‹ Œuvres. Corrigées et complétées d'après plusieurs manuscrits qui n'étoient pas connus, précédées d'un mémoire, accompagnées de leçons diverses et de commentairesChapitre 83 sur 98 · L'ACTEUR · texte numérisé non relu

L'ACTEUR

Qui en a , il est bien venu , 1 55 Qui n'en a point, l'en n'en tient compte ; Cil qui en a, est bien congneu , Et cil qui n'a rien , vit à honte.

Qui paye l'en l'exauce et monte Jusque au tiers ciel pour impétrer , iGo Son honneur tout aultre surmonte , Par force de bien caquester.

Quant entendismes les estatz , De telz dissimulations , Congnoissant les haulx et les bas ; i65 Par toutes abréviations ,

Nous mismes sans sommations , Aux champs , par bois et par taillis, Pour congnoistre les fictions , Qui se font souvent à Paris.

(i56) Ed. niod. Celuy qui en a il est , etc.

(157) Ed. mod. Et cil qui n'en a point vit à grant honte. — Vil à honte. Vit dans le mépris, dans l'opprobre.

(161) Ed. mod. Dienacqucster. Par force, etc.; à force de le vanter.

(162) Les estatz. Lorsque nous eûmes entendu le détail. (i65) Abréviations. Chemins les plus courts.

(166) Ed. mod. Nous vismes.

( 3?o ) ino Pource que chascun maintenoit

Que c'estoit la ville du monde

Qui plus de peuple soustenoit ,

Et ou maintz estranges abonde ,

Pour la grant science parfonde

175 Renommée en icelle ville.

Je partis et veulx qu'on me tonde , S'a l'entrée avois croix ne pille.

Il estoit temps de se coucher , Et ne sçavoye ou héberger ;

180 D'ung logis me vins approcher , Sçavoir s' on m'y vouldroit loger, En disant : avez à menger ?

L'hoste me respondit : si ay.

Lors luy priay , pour abréger,

i85 Apportez le donc devant moy?

Je fus servy passablement, Selon mon estât et ma sorte , Et pensant à par moy comment Je cheviroye avec l'hoste, 190 Je m'avise que , soubz ma coste , Avoit une espée qui bien trenche , Je la lairray qu'on ne me l'oste ,

(170) Maintenoit. Assuroit.

(177) S'a. Si j'avois un sou lorsque j'entrai dans Paris.

(189) Je cheviroye. Je traiterois , je m'arrangerois.

(190) Soubz ma coste. Sous mon habit.

( *7' ) En gaigc de la repeuc franche

LTcspée csloit loute d'acier, ic)5 II ne s'en failloit que le fer ;

Mais Ihostc la me fist macliier

Fourreau et tout sans friscasscr ;

Puis après me convint penser 7

De repaistre se fain avoye , 200 Rien n'y eust valu le tencer,

De léans partis sans monnoye.

Lendemain m'aloye enquërant ,

Pour encontrer Martin Gallant,

Droit en la salle du palays.

2o5 Rencontray pour mon premier mes

Tout droit soubz la première porte >

Plusieurs mignons d'estrange sorte ,

Qui sembloit bien à leur habit ,

Qu'ilz fussent gens de grant acquit.

210 Lors vins pour entrer en la salle ,

L'ung y monte , Taultre devalle ;

Là me pourmenoye , de par dieu ,

Regardant Testât de ce lieu

Et quant je leuz bien regardée , 2 15 Tant plus la veoye et plus m'agrée ;

(196) Ed. mod. Fist machicr.

(200) Le tencer. Il n'eut servi de rien de murmurer.

(201) De. léans. De là dedans; de cet hôtel je sortis sans argent, (2o5) Rencontray. Je trouvai, j'eus pour mon premier plat. (216) Mirelificques. Nouveautés, objets de mode.

( 5y? ) Je vis là tant de mirlifîcqucs , Tant d'ameçons et tant d'afficques , Pour attraper les plus huppez, Les plus rouges y sont gruppez :

220 A l'ung convient vendre sa terre, Maint sans sainctir , là se detterre ; Partie ou peu en dernourra.

Et tout ce que vaillant aura , Cuydant destruyre son voysin,

225 DePoytou, ou de Lymousin,

Ou de quelque aultre nation :ï Maint en est en destruction , Et fault, ains partir de léans, Quilz facent l'arquemye aux dens ,

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