‹ Œuvres. Corrigées et complétées d'après plusieurs manuscrits qui n'étoient pas connus, précédées d'un mémoire, accompagnées de leçons diverses et de commentairesChapitre 69 sur 98 · LE DEBAT · texte numérisé non relu

LE DEBAT

Du cueur et du corj?s de Paillon en forme de

Ballade.

Qu'est ce que j'oy? — Ce suis je. — Qui? — Ton cueur,

Qui ne tient mais qu'a ung petit filet ;

Force n'ay plus , substance, ne liqueur ;

Quant je te voy retraict ainsi seulet , > Com pouvre chien tappy en recullet.

— Pourquoy est ce? Pour ta folle plaisance.

—Que t'en chault il? — J'en ay la desplaisance.

— Laisse m'en paix. — Pourquoy? — J'y penseray.

(i) Qu'est-ce que. Qui est-ce que j'entends î C'est moi.

(2) Ne tient triais. Ne tient plus.

(3) Force, etc. Il ne ine reste ni force , ni vie , ni sang.

(4) Retraict. Retiré seul, abandonné de tous.

(5) Tappy en recullet. Bloti dans un coin.

(6) Pourquoy. Pourquoi est tu dans l'inquiétude, dit Villon, le cœur répond, à cause des extravagances que tu as faites.

(7) Que t'en, etc. Pourquoi te mêlcs-tu de ma conduite? — J'en éprouve du déplaisir.

( 516 ) — Quant sera ce?— Quant seray hors d'enfance. io — Plus ne t'en dy, et je m'en passeray.

Que penses tu? — Estre homme de valeur.

—Tu as trente ans. —C'est l'aage d'ung mullet.

--Est ce enfance?— Ncnny. —C'est donc challeur

Qui te saisist? — Par où? — Par le collet.

ï 5 — Rien ne congnois?— Si fais; mouches en laict :

L'ung est blanc , 1 autre est noir. — C'est la

distance.

Est ce doncq' tout?— Que vculx tu que je tance?

Si n'est assez , je recommenceray.

(11) Estrc homme. Je pense être homme , et avoir assez de bon sens. (R. de Villon.)

(12) Tu as. Au fait tu as trente ans. — 3e le saib ; c'est l'âge oùt'on peut faire les choses, ainsi qu'on l'entend et qu'on le veut , comme le mulet.

(i5) Est ce, etc. Tomberois-tu dans l'enfance ? — Non, c'est donc la folie qui te prend.

(i5) Rien , etc. Je ne distingue rien. Tu distingues bien cependant les mouches dans le lait.

(i6) C'est là , etc. C'est l'éloigneuient que produit cette diffé rence de couleur. (R. de Villon.)

(17) Est-ce. N'as-tu pas autre chose à me répondre. — Que veux-tu q'utî je ts dise pour prolonger cette discussion.

— Tu es perdu. — J'y mettrai résistance. -»o — Plus ne t'en dy , et je m'en passcray.

J'en ay le ducil , toy le mal et douleur. , Se fusse ung povrc ydiot et folet, Au cueur eusses de l'excuser couleur, Se n'as tu soing, tout ung, tel bel ou lait 25 Ou la teste as plus dure q'ung jalet ;

Ou mieulx te plaist qu'onneur cestc mes-

chance.

Que respondras à ceste conséquence?

— J'en seray hors, quant je trespasscray. — Dieu, quel confort! quelle saige éloquence !

3© Plus ne t'en dis et je m'en passeray.

(19) Tu es , etc. Mais la vie est en danger.

* Ce dixain ne se trouve que dans le Jardin de Plaisance , d'où nous l'avons extrait tel que nous le rapportons en mettant se au lieu de si dans le second et quatrième vers. Du temps de Villon , il y avoit une différence de signification bien marquée entre si et se ; le premier étoit à peu près synonyme de or; le second étoit la particule conditionnelle que nous écrivons si,

(21) J'en ay. C'est moi qui suis affligé de ta conduite , c'est toi qui en souffres.

(?.3) Au cueur. Je me sentirois disposé à excuser ton indifférence.

(25) Jalct. C'étoit un vase à mesurer le grain.

(26) Ou mieulx. Ou bien il faut dire que tu' préfères l'accusation; qui pèse sur toi , à l'honneur.

Dont vient ce mal? — Il vient de mon malheur :

Quant Saturne me feit mon fardelet, C'est maulx y mist, je le croy. — C'est

foleur. :

Son seigneur es, et te tiens son valet. 35 Voy que Salmon escript en son roulet , Homme sage, ce dit il, a puissance Sur les planète, etsur leur influence.

— Je nen croy rien , telz qu'ilz m'ont faict ,

seray. /

— Que dis tudea? — Certe c'est ma créance. 4o — Plus ne t'en dy, et je m'en paseray.

ENVOI

Yeux tu vivre? — Dieu m'en doint la puissance.

— Il te fault. — Quoy ? — Remors de conscience ,

Lire sans fin. — Et en quoy ? — En science.

(3i) Dont. D'où vient que tu es en prison? — Cela tient à ma mauvaise destinée.

(3a) Quant. Lorsque Saturne fît mon lot.

(33) C'est foleur. C'est folie de ta part de croire à la fatalité.

(35) Voy que. Rappelle-toi ce que Salomon a écrit dans son petit livre.

(4i) M'en doint. M'en accorde.

( Si 9 ) Laisse les folz. — Bien, j'y adviseray.

/}5 — Or le retiens. — J'en ay bien souvenance. — N'attends pars tant, que tourne à desplaisance.

Plus ne t'en dy , et je m'en passeray.

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