‹ Œuvres. Corrigées et complétées d'après plusieurs manuscrits qui n'étoient pas connus, précédées d'un mémoire, accompagnées de leçons diverses et de commentairesChapitre 91 sur 98 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

AYIS.

Les pièces suivantes sont tirées d'un Mss. du commencement du seizième siècle , qui est dans une des plus magnifiques Bibliothèques de Paris. Plusieurs personnes distinguées par leur érudition et par leur bon goût les ont trouvées si ingénieuses, que nous avons cru devoir les donner au public. (Cousiettier.)

BALLADE

î J'ay ung arbre de la plante d'amours, Enraciné en mon cueur proprement], Qui ne porte fruits, sinon de dolours , Fciiles d'ennuy et fleurs d'encombrement :

(457 ) 5 Mais puis qu'il fut planté premièrement ,

Il est tant creû , de racine et de branche,

Que son umbre , qui me porte nuysance ,

Fait au dessoubs toute joye sechier ;

Et si ne puis , pour toute ma puissance ,

10 Autre planter, ne celuy arrachier.

De si long-temps est arrose de plours, Et de lermes tant douloureusement,' Et si n'en sont les fruits de rien meillours ; Ne je n'y truys guaires d'amendement;

i5 Je les recueil pourtant soigneusement , C'est de mon cueur Tanière soustcnance, Qui trop mieux fût , en friche , ou en souffrance , Que porter fruits qui le deussent blecier ; Mais pas ne.veult l'amoureuse ordonnance

20 Autre planter, ne celui arrachier.

ni.

S'en ce printemps, que les feilles etflours Et abrynecaux percent nouvellement, Amours vouloit moy fere ce secours, Que les branches , qui font empêchement , 25 II retranchast du tout entièrement ,

Pour y hanter ung Rynseau de plaisance ; Il gect.croit bourgeons de souffisance , Joye en istroit , dont il n'est rien plus chieT ;

( 458 ) Et ne faudroit jà par désespérance, 3o Autre planter, ne celuy arrachier.

ENVOI

Ma princesse, ma première espérance, Mon cueur vous sert en dure pénitence ; Faictcs le mal, qui l'acqueult, retranchier, Et ne souffres, en vostre souvenance, 35 Autre planter, ne celuy arrachier.

AUTRE BALLADE

Plaisant assez et des biens de fortune Ung peu garny, me trouvay amoureux , Yoire si bien , que tant aymay fort une , Que nuit et jour j'en estois langoureux ; 5 Mais tant y a que je fus si heureux, Que moyenant vint écus à la rose , Je fis cela que chacun bien suppose ; Alors je dis, connoissant ce passage, Au fait d'amours babil est peu de chose, io Riche amoureux a toujours l'avantage.

Or est ainsy que , durant ma pécune 7 Je fus traité comme amy précieux ;

Mais tost après , sans dire chose aucune ,

Cette vilaine alla jctter les yeux i5 Sur un vieillard riche , mais chassieux ,

Laid et hideux, trop plus qu'on ne propose;

Ce néantmoins il en jouit sa pose ;

Dont moy confus voyant un tel ouvrage ,

Dessus ce texte allay bouter en glose, 20 Riche amoureux a toujours l'avantage.

Or elle a tort, car noyse, ny rancune N'eut onc de moy. Tant luy fus gracieux, Que s'elle eust dit : Donne-moy de la lune, J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieux;

25 Et non obstant , son corps tant vicieux, Au service de ce vieillart expose :

Dont ce voyant un Rondeau je compose , Que luy transmets ; mais en pou de langage Me respond franc ; povrete te dépose ,

3o Riche amoureux a toujours l'avantage.

ENVOI

Prince tout bel, trop mieux parlant qu'Orose , Si vous n'avez toujours bourse déclose , Vous abusez ; car Meung, docteur très sage, Nous a décrit , que pour cueillir la rose 35 Riche amoureux a toujours l'avantage.

Page 1