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l'acquérir moins honnêtes^ et l'ancienne loyauté s'est éteinte. Les arts agréables devenus plus importants ont fait mépriser les arts nécessaires ; les campagnes se sont dépeuplées pour les villes, et les laboureurs ont laissé la cbarrue pour se rendre laquais ou artisans; l'aspect intérieur des états en a été plus brillant; mais la force intrinsèque s'en est diminuée : aussi n'est-il pas un seul gouvernement en Europe qui ne se trouve épuisé au bout d'une guerre de quatre ou cinq ans; tous sont obérés de dettes; et voilà les fruits des conquêtes et du commerce. Pour des richesses lointaines Ton néglige celles que l'on possède : pour des entreprises étrangères on se distrait des soins intérieurs : on acquiert des terres et l'on perd des sujets : on soudoie des armées plus fortes : on entretient des flottes plus nombreuses : on établit des impôts plus pesants : la culture devient plus onéreuse et diminue : les besoins plus urgents rendent l'usage du pouvoir plus arbitraire : les volontés prennent la place des lois : le despotisme s'établit, et de ce moment toute activité, toute industrie, toute force dégénère; et à un éclat passager et menteur, succède une langueur éternelle : voilà les exemptes que nous ont offerts le Portugal, l'Espagne, la Hollande; et voilà le sort qui nous menace nous-mêmes; si nous ne savons profiter de leur expérience.
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Ainsi , me dira-t-on , il faudra rester spectateurs paisibles des succès de nos voisins , et de l'agrandissement de nos riTauï! Oui sans doute il tefaut^ parce qu'il n'est que ce parti d'utile et d'honnête : il est honnête , parce que rompre soudain avec un allié pour devenir son plus cruel ennemi^ est une conduite lâche et odieuse ; il est utile , que dis-je ? il est indispensable! Dans les circonstances présentes il nous est de ta plus étroite nécessité de conserver la paix ; elle seule peut réparer le désordre de nos affaires : le moindre etfort nouveau, la moindre négligence, peuvent troubler la crise que l'on tâche d'opérer, et d'un accident passager, faire un mal irrémédiable. Ne perdons pas de vue qu'un ennemi jaloux et offensé nous épie ; évitons donc toute distraction d'entreprises étrangères. Rassemblons toutes nos forces et toute notre attention sur notre situation intérieure : rétablissons l'ordre dans nos finances : rendons là vigueur k notre armée : réformons les abus de notre constitution : corrigeons daus nos lois la barbarie des siècles qui les ont vues naître : par-là, et par-là seulement, nous arrêterons le mouvement qui déjà nous entraîne : par-là nous régénérerons nos forces et notre consistance , et nous ressaisirons l'ascendant qui nous échappe : par-là nous deviendrons supérieurs aux révolutions externes que le cours de la nature amène et nécessite. Il ne faut
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pas noqs abuser ; l'état de choses qui nous environpe ne peut pas durt^ : le temp& préparç sans ce&se de nouveaux changements, çt te sièdç pfç^ clwn est destiné à en avoir d'imnwnaes dans le système politique du nponde entier. Le sçrt n'^ pas déroué l'Inde et TÂmérique k être é|eEnç)|&: ment les esclaves de l'Europe. L'a^ranchissemen^ de« cc>lopies anglaises a ouvert pour le Nouveau-^ Af ondç une nouvelle carrière ; et plus tôt ou plus tard les chatoes qui le tienpept asservi échapperont auK mains de ses maîtres. L'Inde comi|iepçe à s'agiter, et pourra se puiser bientôt d'uqe tj-| rannie étrangère. L'invasion de la Xurkie et la foimalioii d'une nouvelle puissance i Coqstanti-' nof^e, donneront à l'Âàe une autre existence : )e commerce prendra d'autres routes^ et la fortuqq des peuples sera changée. Ainsi l'eroiûre &cticiB que s'étaient fait quelques états de l'Europe, ^^9^ de toutes parts ébranlé et détruit; ils sertit réduits à leur propre terre , e^ peutrè^ ce çpHp du sort qui les alanuie en aera-tril la p|us grande faveur ; car alors les sujets de querelles devenus moiqs nombreux rendront les guerres plus rares; les gouvernements moins distraits s'occuperont davantage de l'administration intérieure ; les forces moins partagées se concentreront davantage , et les états ressembleront à ces arbres qui . dépouillés par le fer, de branches superflues où s'é-^
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SDH LA GUURBR DBS TURKS. 44'
garait la sévç, n*en deviç^nei^t que pl^s vigoureux ; et la nécessité aura teqvi j^ieu de sag^ç. D9n$ cette réyolutioD il n'est afiçifa, peuple qui ait moins à perdre que Dot^s ^ car qo\is dç so^q^i^ ni épuisés de popuUtion o^ languissap^ d'inç.rtÂe comine le Portugal et l'Esp^igpe^-ni bo^és c|ç terrain et de moyens comme l'Angleterre et I4 Hollande. Pfotre sol est Iç pli^s riche et l'un de^ plus variés de l'Eurppe. îî<mis n'avons, il est vrai, ni coton , ni sucre , ni café , ni épiceries ; v^is \'i' change de nos vips, d^ nos laines, de no^ objets d'industrie , nous en procurera toujours e^ abondance. Les Alleinands n'ont ppipt de colonies., e\ les denrée? dç rAqiérique et de llnde «ont aussi répandues fhçz çu% et moips chère^ que çl^f;? nous. C'^st dans po3 foyers et non ^u del^ d^ mers , que sont poui* nous l'Egypte et les Antilles, Qu'avo|i5-nQiis besoin d^ terre ^t^augére, qn^d un sixif^me d^ U fiûtre est encore inculte, et q^e le reste n'a pas re^u 1^ moitié ^e 1^ cpltuTÇ ào^^ il est susceptible ? So^eops à ^oi^orer noti;^ fortune et non à l'agrandir : sachons jouir des ric^iesses qui sont sous nous ^pains, et n'allons poinf pratiquer sous un ciel étranger ^^^ sagesse dqnt nous ne faisons pas n)éme usage chez noqs.
Mais désormais j'ai touché la borne de ma carrière , et je dois m'arréter. J'ai exposé sur quels symptômes de faiblesse et de décadence je fonde
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les présages de la ruine prochaine de l'empire lurk. J'ai insisté sot les faits généraux plus que sur. ceux du moment, parce qu'il en est souvent dès empires comme de ces arbres antiques qui, sous no aspect de verdure et quelques rameaux encore frais, cèlent un tronc rongé dans ses entrailles, et qnî , n'ayant plus pour soutien que leur écorce, n'attendeiit, pour être renversés , que le premier souffle de la tempête. Tai expliqué pourquoi l'empire russe , sans être lai-même robustement cdustitué, avait néanmoins une grande force relative, et annonçait de grands accroissements. J'ai détaillé lesTaisons qui me font regarder la révolution prochaine plutôt cooime avantageuse que comme nuisible à nos intérêts. Je pense que nous devons éviter la guerre, parce que, entreprise pour le commerce, elle nous coîitera toujours beaucoup plus qu'il ne nous rapporte ; et que , entreprise pour une conquête , elle nous perdra aussi certai' nement par son succès que par son échec. Cest désormais au temps à vérifier ou à démentir ces Conjectures. A juger par les apparences , l'issue de la ciSse actuelle n'est pas éloignée ; il est possible que dans le cours de cette guerre, que sous le terme de deux campagnes, l'événement principal soit décidé; il peut se faire que par une hardiesse calculée, les alliés marchent brusquement sur Constantinople qu'ils trouveront désert et io-
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cendié. Ce coup frappé, ce sera à la prudence de consommer l'ouvrage dé la fortune. Jamais car-' rière ne s'ouvrit plus brillante : il ne s'agit pas moins que de former des empires nouveaux sur' le sol le plus fécond , dans le site le plus heureux , sous le plus beau climat de la terre , et pour comble d'avantage , d'avoir à policer une des races d'hommes les mieux constitués au 'moral et au physique. A bien des égards les peuples de la Turbie sont préférables, pour les législateurs , ai ceux de l'Europe, et surtout à ceux du Nord. Les.' Asiatiques sont ignorants, mais l'ignorance vaut mieux que le faux savoir: ils sont engourdis, mais non pas brutes et stupides. L'on peut même dire qu'ils sont plus voisins d'urîe bonne législation que la plupart des Européens, parce que chez eux le désordre n'est point consacré par des lois. L'on n'y connaît point les droits vexatoircsl du système féodal, ni le préjugé barbare'des^naissances , qui consacre la tyrannie des aristocrates. Toute réforme y sera facile, parce qu'il ne faudra pas, comme chez nous , détruire pour rebâtir. Les lumières acquises n'auront point à combattre ta barbarie originelle ; et tel sera désormais l'avantage de toute constitution nouvelle, qu'elle pourra profiter des travaux modernes pour se former sur les principes de la morale universelle. Si donc la puissance qui ^'établira à Conslanti-
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DOple sait user de $a fortune , si d^s sa conduite avec ses nouveaux sujefs elle jpiut \^ droiture à la fermeté, s\ e\h s'établit médiatrice impartiale eptre les diverses sectes, si elle. adiD«t la tolérance absolue dont l'epipereur a donué te prenûer exemple, et qu'elle Ole tout effet ciyil aux idées religieuses ; si la législatipn est coudée ^ ^es çoains babiles et pures , si le législateur saisit ^iep l'esprit des Orientaux, ceçte puissance fera des pf<^rès qui laisseront bientôt en arriére les anciens gouvei-neqneifts .- elle doit surtout éviter d'introduire, cpmine le tzar Pierre 1", une iipitaliofi seryile de mœurs étrangères. Cbez qp peuple çofflroe chez un particulier, on ne développe de grands moyeps qu'autant qu'ils dériveqt d'un t^r^ctèfe propre. Enfin cette pnissance doit s'al^stenir, popr bàt^r 1^ pqpulation , de tfapfporter le peuple de ses provinces : l'expérience de tous les p^ngiiéfants de l'Asie a ffop prouvé que ces Ix'anspJ^p.tations détruisent plus les honimes qu'elles ne les multiplient : qgand un paiys est bien gouverné, il se penple toujours asjsez par ses propres forces : d'ailleurs les Anirépieps, les Grecs, les Juifs et les autres nations persécutées de l'Asie, s'epipresspront d'accourir vprs uije terre qui leur offrir^ la sécurité ; et les musulinans eux-tnèm^ , sijptput les paysans, sont tellement fatigués de la tyrannie tuirke, qu'ils pourront consentir à vivre soijis une