‹ ŒuvresChapitre 31 sur 62 · L:N,-z.J[jvGoOgIc · texte numérisé non relu

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3o4 ÉTAT POLITIQUE

s'ils ne les ont pas visitées au moins une fois dans leur vie. Ils y viennent jusque de la Morée et de Constantinople. Le rendez'Tous est le Kaire , où les moines du mont Sinai ont des correspondans qui traitent des escortes avec les Arabes. Le pns. onUnaire est de i% paiaques par tête, c'est-à-dire de 147 livres, sans les vivres. Arrivés au couvent, ces Grecs font leurs dévotioiis , visâtetit l'église , baisent les reliques et les images , montent à genoux plus de cent marches de la montagne de Moïse , et finissent par donner une oflrande qui n'est point taxée , mais qui est rarement de moins de 5o pataquès (i).

A ces visites près, qui n'ont lieu qu'une fois l'année, ce couvent est le séjour le plus isolé et te plus sauvage de la nature. Le paysage des environs n'est qu'un entassement de rocs hérissé» et nus. Le Sînaï , au pied duquel il est assis, est un pic de granit qui semble près de l'écraser. La maison est une espèce de prison carrée, dont les hautes murailles Vont qu'une seule fenêtre; cette fenêtre, quoique très-élevée , sert aussi de porte;

(i) Cest k ces pèlerins que l'on doit attribuer des ioscriptions et des figures grossières d'ânes, de chameaus, etc., gravées sur des rocbers qui, par cette ruson, sont nommes Gjtbel êtoiatteb, ou Montagne Écrite. Monlaigu,qtâ avait beaucoup voyagé dans ces cantons, et qui avait examiné ces inscriptions avec soin, en porta ce jugement; et Gébeltn a bien perdu sa peiue en y cherchant des mystères profonds.

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DE LA STRIE. ao5

c'est'à-dire que,pour entrer dans le couvent, l'on s'assietl dans un panier que les moines laissent pendre de cette fenêtre, et qu'Us hissent arec des cordes. Cette précauticm est foiidée sur la crainte des Arabes, qui pourraient fturoer le couTOit ai l'on entrait par la porte : oe n'est que lors de la visite de l'évêque que l'on en ouvre une , qui , hors cette occasicMij'est; condamnée. Cette visite doit avoir lieu ton» les deux ou trois ans; mais comme elle entraine une forte contribution aux Arabes , les moines l'éludent autant qn'ils petivent Ils ne se dispensent pas si aisément de payer chaque jour un nombre de rations ; et les querelles qui arrivent à ce sujet leur attirent souvent des pierres et même des coupe de fusil de la part des Bédouins mécontents. Jamais ils ne sortent dans la campagne; seulement, à force de travail, ils sont parvenus k ^ fiife sur les rocs un jardin de terre rapportée, qui leur sert dé pnsmenade; ils y cul> tiverrt des fruits excellents, tcfe que àe$ raisias, des £gues , «t surtout des poire» doAt ils fkmt de» présents très-recherch^s^ au K.airc-,'oà il n'y. en°a point.' Leur vie domestiqué est la même que «Hé des Grecs et des Maronites du Liban , c'est-àndire qu'elle «st tout éocièré occupée à des travaux d'utilité ou à des' pratiqués de dérçtion. Miaîs l«s moines du libaiî ont l'avantage précieux d'une liberté extérieure et d'une sécurité que n'ont pas ceux du Sinaï. liu reîste , cette vie prisonnière et dénuée

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de ioiûsRnice est celle de tous les moines des pays ttirks. Ainsi vivent les Grecs de Mar-Siméon, au nord d'Alq) , de MarSâba sur la mer Morte ; ainsi TÎTent les Coptes des couvents du désert de Saint- Mi^atre et de celui de Saint-Antoine. Parïout, ces ooav«nts simt des prisons, sans autre jour extérieur que la fenêtre par où ils reçoivent leurs vivres; partout, ces couvents sont placés dans des lieux affreux dénués de tout , où l'on ne rencontre que rocs et rocaiUes, sans herbe et sans mousse; et cependant ils sont peuplés. Ily a 5o moines au Sinaï , a5 à Marcha, plus de 3oo dans les deux déserts d'Egypte. Ten recherchais un jour la raison; et conversant avec un desMipérieursde J>/ar- Hanna, je lui demaudais ce qui pouvait engager à cette vie vraiment misérable. « Hé quoi , me dit-il , « n'es-tu pas chrétien i* n'est-ce pas par cette route ■ quel'on va au ciel?. . . . Mais, répondis-je, l'on K peut aussi faire son salut dans le monde ; et entre « nous, père, je ne vois pas que les religieux , « encore qu'ils soient pieux, aient cçtte ancienne « ferveur qui tenait tonte la vie les yeux fixés sur « l'heure de la mort II est vrai , me dït-îl , nous « n'avons plus l'austérité des anciens anachorètes, n et c'est un peu la raison qui peuple nos couvents. « Toi qui viens de pays où l'on vit dans la sécu- « rite et l'abondauce , tu peux regarder notre vie a comme une privation, et notre retraite du « monde comme un sacrifice. Mais dans l'état de

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« ce pays , peuMtre n*«D est-il pas aiBsi. Que fiûr«? CI être marchand ? On a les sodcù du négoce , de R la Emilie, du ménage. L'on travtùlle 3o ans dans <<lapeme;etunJQurraga,lepacha,le qàdi,TOus « enToientprendre^oD vousinteotçuoprocèssai»

V motif, on aposte des témoins qui tous accusent ; <E l'on vous bâtonne, l'on tous dépouille, et tous « voilàaum^ndenu commQlepreBiîerjour.Pourle « paysan, c'est encore pis;ragale vexe, te soldat le « pille, l'Arabe le vole. Être soldat? le métier est « rude, et la fin n'en est pas sûre. Il est peut-être « diu* de' se renfermer dans un couvent ; mais « l'on y vit en paix ; et quraque habituellement « privé , peut-être Test-on encore moins que dans « le monde. Vois la coQdition de nos paysans , et « vois la nôtre. Nous avons tout ce qu'ils ont, et « même ce qu'ils n'ont pas; nous sommes mieux «vêtus, mieux nourris; nous buvons du vin et «1 du café. Et que sont nos religieux , sinon les enn fantsdes paysans ?Tu parles des Coptes de Saint- « Makaîre efde Saint- Antoine! sois persiiadé que < leur condition vaut encore mieux que celle des « Bédouins et des FeSahs qui les environnent. »

Tavoue que je fus étonné de tant de iranchise et de tant de justesse ; mais je ne sentis que mieux que le cœur humain se retrouve partout avec les mêmes mobiles : partout c'est le déâir du bienêtre-, soit en espoir^ soit eu jouissance actuelle; et le parti qui le détermine est toujours celui où

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aoS étajt. politique

il y à le. plu» i gagùer. Il j a àlsàlieiaT^ bwqi des rêflezioQS à faire! but le diacourâ de eie religieux : il [>ourrait indiquer jusqu'à. quel pplot l'esprit céoobitique eit lié àil'étfli du gouvcsnemént; de queU^ faits il petut dériver; en (pelles circonstances il doit naître, régow, décliner, etc. Mais je dois teraiioer ce talJeau géographique de la Syrie ^ et résainer.en peu de mots ce que j'ai dit de ses revenus et de ses forces , a&i que le lec' teur se &ssè uni idée can^lète de àon ëtat politique.

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