‹ Œuvres. Corrigées et complétées d'après plusieurs manuscrits qui n'étoient pas connus, précédées d'un mémoire, accompagnées de leçons diverses et de commentairesChapitre 11 sur 98 · DE MAISTRE · texte numérisé non relu

DE MAISTRE

FRANÇOIS VILLON

* A ce titre Marot ajoute , par forme de complément , «Ainsi intitulé sans le consentement de l'auteur , comme il le dit au second • livre. » C'est dans le huit. 69 du Gr. Test, que Villon parle de celui-ci. ( Voy. en outre huit. S, ci-après. )

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PETIT TESTAMENT

HUIT. I«

i Mil quatre cens cinquante et-six.

Je , François Villon , escolier, Considérant de sang rassis , Le frain aux dents , franc au collier,

5 Qu'on doit ses œuvres conseiller, Comme Vcgèce le racompte ;

(1) M. Le Duchat reprochée Marot de ne pas avoir corrigé ce vers, de la manière suivante :

L'an quatre cens cinquante six.

L'usage a été d'énoncer l'année par la fraction du centième courant, on en trouve fréquemment des exemples dans les écrivains du moyen-âge ; mais je n'ai rien vu encore qui justifiât la version de M. Le Duchat.

Mit quatre cens cinquante six

n'est point , comme il le pense , une faute de copiste. Ce vers qu'il n'a pas compris , est une date mise en tête du Testament. Il offre à lui seul un sens complet.

Mil quatre cens cinquante neuf.

En avril , que ('on voit ta fleur Par les bois , plus b tanche qu'un œuf , etc.

Ainsi commence un petit poëme intitulé : L'Amant entrant en la forest de tristesse, lequel fait partie du Jardin de plaisance. (2) EscoUier.Homme de lettres; attaché à l'Université.

(4) Le frain. Prêt à travailler, et disposé à le faire de bonne volonté.

(5) Conseiller. Faire avec prudence.

Saige Romain , grand Conseiller, Ou autrement , on se mescompte.

HUIT. II

En ce temps que j'ay dit devant , 10 Sur le Noël , morte saison ,

Lors que les loups vivent de vent, Et qu'on se tient en sa maison, Pour le frimas , prés du tison , Me vint un g vouloir de briser 1 5 La tre* amoureuse prison ,

Qui souloit mon cueur desbriser.

HUIT. III

Je le feis en telle façon , Voyant celle devant mes yeulx , Consentant à ma deffaçon, 20 Sans ce que jà luy en fut mieulx,

(j)Grani conseiller. IZcrixain dont les conseils sont pleine de sagesse.

(8) Ou , etc. Ou bien on se trompe dans le jugement qu'on porte de lui.

(10) Sur le Noël. Aux environs de la fête de Noël.

(ti) Vivent de vent. Ne trouvent plus de quoi manger.

(i5) Pour le frimas. A cause de la neige ; du froid. — Près du tison. Près du feu.

(i5) Amoureuse prison. Les liens amoureux.

(16) Qui souloit^ etc. Qui pesoit habituellement sur mon cœur. — Desbriser. Tomber en pièces.

(iy)Je le feis, etc. Je brisai mes liens de cette manière.

(18) Voyant^ etc. J'avois devant moi celle qui consenloit, etc.

(19) Deffaçon. Dépérissement. La note de Mant porte : Deffaictc, mort. Le premier ne me paroît pas convenable, le second dit trop.

(70) Sans tt que , etc. Sans qu'il lui en revint aucun avantage.

( 67 ) Dont j'ay deuil et me plaings aux cieulx, En requérant d'elle vengehee A tous les dieux victorieux , Et du dieu d'amours allégence.

huit. iv. •

25 Et se je prens à ma faveur,

Ces doulx regrets et beaulx semblans ,

De très decepvante saveur ;

Me trespercent jusques aux flancs.

(21) Dont j'ay deuil. Dont je suis affligé. Le sens de ce vers se lie non au précédent , mais au troisième.

(32) Vcngcncc ou vengance. C'est l'orthographe du temps deVillon, et non pas vengeance , comme porte l'édition de Marot.

(23) Dieux victorieux. Dieux bienheureux, Dieux vênérieux. Ces expressions sont synonymes ; 1a première signifie les Saints qui oot vaincu sur la terre ; la seconde, les Saints qui sont heureux dans le ciel; la troisième, les Saints qui sont honorés ou dignes des respects des mortels. ÇV.Gr. Test., huit. 70, et leç.div.)

(a4) Et du Dieu, etc. Et je demande au Dieu d'amours, le soulagement de mes maux.

* Ce huitain et les cinq qui suivent sont tirés du Mss. T. Toutes les éditions anciennes , de même que le Mss. C, l'ont suivre le troisième huitain de celui ,

Item à celle que j'ay dit. (Huit 10e.)

La lacune est évidente. Item , annonce un premier legs ; que Vax dit , fait assez comprendre que le premier legs doit être placé entre les huitains où il parle de sa maîtresse et celui-ci. (V.Mém., 3e part.)

(20) Et se je , etc. Et si je pense que j'occasionne.

(26) Ces doulx regrets. Les regrets de mon amie.— Et beaulx semblans. Et ces belles apparences de douleur.

(27) Detrès, etc. Dont la saveur est si trompeuse.

(28) Me trespercent. Alors ils me percent ; j'en suis pénétré.

( 68 ) Bien ilz ont vers moy les piez blancs 3o Et me faillent au grant besoing.

Planter me fauît autre compîant; Et frapper en un autre coing.

huit. v.

Le regard de celle ma prins,

Qui m'a este félonne et dure.

35 Sans ce qu'en riens aye mesprins ,

Yeult et ordonne que j'endure

La mort , et que plus je ne dure.

Si n'y voy secours, que fouir.

Rompre veult la dure souldure, 4o Sans mes piteux regrets ouir.

HUIT. VI

Pour obvier à ses dàngiers , Mon mieulx est, ce croy, de partir;

(29) Bien Us, etc. Ils sont toujours bien reçus chez moi.

(30) Et me , etc. Ce qui n'empêche pas qu'ils ne me manquent lorsqu'ils me seroient le plus nécessaires.

(3i) Planter. Il faut que je plante d'un autre bois.

(32) Et frapper. Et que je frappe monnoie à un autre coin.

(33) Le regard. J'ai été séduit par les yeux d'une femme.

(34) Qui m'a. Qui n'a eu pour moi ni tendresse, ni fidélité.

(35) Sans. Quoique je ne me sois jamais rendu coupable envers elle.

(36) Veult. Elle veut.

(3j) Et que. Et que je cesse de vivre.

(38) Si n'y. A cela je ne vois d'autre remède que de fuir.

(39) Rompre veult. Elle veut rompre l'union étroite et sincère qui attachoit mon cœur au sien.

(4i)nPo«r, Pour me soustraire au pouvoir meurtrier qu'elle a sur moi.

( 69 ) Adieu. Je m' envois à Angiers.

Puisque!' ne me veult impartir 45 Sa grâce , ne me départir.

Par elle meurs , les membres sains ; Au fort , je meurs amant martir, Du nombre des amoureux sains.

HUIT. VII

Combien que le départ soit dur, 5o Si fault il que je me esloingne.

Comme mon paouvre sens est dur!

Autre que moy est en quéloingne , Dont , onc en foret de Bouloingne, Ne fut plus altéré dumeur.

W^ — ii ■ 1 h m 1 1 1 1 ■■ . ■ ■ 1 ^— — — w— »— — — — — — —

(44) Impartir. Accorder.

(45) Sa grâce. Ses faveurs, ses bonnes grâces. — Ne me départir. Ni se séparer de moi.

(46) Par elle. A cause d'elle je meurs, quoique en pleine sanlé.

(47) Au fort. Après tout , je meurs martyr de l'amour.

(48) Du nombre. Je serai placé parmi ceux qui se sont sanctifiés au service de ce dieu.

(49) Combien que. Quoique la séparation me, etc.

(50) Si fault il. Il faut cependant, etc.

(5i) Comme. Que mon esprit est peu intelligent. Dans le Mss. il y a sens tant dur. Tant m'a paru une faute de copiste. Je lui ai substitué est.

(5a) Autre. Un autre que moi est en quenouille : les faveurs de ma belle sont à un autre.

(53) Dont, onc. Moi auprès de qui ne fut jamais de plus altéré chasseur daas la forêt de , etc., c'est-à-dire plus dévoré par l'amour que je lui porte , que ne l'est par la soif, etc. — Dans le Mss. en manque,. en sorte que le vers est imparfait et le sens aussi. C'est une faute du copiste.

( 7° ) 55 C'est pour moy piteuse besoingne :

Dieu en vueille ouir ma clameur.

HUIT. VIII

Et puisque départir me fault , Et du retour ne suis certain Je ne suis homme sans deffault ; 60 Ne qu'autre d'assier ne d'estaing :

Vivre aux humains est incertain , Et après mort n'y a relaiz :

Je m'envoys en pays loingtaing ; Si establiz ce présent laiz.

huit. ix. *

65 Premièrement, au nom du Père , Du Filz et du Saint-Esperit, Et de la glorieuse Mère Par qui , grâce , riens ne périt ;

(55) C'est. C'est affligeant pour moi de penser qu'un autre m'est substitué

(56) Dieu. Que Dieu reçoive favorablement les plaintes que je lui «dresse à ce sujet.

(57) Et puisque. Puisqu'il faut que je me sépare d'elle.

(60) Ne qu'autre. Ni plus qu'un autre. Il pressentoit ce qui lui arriva quelques années après. (V'. Gr. Test, et Mèm.)

(62) N'y a rclaiz. Il n'y a plus d'espoir : il ne reste plus rien.

(64) Si establiz. Je fais le testament qui suit. Cette pièce devroit être appelée le laiz maistre Françoys Y Mon. Le poète se plaint ailleurs qu'on l'ait nommée Testament. (V. Gr. Test., huit. 65.)

* Ici commence le Petit Testament, dont ce qui précède n'est que le préambule. (V. huil. 4> et Mèm. 3« part.)

(68) Par qui. Qui ne permet pas, ce dont nous devons la remercier, que le pécheur périsse. ( V. Gi . Test., ballade à sa mère.)

( 7' ) Je laisse , de par Dieu , mon bruit, 70 A maistre Guillaume Villon ,

Qui en l'onneur de son nom bruit :

Mes tentes et mon pavillon.

Item à celle que j'ay dict , Qui si durement m'a chassé ,

75 Que j'en suys de joye interdict , Et de tout plaisir déchassé , Je laisse mon cœur enchâssé , Palle , piteux , mort et transy :

Elle m'a ce mal pourchassé ,

80 Mais Dieu luy en face mercy.

(6g) Mon bruit. Ma réputation. Sur Guillaume Villon. (Voy. Mém.t impart., n° 8.)

(71) Qui. Qui honore son nom par l'éclat de ses Œuvres.

(72) Mes. Plus les tentes et le pavillon que j'habite. On sait que le poëte n'avoit d'autres tentes et pavillon que le ciel. Ce vers se lie , par le sens , avec le cinquième.

(73) Item. C'est la version des Mss. et des èdit. anc, Gel. Bo. et Ver. Marot qui ne soupçonnoit pas l'existence des six huit, que noua avons découverts , l'avoit corrigé de cette manière.

A celle doneques que j'ay dit.

Il auroit fallu que je dy.

(74) Chassé, prononcez Cassé. Qui m'a traité si durement.

(75) Interdict. Privé. — (76) Dechasse. Eloigné. (yy)Enchassé. Encassé , brisé.

(jg)Elle. C'est elle qui m'a mis en ce triste état. (80) Dieu. Que Dieu le lut pardonne.

Item, à maistre Ythier marchant , Auquel je me sens très-tenu , Laisse mon branc d'acier tranchant.

Et à maistre Jehan le Cornu , 85 Qui est en gaige détenu ,

Pour ung escot six sob montant.

Je vueil , selon le contenu , Qu'on luy livre , en le racheptant.

huit. xn. * Item , je laisse à Sainct Amant, 90 Le cheval blanc avec la mulle ;

(81) Item, Je donne en outre, etc. (V. G. T., h. 84, un nouveau legs et celui-ci mentionné.) « Ythier Marchant licencié , Escumans latin » figure , dans la chronique scandaleuse sous le mois de septembre 1 4^4 ) au nombre des députés des seigneurs de la ligue du bien public , à une conférence où l'on devoit traiter de la paix avec le roi. Il fut maître de la chambre aux deniers de Charles de France, duc de Normandie. ( Hist. de Bret. par Lobineau, t. 2, p. i3j40 Après la mort de son maître, il se donna au duc de Bourgogne avec un nommé Jean Hardi , son valet , qui fut écartelé le 5o mars i4j3, pour avoir voulu empoisonner le roi. ( Ghron. scandaleuse. ) Ythier était son nom. Il étoit marchand de profession. (Yoy. Hist. de Paris, t. 2, p. 867.)

(82) Trestenu. Très redevable.

(85) Branc. Epée ancienne , espèce de bracquemart.

(84) Et à. Et je laisse à. — En 1469 un nommé Jehan- le-Cornu étoit clerc de la prévosté de Paris. (Chron. scand.)

(85) Qui. Ce qui. (86) Selon. Conformément à ce que j'ai réglé.

(88) Qu'on. Qu'on le lui délivre quand il l'aura dégagé , affranchi. * Ce huit, dans le Mss. se trouve placé entre le 16 et le 17e.

(89) Item. Le legs est mentionné et reformé clans le G. T. , h 87.

(90) Le cheval. Vraisemblablement le cheval blanc avec la mule étoit nne enseigne d.i cabaret. s

( 7î) Kl à Blaru , mon dyamant Et l'asnc raye qui reculic.

Et j le décret qui articullc , i Omnis utriusque sexus , g5 Contre la Carmelistc Bulle ,

Laisse aux Curez pour mettre sus.

huit. xiii. :

Item , à Jehan Tronne bouchicr, Laisse le monton franc et tendre , Et ung tachon pour esmoucher 100 Le beuf couronné qu'il veult vendre,

(91) El à. Quant à Blaru je lui laisse mon dyamant , etc. Ce legs pourroit annoncer que Blaru étoit un libertin usé.

(90) Et le. Le décret Omnis utriusque sexus a été porté par le quatrième Concile de Latran , tenu en iai5. Il ordonne à tous les chrétiens de l'un et de l'autre sexe , de confesser leurs péchés à leur propre pasteur, au moins une fois l'an. En 1409, les religieux mendians obtinrent de Nicolas V une bulle datée de Pise , 2 oct., qui leur donnoit le pouvoir de confesser au préjudice des droits des curés établis par le canon que nous venons de citer. L'université se leva contre , tint plusieurs assemblées dans l'une desquelles les mendians furent exclus de son seinj Les évêques de France se joignirent à elle. Des députés furent envoyés à Home et en rapportèrent une bulle de Calixte III, qui révoquoit celle de Nicolas V. Cette affaire étoit à peine terminée, ou même ne l'étoit pas encore , quand Villon composoit son Petit Testament. Témoin du zèle chaleureux des curés de Paris, il leur lègue le canon Omnis > etc., poulie remettre en vigueur. C'est une malice de sa part.

* Ce huitain dans le Mss.T. est placé entre le 21 et le 22e.

(gj)Jehan.Ce mot est constamment employé comme monosyllabe.

(98) Monlon. Mouton sans vice, de bonne qualité, et dont la chair soit tendre.

(99) Et ung. Je pense que tachon, tacon ou talion , est le nom d'un instrument propre à chasser les mouches. — Voici la note de M. Forai ey : « Tahon , une grosse mouche, pour chasser les petites. Legs

( 74 ) Ou la vache qu'on ne peult prendre.

Le vilain qui la trousse au col t S'il ne la rend , qu'on le puist pendre Et estrangler d'un bon licol.

HUIT. XIV

io5 Et à maistre Robert Vallée , Paouvre Clergeon au Parlement , Qui ne tient ne mont , ne vallée ; J'ordonne principallement , Qu'on luy baille légèrement,

no Mesbrayes, estans aux Trumeilières, Pour coeffer plus honestement S'amye, Jehanneton de Millières.

«ridicule , ironique et satirique , comme le sont presque tous ceux «de ces deux prétendus Testamens. » — Monsieur Fûrmey a cru que talion étoit le même mot que taon. Il n'auroit pas commis cette erreur s'il avoit consulté les Mss. et édlt. anc. Quant au legs, il est en effet satirique , mais voici dans quel sens : Tronne ou Trouve étoit un marchand de mauvaise viande, dont l'étal étoit sale et couvert de mouches. Villon lui lègue, un mouton de bonne qualité et « un tachon pour esmoucher » , c'est-à-dire, défendre des mouches le bœuf de mardi-gras , qu'il lui suppose le dessein de vouloir vendre , ainsi que la vache jeune et fringante qu'il promet de tuer.

(102) Le vilain. Si celui qui passera la corde au cou de cette vache ne la lui ramène , qu'il soit pendu et étranglé.

(107) Ne tient. Ne possède. (109) Légèrement. Sans difficulté.

(1 10) Brayes est un monosyllabe. — Estans aux Trumeltières. Usées de manière à ne pouvoir couvrir que les cuisses.

(111) Pour. Pour faire sa cour. (Voy. Leç, div.)

Au sujet de Vallée , dont il est question dans ce huitain et dans les deux suivants , je dirai que je crois avoir vu son nom avec celui de quelques autres des légataires de Villon, dans le Recueil dei lettres de grâce accordées par Louis XI. (A.rch. du Roy )

( 7* ) huit. xv.

Pour ce qu'il est de lieu honeste , Fault qu'il soit myculx recompensé,

1 15 Car le Saint Esprit l'admoneste , Obstant que il est insensé , Pour ce je me suis pourpensé , Puys qu'il n'a sens ne qu'une aulmoyre , Qu'on luy baille l'art de mémoire ,

1 20 A recouvrer sur Mal-pensé.

HUIT. XVI

Item plus, je assigne la vie Du dessus dict maistre Robert.

Pour Dieu , n'y ayez point d'envie , Mes parens , vendez mon Haubert,

(1 13) Pour. Comme il est de bonne maison , il doit êlre mieux traité que les autres légataires.

(n5) Car. Le Saint-Espril, c'est-à-dire l'Ecriture sainte l'enseigne.

(116) Obstant, D'autant plus qu'il est insensé. (V. G. T., huit. 6.)

(1 17) Pour ce. i 'ai donc , à cause de cela, pensé qu'on lui donneroit , puisqu'il n'y a pas plus de bon sens dans sa tête que dans un coffre , l'art de mémoire , lequel on iroit prendre , de ma part , sinon chez Maupensé. — Ce Maupensé étoit vraisemblablement célèbre par son manque de mémoire. Son nom annonceroit qu'il pensoit de travers. (V. Leç. div.)

(121) Ilcm. En outre. Je fais une existence au, etc.

(i25) Pour Dieu. A.\i nom de Dieu. Mes parens n'en soyez pas jaloux.

(i24)£e haubert étoit une chemise faite avec des anneaux en fer, que portoieot les chevaliers pour leur défense. Le pcëte plaisante lorsqu'il ordonne de vendre son haubert. « Haubert rimé contre part «monslre, que Villon estoit de Paris, et qu'il prononçoit haubart et • pari. » Cette remarque de Marot, qu'on retrouve en plusieurs autres endroits, est ici mal placé. Haubert rime avec Robert ; et part avec pluspart.

( 76) i25 Et que l'argent, ou la pluspart, Soit employé , dedans ces Pasques, Pour achepter à ce poupart , Une fenestre auprès saint Jaques.

HUIT. XVII

Item je laisse , en beau pur don , i3o Mes gands et ma hucque de soye,

A mon amy Jacques Gardon ;

Le gland aussi d'une saulsoye ;

Et tous les jours une grosse oye ;

Ou ung chappon de haulte gresse ; 1 35 Dix muys de vin blanc comme croye ;

Et deux procès , que trop n'engresse.

(126) Dedans. Durant les pasques prochaines.

(127) Poupart. Enfant gâlé.

(128) Fenestre. Boutique d'écrivain, près Saint-Jacques de la Boucherie. (Marot, Notes.) — Les boutiques étoient alors, comme il s'en rencontre encore quelques-unes dans les rues de Paris , où les maisons n'ont pas été renouvelées. A côté de la porte d'entrée se trouvoit une grande fenêtre qui servoit à étaler les marchandises.

(120) En. En don pur et simple, sans charge aucune.

(i38j Hucque. Habit de luxe ainsi que les gands.

(i3i) Jacques. Il est parlé encore de ce Cardon qui avoit l'humeur galante, étoit avare, et vouloit , sans doute , faire l'élégant. ( Gr. Test., huit. i54.)

(102) Le glang. « Raillerie les Saules ne portent point de gland. » (Mss. A.) Je pense que la saulsoye étoit comme la hucque un habit ou une étoffe de luxe.

(i33) Et tous. Je lui laisse en outre pour chaque jour.

(i35) Comme. Tel qu'il vient de la vigne, non frelaté.

(»36j Que trop. Ce qui n'enrichît pas.

( 77 ) huit. xvin.

Item je laisse à ce noble homme , René de Montigny, troys chiens ; Et à Jehan Raguyer la somme i/Jo De cent frans , prins sur tous mes biens. Mais quoy ? Je n'y comprens en riens , Ce que je pourray acquérir ; On ne doit, trop prendre des siens , Ne ses amis trop surquérir.

i 'p Item au seigneur de Grigny , Laisse la garde de Nygon ,

(157)^ ce. J'ai substitué le mot noblc,qu'on trouve dans le Mss.R., au mot jeune, qui ne dit rien. — Villon plaisante sur la noblesse de Régnier de Montigny. Il prétend qu'il ne lui manque que d'avoir des chiens pour être un grand seigneur, et c'est pour cette raison qu'il lui en donne. Il est parlé d'un Montigni dans le jargon ballade 2*.

(109) Jehan Raguyer. Ces deux mots ne forment que trois syllabes. Dans le tournoi qui fut donné devant l'hôtel des Tournelles en 146S, Jean Raguier , trésorier des guerres à Rouen , rompit cinq lances contre un des gentilhommes qui tenoient les lices. ( Hist. de Paris, Lobineau, a« vol., p. 859.)

(i4o) Prins. Levés.

(t40 Mais. Expliquons-nous. C'est sur mes biens présens et non sur ceux que je pourrai acquérir. On sait que Villon ne possédoit rien.

(i43jOn ne. Quand 00 fait des libéralités il ne faut ni trop grever la succession qu'on laisse , ni trop enrichir ses amis.

(i44) Surquérir, de succurrere. M. Formey, qui ne l'a pas compris, l'accompagne de cette note : « Nicod explique ce mot par interroger ; Rorel n'en parle point. »

(i46) Nigon. Nigeon, maison royale que Anne de Bretagne, épouse de Louis XII, donna aux religieux minimes, autrement dits Bons' Hommes. Elle étoit près de la barrière de ce nom. Il est vraisemblable qu'elle étoit abandonnée du temps de Villon, ou bien qu'elle n'étoit gardée que par un suisse.

( /8 ) Et six chiens plus qu'à Montigny ; Yicestre , ehastel et dongon.

Et , à ce malostru Changon , 1 5o Montonnier qui tient en procès , Laisse troys coups d'ung escourgon; Et coucher, paix et aise , en ceps.

HUIT. xx.

Item , à Jacques Raguyer, Je laisse Tabreuvoyr Popin , i55 Por ses paouvres seurs grafignier.

Tousjours le choys d'ung bon lopin ;

(i48) Yicestre. C'est le château de Bicêtre, ainsi appelé, parce qu'il avoit appartenu, au commencement du i5e siècle , à Jean , évêque de Wincester. Démoli par le peuple de Paris durant les guerres civites , il étoit en mauvais état et abandonné du temps de Villon. Les vagabonds en faisoient leur repaire.

(149) Malostru. Mal appris , mal élevé.

(i5o) Montonnier. Qui plaide contre Moutonnier.

(1 5 1) Escourgon. Fouet. ( Marot. )

(i5î) Et eoucher.'Et je lui laisse» en outre , la prison pour y dormir tranquille et à son aise. — En ceps. Dans les fers.

Dans ce huitain j'ai rétabli l'orthographe deViilon, que Marot auroit dû respecter. Nigon, dongon, changon, escourgon. C'est ainsi qu'on éciivoit avant François Ier. C'est, au reste, l'orthographe des Mss. et des anc. éd. Nous nous ferons un devoir de la suivie toujours.

(i53) hem , etc. J'ai suivi le tMss. C. Jean Haguyer a été nommé huit. 18".

(i54) L'abreuvoir. L'abreuvoir Popin étoit au bout du Pont-Neuf, vis-à-vis la rue Thibautaudez.

(i55) Por ses. Afin que, lorsqu'il aura bu, il puisse maltraiter se» pauvres sœurs. — Grasfigner. Déchirer avec les ongles.

(i56) Tousjours. Je lui laisse, en outre, la liberté de toujours choisir le meilleur morceau.

( 79 ) Le trou de la pomme de pin ; Le doz aux rains , au feu la plante ; Emmaillote en Jacopin ; 160 Et qui pourra planter, se plante.

HUIT, xxi.*

Item à maistre Jehan Maulainct , Et à Pierre le basannicr, Le gré du seigneur qui attainct Troubles forfaietz , sans espargner.

i65 Et h. muii procureur Fournier,

Bonnelz courtz , chausses semellécs , Taillées chés mon cordouennier, Pour porter durant ces gellées.

(i5j) Le trou. Il faudroit peut-être au, à la place de le. Pomme de pin, meilleur cabaret du temps. Il étoit situé vis-à-vis l'église de la Madelaine , dans la cité.

(i58) Le doz. Je lui laisse là liberté de se tenir accroupi au coin du feu , ks pieds dans le foyer.

(159) Emmailloté en , etc. Habillé et mire un Jacobin, et non pas o empesché d'ung flegme», comme dit Marot , donnant au mot Jacopin la signification de crachat.

(160) Et qui. Et viendra prendre place à côté de lui, celui qui en trouvera. ( Voyez Leçons diverses.)

* C'est après ce huitain qu'est placé , dans le Mss. T. , le legs fait à Jean Tronne, huit. i3.

(i63) Le gré. Les faveurs de l'officier du Roi, qui punit, avec sévérité, les délits et les crimes.

(166) Bonnelz. Je lui laisse mes bonnets. — Chausses semellécs. Brodequins selon Marot.

(167) Taillées. Coupés et non encore faits. Expression goguenarde, qui revient à celle-ci : Je lui laisse les brodequins qu'il commandera chez mon cordonnier. (168) Ces gellées. Cet hi?er.

Item au chevalier du guet, 170 Le heaulme luy establys.

Et aux piétons , qui vont daguet

Tastounant par cez establis,

Je leur laisse deux beaulx rubis ;

La lenterne à la pierre au laict.

1 75 Yoire mes ! j 'aura y les troys lict ,

S'ilz me meinent en chastellet.

HUIT. XXIII

Item à Perrenet marchant , Qu'on dit le bastard de la barre ,

* Ce huit., dans le Mss. T. , vient immédiatement après le 19e.

(169) Chevalier. Au capitaine du guet. On l'appeloit^ le Chevalier, parce qu'il étoit , peut-être , resté seul en possession de l'ordre de l'Etoile , créé par le roi Jean.

(170) Le heaulme, etc. Le haulme sur l'écusson étoit une marque de noblesse.

(171) Et aux. Et à ses soldats qui cherchent à surprendre les malfaiteurs.

(172) Tastonnant. Marchant à talon, les*ues n'étoient pas éclairées. — Par ces establis. Le long des étaux.

(i/3) Deux. « Rubis de Taverne qu'il avoit au visage , selon mon «jugement. » (Not. de Marot.J Je leur laisse , afin qu'ils puissent y voir clair durant leur ronde, deux rubis.

(i74)La lanterne. Avec la lanterne de la place, ou du carrefour de la Pierre au Let. o Pierre au Let est, vraisemblablement, le même que «Pierre au Lard, petite place près Saint-Jacques de la Boucherie. » (Formey.)

(175) Les iroys. Chambre du Chatellet un peu plus commode que les autres peut-être.

** Ne se trouve que dans le Mss. C. Il en est fait mention. Gr. Test. , huit. 67.

(177) Item à. Le Mss. porte Item je tesse A, etc. J'ai supprimé laisse, qui étoit de trop. ( V. Gr. Test., huit, 67 et 98.)

( 8i ) Pour ce qu'il est ung bon marchant, 180 Luy laisse , trois gluyons de leurre, Pour estendre dessus la terre , A faire l'amoureux mestier, Où il luy fauldra sa vie querre ; Car il ne scet autre mestier.

i85 Item au Loup et à Chollet,

Pour une foys , laisse ung canart ; Prins sous les murs , comme on souloit , Envers les fossez sur le tard ;

(179) Pour ce, etc. Par la raison qu'il sait bien tirer parti de sa marchandise.

(180) Troys. Trois faisseaux de paille, de chaume.

(181) Ces deux vers font allusion à quelque aventure galante. (i85) Sa vie. Sa vie gagner : c'est-à-dire, état dont il sera obligé

de vivre ; car il n'en sait pas d'autre.

(i85)Au. Il est parlé encore de Jehan le Loup, G. T., h. 100 , et de Chollet , h. 99 et 100. Le portrait que fait Villon de ce dernier, me porteroit à croire que c'est ce Casin Chollet qui fut, 6elonla chronique scandaleuse, publiquement fustigé le x4 août i465 pour avoir jeté l'épouvante dans Paris ; et au sujet duquel, le roi crioit au bourreau : « Battez fort, et n'espargnez pas ce paillart ; car il a bien » pis desservi, » c'est-à-dire mérité. (Chr. sc.J

(186) Pour. Je leur laisse un canard, une fois donné , c'est-à-dire . sans plus.

(187) Prins. Les Mss. et toutes les éd. mettent sur. J'ai cru qu'il falloit: a Sous les murs, d II donne à ces deux bandits un canard, pris là où ils avoient l'habitude d'en prendre , sous les remparts , auprès des fossés.

Et à chascun ung grand tabart 190 De cordelier, jusques aux pieds ; Busche , charbon , et poys au lart, Et mes housaulx sans avantpiedz.

huit. xxv.

Item je laisse par pitié , A troys petitz enfans tous nudz , ig5 Nommez en ce présent traictié ; Paouvres orphenins imporveuz ; Tous deschaussez et dévcstuz ; Et desnuez comme le ver ; J'ordonne qu'il seront pourveuz , 200 Au moins pour passer cest y ver.

Premièrement Colin Laurens , Girard Gossoyn , et Jehan Marceau ,

(189) Et à. Je laisse de plus à chacun d'eux, un manteau long comme celui des cordeliers, pour cacher leur canard.

(191) Busche. Du bois et du charbon pour le cuire ; des pois au lard pour compléter le repas.

(191) Et. Et en outre mes houseaux (espèce de chaussure semblable à des bottes!, pour aller les prendre sans se mouiller. Tout cela se rapporte à des aventures qui étoient connues , au moins de ces bandits.

(195) Traictié. Contrat , disposition testamentaire.

(196J Imporveuz. Qui n'ont hérité de personne.

(197) Teus , etc. Sans souliers et sans vêtements.

(198) El desnuez. Et nuds comme le ver de terre.

(199) J'ordonne. J'ordonne qu'on les babille. (V. Leç. div.)

(201) Premièrement. Le premier est , etc.

(202) J'ai conservé le ver» de Marot à cause de la rime, en 7 ajoutant leEt qu'on trouve dans celui du Mss., pourcompléter la mesure.

Dcsprins de biens et de parens , Qui n'ont vaillant Panse d'ung ccau , 2o5 Chascun de mes biens ung faisseau :

Ou quatre blancs, s'ilz, l'ayment myeulx. Hz mangeront maint bon morceau , Les enfans , quand je seray vieulx.

HUIT. XXVII

Item ma Nomination , 210 Que j'ay de 1 Université^,

Laisse par résignation t

Pour forclorre d'adversité

Paouvre clercs de ceste cité ,

Soubz cest intendit contenuz ; 2i5 Charité m'y a incité ,

Et nature , les voyant nudz.

HUIT. XXVIII

C'est maistre Guillaume Cotin, Et maistre Thibault de Yitry,

(aoo) Desprins. Desnuez de biens et privez, etc. (îo4) Vaillant . En valeur. — Ceau , pour seau. (ao5) Chascun. Je donne, à chacun d'eux, une portion de mes biens, (206) Ou quatre. Ou bien un sou, si cela leur convient mieux, (aoj) Hz, Quand je serai vieux, ils trouveront de l'argent pour faire bonne chère, en engageant la portion d'héritage que je leur laisse.

(209) Voyez , au sujet de ce huitain. Mêm. > p. i'«, n° n.

(219) Pour. Pour donner une existence honnête.

(ai4) Soubz, Désignez , nommez dans ce Testament.

( 84 ) Deux paouvres clercs parlans latin, 220 Paisibles enfans , sans estry,

Humbles , bien chantans au lectry.

Je leur laisse , sans recevoir, Sur la maison Guillot Gneuldry, En attendant de mieulx avoir.

225 Item et j'ordonne la crosse, Celle de la rue Sainct Anthoine , Et ung billart dequoy on crosse Et tous les jours plain pot de seine , Aux pigons qui sont en Tessoine ,

a3o Enserrez soubz trappe volliere ,

(219) Parlons. Qui savent parler latin. (V. Mèm. ir* part.n° 11.)

(220) Paisibles. N'aimant ni le bruit, ni le désordre. Tout ceci est ironiquement dit.

(221) Humbles. Modestes. — Lectry. Lutrin.

(2x2) Je. Je leur laisse le revenu de mon bénéfice , sans rien exiger d'eux.

(223) Sur. En rentes , sur la maison.

(224) En, Pour en jouir en attendant mieux.

(225) Item et j'ordonne. De plus je donne la crosse.

(226) Celle. J'entends celle de, etc. C'étoit vraisemblablement une potence servant d'enseigne, avec cette inscription : « A la crosse de la rue Saint-Antoine.»

(227) Et. Et un bâton dont on se sert pour crosser t pour corriger. On dit encore parmi le peuple rosser.

(228) Et. Et chaque jour,une cruche pleine d'eau de Seine.

(229) Aux. Aux prisonniers qui sont en l'essoine, en arrêt.

{200) Enserrez. Enfermez. — Soubz trappe volliere. Dans un cachot dont la fenêtre est grillée.

( S5 ) Et mon miroucr bel et ydoyne , Et la grâce de la Geollicre.

HUIT. xxx.

Item je laisse aux hospitaux , Mes châssis tissus d'araignée ;

235 Et aux gisans sur les estaux ,

Chascun sur l'œil une grongnée :

Trembler à chiere renffrongnée , Maigres , velluz, et morfond uz ; Chausses courtes , robbe rongnée :

240 Gelez , meurdriz , et enfonduz.

Item je laisse à mon barbier, La rongneure de mes cheveulx

(33i)2Jf. Plus ma conduite pour modèle.

(a32) Et. Avec les bonnes grâces de la geôlière. Ironie.

(z55)Et aux. M. le Duchat pense qu'il s'agit du guet, « grand • ennemi de Villon, qui , las de roder , se reposoit sur les étaux »des boutiques, et de là, venoit fondre inopinément sur les voleurs.» En ce cas, il faudroit adopter la version du Mss. C, qui me paroîtroit plus convenable. — Je ne partage point ce sentiment. "Villon veut parler, et le reste du huitain l'annonce assez clairement, de ces vagabonds qui, n'ayant ni feu , ni lieu , passoient la nuit sous , ou sur les étaux. Il leur donne ce qu'ils ont droit d'attendre ou ce qu'ils ont déjà.

(236) Grongnée. Marot s'est servi du mot groignée, sur lequel M. Formey fait cette remarque :« Mot inconnu à tous nos Dictionnaires «d'anciens termes. » — Une grongnée. Un emplâtre , ou une cicatrice sur l'œil.

(237) Trembler. Grelotter en faisant vilaine grimace. (î\o)Enfonduz. Creux et descharnez. (Note de Marot. )-~Enfonduz

signifie plutôt , ne pouvant se soutenir. (242) La. Les cheveux qu'il m'a coupés.

( 86 ) Plaincment, et sans destourbier ; Au savetier mes souliers vieulx ; 245 Et au freppier, mes habitz tieulz Que quant du tout je les délaisse , Pour moins qu'ilz ne coustèrent neufz , Charitablement je leur laisse.

HUIT. XXXII

Item aux quatre Mendians, 25o Aux Filles Dieu , et aux Beguyncs , Savoureuîx morceaulx et frians ; Chappons , pigons , grasses gelines , Et abatre pain à deux mains ; Et puisprescher les quinze signes.

(343) Plainement. Sans rien en retenir et sans qu*on puisse )ni en contester la jouissance.

(•2-45) Tient:. Tels qu'ils sont.

(246) Que. Quand je les abandonna pour toujours.

( 249) Aux. Aux quatre ordres mendiants : Carmes, Jacobins, Gordeliers et Auguslins.

(a3o) Aux Filles. Religieuses fort connues du temps de Villon. Leur couvent ctoit près la porte Saint-Denis. — Beguynes. Filles vivant en communauté. Cet Ordre avoit pas son origine en Flandres, où il existe encore beaucoup de Béguinages. (V. G.T., h. 106.)

(a53)Zi/ abaire. Je leur laisse le souci de couper de fortes tranches de pain , c'est-à-dire de manger beaucoup.

(a54) Et puis. Et d'aller ensuite prêcher les terreurs du jugement dernier. «Les religieux mendiants, dit M. Le Duchat, ont inventé » quinze signes, ou prodiges , q<n , selon eux, doivent devancer et annoncer le jugement dernier. •

( 87 ) 255 Carmes chcvaulchcnt nos vovsines .

Mais cela ne m'est que du mcins.

HUIT, xxxin.

Item laisse le mortier d'or A Jehan l'Epicier, de la Garde , Et une potence sainct Mor, 260 Pour faire ung broyer à moustarde.

Et cclluy qui feit Tavant-garde , Pour faire sur moy gricfz exploitz , De par moy , sainct Anthoine Tarde Je ne luy lairray autre laiz.

(255) Chcvau (client. En attendant, les carmes font l'amour avec,etc.

(256) Mais. Mais cela m'inquiète fort peu. (aôj) Le. C'étoit probablement une enseigne.

(258) A Jehan. A Jean , surnommé l'Epicier, natif de la Garde. Villon , dans ce legs, joue sur le mot épicier. Quelqu'un a cru que «de la Garde» signifioit qui appartient au guet, à la garde de sûreté.

(259) Et une potence. Une des potences qui sont à Sain t-Maur. Soit que l'on donne à potence le sens de gibet'; soit qu'on lui donne celui de béquille. Ea ce dernier cas, le legs consisteroit en un des ex voto laissé par les malades dans l'église de Saint-Maur. — M. le Duchat faitsurce mot la remarque suivante :« Pot à anse, à sonner ■ le tocsin, comme avec un mortier. »

(261) Et celluy. Quant à celui qui, etc.

(262) Pour. Pour s'emparer de ma personne.

(a63) Départ. Je désire qu'il soit atteint de la maladie nommée : Feu Saint-Antoine. (V. G. T., h. 5i, notes. )

(a64) Lairray. Laisserai.

( 88 ) HUIT. XXXIV

265 Item je laisse à Mairebeuf Et à Nicolas de Louvieulx ; A chascun , l'escaille d'un œuf Plaine de frans et d'escus vieulx.

Quant au concierge de Gouvieulx ,

270 Pierre Ronseville , je ordonne , Pour leur donner entremy eulx , Escus telz que Prince les donne.

huit. xxxv.

Finalement en escrivant Ce soir seullet , estant en bonne , 27S Dictant ces laitz , et descripvant, Je ouyz la cloche de Sorbonne ,

(265) Il est encore parlé de Mairebeuf et de Nicolas de Louviers. ( V. Gr. Test., huit. 92.)

(266} Nicolas. L'édition de Galiod-du-Pré porte : Nicolas de Louviers. Sous Charles VII , on trouve parmi les bourgeois de Paris qui travaillèrent , au péril de leur vie, à remettre la ville entre les mains de leur Souverain , un Nicolas de Louviers , qui pourroit fort bien être celui dont Villon veut récompenser le dévouement. — Ce Nicolas de Louviers fut fait conseiller a la Cour des comptes, par Louis XI, lors de son avènement au trône.

(270) Pierre. Je délègue Pierre de Ronseville.

(271) Pour. Pour leur distribuer.

(272) Les. Les donne aux prisonniers.

(274) En bonne. De bonne humeur, gai.

(275) Dictant. Dictant ces legs à mesure que je les composois,

' »9 ) Qui tous jours à neuf heures sonne , Le salut que l'Ange prédit :

Sy suspendy et mis en bonne , 280 Pour pryer que le curé dit.

huit, xxxvi. *

Cela fait je me entre-oublié ; Non pas par force de vin boire , Mon esperit comme lié ; Lors je senty dame Mémoire 285 Rescondre , et mectre en son aulmoire , Ses espèces collatéralles :

(278) Le salut . La salutation angélique, composée, des paroles que l'Ange dit le premier à Marie.

(279) »Sy. Alors je suspendis mon travail. — Et mis en bonne. Et le mis en arrêt. — Bonne. Pour borne.

(280) Pour. Pour prier, comme le curé nous le recommande, nous l'enseigne.

* Ce huitain , et les trois qui suivent immédiatement , de même que les six qu'on a vus au commencement de cette pièce , paroissent au jour pour la première fois. Nous les avons tirés du Mss. T.

(281) Cela. Cette prière étant faite, je m'oubliai.

(282) Non pas. Quoique je ne me fusse pas mis à boire du vin en trop grande quantité.

(283) Mon esperit. Mon esprit se trouvant comme enchaîné, je m'assoupis. Le Mss. porte : Mon esprit. Le vers n'y étoit pas.

(285) RcscondrG. Renfermer, cacher.

(286) Ses, Termes d'école. Les facultés dépendantes d'elle, telles que , etc. »

( 9» ) Faulce oppinative , et boisvie , Et autres interlectualles.

HUIT. XXXVII

Et mcsmement Textimative , 290 Par coy prospérité nous vient :

Similative , formative , Desquelz souvent il advient Que par l'art trouvé , hom devient Fol et lunaticque par moys.

2g5 Je l'ay veu , et bien m'en souvient ? En Aristote aucunesfois.

(287) Mss. Oppinative, faulce et en boisvie. J'ai été obligé de refaire ce vers qui éloit évidemment défiguré. — Faulce oppinative. La faculté qui produit les opinions fausses. — Et boisvie. Ce mot n'est pas celui qu'il faudroit ; on s'en aperçoit à la rime. Du reste , c'est le même que boisdie et boUe. Tromperie ou brouillerie.

(288) Et. Et les autres facultés intellectuelles.

(289) Et mesmement. Et entre autres facultés, l'art de connoître et de juger.

(290) Par. Par qui nous, écrivains, sommes mis en honneur.

(291) Similative. L'art d'imiter. — Formative. L'art d'inventer.

(292) Desquelz, etc. Lesquelles facultés nous rendent parfois radoteurs , en agrandissant le cercle de nos connoissances.

(293) Mss. Homme» Le vers étoit trop long.

(295) Je l'ay. J'en ai vu la preuve.

(296) En. Dans Aristote , assez souvent. — Critique aussi sensée d' Aristote que l'est celle d'Homère , G. T., huit. 129; ce qui prouve que Villon étoit un homme plus judicieux que son siècle ne le comportoit.

( 9» ) huit, xxxnn.

Doncqucs le scnsif s'esveijla, Et csvcrtua fa n ta si e Qui tous argeutis resveilla , 3oo Et tint souveraine partie ,

En souppirant. comme amorlie , Par oppression d'oubliance , Qui en moy s'estoit espartie Pour montrer des sens l'aliance.

huit, xxxix.

3o5 Puis mon sens qui fut à repos Et l'entendement dcsveillé , Je cuide finer mon propos ; Mais mon encre estoit gelé

(297) Ce jargon scholasliqtte est, je crois, une satire du langage barbare dent on se servoit dans les cours philosophiques de la Sorbonue. — Mss. Donc te. Le sens n'y éloit pas. — Le sensif. La partie sensible.

(298) Et esvertua. Et mit l'imagination en mouvement.

(299) Qui. Laquelle éveilla à son tour tous les genres d'argumentation.

(300) Et tint. Et tint l'entendement.

(3oi) En. qui soupiroit.

(3oa) Par. L'opprimant à l'aide de l'oubli.

(303) Qui en. Qui s'étoit introduit chez moi.

(304) Pour. Pour me prouver que mon âme étoit unie à un corps, ou bien pour montrer que toutes les faculté» de l'âme sont unies entre elles.

(3o5)P//is. Lorsque mes sens furent revenus de cet assoupissement.

(306) Et l'entendement . Et lorsque mon entendement fut, etc.

(307) Je cuide. Je crois pouvoir terminer ce que j'avois commencé.

(9* ) Et mon cierge estoit souflé.

3io De feu je neusse peu finer.

Si m'endormy tout-en moufle, Et ne peuz autrement finer.

Faict au temps de la dicte date , Par le bien renommé Villon ,

3i5 Qui ne mange figue ne date :

Sec et noir comme escouvillon; Il n'a tente , ne pavillon , Qu'il n'ayt laissé à ses amys ; Et n'a plus qu'ung peu de billon

320 Qui sera tantost a fin mys.

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