès 1750, sous prétexte de se faire bâtir une maison , il construisit à l'angle du nord sur la mer, un palais qu'il munit de canons. Puis, pour protéger le port, il bâtit quelques tours; enfin, il ferma la ville du côté de terre, par un mur auquel il ne laissa que deux portes. Tout
(i) Les Arabes ont à ce sujet uu proverbe singulier qui peint bien cette conduite: XOsmaidi, disent-its, atteint les lièvres avec des charrettes.
cela passa chez les Turcs pour des ouvrages, tatâs parmi nous on en rirait. Le palais de Dâher avec ses murs liants et minces , son fossé étroit et' ses tours antiques, est incapable de résistance : quatre pièces de campagne renverseraient en deuxvolées^ et les murs et les mauvais canons que l'on a guindés dessus à 5o pieds de hauteur. Le mur de la viUe est encore plus faible ; il est sans fossé , sans rempart , et n'a pas 3 pieds de profondeur. Dans toute cette partie de l'Asie, on ne connaît ni bastions, ni lignes de défenses, ni chemins couverts, ni remparts, rien en un mot de la fortification moderne. Une frégate mpntée de trente canons bombarderait toute la c6te sans difficulté ; mais comme l'ignorance est commune aux assaillants et aux assaillis, la balance reste égale.
Après ces premiers soins, Dâher s'occupa de donner au pays une amélioration qui devait tourner au profit de sa propre puissance. Les Arabes de Saqr, de Muzainé et d'autres tribus circonvoisines avaient fait déserter les paysans par leurs courses et leurs pillages : il songea à les réprimer ; et employant tantôt les prières ou les menaces , tantôt les présents ou les armes, il parvint à rétablir la sûreté dans la campagne. L'on put semer, sans voir son blé dévoré par les chevaux ; l'on recueillit, sans voir enlever son grain par les brigands. La bonté du terrain attira des cultivateurs; mais l'opinion de la sécurité, ce bien si précieux
Uiqrzo^bvGoOglt'
k qui a connu les alarmes , fît encore plus. Elle se répandit dans toute la Syrie ; et les cultivateurs musulmans et chrétiens, partout vexés et dépouillés, se réfugièrent en foule chez Dâher, où ils trouvaient la tolérance religieuse et civile. Çypre même désolée par les vexations de son gouverneur, par la révolte qui en avait été la suite, et par les atrocités dont Klor pacha (i) l'expiait ; Cypre vit déserter une colonie de Grecs à qui Dâher donna , sous les murs Sjicre, des terrains dont ils firent des jardins passables. Des Européens qui trouvèrent un débit de leurs marchandises, et les denrées pour leurs retraits, accoururent faire des établissements; les terres se défrichèfent; les eaux prirent un écoulement; l'air se purifia , et le pays devint salubre et même agréable. D'autre part, Dâher renouvelait ses alliances avec les grandes tribus du désert , chez lesquelles il avait marié ses enfants. Il y voyait plus d'un avantage ; car d'abord il s'assurait, en cas de disgrâce, un refuge inviolable. En second lieu, il contenait, par ce moyen, le pacha de Damas , et il se procurait des chevaux de race, dont il eut toujours la passion au plus liaut point. Il caressait donc les cbaiks SAnazé , de Sardié, de Saqr, etc.
(f) Quand Kior pacha vint ea Cypre, il prit DOmbre de rebelles, et les fit précipiter du haut des murs sur des crampons de fer oà ils restaient accroches jusqu'à ce qu'ils empirassent dans les tourments qu'on peut imaginer.