‹ ŒuvresChapitre 4 sur 62 · L:N,-z..[jvGoOgIc · texte numérisé non relu

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(le cette fonnule : il avait les réalités de la puisgance , il voulut en avoir les titres : il les crut peutêtre nécessaires pour en imposer davantage à ses enfants et à ses sujets. Il sollicita donc vers 1768, pour lui et pour son successeur , une investiture durable de son gouvernement, et demanda d'être proclamé chaik d'acre , prince des princes, cont' mandant de liazareth , èU Tabarié , de Safad, et chaik de toute la GaliUe. La Porte accorda tout à la crainte et à l'argent; mais cette fumée de vanité éveilla de plus en plus sa jalousie et son animosité.

Elle avait d'ailleurs des griefe trop répétés ; et quoique iJ^Aer les palliât , ilsavaient toujours l'effet d'entretenir la haine et le désir de la vengeance. Telle fiit l'aventure du célèbre pillage de la caravane de la Mekke en 1757. Soixante mille pèleiins dépouillés et dispersés dans le désert, un grand nombre détruits par le fer ou par la faim , des femmes réduites en esclavage , un butin de la plus grande richesse , et surtout la violation sacrilège d'un.âcte de religion; tout cela fît dans l'empire une sensation dont on se souvient encore. Les Arabes spoliateurs étaient alliés de Dâker; il les reçut à Jcre, et leur permit d'y vendre leur butin. La Porte lui en fit des reproches amers ; mais il tâcha de se disculper et de l'apaiser , en envoyant le pavillon blanc du prophète.

Telle fut encore l'aftaire des corsaires maltais. Depuis quelques années ils infestaient les côtes de

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Sjnrie; et , sous le nieDsonge d'un psvUlon neutre , Us étaient reçus dans la rade d'acre : ils y déposaient leur butin, et y vendaient les prises faites sur les Turks. Quand ces abus se divulguèrent, tes musulmans crièrent au sacril^e. La Porte, informée tonna. Dâker protesta ignorance du fait ; et pour prouver qu'il ne favorisait point un commerce aussi honteux à l'état et à la religion, il arma deux galiotes, et les mit en mer avec l'ordre. apparent de chasser les Maltais. Mais le fait est que ces galiotes ne firent point d'hostilités contre les Maltais , et servirent au contraire à communiquer en mer avec eux, loin des témoins. Dâker fit plus : il prétexta que la rade de Hatfa était sans protection , que l'ennemi pouvait s'y loger malgré lui ; et il demanda que la Porte bâtît un fort , et te munît aux frais du Sultan ; l'on remplit sa demande; et quelque temps après, il fit décider que le fort était inutile ; il le rasa , et en transporta les canons de bronze à Acre.

Ces faits entretenaient l'aigreur, et les alarmes de la Porte. Si l'âge de Dâker la rassurait , l'esprit remuant de ses enfants , et les talents militaires d'-^iï, l'aîné d'entre eux, l'inquiétaient; elle craignaitde voir se perpétuer , s'agrandir raème, ' une puissance ««dépendante. Mais constante dans son plan ordinaire , elle n'éclatait point , elle agissait en dessous; elle envoyait des capidjis; elle stimulait tes brouitleries domestiques, et oppo-

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sait des agtn& capables du moins d'arrètei' les pro- ^è& qit'xlfe redontait.

LepliÊ OfHhiâtre de ces agents fat cet Osman, pacbadeDanas, que nous avoiïs vu jouer un rôle principal dans la guerre d'Ati-bek. Il avait mérité la bienveillance du divan , en décelant les trésors . de Soliman pacba, dontil était mam^uj^. Lflhaine pèrsonoélle qu'il portait à Dâher, et l'activité connue de son caractère, déterminèrent la confiante en sa faveur. On le regarda comme un con^ tre-poids propre à balancer Dâher; en conséquence on le nomma pacha de Donnas en 1760; et pour lui donner plus de force, on nomma ses deux enfants aux pachalics de Tripoli et de Saide ; enfin, en 1766 , on ajouta à son apanage Jérusalem et toute la Palestine.

Osmati seconda bien les vues de la Porte ; dès les premières années il inqniéta Dâher ; 11 augmenta les redevances des terrains qui relevaient de Damas. Le chaik résista ; le pacha fit des menaces , et l'on vit que la querelle ne tarderait pas de s'échauffer. Osman épiait le moment de fi'apper un coup qui terminât tout; il crUt l'avoir trouvé, et la guerre éclata.

Tous les ans le pacha de Damas fait dans son gouvernement ce qu'on appelle la^arnée{\ ), dont

(ij Cela se pratique daus la plupart des grands pachalici dont les y

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te but est de lever la miri ou impôt des l«rres. Dans cette occasion , il mine toujours avec lui un corps de .troupes cap^le d'assurer la perception. Il imagina de profiter de cettie cirooQStance pour surprendre Dâhe^-;- -btae faisant suivre d'un corps aombjreux, il fait sa route à l'ordinaire , vers le pays de Nàblous. Dâhet était alors au pied d'un château où ï-as^ëgeaU deux de ses enfants; le danger qu'il courait était d'autant plus grand » qu'il se reposait sur la foi d'une trêve avec le pacha. Son étoile le sauva. Un soir, au moment qu'il s'y attendait le mmns, un courri» tartare ( i ) lui remet des lettres de Constantinople; Dâher les ouvre, et sur-lechamp il suspend toute hostilité, dépêche un cavalier vers ses enfants, et leur marque qu'ils aient à lui préparer à souper à lui et à trois suivants; qu'il a. .des aftôres de la dernière conséquence pour eux tous à leur communiquer. IWier avait un caractère connu, on lui ohéit. Il arrive à l'heure convenue ; l'on mange gaiement ; à la fin du repas, il tire ses lettres et les fait lire; elles étaient de l'espion qu'il entretenait à Constantinople, et elles portaient : « Qu'e le sultan l'avait trompé par « le dernier pardon qu'il lui avait envoyé ; que <c dans le même temps il avait délivré un kat- « chérîf {%) contre sa tète et contre ses biens;

(i) Ce sont des Tartares qui font l'office de courriers en Tiirlde.

(») Ce mot, qui signifie nohie-seing, est une lettre de pro-

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a que tout était coacarié entre les trc»s pachas, « Osman et ses en&nts, pour r»ivelo{^per et le « détruire lui et sa famille; que le pacha mardieo rait en forces vers Nâblous pour le surpren- « dre, etc. » On juge aisément de la surprise des auditeurs; aussitôt de tenir conseil : les opinions se partagent; la plupart veulent qu'on marche en forces vers le pacha; mais l'aîné des enfants de Dâker, Â.U, qui a laissé dans la Syrie un souvenir célèbre de ses exploits, Âli représenta qu'un corps d'armée ne pourrait se transporter assez vite pour surprendre le pacha; qu'il aurait le tempâ de se mettre à couvert; que l'on aurait la honte d'avcâr violé la Irèye; qu'il n'y avait qu'un coup de main qui pût convenir, et qu'il s'en chargeait. Il demanda cinq cents cavaliers; on le connaissait; on les lui donna. Il part sur-le-champ, marche toute la nuit, se repose à couvert pendant le jour; et la nuit suivante il fait tant de diligence, qu'à l'aube du jour il arrive à l'ennemi. Les Turhs, selon leur usage, dormaient épars dans leur camp, sans ordre et sans gardes; Ali et ses cavaliers fondent le sabre à ta main, taillent à droite et à gauche tout ce qui se présente; les Turks s'éveillent en tumulte; le nom ^Ali répand la terreur, tout s'enfuit en désordre. Le pacha n'eut pas même le

scriptioa conçue ea ces termes : Un tel, qui et f esclave de ma sahlime Porte , va -vers an tel, mon esclave , et raj^forte sa tête à mes pieds, aupéiil de ta tiame. .

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temps de passer sa fourrure : à peine é(ait-U hors de sa tente, lorsque Ali y arriva; ou saisit sa cassette, ses châles, ses pelisses, son poignard, son nei^il (i), et pour comble de succès, le nobleseing du sultan. De ce momoit hi guerre fut ouverte, et selon les mœurs du pays, on ta fit par incursions et par escarmouches, où les Turks eurent rarement l'avantage.

Les frais qu'elle entraîna épuisèrent bientôt les coffres du pacha; pour y subvenir, il eut recours au grand expédient des Turks. Il rançonna les villes, les villages, les corps et les particuliers; quiconque fut soupçonné d'avoir de l'aigent, fiit appelé, sommé, bâtonné, dépouillé. Ces vexations causèrent une révolte à RamU en Palestine, dès la première année qu'il en eut la ferme. Il l'étoufifa par d'autres vexations plus odieuses et plus meurtrières. Deux ans après, c'est-à-dire en 1767, les mêmes traitements firent révolter Gaze; il les renouvela à Yâ/aj en 1769, et là, entre autres, il viola le droit des gens dans la personne de l'agent de Venise, Jean Damiani, vieillard respectable, à qui il fit donner une torture de 5oo coups de bâton sur la plante des pieds, et qui ne conserva un reste de vie qu'en rassemblant de sa fortune et de la bourse de tous ses amis, une somme de

(i) Pipe à ta persane , composée d'un grand flacon plei d'eau, où la fumée se pui^e avant d'arriver à la bouche.

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près de 60,000 livres qu'il compta au pacha. Ce genre d'àvantes est habituel en Turkie; mais comme elles n'y sont pas ordinairement si violentes ni si générales, celles-ci poussèrent à bout les esprits. On murmura de toutes parts; et ta Palestine, enhardie par le voisinage de l'Egypte révoltée, menaça d'appeler un protecteur étranger.

Ce fut en ces circonstances qu'Ali-bek, conquérant de la Mekke et du Sud, tourna ses projets d'agrandissement vers la Syrie. L'alliance de Dà' her, la guerre qui occupait les Tui^ ctHitre les Russes, te mécontentçment des peuples, tout favorisa son ambition. II publia donc en 1770 un manifeste, par lequel il déclara qne THeu ayant accordé à ses armes une bénédiction signalée, il se (Toyait obligé d'en user pour le soulagement des peuples, et pour réprimer la tyrannie d'Osman dans ta Syrie. Incontinent il fit passer à Gaze un corps de Mamlouks qui occupa Ramié et Loudd.

Ce voisinage partagea Yâfa en deux actions, dont l'une voulait se rendre aux Égyptiens; l'autre appela Osman. Osman accourut en diligence, et se campa près de la ville; le surlendemain on annonça Dâher qui accourait de son côté. Yâfa se croyant alors en sûreté, ferma ses portes au pacha; mais dans la nuit, pendant qu'il préparait sa fuite, un parti de ses gens se glissant le long de ta mer, entra par le défaut du mur dans la ville, et ta saccagea. Le lendemain Dâher parut, et ne trouvant

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point les Turks, il s'empara sans résistance de Yâfa, de Ramlé et de Loudd, où il établit des garnisons de son parti.

I^ies choses ainsi préparées, Mohamroad-bek arriva en Palestine avec la grande armée au mois de février 1 77 1 , et se rendit le long de la mer auprès du chaik à Acre. Là, ayant. effectué sa jonction avec douze ou treize cents Motouâlis commandés par Nâsif , et quinze cents Safadiens commandés pa^/i', fils deDâher, il marcha en avril vers Dbmas. On a vu ci^evant comment cette armée combinée battitles forces réunies des pachas, et comment, maître de Damas et près d'cK:cuper le ch&leau , Mohammad-bek- changea tout à coup de dessein , et reprit la route du Hait-e. C&fut dans cette occasion que le ministre de Ddher, YbrahimSabbar, n'ayant reçu pour explication, de la part de Mohammad , ■queues meosces, lui écrivit, au nom du obaik , une lettire de reproches , qui devint par la suite la cause ou le prétexte dlune nouvelle querelle. G;pendant O^rman, de rettxir à Damas, recommença ,ses vexations et ses, hostilités. S'imaginantque Dâher, étourdi du coup qui veinait de le frapper , n'était pas sur ses gardes, il projeta de lé surprendre dans Acrâ même. Mais à. peineétait-il en route , que ^ii^dher.et Nosif, informés de Aa marche , se pv<^K>sèrent de lui rendre le change; en consé^ JiuenQe ils {HUJtent des environs d'Acreàladérobée; etapparenant qti'ilie3ticampé.&srclarLvâoccid)?ntale

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<1u lac de Houle, ils aniveot sur Itii à l'aube du jour, s'emparent du pont de Yeiquoub, qu'ils trouvent mal gardé, et fondent le sabre à la main dans sou camp , qu'ils remplissent de carnage. Ce fut, comme à l'afEaire de Nâblous, une déroute générale; les Turks, pressés du c6té de la terre, se jetèrent vers le lac, espérant le traverser à la nage; mais dans l'empressement et la confusion de cette foule , les chevaux et les hommes s'embarrassant mutuellement , l'ennemi eut le temps d'en tuer un grand nombre; une autre partie plus considérable périt dans les eaux et dans 'les boues du lac. On crut que le pacha avait subi ce dernier sort; mais il eut le bonheur d'échapper sur les épaules de deux noirs qui le passèrent à la nage. Sur ces entrefaites, le pacha de Saide, Darouich^ fils d'Osman, avait engagé les Druzes dans sa cause, et quinze cents Oqqâb étaient venus sous la conduite d'^A- DJambalat, renforcer sa garnison. D'autre part, l'émir Yousef, descendu dans la vallée des J/otoudlû avec a5,ooo hommes, mettait tout à feu et à sang. Ali'Dâher et Nâsif, ayant appris ces nouvelles, tournèrent sur-le-champ de ce côté. Le ai octobre 1771» arriva l'affaire où un corps avancé de 5ooMotouàlis mit les Druzes en déroute; leur fuite porta la terreur daus Saide, où ils furent suivis de près par les SafadUns. Ali-Djambalat, désespérant de défendre la ville , l'évacua incontinent; ses Oqqâis en se retirant la pillèrent; les

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