QUE VILLON FE1T A LA REQUESTE DE SA MERE , POUR PRIER NOSTRE-DAME
Dame des Cieulx, régente temenne, Empérière des infernaulx palux,
875 Recevez moy, vostre humble Chrestienne, Que comprinse soye entre voz Esîeuz , Ce non obstant quonques rien ne valuz.
Les biens de vous, ma dame et mamaistresse, Sont trop plus grans que ne suis pécheresse ;
880 Sans lesquelz biens ame ne peult mérir, N'entrer es cieulx, je n'en suis menterresse, En ceste foy je vueil vivre et mourir.
(870) Dame, etc. Reine des cieux, vous qui gouvernez sur la terre, et donnez des ordres aux enfers.
(876) Que comprinse. Mettez-moi au nombre de ceux dont vous assurez le salut.
(878) Les biens, etc. Les faveurs que vous pouvez accorder sont infiniment au-dessus de mes iniquités.
(880) Sans lesquelz. Faveurs sans lesquelles personne ne peut mériter les grâcea de Jésus-Christ votre fils, ni entrer, etc.
(881) Je n'en suis. Je ne mens pas.
A vostre filz dictes que je suis sienne, De luy soient mes péchez aboluz ;
885 Qu'il me pardonne comme à l'Egyptienne, Ou comme il feit au clerc Théophilus , Lequel par vous fut quitte et absoluz , Combien qu'il eust au diable faict promesse : Préservez moy , que point je ne face ce
890 Vierge portant, sans rompure encourir, Le sacrement qu'on célèbre à la messe ; En cesto foy je vueil vivre et mourir.
ni.
Femme je suis povrette et ancienne , Ne riens ne sçay : oneques lettre ne leuz 895 Au monstier voy, dont suis parroissienne Paradis painct , ou sont harpes et luz ,
(884) De luy. Qu'il m'accorde la rémission de mes péchés.
(885) Egyptienne. Quadrissyllabe. Sainte Marie l'Égyptienne. (V. V V . des PP. du désert.)
(886) Théophilus. Voyez le Miracle Théophilus dans G. de Coinsi. — Rulebeuf en a fait une moralité.
(890) Rompt ure. Sans perdre votre virginité.
(891) Le Sacrement. Jésus-Christ, qui se rend présent dans l'hostie durant la messe.» Expression singulière, dit M. Formey, selon la-
• quellela Vierge n'auroit mis au monde que les apparences d'une
• oublie. «Celte réflexion me paroît plu» singulière que ne l'est l'expression du poète.
(895) Au monstier voy. Je vois dans l'église de ma paroisse.
( 17° ) Et ung enfer, ou damnez sont boulluz.
L'ung me faict paour, l'autre joye et liesse. La joye avoir faictz moy, haulte déesse, 900 A qui pécheurs doivent tous recourir
Comblez de foy , sans faincte ne paresse , En ceste foy je vueil vivre et mourir.
ENVOI
Vous portastes, vierge digne princesse, Jésus régnant, qui n'a ne fin, ne cesse. 903 Le tout puissant , prenant nostre foiblesse , Laissa les cieulx, et nous vint secourir ; Of frist à mort sa très chère jeunesse ; Nostre Seigneur tel est , tel le confesse ; En ceste foy je vueil vivre et mourir.
910 Item m'amour, ma chère Rose, Ne luy laisse ne cueur, ne foye ,
(897) Boulluz. Bouillis pour brûlez.
(S99) La joye. Fait que j'obtienne celui qui fait ma joie. Haulte déesse. Reine puissante.
(900) A qui. Que tous les pécheurs doivent se hâter d'invoquer avec une foi vive et sincère.
(904) Qui n'a, etc. Dont le règne comprend tout et durera toujours.
(910) Ce vers, conforme au Mss. et à iVty.,est un de ceux que Marot dit avoir refait. M'amour. Mon amie.
(911) Ne luy. Ni me» affections, ni mon aversion.
( «7« ) Elle aymeroit mieulx autre chose , Combien qu'elle ait assez monnoye.
Quoy ? une grande bourse de soye , gi5 Pleine d'escuz, profonde et large : Mais pendu soit il, que je soye Qui luy lairra escu, ne large.
HUIT. LXXXl.
Car elle en a , sans moy, assez :
Mais de cela il ne m'en chault ; 920 Mes grans déduictz en sont passez ;
Plus n'en ay le cropion chault.
Je m'en desmetz aux hoirs Michaul,
Qui fut nomme le bon fouterre.
Priez pour luy, faictesung sault, 925 A sainct Satur gist soubzSancerre.
Ce non obstant pour m'acquitter Envers amours, plus qu'envers elle ;
(916) Mais pendu, etc. Mais que celui-là soit pendu qui lui laissera un écu ou un targe; que je le sois moi-même si je fais cette folie. — Targe. Laurière rend ce mot par boucher quarré. L'interprétation est vicieuse. La large étoil aussi une monnoie de peu de valeur.
(919) II ne m'en chault. Peu m'importe.
(920) Mes grans, etc. Mes grands plaisirs avec elle sont passés.
(922) Je m'en, etc. Je laisse le soin de la cultiver aux héritiers de Michault qu'on surnomma à cause de son amour pour le» femmes, etc. (V. h. 125.)
(925) Saint-Satur est un gros village sous Santerre.
(926) Ce non obstant. Cependant voulant m'acquitter.
( !7« ) Car oncques ny peu acquester
D'espoir une seule estincelle ;
93o Ne sçay s'a tous est si rebelle
Qu'à moy , ce ne m'est grand esmoy,
Mais par sainctc Marie la belle !
Je ny voy que rire pour moy.
HUIT. LXXXIIl.
Ceste Ballade luy envoyé
935 Qui se finist toute par re
Qui la portera? que j'y voye ; Ce sera Pernetde la Barre, Pourveu , s'il rencontre en son erre Ma damoyselle au nez tortu ,
94o II luy dira , sans plus enquerre Orde paillarde d'où viens tu?
(928) Ici commence une phrase incidente qui dure jusqu'au premier vers du huilain suivant. Car oncques. Car jamais je ne pus obtenir d'elle.
(951) Ce ne m'est* etc. Cela m'inquiète fort peu.
(903) Je n'y. Dans la conduite qu'elle tient envers moi je ne voi» rien qui puisse me faire sourire.
(935) Qui se* etc. Dont chaque vers est terminé par la lettre R.
(936) Que je y vois. Désignons celui qui la lui portera. (937j Pernct. Perrinet. (V. les h. 67 et 98 , et P. T. h. a3.) (938) En son erre. En son chemin.
(940) Sans plus. Sans lui demander d'où elle sort, il pourra hardiment lui dire : Sale , etc.
( '7* ) BALLADE VIL
DE VILLON A s'AMYE.