‹ Œuvres. Corrigées et complétées d'après plusieurs manuscrits qui n'étoient pas connus, précédées d'un mémoire, accompagnées de leçons diverses et de commentairesChapitre 90 sur 98 · DE MALLEPAYE ET DE BAILLE VANT · texte numérisé non relu

DE MALLEPAYE ET DE BAILLE VANT

m. Hc'e ! monsieur de Baillevant? b. Quoy

De neuf? m. On nous tient en aboy ,

Comme despourveux, malureux.

B. Si j'avoye autant que je doy ; 5 Sang bieu ! je seroye chez le Roy ,

Un page après moy : M. Yoire deux.

B. Nous sommes francs; M. Adventureux.

B. Riches ; M. Bien aisés. B. Plantureux;

m. Yoire , de souhais : B. Cest assez. 10 M. Gentilz hommes, b. Hardis; M. Et preux :

b. Par Thuys. m. Du joly souffreteux

Héritiers, b. De gaiges cassez.

* Baillevanl. Qui donne du vent , des paroles au lieu d'argent à ses créanciers. Mallepaye. Qui paye mal.

(2) On nous tient. On pense que nous sommes dans le besoin.

(8 et 9) Plantureux. Bien fournis. — Oui, de souhaits.

(ni Par l'huys. Quand nous spmmes derrière la porte. — Du joly. Héritiers du gentilhomme gueux.

( 44o ) m. Nous sommes puis troys ans passez, Si mainces; B. Si mal compassez.

i5 m. Si simples; B. Ligiers comme vent. M. Si esbaudiz. B. Si mal tapiz.

M. De donner pour Dieu , dispensez , Car nous jeusnons assez souvent.

20 B. Hée monsieur de Mallepaye

Qui peult trouver, soubz quelque amant, Deux ou troys mille escus : quel proye ! M. Nous ferions bruyt. B. Toutalesment.

M. Le quartier en vault l'arpent,

25 B. Pardieu! monsieur de Mallepaye.

M. J'escriptz contre ces murs. B. Je raye ,

Puis de charbon et puis de croye.

M. Je raille. B. Je fays chère à tous.

M. Nous avons beau coucher en raye ,

3o L'oreille au vent , la guellc baye , On ne faict point porchatz de nous.

B. Hélas, seront nous jamais soulx.

M. Il ne fault que deux ou troys coups ,

(i4) Si mal compassez. Si mal habiles.

(16) Esbaudiz. Si gais. — Si mal logez — Il manque un vers. (21) Soubz quelque amant. Sous quelque tas de pierres. (26) Je raye. Je raie tantôt avec , etc.

(28) Je raille. Je plaisante. Je fays chère. Je fais la mine à tout le monde, c'est-à-dire je suis triste avec tous.

(29) Coucher en raye. Aux rayons du soleil.

(30) La guellc baye. Bouche béante, ouverte. (5i) Porchatz. Estime, cas.

Pour nous remonter. B. Droictz ;

M.Drutz ; B. Doux.

35 m. Pour fringuer. b. Pour porter le houx.

M. Gens : B. A dire dont venez vous ?

M. Francs. B. Fins. ME. Froictz. b. Fors. m. Grans. B. Gros. m. Escreux.

b. Et si n'avons nuta biens acreux.

M. Nous debvons. b. On nous doibt; m. Fourraige.

4o b. Entretenus : M. Comme pour creux.

B. Jurons sang bieu, nous serons creux.

Arrière piettons de village.

M. Ne suis-je pas beau personnaige ?

B. J'ay train de seigneur : m. Pas de saigc. 45 b. Ressourdant, comme bel alain.

m. Pathelin en main , dire raige.

B. Et par la mort bieu , c'est dommaige

Que ne mettons villains en run.

m. Hee cinq cens escus ! B. C'est egrun.

(35) Pour fringuer. Pour nous rendre fringant et nous faire.

(36) Gens. Pour faire de nous des hommes. (3j) Escreux. Bien développés , bien faits.

(38) Et. Et cependant nous n'avions rien acquis, gagné. (4o et 40 Le premier creux est pour vide ; le second pour cru.

(44) Pas. Démarche.

(45) Ressourdant. Revenant.

(48) Que. C'est désagréable qu'on ne tienne pas compte de nous.

(I9) Hce. Hé si nous avions 5oo écus. C'est egrun. C'est pénible. Ces mots font suite aux deux vers qui précèdent.

( 44* ) 5o m. Quant j'en ay j'en offre à chascun ,

Et suis bien aise quant j'en preste.

B. Mes rentes sont sur le commun,

Mais povres gens n'en ont pas ung ,

J'y romproye pour néant la teste.

55 M. S'il povoyt venir quelque enqueste ,

Quelque mandement ou requeste,

Ou quelque bonne commission.

b. Mais en quelque banquet honneste

Faire acroirc à cest ou à ceste , 60 La pramatique sanction.

M. Et si elle y croit? B. Promision.

M. Si elle promect ? b. Monicion.

M. Si on l'admoneste ? b. Qu'on marchande.

M. Si on faiet marché ? B. Fruiction.

65 m. Se on fruict ? b. La pétition ,

En forme de belle demande

D'ung beau cent escus. m. Quelle viande!

b. Qui l'auroit quant on la demande !

On fcroit. m. Quoy? B. Feu:M. S. Jehan voire. 70 b. On tauxeroit bien grosse admende

Sur le faict de ceste demande ,

Se j'en quictoye le pétitoire.

(5?) Sur le commun. Sur le peuple, ce qui est cause que je suis mal payé.

(59) A cest. Si je pouvois l'aire croire à celui-ci ou à celle-là qu'en vertu de la pragmatique-sanction je puis donner des bénéfices.

m. Quel bien ! B. Quel heur ! M. Quel accessoire!

b. Je me raffroichiz la mémoire ^5 Quant il m'en souvient, m. Quel plaisir!

B. Son nous bailloit , par invenloire ,

Deux mil escuz en une armoire,

Hz n'auroient garde d'y moysir.

M. Qui peult prendre! b. Qui peult choisir! 80 m. Gaigner! b. Espargner ! m. Se saisir!

Nous sciions par tout bien venu.

B. Ung songe, m. Mais quel? b. De plaisir. - M. Nous prendrons si bien le loisir

De compter ne sçay quantz escuz.

85 B. Nous sommes bien entretenuz ;

M. Aymez ; B Portez ; m. Et soustenuz.

b. De noz parens : M. De bonne race :

b. Rentes assez et revenuz :

Et s'apresent n'en avons nulz , 90 Ce n'est que malheur qui nous chasse.

M. Je n'en faix compte, b. Se reimasse.

m. Je voile par coups. B. Je tracasse

Puis au poil , et puis à la plume.

M. Je gaudis, et si je rimasse ?

95 Que voulez vous , il ne tient qu'ad ce

Que je ne l'ay pas de coustume.

(j4) J& m&' Mon esprit est soulagé , je jouis lorsque , etc.

(79) Qul' Heureux celui qui, etc.

(92) Je tracasse. Je vais chasser tantôt , etc.

b. D'honneur assez. M. Chascun en hume ,

b. Je destains le feu. m. Je l'allume.

b. Je mesbas. m. Je passe mon dueiî.

ioo b. Le plus souvent quant je me fume,

Je batteroye comme fert d'enclume ,

Si je ne me trouvoye tout seul.

M. Je ris. b. Je bave sur mon seuil.

M. Je donne à quelqu'un ungguin dœil.

io5 B. Je m'esbas à je ne sçay quoy.

M. J'entretiens, b. Je faiz bel acueil.

M. On me fait tout ce que je veuil,

Quant nous sommes mon paige et moy.

B. Je ne demande qu'avoir. M. Quoy?

1 10 B. Belle amye , et vivre à requoy ,

Faire tousjours bonne entreprise ,

Belles armes , loyal au Roy.

M. Mais , trois poulx rempans en à boy ,

Pour le gibier de la chemise.

1 15 B. Je porteroye pour ma devise

La marguerite en or assise,

(98) Je destains. J'éteins le feu.

(99) Je m'esbas. Je me divertis . Je passe mon deuil. Et moi je dissipe mes ennemis.

(îoo)Le plus souvent. La plupart du temps quand je suis contrarié. (io3)Se«a7. Seuil de ma porte.

(io4j Ung gain d' œil. Un clin, un coup-d3œil. Dueii éloil une faute du copiste , je l'ai corrigée, (no) Vivre à reqnoy. Dans la retraite ; en paix. (11 3) Mais. Plus , etc.

( 44* ) Et le houlx par tout esta ml u.

M. Vostre cry , quel ? b. Nouvelle guise.

M. Riens en rcccptc , tout en mise , 120 Et toute somme , item perdu.

b. Je vous feroye , au résidu ,

Un g gorgias sur le hault verd ,

Le bel estomac d'alouette ,

M. Robbe ? B. De gris blanc , gris perdu. i25 M. Bien emprunté et mal rendu :

B. Payé d'une belle estiquette.

M. Puis la chaine d'or, la baguette,

Le latz de soye , la cornette ?

b. De velours, m. C'est bel affiquet.

i3o b. Quant nous aurions fait nostre empiète ,

La porte seroit bien estroicte

Se ne passions jusqu'au ticquet.

m. Neclelet; b. Gorgias ; m. Friquet:

b. De vert. m. Tousjours quelque bouquet. i35 b. Selon la saison de l'année.

M. Et de paige ? B. Quelque naquet.

M. S'il vient hasart en un g banquet.

(121) Je vous feroy. Je vous ferois avec le reste. (1 22) Gorgias. Un gorgeret du plus beau vert. (i23) Le bel. Imitant le cou de , etc.

(i3i) La porte. Nous ne serions refusés dans aucune maison. (i33) Neclelet, gorgias, friquet. Etant mi* proprement, richement , élégamment.

(i36) Naquet. Jeune et joli garçon.

(137) Hasard. Une bonne fortune.

b. Le prendre entre bont et volée.

M. Aux survenans? b. 'Chère meslée.

i4o m. Aux povres duppes ? b. La havée.

m. Et aux rustes ? b. Le jobelin.

m. Aux mignons de court? b. L'accollée,

m. Aux gens de mesmes ? m. La risée.

b. Et aux ouvriers? B. Le pathelin.

i45 M. L'entretenir ? b. Damoiselin.

M. Et saluer ? b. Bas comme luy.

m. Et diviser? b. Motz tous nouveaulz.

Pour contenter le femynin ,

Nous ferions plus d'ung esclin , i5o Qu'ung aultre de quinze Royaulx.

M. Hée cueurs joyculx ! b. Hée cueursloyaulx!

m. Prest! B. Prins ! M. Promps! B. Preux! m. Espéciaulx !

B. Aymez! m. Supportez! b. Bien reçeuz !

M. Nous devrions passer aux sçeaulx i55 Envers les officiers royaulx,

(139) Aux survenans. Que ferions-nous aux arrivans. — B. Accueil indifférent.

(i4o) La Havée. La poignée de main.

(i4i) Le jobelin. Nous parlerions leur langage.

(142) L'accollée. L'accolade.

(i43) Aux gens de mesmes. A ceux qui seroient de notre condition. Le sourire gracieux.

(i45) L'entretenir. Nos entretiens sur quel ton ? D'entretenir é toit une faute.

(1 52) Espéciaulx. D'un mérite tout particulier.

(i54) Etre employés de préférence.

( 447 ) Comme messieurs les despourveux.

b. De congnoissance avons assez.

M. On nous a veu si francs ; b. Si doulx.

M. Hélas cent escuz nous sont deubz.

160 B. Au fort si nous les eussions euz,

On ne tint plus compte de nous.

M. Nous avons faict plaisir à tous.

B. Chère à dire dont venez vous.

M. Emérillonez ; b. Advenans.

1 65 m. Cent escuz et juger des coups!

On auroit beau mettre aux deux bouz

Se ne nous tenions des gaignans.

b. Nous sommes deux si beaulx gallans.

M.JFringans;B.Bruyans; M.Allans; B.Parlans: 370 m. Esmeux de franche volunté.

b. Aagez de sens. M. Et jeunes d ans.

B. Bien gays : M. Assez recréans :

b. Povres d'argent. M. Prou de santé.

B. Chascun de nous est habité :

175 m. Maison à Paris ; B. Bien monté ,

Aussi bien aux champs qu'en la ville.

m. 11 y a ceste malheurté

Que de l'argent qu'avons preste ,

(i58) On nous a veu. Il y avoit veux ; j'ai corrigé.

(161) On. On auroit cessé de nous estimer si nous les avions exigés.

(170) Esmeux. Porté, rempli de bonne volonté.

(172) Bien gays. Estant d'humeur assez gaie.

(173) Prou. Biche de santé.

Nous n'en arrons ne croix , ne pille.

1 80 B. Ou sont les cens et deux cens mille

Escus que nous avions en pille ,

Quant chascun avoitbien du sien.

M. Au fort ce nous n'en avons mille ,

Nous sommes , selon l'évangile , i85 Des bien heureulx du temps ancien.

B. J'aymasse mieulx qu'il n'en fust rien.

M. Trouvons-en par quelque moyen.

b. Qu'en à aprésent? M. Je ne sçay.

B. Hé ung angin parizien!

190 M. Art Lombart. B. Franc praticien

Pour faire à présent ung essay.

m. Je vis le temps que j'avanssay

L'argent de chose , et adressay

Tel et tel et tel bénéfice.

ig5 b. Et mais pour moy quant je commence

Monseigneur tel, et luy pourchasse

Moy mesmes , tout seul , son office.

M. J'étois toujours à tous propice.

Mais je crains, b. Et quoy ? m. Qu'avarice 200 Nous surprint , si devenyons riches.

b. Riches! quoy ? ceste faulce lisse ,

Pouvreté nous tient en sa lisse.

m. C'est ce qui nous faict estre chiches.

(igo)Art lombart. Ruse de lombard , de juif, d'usurier, (aoi) Cette faulce» Cette chienne de pauvreté.

d. Nous sommes lcgicrs ; M. Comme biches. 2o5 B. Rebondis ; M. Comme belles miches.

M. Et frayzcz ; M. Comme beaulx ongnons.

B. Aussi coutcllcz ; m. Comme chiches.

B. Advcntureux ; m. Comme Suysscs

A Nancy, sur les Bourguy gnons.

210 B. Entre les gallans ; M. Compaignons.

b. Entre les gorgias ; M. Mignons.

b. Entre gens d'armes ; m. Courageux.

b. S' on barguigne ; M. Nous barguignons.

b. Heureulx ; m. Comme beaulx champignons , 2 1 5 Mis jus en ung jour ou en deux.

B. Nous sommes les adventureux ,

Despourveuz ; m. D'argent. B. Planteureuy,

m. De nouvelles plaisantes, b. Tant.

m. Pour servir princes ; b. Curieux.

220 m. Et pour les mignons ; b. Gracieulx.

m. Et pour le commun ; b. Tant à tant.

(206) Et frayzcs. Nos fraises sont tournées.

(207) Aussi coutellcz. Aussi bien tournes que des pois chiches.

(208) Entre. Parmi.

(2i3) S'on barguigne. Si on marchande, si on hésite. (ai5) Mis jus. Coupés, cueillis, il y avoit mis sus , ce qui n'offroit aucun sens ; j'ai corrigé.

(217) Ptanteureux. Bien fournis.

(218) Tant. C'est cela.

(219) Curieux. Empressés.

(221) Et pour. Et pour le peuple. B. Lui rendant ce qu'il nous prête , et rien de plus.

m. Hée monsieur de Baillevant

Quant reviendra-il le bon temps ?

B. Quant chascun aura ses souhais ?

225 m. Cent mille escus argent content ;

Sur ma foy, je seroye content

Qu'on ne parlast plus que de paix.

B. Nous sommes si francs ; m. Si parfaiz ;

B. Si sçavans ; M. Si cauz en nos faiz ; 23o b. Si bien nez ; m. Si preux ; B. Si hardis ;

m. Saiges; b. Subtilz ; m. AdvLsez. b. Mais !

Faulte d'argent et les grans preslz ,

M. Nous ont ung peu appaillardis .

b. Habandonnez ; m. Comme hardis.

235 b. Requis ; M. Comme les gras mardis.

B. Et fiers; M.Commeungbeaupetenbaing.

B. J'ay dueil que vieulx villains tarnys ,

Soient d'or et d'argent si garnis ,

Et mignons en ont tant besoing.

240 m. Nous avons froit ; b. Chault ; M. Fain ; b. Soif ; m. Soing.

b. Nous traccassons ; m. Cà; b. Là ; m. Près; M. Loing;

(2a3) Ed. mod. Quant reviendra le, etc.

(229) Si eaux. Si prudens dans notre conduite.

(235) Appaillardis. Rendus gueux.

(234) Habandonnez. Nous sommes abandonnés. M. Comme personnes à craindre.

(237) J'ay dueil. Je suis affligé que des vieux manans «ans honneur soient si bien fournis lorsque , etc.

m. Sans prounit ; b. Sans quelque advcnlaigc M. Mais s'on nous ibnsoit or au poing , Nous serions pour faire, à ung coing,

^45 Nostre prouiïit, d'aultruy dommaige.

Avcz-vous tousjours l'éritaigc De Baillcvcn ? b. Ouy. m. J'enraige, Qu'en Mallepayc n'a vins, blcz , grains. B. Cent franc de rente et ung fromaige ,

25o Vous oriez dire de couraige .

Vive le Roy ! m. Ronfflez villains !

B. Qui à le vent? M. Joyeulx mondains. B. Gré de dames ? M. Amoureux crains.

B. Et l'argent qui ? M. Qui plus embource.

255 b. Qu'esse d'entre nous courtissains ? M. Nous prenons escus pour douzains Franchement , et bource pour bourec.

B. Ha monseigneur! m. Sangbieu! lamouste M'a trop costé. b. Et pourquoy? M. Pour ce.

260 b. Hay ! hay ! Tout est mal compassé.

m. Comment ? b. On ne jolie plus du pousse. m. Qui ne tire? b. Qui? et la trousse

(a5o) fous oriez. Vous m'entendriez dire de bon cœur. Vive le Roi! Dormez, canaille !

(a5a) Qui à. Qui sont ceux qui sont favorisés de la fortune.

(a56) Nous. Nous prenons bonnement les écus pour des sous , et la bourse pour l'étoffe.

(aôS) La mousle. Le vin,

(a6o) Mat compassé. Mal arrangé dans ce monde.

(a6i) Du pousse. Du pouce.

Autant var.lt ung arcque cassé.

m. Monsieur mon père eust amassé 265 Plus d'escu qu'on n'eust entassé ,

En ung hospital , de vermine.

B. Mais nous avons si bien sassé ,

Le sang bieu , que tout est passé ,

Gros et menu , par l'estamyne.

270 M. Si vient guerre , mort ou famine ,

Dent Dieu nous gard', quel train, quel myne

Ferons-nous pour gaigncrle broust?

B. Quant à moy, je me détermine

D'entrer chez voisin et voisine , 276 Et d'aller veoir se le pot bout.

M. Mais regardons , à peu de coustz ,

Quel train nous viendroit mieulx à goust ,

Pour amasser biens et honneurs.

b. Le meilleur est prendre par tout.

280 M. De rendre ; quoy ? b. On s'en absoult,

Pour cinq solz , à ces pardonneurs.

M. Allons servir quelques seigneurs.

B. Aucuns sont si petitz d'honneurs,

Qu'on n'y a que peine et meschance.

285 m. Et prouffit quel ? b. Selon les eurs.

Mais entre nous fins estradeurs ,

(261) Qmi ne tire. Pourquoi ne tirez-vous pas. — M. Pourquoi f (372) Gaigner le broust. Pour avoir de quoi brouter, manger. (a-6) A peu de coust. A peu de frais.

( 453 ) Il nous fault cspluchcr la chance.

M. Servons marchans pour la pitance , Pour j rue tus vent ris , pour la pence.

2go B. On y gaigneroit ses despens.

M. Et de fonsser ? b. Bonne asseurance ,

Petite foy, large conscience.

Tu n'y sçcz riens et y aprens.

M. De procès quoy ? b. Si je m'y rens ,

2q5 Je veulx estre mis sur les rencs i S'ilz ont argent , si je n'en crocque.

M. Quelz gens sont-ce? b. Grosmarchesens, Qui se font bien servir des gens , Mais de payer querez qui bloque.

3oo M. Officiers quoy ? c'est toute mocque , L'un g pourchasse , l'autre desroque Et semble que tout soit pour eulx.

B. Laissons-les là. m. Ho ! je n'y tocque , Il n'est point de pire défroque ,

3o5 Que de malheur à malheureux.

B. Pour despourveuz , adventureux

(391) Et de fonsser. Et qui est-ce qui nous fournira de l'argent?

(293) Tu n'y. Tu ne connois pas encore l'art du marchand, tu apprendras à le connoître.

(294) De procès. Si on nous fait des procès, comment vous en tire, rez-vous ?

(396) S'ilz. Ceux qui voudront plaider contre nous.

(299) Querez. Cherchez-en d'autres pour cela.

(3m) Uung. L'un poursuit une place, l'autre perd la sienne*

Comme nous, encor c'est lemieulx

De faire l'ost et les gens d'armes.

m. En fuite , je suis couraigeux.

3io B. Et à frapper? m. Je suis piteux.

Je crains trop les coups , pour les armes. • b. Servons donc Gordeliers ou Carmes ,

Et prenons leurs bissatz à fermes,

Car il n'y a pas grant débit.

3i5 m. Il nous prescheroient en beaulx termes,

Et pleureroyent maintes lermes

Devant que nous prinssions l'abit.

b. Se en c'est malheure et labit

Nous mourions , par quelque acabit , 320 Ame n'y a qui bien nous face.

M. Jay ung vieil harnoys qu'on forbit ,

Sur lequel jef onde ung aubit ,

Et du surplus Dieu le parface.

B. Hée fault il que fortune efface , 325 Nostre bon bruyt ? M. Malheur nous chasse ;

Mais il n'a nul bien qui n'endure.

B. Prenons quelque train. M.Suyvonstrasse.

B. Nous trassons et quelq'ung nous trasse,

A loups ravis grosse pasture.

33o m. Allons, b. Mais ou ? m. A i'adventure.

(5o8) De faire. De suivre les cainps et les armes. (3iS) Se en c'est. Si nous venions à mourir tandis que nous sommes si malheureux.

(021) Ung aubit. Un obit , service funèbre. (5ï6) Qui n'endure. Qui n'empire.

B. Qui nous admoneste ? M. Nature.

b. Pour aller? m. Où on nous attend.

b. Par quel chemin ? m. Par soing ou cure.

B. Logez où? M. Près de la clousturc 335 De monseigneur d'Angoulevent.

B. Comme yrons nous? M. Jusqu'à Claqdcnt,

Et passerons par Mallepaye ,

b. Brief c'est le plus expédient

Que nous gettons la plume au vent , 34o Qui ne peult mordre si abaye.

M. Ou ung franc couraige s 'employé ,

Il treuve à gaigner. b. Querons proye.

M. Desquclz serons-nous ? b. Des plus fors.

M. Il ne m'en chault mais que j'en aye ; 345 Que la plume au vent on envoyé.

b. Puis après ? m. Alors comme alors.

B. La plume au vent! M. Sus! B.Là. m. Dehors.

B. Au haut et au loing. m. Corps pour corps.

Je me tiendray des miculx venuz.

35o B. On n'yra point , quant, serons mors ,

Demander au Roy les tre'sors

De messeigneurs les despourveuz.

La plume au vent ! m. Je le concluz ,

Pour les povres de ceste année.

355 B. Ne demeurons plus si confuz.

Au grat! la terre est dégelée.

(356) Au grat. A l'ouvrage.

( 456 ) M. Allons , suyvons quelque trainée.

Ou faysons icy demourée.

M. Devant , vostre fièvre est tremblée : 36o Car nous sommes tous étourdiz,

E. Dieu doirit aux riches , bonne année. M. Aux dcspourveuz , grasse journée.

B. Et aux femmes , pesants marilz.

Prenez en gré grans et petitz.

(35j) Devant. Avant de partir, dites-moi votre fièvre, etc. (363) Prenez , etc. Applaudissez.

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