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porl de Marseille; accueillez-y les étrangers, et ilaiis cioq'ans Livoume et Trieste seront déserts. Ijes faits en sont garants. Déjà dans le court espace qu'a duré le régime libre , malgré la gaerre et la déHànce des esprits, tout le commerce de la Méditerranée avait pris son cours vers nous. Déjà les étrangers abandonnaient les vaisseaux hollandais et ragusais pour se servir des nôtres : l'industrie s'éveillait en Barbarie, en Egypte, en Asie, et, quoi qu'en aietit dit les résidants aux échelles, la masse des échanges augmentait : rétablissez la liberté, et vous reprendrez vos avantages} ils sont tels, que leur poids livré à lui-même entraînera toujours vers vous la balance : par sa position géographique , Marseille est l'entrepôt le plus naturel de la Méditerranée; sont port est excellent; et ce qui le rend plus précieux, placé sur la frontière ' d'un pays vaste et riche en denrées, il offre à la consommation les débouchés les plus étendus, les plus actifs, et devient le marché le mieux assorti, où par conséquent les acheteurs et les vendeurs se rendront toujours de préférence. Que dirait-on (l'un marchand qui, ayant le magasin le mieux assorti dans tous les genres i le tiendrait soigneusement fermé, et se contenterait d'envoyer des colporteurs au dehors? il est constant que ses agents également payés, soit qu'ils perdent, soit qu'ils gagnent, porteront moins d'activité à vendre; que les aclietenrsà qui l'on offrira lit mar-
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chandise mettront moins d'empressement à la prendre ; que les assortiments leur plairont moins; qu'en tout ce marchand aura moins de débit : que si au contraire il ouvrait son magasin à tout le monde, s'il exposait ses marchandises à tous les regards, la vue en provoquerait le désir; -on achèterait non-seulement ce que l'on demandait, mais encore ce dont on n'avait pas l'idée, et le marchand en faisant de moindres bénéfices sur chaque objet , gagnerait davantage sur la masse .voilà la leçon de notre conduite; puisque nous avons le plus riche magasin, empressons - nous d'y attirer tout le monde : les étrangers qui ne sont point accoutumés à tant de jouissances s'y livreront avec passion. Le Grec, l'Arménien, le Juif laisseront à notre industrie le bénéfice de leur propre denrée; ils s'habitueront parmi nous, et Marseille doublera de population , de commerce, et prendra sa place au premierrang de la Médilerranée. Par^là nous économiserons les dépenses des consulats, des drogmans et de ces élètres de la langue dont on perd à grand frais la jeunesse dans un collège de Paris r nous abolirons le régime tracassier des échelles; nous relèverons l'émulation de nos fabricants qui, par leur dépendance des négociants et la négligence des inspecteurs , détériorent depuis quelques années la qualité de leurs draps : enfin nous détruirons toute concurrence des Européens, et nous tromperons le piège
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qp'ils nous préparent, en nous présentant le pavillon de la Porte que nous ne pourrons refuser de traiter à égalité.
Un seul parti eqt avantageux ; un seul pqrti obvie à tous les inconvénients, convient à tous les cas, c'est 4e laisser le çominçrce libre, et d'accueillir tout ce qui se présentç à Marseille. Le gouvernement vient de lever le plus grand obstacle, eu prenant enfin le parti si politique et si sage de tolérer les divers cultes. Qu'a[»'ès cçla, les Autrichiens et les Russes conquièrent ou ne conquièrent pas, les deux cas nous sont égaux. S'ils s'établissent en Turkie, nous profiterons du bien qu'ils y feront naître : s'ils ne s'y établissent pas, nous ferons le commerce avec eux dans la mer Noire et 1» Méditerranée; et nous devons, à cet égard, seconder les efforts de la Kussie pour rendre le Bosphore libre ; car il est de notre intérêt plus que d'aucune autre nation de l'Europe d'attirer tout le commerce de cet empire sur la Méditerranée, puisque cette navigation est k notre porte, et que nos rivaux en sont éloignés. £t tout est en notre faveur dans ce projet, puisque les plus riches productions du Nord sont voisines de cette mer. Ces bois de marine si recherchés et qui deviennent si rares dans notre France, croissent sur le Dnieper et sur le Don; et il serait bien plus simple de les flotter par ces fleuves dans la mer Moire, que de les faire remonter par des détours immenses jusqu'à la
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SUR LA GUEttaC DES TURKS. i)3 1
PulCique et au port de Riga , où la navigation est interriHiipue par les glaces pendant six mois de l'année.
Il ne me reste plus à traiter que de quelques projets présentés an gouvernement. Depuis que les bruits d'invasion et de partage ont commencé de se répandre, depuis que l'opinion publique en a roênae regardé le plan comme arrêté entre l'empereur et l'impératrice, quelques personnes parmi nous, considérant à la fois la difficulté de nous opposer à cet événement, et les dommages qu'il pourrait nous apporter , eot proposé d'obvier- à tous les inconvénients en accédant nous-mêmes à la ligue ; et puisque nous ne pouvions empêcher nos voisins de s'agrandir, de faire servir leur puissance et leur ambition à notre propre avantage. En conséquence il a été présenté au conseil divers mémoires tendant à prouver, d'un côté, l'utilité, h nécessité même de prendre part à la conquête; de l'autre, à diriger le gouvernement dans le choix du pays qu'il doit s'approprier. Sur ce second chef les avis ne sont pas d'accopd : les uns veulent que l'on s'-empare de laMorée et de Candie; les autrt» conseillent Candie seule, ou l'île de Cypre; d'autres enfin l'Egypte. De ces projets , et de b«iucoup d'autres que l'on pourrait iàire , un seul, par l'éclat et la solidité de ses avantages, mérite d'être discuté, je veux dire le projet concernant l'Egypte.
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/|3a . CONSIDÉRATIONS
Le cas arrivant, a-t-on dïtou.a-k-on dû dire, que l'empereur et l'iiBpératiice- se patf agent la Turkie d'Europe, un seul objet peat indemniser la France, un seul objet est digbe-de son ambition , la possession de l'Egypte : sous quelque ri^port que l'on envisage ce pays, nul iutre ne peut entrer avec lui en parallèle d'avantages. L'Egypte est le sol le plus fécond de la terre, le plus facile k cultiver,:le pluscertain dans ses récoltes ; l'abondance n'y dépend pas , comme en Morée et dans l'île de Candie , de pluies sujettes à manquer; l'air n'y est pas malsain comme en Cypre, et la dépopulation n'y règne pas comme dans ces trois contrées. L'Egypte, par son étendue, est égale au cinquième de la France, et par h) richesse de son sol, elle peut l'égaler; elle réunit toutes les productions de l'Europe et de l'Asie , le blé, le riz, le coton, le lin, l'indigo, le sucre, le safranon , etc. , et avec elle seule nons pourrions perdre impunément toutes nos colonies; elle est à la portée de la France, et dix jours conduiront nos flottes de Toulon à Alexandrie ; elle est mal ' défendue, facile à conquérir et à conserver. Ce n'est point assez de tous ces avantages qui lui sont propres , sa possession en donne d'accessoires qui ne sont pas moins importants. Par l'Egypte nous toucherons à l'Inde , nous en dériverons tout le commerce dans la mer Rouge, nous rétablirons l'ancienne circulation par Suez, et nous ferons
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SUR LA GtJERllR DES TtTBRS, 43^
^^erter k route du cap de Bonne-Espétanée. ftif Jes bEdravaités d'Mnssiiiie , noH^ attirenMs à nous toutes les richesses de l'Afrf (|uefntié«veM%, la poodire d'w, tes déots d'éléphant, les gorticoes, tes iMclaves : tes esclaves seals ferobt un artiete im- Tn«U9e-, caf tahdis qu^à la côie de G«Hvée ils ho«s coûtent 6iM> Uv. la t£te , nous ne le$ paierons an ¥iaâx6 î^i*e 1 5o fiv. , <et mms «n raâsfsiërftAs itoi !te^.EntaT(tfisailt le pèlârina^ de la Mek)[é,tio4is jouâynts dé tout le cottimerce ^e la Barfoàm jus- «[n'aU Sénégal , et ftèb« colonie ou la France eltentéthe deviendra l'^eiïtrepét de l'Europe et de^ i>BiïlVers.
- n firat l'avouer j ce tableau i^Ai n'a ïien d'exagéré «stèv^n ca^Md^te desédoh-e, et peu s'fen fetrt qu'en te traçant te toeur ne 's'y laisse 'entïaiDër : mai^ ta ^Ud^fte ûdA iguilder même ïa cupidité ; et vivant ■â^ c«atic 'aux atnopees 'de ia fotlMie, il ioonvielM ~ de peser 1^ ofe^tictes <fià en sépat^nt, «t teâ in- «cMVébtebts qui y sotit atfutdiës.
' Ils sont gnÂds «t nomtH^MiL dti inotftfvéntetMs et ctis d^stacte». O^abotxl-, p<Mr aous a^ppM>^:vér l^gji^, il hiaàstk 'SouttAnAr tt^où ^guerres-: là 'f»e-
|»«Hd«t|pia&ïn8Utteii'de-KVret4'dfed4nfitfè|^-ni'tefi poMé^ôns >Éi lés personnes des vnôè eroyants : ïaïèMHidë, âe îapwi èes JângkUs; car fon -tte supptàëta^^que '«ette^nation égcfrjte et'enVreii9e II. ï8
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434 COirSIDÉRATlORS
nous voie tranquillement £iire une acquisition qui nous donnerait sur elle tant de prépondérance , et qui détruirait sous peu toute sa puissance dans llnde; la troisième enfin, de lapartdes naturels de VÉgxpie, et celle-là, quoiqu'eu apparence la moins redoutable, serait en effet la plus dangereuse- L'on ne compte de gens de guerre que six ou huit mille Mamlouks; mais si des Francs, si des ennemis de Dieu et du prophète osaient y débarquer, Turks, j4nUfes, paysans, tout s'armerait contre eux ; Xe fanatisme tiendrait lieu d'art et de courage , et le fanatisiiae est toujours un ennemi dangereux ; il règne encore dans toute sa ferveur en Egypte^ le nom des Francs y est en horreur, et ils ne s'y établiraient apparia dépopulation. Mais je suppose les Mamlouks exterminés et le peuple soiunis , nous n'aurons encore vaincu que les moindres obstacles; il faudra gouverner ces hommes, et nous ne connaissons ni leur langue, ni leurs mœurs, ni leurs usages : il arrivera des malentendus qui causeront à chaque instant du trouble et du désordre. Le caractère des deux nations, opposa en tout, deviendra réciproque-^ ment antipathique : nos soldats scandalisax>nt le peuple par leur ivrognerie , le révolteront par leur insolence envers les femmes ; cet article seul aura les suites les plus graves. Nos officiers mémç porteront avec eux ce ton léger, exclusifs méprisant.
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SUR LA GUBERE DES TUHKS. 435
qui nous rend insupportables aux étrangers, et ils aliéneront tous les cœurs. Ce seront des querelles et des séditions renaissantes : on châtiera, on s'envenimera, on versera le sang, et il nous arrivera ce qui e«t arrivé aux Espagnols dans l'Amérique, aux Anglais dans te Bengale, aux Hollandais dans les Muluques, aux Russes dans les Kouriles ; nous exterminerons la nation ; nous aw>ns beau vanter notre douceur, .notre hiifnanitt'; les circonstances font les hommes,. et à la place de nos voisins nous eussions été barbares comme eux. L'homme fort est dur et méchant, et l'expérience a prouvé sur nous-mêmes que notre joug n'était pas moins pesant qu'un autre. Ainsi l'Egypte n'aura fait que changer de JtfamlouÂs , et nous ne l'aurons conquise que pour la décaster : mais alors même il nous restera un ennemi vengeur à combattre, Je climat. Des faits nombreux ont constaté que les pays chauds nous sont funestes : nous n'avons pu nous soutenir dans le Milanez et la Sicile; nos établissements dans l'Inde et lesAntilles nous dévorent : que sera-ce de l'Egypte ? Nous y porte-' rons notre intempérance et notre gourmandise ; nous y boirons des liqueurs; nous y mangerons beaucoup de viande,; en un mot, nous voudrons y vivre comme en France; car c'est un des caractères de notre nation, qu'avec beaucoup d'inconstance dans ses goûts , elle est très-opiniâtre a8.
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dans ses usages. Les fièvres ardentes, malignes, putrides, les pleurésies, les dyssenteries, nous tueront par milliers : ahnée commane, l'on pourra compter sur l'extinction d'un tiers de l'armée, c'est-à-dire , de huit à dix mille hommes ; car pour garder l'Egypte, il faudra au moins vingt- cinq mille hommes. A ce besoin de recruter nos troupes, joignez les émigrations qui se feront pour le commerce et là culture , et jugez de la population qui ëii résultera parmi nous ; et cela pour quels avantages? Pour enrichir quelques individus à qui là ïaveur y donnera des commandements; qiii n'useront de leiir pouvoir que pour y amasser des fortunes scaiidaléuses ; qui même avec de bonnes intentions ne pourront suivre aucun plan d'admiiiistration favorable au pays, parce que la défiance et l'intrigue les changeront sans cesse. Et que l'on ne dise point que l'on préviendra les abus par un nouveau régime : te passé proiuvé pour l'avenir. Depuis François l*' pas uq seul de nos établissements n'a réussi; au Milanez, à NapTès, en Sicile, dans l'Inde, à Madagascar, à t]ayeniié, au Mississipi, au 'Canada, partout nous avons échoué : Sàint-Domingùe même né fait pas exception; car il n'est pas notre ouvrage; nous (e devons aux Flibustiers. Croira-t-bn que nous changions de caractère? On nous séduit par i'appât ^'lïn commerce immense; et que sont des ri-
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chesses qui ccHTOinpront dos mœurs? qui accrot- IroDt nos dettes et nos impôts par de nouvellçs guerres ? qui en résultat se concentreront dans v^ petit nombre de mains ? Depuis cent ans l'op a beaucoup vanté le commerce ; mais si l'on examinait ce qu'il a ajouté de réel au bonheur des peuples, l'on modérerait cet entboi|siasine. j^ dater de ta découverte des deux Indes l'on n'a pas cessé de voir des guerres sanglantes causées par le cpminerce; et le fer et la flamme ont ravagé lesquatr^ parties du globe pour du poiyre, de l'indigo, {du ïucre et du café. Les gouvernements ont dit fiux nations qu'il s'agissait de leurs plus chers irfiéréts ^ mais les jouissances que la multitude paya de spn sang, les goûta-t-elle jamais ? IV'ont-elles pas plutôt aggravé ses charges et augmenté sa çlétres^? Paf- un aiftre abus, lesbénéfices accumulés en quel* ques mains ont produit plus d'iné^lité dans le^ fortunes, plus de distance entre les conditions, et les liens des sociétés se sont relâchés ou dissous; l'on n'a plus compté dans chaque état qu'une multitude mendiante de inercenajres, et un groupe de propriétaires opulents : avec les grandes richesses sont venus la dissipation, les goût,? dépravas, l'audace et la liççpce : l'émulafiop du liixe a jefé le désordre dans L'intérieur des familles, et la vie domestique a perdu ses charmes : le besoin d'argent plus impérieux a rendu les moyens de