‹ Œuvres. Corrigées et complétées d'après plusieurs manuscrits qui n'étoient pas connus, précédées d'un mémoire, accompagnées de leçons diverses et de commentairesChapitre 31 sur 98 · DE BONNE DOCTRINE A CEULX DE MAUVAISE VIE · texte numérisé non relu

DE BONNE DOCTRINE A CEULX DE MAUVAISE VIE

Car or soyes porteur de Bulles; 1690 Pipeur, ou hézardeur de dez;

Tailleur de faulx coings , tu te brusles ,

Comme ceulx qui sont eschaudez ;

Trahistres pervers, de foy vuydez ;

Soyes larron , ravis , ou pilles ; 1695 Où en va l'acquest, que cuydcz?

Tout aux tavernes et aux filles.

Ryme, raille, cymballe, luttes ,

(1689) Porteur de bulles. Les bulles de Romen'étoient alors introduites que frauduleusement.

(1690) Hézardeur de dez. Joueur frippon.

(1691) Tailleur. Soyez fabricant de faux coins, vous exposant ainsi à être suppliciés par l'eau bouillante.

(1693) Trahistres. Soyez traîtres, sans foi , etc.

(t6g4) Soyes. Soyez voleur ravissant ou pillant,

(1695) Où en. Où pensez-vous que passera le produit de votre industrie ?

(1697) Ryme. Fais des vers , sois bouffon , joueur d'instruments ou baladin.

Hante tous autres eshontez ;

Farce, broille, joue des flustes, 1700 Faictz es villes et es cités,

Fainctes, jeux et moralitez ;

Gaigne au berlan , au glic , aux quilles ;

Ou s'en va tout ? Or escoutez ;

Tout aux tavernes et aux filles, m.

1705 De telz ordures te reculles ,

Laboure, fauche champs et prez;

Serz, et panse chevaulx, et mulles ,

S'aucunement tu n'es lettrez ;

Assez auras, se prens en grez.

1 7 10 Mais se chanvre broyés, ou tilles,

Ne tens ton labour qu'as ouvrez,

Tout aux tavernes et aux filles.

ENVOI

Chausses, pourpoïnctz, et bourreletz, Robes, et toutes vos drapilles;

(1698) Hanle. Fréquente tout ce qu'il peut y avoir encore Je gens sans pudeur.

(1697) Farce. Sois farceur, comédien ou joueur de flûtes.

(1700) Faictz. Va représenter parles villes , etc.

(1702) Berlan. Brelan.

(1707) Serz. Prends du service.

(1709) Assez. Tu seras assez riche si tu fais ces travaux avec goût.

(1711) Netens. N'aille pas donner le produit de'ton travail.

(1714) M.Formey dit n'avoir trouvé nulle part le mot drapilles, et il ne l'explique pas. Il rend ains par à inoins , ce qui n'est pas exact. — Bourrelets , coiffure. Drapilles , hardes , menu linge. Ains , avant.

( '^29 ) 17 15 Ains que cessez , vous porterez, Tout aux tavernes et aux filles.

HUIT. CXLVI

A vous parle compaings de galles Mal des âmes, et biens des corps ; Gardez-vous bien de ce mau haslcs, 1 720 Qui noircist gens quant ils sont mortz ; Eschevez le , c'est mauvais mord ; Passez vous en mieulx que pourrez ; Et , pour Dieu , soyez tous recors Qu'une fois viendra que mourrez.

HUIT. CXLVI 1

1725 Item je donne aux Quinze-vingtz,

Qu'autant vauldroit nommer trois cens, De Paris, non pas de Provins ;

(1717) Compaings de galles. Compagnons de libertinage. (1719) Mau hasles. Mauvais haie. Feu de l'enfer. (1731) Eschevez-le. Evitez-le ; c'est un vilain morceau. (1723) Soyez tous recors. N'oubliez jamais.

(1725) Quinze-vingtz. Hospice des (pauvres aveugles à Paris. Le nombre des membres internes a été fixé à 3oo par saint Louis, d'où est venu le nom de Quinze- Vingts.

(1727) Non pas de Provins. Les Quinze-vinsde Provins étoient probablement un cabaret dont l'enseigne renfermoit un mauvais ca- Icmbourg.

Car à eulx tenu je me sens.

Hz auront, et je m'y consens , 17.30 Sans l'estuy , mes grandes lunettes Pour mettre à part, aux Innoccns, Les gens de bien, des deshonnestes.

HUIT. CXLVIII

Icy n'y a ne rys, ne jeu ;

Que leur vault avoir eu chevances ; 1735 N'en grans lictz de paremens geu ;

N'engloutir vin en grasses panses ;

Mener joye, festes, et danses ;

Et de ce prest estrc à toute heure?

Tantost faillent telles plaisances , 174° Et la coulpe si en demeure.

(1728) Car à eulx. Car je leur dois quelque chose.

« Et de son bon gré ordonna (Villon), «Pour mieulx bailler de ses sornettes, d Qu'on donna toutes ses lunettes, «Après sa mort aux i5-20 , «Pour tant qu'ils furent ses voisins. »

(Eloy Damerval, Déablerie^ ch. 68.)

(ij3i) Aux Innoccns. Au cimetière des Innocens.

(1734) Que. Que leur sert d'avoir été riche.

(1735) N'en. Et d'avoir couché sur des lits somptueux.

(1758) Et de ce. Et de ne jamais avoir eu d'autres occupations.

(1739) Tantost. Ces plaisirs passent vite.

(1740) Et la coulpe. Une reste que le criminel attachement qu'on a eu pour eux,

Quant je considère ces testes , Entassées en ces charniers ; Tous furent maistres des requestes , Ou tous de la chambre aux deniers ; 1 745 Ou tous furent porte paniers ;

Autant puis l'ung que l'autre dire :

Car d'evesques , ou lanterniers , Je n'y congnois rien à redire.

huit. cl.

Et icelles qui s'enclinoient, 1750 Unes contre autres en leur vies?

Des quelles les unes regnoient Des autres craintes et servies , Là, les voy, toutes assouvies,

(1742) Charniers. Le Charnier étoit un lieu destiné à recevoir les 06semens exhumés. M. Laurière, et d'autres avec lui , ont confondu le charnier aveo le cimetière , dont il faisoit partie.

(1744) Chambre aux deniers. Dans la maison du roi , c'étoit un conseil chargé de l'administration des finances.

(ij45) Porte paniers. Porte hôte , porte faix.

(1746) Autant. Je puis à chacune de ces têtes appliquer l'un comme l'autre titre.

(1747) Car. Car soit évêques ou lanterniers, tous sont là également honorables.

(1749) Et icelles. Et celles qui se fesoient des politesses.

(1750) Assouvies. N'ayant rien à se demander ni à se rendre, c'est le sens d'Assouvie , mot qni n'a pas été compris par M. Formey.

Ensemble en ung tas pesle mesle.

1755 Seigneuries leur sont ravies , Clerc ne maistre ne s'y appelle.

Or sont ilz mortz, Dieu ayt leurs âmes, Quant est des corps, ilz sont pourriz.

Ayent esté seigneurs , ou dames, 1760 Souefet tendrement nourriz, De cresme, fromentée, ou riz ; Leurs os sont déclinez en pouldre :

Ausquelzne chault desbat, ne riz; Plaise au doulx Jésus les absouldre.

gHUIT. clii. *

1765 Aux trespassez je fais ce lays, Eticelluyje communique A régentz, courtz, sièges, et plaids,

Hayneurs d'avarice l'inique;

(i-54) Ensemble. Ce mot doit se lier avec le verbe voir.

(1755) Seigneuries. Elles n'ont plus autorité les unes sur les autres.

(1760) Soucf. Délicatement et tendrement nourris de , etc.

(1762) Leurs. Leurs os sont tombés en^poussière.

(i^63) Ausquels. Lesquels s'intéressent peu aux plaisirs, etc.

*Ce huitain manque dans le Gd. Niv. Bo. (1760) Ce lays. Le lay qui suit.

(1767) A Régents.] Aux gouverneurs , aux cours souveraines, aux cours subalternes et aux cours pour le contentieux.

(1768) Hayneurs. Gens qui abhorrent l'avarice.

( 233 ) Lesquelz pour la chose publique 1770 Se scichent les os et les corps : De Dieu et de sainct Dominique Soient absolz, quant ilz seront mort.

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