‹ ŒuvresChapitre 7 sur 62 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

p achalic d'AJep.

JjE pachalic dîMep comprend le terrain qui s'é- ' tend de l'Euphrate à la Méditerranée, entre deux lignes tirées , l'une de Siandaroun k Bir^ par les montagnes, l'autre de Bêles à la mer, par Marra et le pont de Ckogr. Cet espace est en grande partie formé de deux plaines; Tune, celle d'Antioche, à l'ouest, et l'autre, celle d'Alep, à l'est : le nord et le rivage de la mer sont occupés par d'assez hautes montagnes, que les anciens ont désignées sous les noms d^manus et de Rhosus. En général , le sol de ce gouvernement est gras et argileux. Les herbes hautes et vigoureuses qui croissent partout après les pluies, en attestent la fécondité; mais elle y est presque sans fruit. La majeure partie des terres est en friche; à peine trouvet-on des cultures aux environs des villes et des villages. Les produits principaux sont le froment, l'orge et le icoton , qui appartiennent spécialement au pays plat. Dans les montagnes l'on préfère la vigne, les mûriers, les olives et les 6gues. Les coteaux maritimes sont consacrés aux tabacs à pipe, et le territoire d'Alep aux pistaches. Il ne laut pas compter les pâtiïrages, qui sont aban-

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donnés aux hordes errantes des Turkmans et des Kourdes.

Dans la plupart des paclialics , le pacha est , selon la valeur de son titre, vice-roi et fermier^énéral du pays. Dans celui d'Alep, ce second emploi lui manque. La Porte l'a confié à un mehassel 014 coliecteur, avec qui elle compte immédiatement. Elle ne lui donne de bail que pour l'année seulement, tje prix actuel de la ferme est de 800 bourses, qui font un million de notre monnaie ; mais il faut y joindre un /J/iar rfe babouche (i) oa pot' de-vin, de 80 à 100,000 francs, dont on achète la faveur du vizir et des gens en crédit. Moyennant ces deux sommes , le fermier est substitué à tous les droits du gouvernement , qui sont , 1 ° les douanes ou droits d'entrée et de sortie sur les marchandises venant de l'Europe, de l'Inde ou tie OïDstantinople , et sur celles que le pays rend eu échange ; 3° les droits de passage sur les troupeaux que les Turkmans et les Rourdes amènent chaque année de XArméme et du Diarbe&r, pour vendre en Syrie; 3° le cinquième de la saline de Djeboul; enfin le miri ou impôt étabh sur les terres. Ces objets réunis peuvent rendre i5 à 1,600,000 fr.

Le pacha , privé de cette régie lucrative, reçoit un traitement fixe de 80,000 piastres (c'est-à-dîre de aoo,ooo livres ) seulement. L'on a de tout

(i) Pantoufles tarket-

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temps reconnu ce fonds insuffisant à ses dépenses; car outre les troupes qu'il doit entretenir, et tes réparations des chemins et des forteresses qui sont à sa chaîne , il est obligé de faire de grands prëseuts aux ministres, pour obtenir ou garder sa place; mais la Porte fait entrer en compte les contributions qu'il tirera des Kourdes et des Turkmans, les aviinies qu'il fera aux villages et aux particuliers; et les pachas ne restent pas en arrière de leurs intentions, jdbdi, padia ,- qui commandait il y a lA ou i3 ans, enleva dans i5 mois plus de 4iOoo,ooo de livres , en rançonnant tous les corps de métiers, jusqu'aux nettoyeurs de pipes. Récemment un autre du même nom vient de se taire chasser pour les mêmes extor^ns. le divaa récompensa le premier d'un commandemnit d'armée contre les Russes; mais si celui-ci est resté pauvre, il sera étranglé comme concussionnaire. Telle est la marche ordinaire des affaires.

Selon un usage général, la commission du pacha n'est que pour 3 mois; mais souvent ori le jM-oroge jusqu'à 6 mois, et même un an. 11 est chargé de maintenir les sujets dans l'obéissance, et de veiller à la sûreté du pays contre tout ennemi domestique ou étranger. Pour cet effet , il entretient cinq à six cents cavaliers , et à peu près autant de gens de pied. En outre, il a le droit de disposer des janissaires, qui sont une espèce île milice nationale classée. Comme nouSTeWouve-

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DE tA STRIE. 4'

rons le même état militaire dans toute la Syrie , il est à propos de dire deux mots de sa constitution.

Les janissaires dont je Tiens de parler, sont , dans chaque pachalic , un certain nombre d'hommes dassés, qui doivent se tenir prêts à inarcfaer toutes les ^is qa'on les appelle. Connue il y a des privil^vs et des exemptions attachés k ce titre, il y a concurrence k l'obtenir. Jadis cette troiq>è était astreinte à une disdpline et à des exercices r^lés ; mais depuis €o à 80 ans , l'état militaire est tombé dans nne telle décadence , qu'il ne reste aucune trace de l'ancien ordre. Ces prétoidus soldats ne sont plus que des artisans et des paysans aussi ignoraos que les autres, mais beaucoup moins dociles. Lorsqu'un pacha 'commet des abus d'autorité, ils sont toujours les premiers à Ibver l'étendard de la sédition. Récemment ils oAt déposé et chassé d'Alep ^6di pacha, et il a Ëillu que la Porte en envoyât un autre. Elle s'en Venge en disant étrangler les plus matins des opposans; mais i la première occasion, les janissaires se font d'autres chék, et les afiaires suivent toujours la même route. Les pacbas se voyant contrariés par cette milice nationale , ont eu reooars â l'expédient iisité en pareil cas-, Us ont prispoUr soldats des étranger8;-'qai n'ont dans le pays di famitle'ni amis. Ces soldats sont dé deux espèces, cavaliers et piétpDs. ' ' ' '

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Les cavaliers, les seuls que l'on répute gens de guerre, s'appellent à ce titre Daouié ou Deleti, et encore Delibaches et Laouend, dont nous avons fait Leventi. Leurs armes sont le sabre court, le pistolet , le fusil et la lance. I^eur coiiîfiire est un long cylindre de feutre noir, sans bords , élevé de 9 à I o pouces , très-încommode , en ce qu'il n'ombrage point les yeux, et qu'il tombe aisément de dessus ces têtes rasées. Leurs selles sont formé«s à la manière anglaise, et d'un cuir tendu sur un châssis de bois; elles sont rases, mais elles n'en sont pas moins incommodes, en ce qu'elles écartent le cavalier, au point de lui ôter l'usage des aides; pour le reste de l'équipage et du vêtement, ces cavaliers ressemblent aux Mamlouks, à cela prés qu'ils sont moins bien tenus. Avec leurs habits déchirés , leurs armes rouillées , et leurs chevaux de toute taille et de toute couleur , on les prendrait plutôt pour des bandits que pour des soldats. La plupart ont commencé par le premier métier, et n'ont pas changé en prenant le second. Presque tous les cavaliers en Syrie sont des Turkmans , des Kourdes ou des Caramanes , qui , après avoir fait le métier de voleurs dans leur pays, viennent chercher auprès des pachas un asile et du service. Dans tout l'empire , ces troupes sont ainsi formées de brigands qui passent d'un heu k l'autre. Faute de discipline, ils gardent partout leurs premières mœurs , et sont le fléau des campagnes

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DE LA STSIB. 43

qu'ils dévastent , et des paysans qu'ils pillent souvent à force ouverte.

Les gens de pied sont une troupe encore inférieure en tout genre. Jadis on les tirait des habitants même du pays par des enrôlements forcés; mais depub 5o à 60 ans, tes paysans des royaumes de Tunis , d'Alger et de Maroc , se sont avisés de venir chercher en Egypte et en Syrie une considération qui leur est reftisée dans leur patrie. Eux seuls, sous le nom de Magarî>é, c'està-dire, hommes du couchant, composent l'infanterie des pachas; en sorte qu'il arrive, par un échange bizarre, que la miUce des Barbaresques est formée de Turks, et la milice des Turks formée de Barbaresques. L'on ne peut être plus leste que ces piétons ; car tout leur équipage et leur bagage se bornent à un fusil rouillé , un grand couteau, un sac de cuir, une chemise de coton, un caleçon , une toque rouge , et quelquefois des pantoufles. Chaque mois ils ^reçoivent une paye de 5 piastres (la Ut. 10 s.) , sur laquelle ils sont obligés de s'entretenir d'armes et de vêtements'. Ils sont d'ailleurs nourris aux dépens du pacha; ce qui ne laisse pas de former un traitement assez avantageux ; la paye est double pour les cavaliers , à qui l'on fournit en outre le cheval et sa ration , qui est d'une mesure de paille hachée, et d'une mesure d'oi^e, que j'ai trouvée de six pouces et demi de diamètre intérieur, sur quatre pouces et

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demi de profondeur, valant environ sept livres deux ou trois onces d'orge. Ces troupes sont divisées à l'aDcienne manière twlare , par 'bmrâqs ou drapeaux; chaque drapeau est «^Miipté pour dix hommes, mais rarement s'en trouve-t-il sis. effectifs; la raison en est que' les agas ou commandants de drapeau étant chargés du paiement des asAAat&i, en entretiennent le moins qu'ils peuvent, afin de profit»' des payes vides. Les agas sapéneu» t<dèlreDt' ces abus, parce qu'ils en partagent les fruits; enfin' les pachas eux-mêmes entrent en connivence, et pour se dispenser de payer les soldes «itières, ils ferment les yeux sur les pillages et l'indiscipline de leurs troupes.

C'est par les désordres d'un tel régime, que la plupart des pacbalics de l'empire se trouvent minée et dévastés. Celui d'AIep en particuUer est dans cecas;sui:lesanci»»(2ç/2arou r^ù//%¥ d'impôts, on lui aomptait plus de 3ioo villages ; aujourd'hui le cottecteur en réalise à peine 4^0. Ceux de nos négocians qui ont so ans de résidence , ont vu (a laajemre partie des environs d'AIep se dépeupler, l^ voyageur n'y rencontre de toutes parts que maisons' écroulées', citernes enfoncées, champs abandonnés. Les oiltivateurs ont fui dans les villes, où leur population s'absoriïe, mois où du moms l'individu échappe à la main rapaoe du. despotisiae qui s'égare sur 'la foule.

Les lieux de cc'pachalicqui méritent quelque

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AUeiiiàftï\y.soat^ i?la.ville d'^iep, cpie 'tes Arabes app^ent if0^a^(:i).Ge(iteville.e8tb capitidede la province , et Ja résidence ordinaire du pacha. ËUe est située dans, la vaste plaine qui' s'étend de t'Oronte à l'Ëuphrate , et qui se confond au midi avec le désert. Le, local ^Alep , outre j'avantage d'un sol gras et fertile , possède encore celui d'un ruisseau d'eau douce qui ne tarit jamais ; ce ruisseau, a^ez semblable pour la largeur à la ri* vièrâ des Gobelins, vient des montagnes dV^flf4À, et se termine à six lieues au-dpssous d'Alep , en un «aaréc^ei peuplé de sangliers et de pélicans. Près d'Alep, ses bords, au Heu des roches nues qui em^ prisonnent son cours supérieur, se couvrent d'une terre rougeàtre escellente, où l'on a pratiqué des jardins , ou plutôt des vei^ers , qui. d^ns un pays chaud , et surtout en Tunkie, peuvent passer pour délici^iix. I^ ville elle-même est une des {Jus agréables de la Syrie , et est peut-être la plus propre et la nùçuï bâtie de tout l'empire. De quelque cpté que l'on y arrive, la foule de ses minacd:s. et.de ses dômes blanchâtres flatte l'oeil ennuyé de l'aspect brun et monotone de la plaine. Au centre est

(i) C'est le Dom dont les aociens géographes ont feil Xalibon ; Vie représente ici \ejota espagnol ; et il est remarquable que les Grecs modernes rendent encore le hd arabe par ce même son dejota; ce qui cause mille équivoques dans leur discours, attendu que les Arabes ont le/oto dans une autre lettre.

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une montagne factice , environnée d'un fossé sec , et couronnée d'une forteresse en ruines. De là Vqu domine à vue d'oiseau sur la ville , et l'on découvre au nord les montagnes neigeuses du Bailan; à l'ouest, la chaîne qui sépare FOronte de la mer, pendant qu'au sud et à l'orient , la vue s'ég^e jusqu'à l'Euphrate. Jadis ce château arrêta plusieurs mois les Arabes d'Omar , et ne fut pris que par trahison ; mais aujourd'hui , il ne résisterait pas au moindre coup de main. Sa muraille mince, basse et sans appui, est écroulée. Ses petites tours à l'antique ne sont pas en meilleur état. Il n'a pas quatre canons de service, sans en excepter une couleuvrine de neuf pieds de long , que l'on a prise sur les Persans au siège de i?izfni. Trois cent cinquante janissaires qui devraient le garder, sont à leurs boutiques , et t'aga trouve à peine de quoi loger ses gens. 11 est remarquable que cet aga est nommé par la Porte qui, toujours soupçonneuse, divise le plus qu'elle peut les commandements. Dans l'enceinte du château, est un puits qui, au moyen d'un canal souterrain, tire son eau d'une source distante de cinq quarts de lieue. Les environs de la ville sont semés de grandes pierres carrées , surmontées d'un turban de pierre, qui sont la marque d'autant de tombeaux. Le terrain a des. élévations qui, dans un siège , rendraient les approches trèsfaciles : telle est, entre autres, la maison des derviches, d'où l'on commande au canal et au ruisseau.

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Alep ne mérite donc, comme ville de guerre, aucune considération, quoiqu'elle soit la clef de la Syrie du côté du nord ; mais comme ville de commerce, elle a un aspect imposant; elle est l'entrepôt de toute Vj^rménie et du Diarbekr; elle envoie des caravanes à Bagdad et en Perse; elle communique au ^o^êi'erfijue et à V Inde ^dT Basra^ à l'Egypte et à la Mekke , par Damas , et à l'Europe, par Skandaroun ( Âlexandrette ) et Lataqié. Le commerce s'y fait presque tout par échange. Les objets principaux sont les cotons en laine ou filés du pays; les étoffes grossières.qu'en fabriquent les villages ; les étoffes de soie ouvrées dans la ville ; les cuivres ; les bourres ; les poils de chèvre qui viennent de la Natolie; les noix de galle du Kourdestan ; les marchandises de l'Inde , telles que les châles (i) et les mousselines; enfin les pistaches du territoire. Les marchandises que fournit l'Europe, sont les draps de Languedoc , les cochenilles , l'indigo , le sucre et quelques épiceries. Le café d'Amérique, quoique prohibé, s'y glisse, et sert à mélanger celui de Moka. Les Français ont à Alep

(i) Les châles sont des mouchoirs de laine, larges d'iuie auae,'.et longs dejprès de deux. La laine en est si fine et si soyeuse, que toat le mouchoir pourrait être contenu dans les deux'mains jointes : l'on n'y emploie que celle des chevreaux, ou plus exactement que le duvet des chevreaux naissants. Les plus beaux châles viennent du Cachemire : il y en a depuis cinquante écus jnsqu'à^iaoo et^^méme a4oo livres.

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un. consul et sept.conQptoirs ; les An^aîs et les Vénitiens eu ont deux; lesLiTOumais et les Hollandais t un ; l'empereur y a établi on consulat en i784t ?t il y a nommé un riche négociant juif, qui a rasé sa barbe pour prendre l'uniforme et l'épée. I^a Russie vient aussi récemment d'y en établir un. Alep ne le cède pour l'étendue qu'à Coiistantinople et au Raire, et peut-être encore à Smyme. On veut y compter aoo,ooo âmes, et sur cet article de la population on ne sera jamais d'accord. Cependant, ai l'on observe que cette ville n'est pas plus grande que Nantes ou Marseille , et que les maisons n'y ont qu'un étage, l'on trouvera peut-être suffisant d'y compter cent mille têtes. Leshabitantsmusulmansou chrétiens passent avec raison pour les plus civilisés de toute la Turkie : les négociants européens ne jouissent dans aucun autre lieu d'autant de liberté et de considération de la part du peuple.

L'air d'Alep est très-sec et très- vif, mais en même-temps très-salubre pour quiconque n'a pas ta poitrine affectée ; cependant la ville et son territoire sont sujets à une endémie singulière, que l'on appelle dartre ou bouton i!C^lep; c'est en effet un bouton qui, d'abord inflammatoire, devient ensuite un ulcère de la largeur de l'ongle. La durée Bxe de cet ulcère est d'un an; il se ^lace ordinairement au visage, et laisse une cicatrice qui défigure la plupart des habitants d'Alep. On prétend

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DELASTRIE. ^9

,inéme que tout étranger qui fait une résidence tle trois mois , en est attaqué : l'expérience a enseigné que le meilleur remède est de n'en point faire. On ne connaît aucune cause à ce mal ; mais je soupçonne qu'il vient de la qualité des eaux, en ce qu'on le refirouvedans les villages voisins, dans quelques lieux du Biarbekr , et même en certains cantons près de Damas, où le sol et les eaux ont les mêmes apparences.

Tout le monde a entendu parler des pigeons d' Alep , qui servent decourriers pour ^lexandreite et Bagdad. Ce fait , qui n'est point une fable , a cessé d'avoir lieu depuis 3o k ^o ans, parce que les voleurs Kourdes se sont avisés de tuer les pigeons. Pour faire usage de cette espèce de poste , l'on prenait des couples qui eussent des peiits , et jon les portait à cheval au lieu d'où l'on voulait qu'ils revinssent, avec l'attention de leur laisser la vue libre. Lorsque les nouvelles arrivaient, le correspondant attachait un billet à la patte des pigeons , et il les lâchait. L'oiseau, impatient de re- '■ voir ses petits, partait comme un éclair, et arrivait en six heures d'Alexandrette, et en deux jours de Bagdad. Le retour lui était d'autant plus facile, que sa vue pouvait découvrir Alep à une distance infinie. Du reste , cette espèce de pigeons n'a rien de particulier dans la forme , si ce n'est tes narines qui , au lieu d'être lisses et «nies , sont renflées et raboteuses.

"il. ■ 4

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Celte facilité d'être vue de loio, attire à AJep des oiseaux de mer qui y donnent un s{MCtacle assez singulier : si l'on monte après diner sur les terrasses des maisons, et que l'on y fasse le geste de jeter du pain en l'air, bientôt l'oo se.trouye assailli d'oiseaux , quoique d'abord l'on n'en pût voir aucun ; mais ils planaient dans le ciel, d'où ils descendent tout à coup pour saisir à la volée les morceaux de pain que l'on s'amuse à leur lancer.

Après Alep , il faut distinguer Antioche, appelée par les Arabes AnttUtié. Cette ville , jadis célèbre par le luxe de ses habitants , n'est plus qu'un bourg ruiné, dont les maisons de boue et de chaume, les rues étroites et fangeuses, offrent le spectacle de la misère et du désordre. Ces maisons sont placées sur la rive méridionale de TOronte, au bout d'un vieux pout qui se ruine : elles sont couvertes au sud par mie montagne sur laquelle grimpe une raur raille qui fut l'enceiute des Croisés. L'espace entre la ville actuelle et cette montagne, peut avoir deux cents toises; il est occupé par des jardins et des décombres qui n'ont rien d'intéressant

Malgré la rudesse de ses habitants, Antioche était plus propre qu'Alep à servir d'entrepôt aux Européens. En dégorgeant l'embouchure de XOronte^ qui se trouve six lieues plus bas , l'on eût pu remonter cette rivière avec des bateaux à la traîne, mais non avec des voiles, comme l'a prétendu Pocoke : son cours est trop rapide. Les naturels, qui ne

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ooDnaÏKent point ïe nom 4'Orome, r.^p«ll«Dt, â raison desa np\dité,£làâsd(t}, c*est<àhdire le rebelie. Sa Ui^etir à Antioche est d'environ 4o pas; 7 lieues plus haut , il passe par un lac très-riche en poissons, ^ surtout en anguilles. Chaque an- IM^ on ^1 sale une gnmde quantité , qui cependant ne suffit point aux carêmes jnuhiphés des Grecs. Du reste, il n'est plus question à Antioche, ni du bois deDapfmé, ni des scènes voluptueuses dent U étût le tliéàtre.

La plaine d' Antioche, quoique formée d'un sol excdlent , est in«te et abandoanéé aux Turicraans; mats les montagnes qui bordent l'Oronte, surtout en Ëice de .SerAm, sont couv<ni:es de plantations de f^uwrs, d'oliviers, de ^nes et de mûriers, qui, par lui cas rare en Turide , sont alignées en quinconces, et forment un tableau digne de nos plus belles provinces.

Le roi macédonien Seleucus Nicanor, qui fonda Antiodie, avait aussi bâti k l'embouchure de l'Oronte, »ir la rive du nord, une ville très-forte qui portait son nom. Aujourd'hui il n'y reste pas une habitation : seulement l'on y voit des décombres et destravaux flans lerocher adjacent, quiprouvent que ce lieu fut jadis très-soigné. L'on aperçoit aussi dans la mer des traces de deux jetéeS, qui dessinent

(i) C'est le terme que les (géographes grecs ont rendu par

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un. ancien port désormais comblé. Les gens dii pays y viennent faire la pêche, et appellent ce lieu Souaîdié. De là, en remontant au nord, le rivage de la mer est serré par une chaîne de hautes montagnes que les anciens géographes désignent sous le nom de Rfiosus : ce nom, qui a dû être emprunté du syriaque, subsiste encore dans celui de Râs-el- Kansir, ou cap du Sanglier, qui forme l'angle de ce rivage.

Le golfe, qui s'enfonce dans le nord-est, n'est remarquable que par la ville ^ Alexandretts Ou Skandaroun, dont il porte le nom. Cette ville, située au bord de la mer, n'est, à proprement parler, qu'un hameau sans murailles, peuplé de plus de tombeaux que de maisons, et qui be doit sa faible existence qu'à la rade qu'il commande. Cette rade est la seule de toute la Syrie dont le fond tienne solidement l'ancre des vaisseaux, sans couper les câbles : d'ailleurs elle a une foule d'inconvénients si graves, qu'il faut être bien maîtrisé par la nécessité, pour ne pas en abandonner l'usage.

i" Elle est infectée pendant l'hiver d'un vent local, appelé par nos marins le Raguier, qui, tombant comme un torrent des sommets neigeux des montagnes, chasse les vaisseaux sur leur ancre pendant des lieues entières,

3° Lorsque les neiges ont commencé de couvrir la chaîne qui enceint le golfe, il en émane

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des vents opiniâtres, qui en repoussent pendant des trois et quatre mois, sans que l'on puisse y pénétrer.

3° La route d'AIexandrette à Alep par la plaiue est infestée de voleurs kourdes, qni sont cantonnés dans les rochers voisins(i^, etqui dépouillent à nnain armée les plus fortes caravanes.

4° En6n une raison supérieure à tontes les autres, est l'insalubrité de l'air d'AIexandrette, por- . tée à un point extraordinaire. On peut assurer qu'elle moissonnait chaque année le tiers des équipages qui y estiveat : l'on y a vu quelquefois des vaisseaux complètement démontés en deux mois de séjour. La saison de l'épidémie est surtout depuis mai jusqu'à la fin de septembre : sa nature est une fièvre intermittente du plus fâcheux caractère; elle est accompagnée d'obstructions au foie, qui se terminent par l'hydropisie. Les villes de Tripoli, ^Jcre et de Larneca en Cypre, y sont aussi sujettes, quoiqu'à un moindre degré. Dans tous ces endroits, les mêmes circonstauces locales décèlent un même principe de cette contagion; partout ce sont des marais voisins, des eaux croupissantes, et par conséquent des vapeurs et des exhalaisons méphitiques auxquelles on doit

(i) Le local qu'ils occupent répond exactement au château de Cptilams , qui, dès le temps A» Strabon, était un r«paire de volenn.

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en rapporter la cause ; pour en compléter l'indicatùm, l'épidémie n'a point lieu dans les années où il n'a pas plu. Malheureusement Alezandrette est condaBUiée , par son local, à n'en être jamais bien exempte. En effet, la plaine où est située cette ville est d'un niveau si bas et si égal (i), que les ruisseau^ n'y ont point de cours, et ne peuvent arriver jusqu'à la mer. I.orsque les pluies d^hiver les gonflent, la mer, gi'ossie de sou côté par les tempêtes, les empêcbe de se dégorger : de ik leurs eaux , forcées de se répandre sur la plaine , y forment des lacs. L'été vient; l'eau se corrompt par la chaleur, et il s'en él«ve des vapeurs cuircMopues conome leur source. Elles ne peuvent se dissiper, parce que les montages qui ceignant le gol£e comme un rempart, s'y opposent, et que l'embouchure est ouverte à l'ouest , la plus malsaine des expositions , quand elle répond à la mer. Les tcavaux à faire seraient ùamenses, iasuffisans, et ils sont impossible avec un gouvernement comme la Vorte. il y a quelques années que les n^eciantB âîAlep , dégoûtés par tant d'incionvénients, voulurent abaodoiuier Âlexandrette ,. et porter leur entrepôt à Lata^té. Ils proposèrent

(i) Cette plaiae, qui règne au pied des montagnes sur une largeur d'une li«u«, a été Eonnée des terres qpe les torrents et les plnies «nt arrachée* par le laps des temps à ces mènes montagnes.

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