VILLON A TESTER
Au nom de Dieu père e'ternel, Et du filz que vierge parit,
(783) Et ne. Et je veux qu'il ne soit connu que, etc. (786) Papier. Parler.
(788) Que l'on. Empêche qu'on ne vienne écouter.
(789) Prens tost. Hâte-toi de prendre.
(790) Ce que. Ecris prompleuient ce que je dicte. (794) Quc Vierge parit. Que la Vierge Marie enfanta.
( lf)* )
7g5 Dieu au père coéternel,
Ensemble et du sainct Espérit,
Qui saulva ce qu'Adam périt;
Et du péry pare les Cieulx.
Qui bien ce croyt|, peu ne mérit ; 800 Gens mortz furent faietz petiz Dieux.
Morts estoient, et corps et âmes En damnée perdition ; Corps pourriz, et âmes en flammes De quelconque condition ; 8o5 Toutesfoys fais exception Des patriarches et prophètes; Car, selon ma conception, Oncques n'eurent grand chault aux fesses.
(797) Périt. Perdit.
(798) Et du pery. Et des hommes damnés par le péché d'Adam , orne , décore les cieux.
(799) Qui bien. Celui qui croit fermement ces choses, mérite beaucoup.
(800) Gens mortz. Oui , des hommes qui étoient n:orts, furent, par Jésus-Christ, placés au nombre des saints.
(801) Estoient. De trois syllabes.
(802) En damnée. Et ils étoient damnés.
(804) De quelconque. Quel que fût leur rang.
(805) Toutes fois. Je dois cependant faire une exception en faveur des, etc.
(807) Car, selon, etc. Car, selon ma manière de voir, ils ne furent i amais brûlés par le feu de l'enfer.
Dans ces vers et dans le» suivans, Villon se moque de ces théolo-
Qui me diroit, qui te faict mectre 810 Si très-avant ceste paroi le,
Qui n'es en Théologie maistre ; A toy est présumption folle :
C'est de Jésus la parabollc, •Touchantdu riche enscvely 8 1 5 En feu, non pas en couche molle, Et du Ladre de dessus ly.
Si du Ladre eust veu le doy ardre Jà n'en eust requis réfrigère, IN'aubout d îcclluy doiz aherdre 820 Pour refreschir sa maschouëre.
giens ignorans, qui croyoient, qu'avant la mort de Jésus-Christ, tous les hommes, sans exception, étoient condamnés au feu de l'enfer; et que c'est de là qu'il délivra les âmes des justes avant sa résurrection.
(809) Qui. Si quelqu'unmc disoit quel est le motif qui te porte à avancer cette opinion , toi qui n'est pas docteur en théologie.
(82) A toy. De ta part , c'est folle présomption.
(Si 3} C'est, etc. Je répondrois : c'est la parabole du riche et du Lazare, racontée par Jésus-Christ lui-même.
(Si6)Dc dessus ly. Quiétoit au-dessus et non pas au-dessous, comme portent l'édition Marot et les autres. Le ciel est toujours figuré en haut dans l'écriture , et l'enfer en bas.
(817) Se' du. Si le mauvais riche avoit vu brûler le doigt du Lazare.— Ce que dit ici Villon est très-sensé.
(818) Jàn'en. Il ne se serait pas adressé à lui pour être soulagé.
(819) N'aubout. Il n'aaroit pas demandé qu'il apportât au bout de son doigt une goutte d'eau.
(820) Pour. Pour lui rafraîchir la boucha.
Pions y feront mate chère Qui boy vent pourpoinct et chemise »
Puys que boyture y est si chère.
Dieu nous garde de la main mise.
825 Ou nom de Dieu, comme j'ay dit, Et de sa glorieuse mère, Sans péché soit parfaict ce dict Par rnoy , plus inaigre que chimère, Si je n'ay eu fièvre effirnère
83o Ce m'a faict divine clémence ;
Mais d'autre dueil, et perte amère, Je m'en tays et ainsi commence :
huit. LXXV.
Premier donne de ma pauvre ame La glorieuse Trinité }
(821) Pyons. Buveurs feront là bien pauvre mine.
(822) Qui. Eux qui vendent pour boire.
(820) Puysque. Puisque la boisson y est si chère.
(S24.) Dieu. Dieu nous garde d'y être pris.
* Cy commence le testament. (Gd. niv. et Bo.) ,
(827) Soit parfaict. Soit commencé et terminé ce testament. (829) Se je n'ay eu, etc. Si je n'ai jamais été malade, je dois cela à la bonté de Dieu.
(83i) Mais, etc. Pour ce qui est des autres misères.
(832) Je. Je n'en dis mot. J'ai eu ma bonne part.
(833) Premier. Premièrement je gratifie de mon ame.
( **S ) 835 El la commande à Noslrc Dame,
Chambre de la divinité;
Priant toute la charité,
Des dignes neuf ordres des cieulx,
Que par culx soit ce don porté, 84 o Devant le trosne précieux.
huit, lxxvi.
Item mon corps j'ordonne et laisse A notre grand' mère la terre, Les vers n'y trouveront grand' gresse, Trop luy a faietfain dure guerre, 845 Or luy soit délivré grand erre :
De terre vint, en terre tourne.
Toute chose, se par trop n'erre, Youlontiers en son lieu retourne.
Item et à mon plusque père 85o Maistre Guillaume de Villon,
(855) Et ta. Et je la recommande à Marie.
(836) Chambre. Qui a porté dans son sein la Divinité.
(807) Priant. Priant toute la hiérarchie angélique.
(0Û9) Que par. Que mou âme soit présentée par eux.
(845) Or luy , etc. Qu'on lui laisse le chemin libre.
(847) Toute. Chaque chose, si je ne me trompe.
(849) Item. Item et à celui qui a plus fait pour moi que mon propre père. M. le Duchat a eu tort de penser qu'il s'agissoit ici du père de Villon.
Qui m'a esté plus doulx que mère :
D'enfant eslevé de maillon.
Qui m'a mys hors de maint boillon, Et de cestuy pas ne sésjoye ; 855 Si luy requiers à genoillon , Qu'il m'en laisse toute la joye.
Je luy donne ma librairie, Et le Rommant du Pet au Diable ; Le quel maistre Guy Tablerie 860 Grossoya, qu'est hom véritable, Par cayers est soubz une table.
(85 1) Qui. Qui a été pour moi plus soigneux que ne l'est pour son enfant la mère qui le nourrit.
(853) Qui m'a. Qui m'a tiré de plusieurs affaires dangereuses. Lô boit lion ou bouillon est l'endroit de la rivière où l'eau forme un tournant.
(854) Et de. Et qui est affligé de mon exil.
(855) Si luy. Je le prie à deux genoux. (85j) Ma librairie. Ma bibliothèque.
(858) Je n'ai pu savoir ce que c'étoit que ce roman. (V. Mèm., ire p.) Mais il est certain qu'il n'a pas été composé par Villon, comme l'ont cru M. le Duchat et autres.
Il existoit sur les remparts de Paris, faits sous Philippe-Auguste, une tour qui éloit appelée « la tour du Pet-au-Diable. » Elle étoit près du cloître Saint-Jean. Le « romau du Pet-au-Diable » pourroit fort bien n'être autre chose que l'histoire de cette tour à laquelle le peuple assignoit, sans doute, une origine qui a voit quelques rapports avec son nom.
(860) Grossoya. Composa.— Hom véritable. Ecrivain véridique.
( >67 ) Combien qu'il soit rudement faict, La matière est si très notable Qu'elle amende tout le meffaict.
865 Item , donne à ma bonne mère Poursaiuer nostre maistresse, Qui pour moy eut douleur amère , Dieu le sçait , et mainte tristesse ; Autre chastcl , ou forteresse
870 N'ay ou retraire corps et ame ,
Quand sur moy court maie destresse Ne ma mère la poure femme.
(862) Rudement faict. Pesamment écrit.
(863) La matière. Le sujet est si intéressant qu'on passe sur ses vices de forme.
(865) Ilem} donne» Je donne la ballade suivante à , etc.
(866) Pour saluer. Pour honorer Marie , notre souveraine , que j'ai souvent attristée.
(869) Autre chasiel. Je n'ai pas d'autre refuge que Marie, dans le* dangers les plus pressans.
BALLADE VI