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Motouâlisla trouTaiit sans défense , y entrèrent etU pill^^nt k leur tour. Enfin , les djiefe apaisèrent le pillage , et en prirent possession pour Ddher, qui établit mouallam ou gouverneur ^ un Barbaresque ' appelé Degnizlé, renommé pour sa bravoure.
Ce fut alors que la Porte , eârayée des revers qu'eUe essuyait et de la part des Russes , et de la part de ses sujets rebelles, .6t proposer à Dâfur la paix à des conditions très- avantageuses. Pour Ty faire consentir, elle cassa les pachas de Datpas, de Saide et de Tripoli ; elle désavoua leur cpnduite, et fit solliciter le chaik de se réconcilier avec elle. Ddher, âgé de 8â à 86 ans, voulait y donner les mains pour terminer en paix sa vieillesse; mais sou ministre, Ybrakim, l'en détourna : il espérait qu'Ali-bek viendrait l'hiver suivant conquérir la Syrie , et que ce Mamlouk en céderait uue poi^ tion considérable à Ddher. Il voyait dans cet agrandissement futur de la puissance de son , maître,, un moyen d'accroître sa fortune particulière-et d'ajouter de nouveaux trésors à c«ux que son, insatiable avarice avait déjà entasses. Séduit par cette brillante perepective , il rejeta les propositions de la Porte, et se prépara à pousser la guerre avec une nouvelle activité. ■
Tel était l'état des affaires , lorsque l'année suivante.éckita, en février, la révolte dç H^obapiinadbek contre Ali-bek^ Ybrahim se flatta d'abord qu'elle n'aurait autUue suite; màiA,bientôt )a nou-
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velle de t'expulsioii d'Ali et de aon arrivée à Gaze , en qmliM <ie fagilit et de suppliant, vint le désabuser. Ce coop relewa le courage de tOBS les ennemis de Dâker. La faction desTurks dans Yâfa en profita pour reprendre l'ascendant. Elle s'appropria les effets qu'avait déposés la flottille de Rodoan; et aidée par un chaik de Nâblous, elle St révolter la villa, et s'opposa au passage des Mtuiilouks. Les ctrconsfcmces devinrent d'autant plas critiques, ^que l'on parlait de l'arrivée prochaine d'une grosse armée torke , assemblée vers Alép. Il semblait qneDdher ne dut pas s'éloigner d'Acre-, mais comptant que sa diligence ordinaire pourvoirait à tout , il marcha vers NMqus^ châtla;ICslebeHes:en passant : et ayant joint Ali-bek airftissolis de ï&fi> , il l'amena sans obstacle 4 Acre. A!près une réception telle que la dicte l'hospitiïtité arabe, ils marthèreut ensemble contre les TUAs , qui sous ta conduite de sept pachas, as^ siégéâieiit Snide, decoBcerfavec les Drujes. Il sfe tiWnvait altJrs dans la rade inHidfa des vaisséatoi rUiJes; qui, profitant de ta révolte de Oa'Aer, fàisaieiit des pro visions :tecb»iknégociaa»Bceui; et "isoyénoant une somme de 600 bourses, il 1» engagea à seconder par mer «es. opérations. Son armée, 'dans cette circotistanoe, pouvait consister'enS'dti'6,ooo cavaliers saWieiK et motoUàlis , auxquels se joignirentlés buit cents Mamtoùks'd'AUW'BnVll'Oui,«»o>p<«loliS'harba«eM|>ies.
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Xfis Turics, au contraire, et les Druzea réuuîs, pouvaient se monter à i o,oqo cavaliers et -io,ooo paysans. A peine «urent-ilsapprisrarrivée de l'ennemi, qu'ils levèrent le siège, et se retirèrent au nord de la ville, non pour fuir, mais pour y attendre Dâher et lui livrer le combat. Il s'engagea en effet le lendemain avec plus de méthode que l'on n'en eût vu jusque-là. L'armée turke, s'élenr dant de la mer au pied des montagnes , se rangea par pelotons à peu près sur la même ligne. Les Oqqâls À pied étaient sur le rivage tians des haies de nopals et dans des fosses qu'ils avaient faites pour empêcher une sortie de la ville. Les cavaliers occupaient la plaine par groupesassez confus; vers le centre et un peu en avant , étaient huit canons de 12 et de 34,1a seule artillerie dont on eût encore usé en rase campagne. Enfin , au pied des montagnes, et sur leur petichant, était la milice druïe, armée de fusils, BansretranchemeuB et sans canons. . Du côté de Dâher, les Motouâlis et les Safadiens se Rangèrent sur le plus grand front possible , et tâchèrent d'occuper autant de plaine que les Turks. A l'aile droite que commandait Nàsif, éraient les MotouÂlis et les 1,000 Barbaresques à pied , piour contenir les paysans druKes. L'aile gauche, sous la conduite A^/iU-Ddher, fut laissée «ans appui contre les Oqqâls; mais on se reppsitit »|ir les frégates et sur les bateaux russes» qui avançaient parallèlement à l'armée en serrant U; rivage. Au
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' centre étaient les 800 Mamlotilcs, et derrière eux Ali'bek avec le vieux Dâher, qui animait encore les siens' par son exemple et ses discours. L'aHaire s'engagea par les frégates russes. A peine eurentelles tiré quelques bordées sur les Oqqdls, qu'ils évacuèrent leur poste en déroute; alors les pelotons de cavaliers marchant à peu près de front, arrivèrent à la portée du canon des Turks. De ce moment, les Mamlouks,' jaloux de justifier l'opinion qu'on avait de leur bravoure, se lancèrent bride abattue sur l'ennemi. Leur audace eut l'effet d'intimider les canonniers, qui, se voyant à pied entre deux lignes de chevaux , sans ouvrages et s:m$ infanterie pour les soutenir, tirèrent précipitamment et s'enfuirent. Les Mamlouks , peu maltraités de celte volée, passèrent en un clin d'oàl au milieu des canons, et fondirent tête baissée dans les pelotons ennemis. La résistance dura peu, te désordre se répandit de toutes parts ; et dans ce désordre, chacun ne sachant ce qu'il avait à faire ni ce qui se passait autour de lui, fut par cette incertitude plus disposé à fiiir qu'à combattre. Les pachas donnèrent l'exemple du premier parti, et dans un instant la fuite fut générale. Les Druzes, qui ne servaient la plupart qu'à r^ret dans la cause des Turks, profitèrent de cette déroute pour tourner le dos , et s'enfoncèrent dans leurs montagnes : en moins d'une heure la plaine fut nettoyée. Les alliés, satisfaits de leur victoire, ne
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s'engagèrent pas à la poursuite dans un terrain qui devient plus difficile à mesure que l'on marche vers Bairout; mais les frégates russes, pour punir les Druzes, allèrent canonner cette \iile, où elles firent une descente, el brûlèrent trois cents maisons. Ali-bek et Dâher, de retour à Acre , songèrent à tirer vengeance de la révolte et de la mauvaise foi des gens de Nàblous, et des habitants de Yâfa. Dès les premiers jours de juillet 177a, ils parurent devant cette ville. D'abord ils essayèrent les voies d'accommodement ; mais la diction des Turks ayant rejeté toute proposition, il fallut employer la force. Ce siège ne fut, à proprement parler, qu'un blocus, et Fon ne doit pas se figurer qu'on y suivit les règles connues en Europe. Pour toute artillerie, l'on n'avait de part et d'autre que quelques gros canons mal montés, mal établis, encore plus mal servis. Les attaques ne se faisaient ni par tranchées, ni par mines; et il faut avouer que ces moyens n'étaient pas nécessaires contre un mur sans fossés, sans remparts et sans épaisseur. On fit d'assez bonne heure une brèche, mab les cavaliers de Dâher et d'Ali-bek mirent peu de zèle à la franchir, parce que les assiégés avaient embarrassé le terrain de Tintérieur, de pierres, de pieux et de trous. Toute l'attaque consistait en fusillades qui ne tuaient pas beaucoup de monde. Huit mois se passèrent ainsi, malgré l'impatience d'Ali^bek, qui était resté seul commandant du siège. Enfin,
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les assiégés se trouvant épuisés de fatigué, fet manquant de provisions, se rendirent par composilîon. Au mois de février 1773, Ali-bek y plaça un gouverneur pour Dâker, qu'il se hâta d'aller joindre à Acre. Il le trouva occupé des préparatifs nécessaires pour le faire rentrer en Egypte, et il y joignit ses soins pour les accélérer. On n'attendait plus qu'un secours de six cents bommes qu'avaient promis les Russes, quand l'impatience d'Âli-bek le détermina à partir. DâheF employa toute sorte d'instances pour l'arrêter encore quelques jours, et donner aux Russe» le temps d'at^ river; mais voyant que rien ne pouvait suspendre sa résolution, il le flt accompagner par i5oo ca* vsliers, sous la conduite A'Otmân, l'un de ses-âls*. Peu de jours apa'ès (en avril 1773), les Russes amenèrent leur renfort, qui, quoique moindite qu'on ne l'avait espéré, causa un vif regret de-n* pouvoir l'employer; mais ce regret fut surtout amer, lorsque Dâker vit son fils et ses cavahers revenir en qualité de fuyards, lui annoncer lent désastre et cçtui d'Ali-bek. Il en fut d'autant pllii affecté , qu'à la place d'un allié puissant par ses ressourâes, il acquérait un ennemi redoutable par sa haine et son activité. A son âge, cette perspec>tive était affligeante; et il est sans doute honorable à son caractère de n'en avoir pas été plus abattu. Un événement heureux vint se joindre à sr fermeté pour le consoler ou le distraire. J^'émir
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Yousef, contrarié par une faction puissante, svait été f^ligé d'invoquer le secours do pacha de DamaSfl pour se mainteotr dans la possession de Bairout. Il y avait placé une créature d«9 Titrks, le ci-deyant bek ^hmed-el-Djezzâr. A peine cet hoimne fut-il revêtu du commandement die là ville, qu'il résolut de s'en faire un nouveau moyen de fortune. 11 commença par s'emparer de 5o,ooo piastres appartenantes an prince, et il déclara ouvertement ne reconnaître de maître que le sultan : l'émir, étonné de cette perfidie, demanda en vain justice au pacha de Damas. On désavoua i)/>zz(zr sans lui faire restituer sa ville. Piqué de ce refus, l'émir consentit enfin à ce qui faisait te vœu général des Druzes, et il fit alliance avec Dâher. Le traité en fut con<ilu près de Sour. Le chaik, charmé d'acquérir des amis aussi pui.ssants, vint sur-le-champ avec eiiï assi^er le rebelle. Les frégates russes» qui ne quittaient pas ces pfo-ages depuis quelque temps, se joignirent aux Druzes, et Convinrent, pour une seconde somme de six cents bourses, de caaonnêr Batrout. Cette double attaque eut le succès que l'on pouvait désirer. PjezKâr, malgFé la vigneur de sa résistance, fut obligé de capivuler : il se rendit à Dâher seul, et il le suivit à Acre , d'où il s'évada peu après. La ' défection des Druies ne découragea pas les Tnrks ; la Porte, comptant sur les intrigues qu'elle tramait en Egypte , reprit l'espoir de venir à bout de
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tous ses eonemis : elle rq>laça Osman à Damas, et lui confia un pouvoir illimité sur toute la S3rrïe. IjC premier usage qu'il en fit> fut de rassembler sous ses ordres six pachas; il les conduisit par la vallée de Beqaa, au village de Zahléy dans l'intention de pénétrer au sein même des montagnes. La force de cette armée et la rapidité de sa marche, y répandirent en effet la consternation, et l'émir Yousef, toujours timide et irrésolu , se repentait déjà d'avoir trop tôt passé du côté de Dâher; mais ce vieillard veillant à la sûreté de ses alliés, pourvut à leur défense. A peine les Turks étaient-ils campés depuis six jours au pied des montagnes, qu'ils apprirent qu'^A', fils de Dâher, accourait pour les combattre. Il n'en fallut pas davantage pour les intimider. En vain leur observa-t-on qu'il n'avait pas cinq cents chevaux, et qu'ils en avaient plus de tànq mille; le nom dijéU-Dâker en imposait tellement par l'idée de son courage indomptable , que dans une nuit toute cette année prit la ftùte , et laissa aux habitants de Zahié son camp plein de dépouilles et de bagages. Après ce dernier triomphe , il semblait que Dâher dût respirer , et vaquer sans distraction aux préparatifs d'une défense qui chaque jour devenait plus pressante; mais la fortune avait décidé qu'il ne jouirait plus d'aucun repos jusqu'à la fin de sa carrière. Depuis plusieurs années des troubles domestiques se joignaient à ceux de l'extérieur; ce
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n'était même que par la distraction de ceux-ci qu'il parvenait à calmer ceux-là. Ses enfants, qui étaient déjà des vieillards , s'ennuyaient d'attendre si longtemps son héritage. Outre cette disposition qu'ils avaient eue de tout temps à la révolte , il leur était survenu des griefs qui l'avaient rendue plus dangereuse en la rendant plus légitime. Depuis plusieurs années, te chrétien Yèrakim, ministre du chaik, avait envahi toute sa confiance, et il en faisait un abus criant pour assouvir son avarice. Il n'osait pas exercn* ouvertement les tyrannies des Turks; mais il ne négligeait aucun moyen, même malhonnête, d'amasser de l'argent. Il s'emparait de tous tes objets de commerce; lui seul vendait le blé , le coton et les autres denrées de sortie; lui seul achetait les draps, les indigos, les sucres et les autres marchandises d'entrée. Avec une pareille avidité , il avait souvent choqué les prétentions et même les droits des chails ; ils ne lui pardonnaient pas cet abus de puissance , et chaque jour , en amenant de nouveaux sujets de plaintes , portait à de nouveaux troubles. Z>(iA«r, dont la tête commençait à se ressentir de son extrême vieillesse , n'usait pas des moyens propres à le calmer. 11 appelait ses enfants des ingrats et des rebelles ; il ne trouvait de serviteur fidèle et désintéressé qu'Ybrahim ; cet aveuglement ne servit qu'à détruire le respect pour sa personne, et à justifier leurs mécontenteinens. L'année 1774 développa
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les fâcheux effets de cette conduite. Depuis la mort d'Ali-bek, Ybrahim trouvant que la balaoce des craintes devenait plus forte que celle des espérances, avait rabattu de sa hauteur. Il ne voyait plus autant de certitude à amasser de l'argent par la guerre. Ses alliés, tes Busses, sur lesquels il fondait sa confiance, commençaient eux-mêmes à parler de paix. Ces motifs le déterminèrent à la conclure; il en traita avec un capidjt que la Porte entretenait^ Acre. L'on convint que Dâher et ses enlàns mettraient bas les armes ; qu'ils conserveraient le gouvernement de leur pays ; qu'ils recevraient les queues, qui en sont le symbole. Mais en même temps , on stipula que Saide serait restituée, et que le chaik paierait lé miri comme par te passé. Ces conditions mécontentèrent d'autant plus les enfants de Dâher ^ qu'elles furent accordées sans leur avis. Ils trouvèrent honteux de redevenir tributaires. Ils furent encore plus choques de voir que l'on n'eût passé à aucun d'eux le titre de leur père ; en conséquence , ils' se révoltèrent tous. Mi s'en alla dans la Palestine , et se cantonna à Habroun; Jhmad eX. Seîd se retirèrent à Nâbîous ; Otman , chez les Arabes de Saqr; et le reste de l'année se passa dans ces dissensions. Les choses étaient à ce point, lorsqu'au commencement de 1775, Mohammad-bek parut» en Palestine avec toutes les forcées dont il pouvait disposer. Gaze se trouvant dépourvue de munitions n'osa résister.
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Yâla, fière d'avoir joué un rôle dans tous tes événements précédents, fot plus hardie; ses habitants s'armèrent, et peu s'en Ëillat que leur résistance ne fît échouer la vengeance àa Mamlouk; mais tout conspira à la perte de Dâher. Les Drnzes n'osèrent remner; les Motouâlis étaient mécontents. Ybrahim appelait tout le monde, jnaia comme ii n'offrait d'argent à personne, personne ue remuait: il n'eut pas même la prudence d'envoyer des provisions aux assiégés. Ils furent aontraiots fie se rendre, et la route d'Acre resta ouverte. Aussitôt que l'on y apprit le désastre d'Yâfa, Ybrahim prit la fuite avec Dâher dans les montagnes du Safad. Ali-Dâher ^ qui comptait sur des coDTentions passées entre lui et Mohammad-bek, prit la place de son père ; mais bientôt :reconnai&sant qu'il était trompé, il jH-it la fuite à son tour, et les Mamlouks furent maîtres d'Acre. Il était difficile de;préïoir les bornes de. cette révolution , loTsquela mort inopinée de sou auteur vint tout à coup la rendre ^nulle etsans eflet. La fuite des E^ptiens i^ant laissé libres à Dâher sa ville et son pays, il ne tarda pas d'y reparaître; mnis il s'en fallait beaucoup que l'orage^fut apaisé. Bientôt on apprit qu'une^flotte turke assiégeait Saide%Q,xx% les ordres de Hasan, capUan pacha. Alors on:reconnut trop tard la perËdie de là Porte, qui avait endormi lavigilanceidu clutik par des démonstrations d'amitié,. dans'le<ni«me temps qu'elle com-
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binait avec Mohammad-bek les moyens de le perdre. Depuis un an qu'elle s'était débarrassée des Russes , il avait été facile de prévoir ses inteutions par ses mouvements. Ne l'ayant pas fait, il restait encore à tenter d'en prévenir les effets ; et l'on négligea cette dernière ressource. Degnizlé, bombardé dans Saide, sans espoir de secours, se vit contraint d'évacuer la ville ; le capitan pacha se porta sur-le-champ devant Acre. A la vue de l'ennemi, l'on délibéra sur les moyens d'échapper au danger; et il arriva à ce sujet une querelle dont l'issue décida du sort de Dâher. Dans un conseil général qui se tint, l'avis â^Ybrahim fut de repousser la force par la force; il allégua pour ses raisons que le capitan pacha n'avait que trois grosses voiles; qu'il ne pouvait attaquer par terre, ni rester sans danger à l'ancre en face du château ; que l'on avait assez dé cavaliers et de Barbaresques pour empêcher unedescente, et qu'il était presque certain que les Turks s'en iraient sans rien tenter. Contre cet avis , Degnizlé opina qu'il fallait faire * la paix, parce qu'en résistant, l'on ne ferait que prolonger la guerre; il soutint qu'il n'était pas raisonnable d'exposer la vie de beaucoup de braves gens, quand on pouvait y suppléer par un moyen moins précieux; que ce moyen était l'argent ; qu'il connaissait assez l'avidité du capitan pacha , pour assurer qu'il se laisserait séduire ; qu'il était certain de le renvoyer, et même de s'en faire un ami.
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en lui comptant deui. mille bourses. C'était là précisément ce que craignait Ybrahim; aussi se récria-t-il contre cet aria, en protestant qu'il n*y avait pas un médin dans les coffres. Dâher vint à l'appui de son assertion : « Le cbaik a raison , » reprit Degnizlé; « il y a long-temps que ses servi- « teiirs savent que sa générosité ne laisse point « son argent croupir dans ses coffres ; mais l'aro geot qu'ils tiennent de lui n'est-îl pas à lui-même? « et croira-t-on qu'à ce titre nous ne sachions pas H trouverdéuxmille bourses?i>Acemot, YbrtJùm interrompant encore , s'écria que pour lut il était le plus pauvre des hommes. «Dites leplus lâche,» reprit Degnizlé transporté de colère. « Qui ne sait, <c parmi les Arabes , que depuis quatorze ans vous « entassez des trésors énormes? Qui ne sdt que ■ vous avez envahi tout le commerce; que vous «vendez tous les terrains, que vous retenez les «soldes; que dans la guerre de Mobammad-bek, n vous avez dépouillé tout le pays de Gaze de ses A blés, et que les habitants de Yâfa ont manqué « du nécessaire ?» 11 allait continuer , quand le cbaik lui imposant silence , protesta de l'innocence de son ministre, et Faccusa, lui, Degnizlé, d'envie et de trahison. Outré de ce reproche , Degnizlé sortit à l'instant du conseil, et rassemblant ses compatriotes les Barbaresques , qui disaient la principale force de la place, il leur défendit de tirer sur le capitan. Dâher, décidé à soutenir l'attaque,
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fit tout préparer en conséquence. Le ]endemaijj« le capitan s'étant approché du château , commença de le canonner. Dâher lui fît répondre par les pièces qui étaient sous ses yeux; mais malgré ses ordres réitérés , les autres ne tiièrent point. AIcm-s se voyant trahi , il monta à cheval , et sortant par la porte qui donne sur ses jardins dans la partie du nord , il voulut gagner la campagne ; mais pen- <lant qu'il marchait le long des murs de ses jardins, un Barbaresque lui tira un coup de fusil dans les reins; à ce cmip, il tomba de chçval, et sur-lechamp les Barbaresques environnant son corps , lui .coupèrent la tète; elle fiit portée au capitan pacha, qui, sefon l'odieuse coutume des Tuti(S, la contempla en l'accablant d'insultes, et ta fit saler pour Remporter à Constantinople, et en <louner le spectacle au sultan et au peuple.
Telle fut la fin tragique d'un homme digne, à bien des égards, d'un meilleur sort. Depuis long- ^temps la.Syrie n'a point vu de commandants montrfa- un.aussi grand caractère.. Dans le8,affaires militaires, personne n'avait plus de courage, d'activité , de sang-froid , de ressources. Dans les flaires politiques , :sa franchise n'était pas altérée même par son ambition. Il n'aimait que les moyens hardis et découverts ; il préférait les dangers des combats aux ru8es;desiiitriguq.t.Ce>nefut que depuis qu'il eut prît 'Ybrahim. pour raint^tre, que l'on v(t flans e;i conduite une dupKcité que ce chrétien appelait
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prudeuce. L'opiaion de sa justice avait établi dans ses états une sécurité iaconnue en Turkie; elle n'était point troublée par la diversité de» religions; il avait pour cet article la tolérance, ou, si l'on veut , l'indifférence des Arabes-Bédouins. 11 avait aussi couservé leur simplicité, leurs préjugés, leurs goûts. Sa table ne différait pas de celle d'un riche iermier; le luxe de ses vêtements ne s'étendait. pas au delà de quelques pelisses, et jamais il ne porta de bijoux. Toute sa dépense consistait en juments de race, et il en a payé quelques-unes jusqu'à 30,000 livres. Il aimait aussi beaucoup tes femmes; mais en même temps il était si jaloux de la décence des mœurs, qu'il avait décerné peine de mort contre toute personne surprise en délit de galanterie , et contre quiconque insulterait une femme; enfin, il avait saisi un milieu di£Bcile à tenir, entre ta prodigalité et l'avarice; et il était tout à la fois généreux et économe. Comment avec de si grandes qualités n'a-t-il pas plus étendu ou affenni sa puissance? C'est ce que la connaissance détaillée de son administration rendrait facile à expliquer; mais il suffira d'en indiquer trois causes principales.
1° Cette administration manquait d'ordre intérieur et de principes : par cette raison, les améliorations ne se firent que lentement et confusément.
a" Les concessions qu'il fit de bonne heure à ses II. 3
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enfants, introduisirent une foule de désordres qui arrêtèrent les progrès des cultures, énervèrent les finances, divraèrent les forces et préparèrent sa ruine.
3" Enfin une dernière cause , plus active que les autres, fut l'avarice d'Yfarahim Sabbâr. Cet homme, abusant de la confiance 'de son hiaître et de la faiblesse qu'amenait l'âge, aliéna de lui, par son esprit de rapine, et ses enfants, et ses serviteurs, et ses alliés. Ses concussions même pesèrent assez sur te peuple dans les derniers temps, pour lui rendre indifférent de rentrer sous le joug dés Turks. Sa passion pour l'argent était si sordide, qu'au milieu des trésors qu'il entassait, il ne vivait que de fromage et d'olives; et pour épargner encore davantage , il s'arrêtait souvent à la boutique des marchands les plus pauvres, et partageait leur frugal repas. Jamais il ne portait que des. habits sales et déchirés. A voir ce petit homme maigre et borgne, on l'eût plutôt pris pour un mendiant que pour le ministre d'un état considérable. Le succès de ces viles pratiques fut d'entasser environ vingt millions de France, dont les Turks ont profité. A peine sut-on dans Acre la mort de Dâher, que l'indignation publique éclatant contre Ybrahim , on le saisît et on le livra au capitan: pacha. Nulle proie ne pouvait lui être plus agréable. La réputation des trésors de cet homme était répandue dans toute la Turkie; elle
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avait contribué à animer le resseatimeQt de Mohammad-bek; elle était le principal motif des démarches du capitan. Il ne vit pas plus tôt son prisounier, qu'il se hitad'en exiger la déclaration du lieu et de la quantité des sommes qu'il recelait. Ybrahim se montra ferme à en nier l'existence. Le pacha employa en vain les caresses, puis les menaces puis les tortures : tout fut inutile; ce ne fut que par d'autres rmseignements , qu'il parvint à découvrir chez les pères de Terre-Sainte, et chez deux négociants français, plusieurs caisses, si grandes et si chargées d'or, qu'il fallut huit hommes pour porter la principale. Parmi cet or, on trouva aussi divers bijoux , tels que des peries , des diamants , et entre autres, le kaodjar d'Ali-bek, dont la poignée était estimée plus de aoo,ooo livres. Tout cela fut transporté à Constantinople avec Ybrahim, que l'on chargea de chaînes. T^esTurks, féroces et insatiables, espérant toujours découvrir de nouvelles sommes, lui firent souffrir les tortures les plus ' cruelles pour en obtenir l'aveu ; mais on assure qu'il maintint constamment la fermeté de son caractère , et qu'il périt avec un courage qui méritait une meilleure cause. Après la mort dé Dâker, le capitan pacha établit Djezzâr pacha d'Acre et de Saide, et lui confia le soin d'achever la ruine des rebelles. Fidèle à ses instructions, Djezzâr les attaqua par la ruse et par la force, et réussit au point d'amener Otmân,
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SiUt et jdhmad à se rendre en ses roainfr. Ali seul résista; et c'était Itilqu'on désirait davantage. L'année suivante (1776),' Hasan revint; et de concert avec Djez^ir, il assiégea Ab dans Dair-Hanna , lieu fort, k une journée d'Acre; mais il leurédbappa. Pour temiiner leurs inquiétudes, ils «nployèrent un moyen digne de leur caractère. Ils apostèrent des Barbaresques , qui , prétextant d'avoir été congédiés de Damas, vinrent dans le canton où Ali se tenait campé. Après avoir raconté leur histoire à ses gens, ils lui demandèrent l'hospitalité. Ali, à titre d'Arabe et d'homme qui n'avait jamais coniïu la lâcheté, les accueillit; mais ces misérables fondant sur lui pendant la nuit, le massacrèrent, et vin-irent demander leur récompense, sans cependant avoir pu s'emparer de sa tète. I> capitan ise voyant délivré d'Ali, fit égorger ses frères, Seïd, Ahmad et leurs enfants. Le seul Otmân fut conservé en faveur de son rare talent pour la poésie, et on l'emmena à Constantinople. Le Barbaresque Degnizlé, que l'on renvoya de cette capitale à Gaze avec le titre de gouverneur, périt en route avec soupçon de poison. L'émir Koiu^ effrayé, fit sa paix avec Djezzâr; et depuis ce moment la Galilée, rentrée aux mains des Turks, n'a conservé de la puissance de Dâher qu'un inutile souvenir.
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