AUTRES ŒUVRES
DE MA1STRE
FRANÇOIS VILLON
Le quatrain que feit Villon quant il fut jugé
à mourir.
Je suis François, dont ce me poise, Né de Paris, emprès Ponthoise :
Qui d'une corde d'une toise, Sçaura mon col, que mon cul poise.
(1) Je suis. C'est moi qui suis François Villon , ce qui me désole, cai' il vaudrait mieux que je fusse un autre .
(2) Emprès. Auprès de , etc.; il se moque ici de Paris et de Pontoise; de Pontoise, qu'il suppose une ville connue, et de Paris, qu'il suppose un lieu ignoré.
(3) Qui. Qui se rapporte à François. C'est le style du temps. M. Formey a supposé , sans raison , que Ménage avoit mis ou à la place de qui. Ménage a mis or comme Marot.
(k)Que mon. Ce que mon , etc. Dans le Fabliau du Renart et de
Fauchet découvrit dans un manuscrit de sa bibliotèque Vépitaphe suivante.
Je suis François, dont ce me poise , Nommé Corbueil en mon surnom ; Natif d'Auvers emprés Ponthoise, Et du commun nommé Wallon.
Or d'une corde d'une toise, Sçauroit mon col , que mon cul poise, Se ne fut un joly apel :
Le jeu ne me sembloit point bel.
Lïépitaphc en forme de ballade que feit T^ïllon pour luy et pour ses compaignons, s' attendant estre pendu avec eux.
Frères humains, qui après nous vivez, N'ayez les cueurs contre nous endurciz ;
Piaudoue , fol. 77 (Mss. de la Bibl. du Roi, n° 7218), on trouve :
Sa goule sot
Combien son cul pèsent ii fu.
Cette épitaphea été parodiée par Rabelais. Pantag. , 1. 4 > eh. 6j. Garasse, Recherche des recherches de Pasquier, p. 46o, l'attribue à Clopinel. C'est une erreur de sa part.
(2) Nommé, etc. Surnommé Corbueil.
(4) Et du commun. Et nomme Villon par le peuple.
* Comme on le voit par nos Léo. div. personne n'a cité Fauchet fidèlement.On diroit que personne ne l'avoil lu : ce qu'on n'ose croire tant la chose paroît singulière.
( 3o7 ) Car si pitié de nous pouvres avez,
Dieu en aura plustost de vous merciz.
5 Yous nous voyez cy attachez , cinq, six ; Quant de la chair, que trop avons nourrie, Elle est pieça dévorée et pourrie ; Etnouslesos, devenons cendre et pouldrc : De nostre mal personne ne s'en rie,
10 Mais priez Dieu, que tous nous vueille absouldre.
Se vous clamons frères , pas n'en devez Avoir desdaing, quoyque fusmes occis Par justice; toulcsfois vous sçavez, Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis ; i5 Intercédez doneques de cueur rassis , Envers le Filz de la Vierge Marie ; Que sa grâce ne soit pour nous tarie ; Nous préservant de linfernalle fouldre.
{fc)Dieu , etc. Dieu vous fera plus facilement miséricorde.
(7) Elle est pieça. Elle est depuis quelque temps.
(9) De nostre, etc. Que personne n'insulte à notre malheur.
(11) Se. Si nous vous appelions frères, votre délicatesse ne doit pas en être blessée.
(t5) Le sens de ce vers est le même que celui de Marot ; nous l'avons préféré à cause de la rime. De cueur rassis, sans amertume , sans mauvaise humeur contre*nous.
( 5o8 ) Nous sommes mors, amc ne nous harie, no Mais priez Dieu » que tous nous vueille absouldre.
La pluye nous a débuez et lavez ; Et le soleil desséchez et noirciz ; Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez , Et arraché la barbe et les sourcilz ; 25 Jamais nul temps nous ne sommes rassis: Puis ça, puis la, comme le vent varie , A son plaisir, sans cesser nous charie ; Plus becquetez d'oyseaulx, que dez à
couldre :
Hommes icy n'usez de mocquerie; 3o Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre.
(19) Ame ne nous, etc. Il faut lire : Ne vous harie, c'est-à-dire , « ne vous importune pas. » V. Ducange an Glossaire sur Villehardouin ( Lorière). « Ame ne vous harie » signifieioit que les âmes des morts ne troublent point votre sommeil. Ce qui ne peut pas être la pensée de Villon. Car, outre que la version « ne vous harie » ne se trouve nulle part. Le vers similaire des deux autres dixains annonce que le sens de celui-ci est : Que personne ne nous tourmente, n'insulte à notre mémoire , maintenant que nous sommes morts.
(21) Débitez et lavez. Lessivés et lavés, et non pas Savonnez et lavez, comme le dit Lorière.
(25) Rassis. En repos.
(28) Plus becquetez. Nous sommes |plus couverts de plaies , faites par les oiseaux, qu'un dé à coudre ne l'est de trous.
(29) N'usez de mocquerie. Ne plaisuntez pasj à notre sujet.
( 3o9 ) ENVOI.
Prince Jésus, qui sur tous seigneurie , Garde qu'Enfer n'ayt de nous la maistric , A luy n'ayons que faire, ne que souldrc ; Ne soyez donc de notre confrairic ; ~>5 Mais priez Dieu, que tous nous vucillc absouldre.
BALLADE