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us donc usement le beaux licé & à ur eux ?
tant que téreffons
D’HOMERE. Livre VÏU. 263 pour les Grecs, nous nous mettions en devoir de repouffer les Troyens , & de nous oppofer à Jupiter , nous verrions bientôt ce Dieu aflis feul fur les fommets du mont Ida déplorer fa foibleffe. «
Neptune indigné de fou audace lui répond :
Téméraire Junon , quel confeil ofez-vous me donner ? Jamais il ne m’arrivera de me liguer même avec tous les Dieux contre Jupiter , car tout feul il eft plus fort que tous les Dieux enfemble. “
Pendant que Junon & Neptune s’entretenoient ainfi, le redoutable Hector conduit par la main puiffante de Jupiter, avoit poufé les Grecs au-delà de leurs retranchemens , & les avoit renfermés entre leur folfé & leur muraille 5 & l’épouvante les avoit tellement faills, qu’il auroit brûlé leurs vaifeaux, fi la Décile Junon n’avoit infpiré au fils d’Atrée, d’aller lui-même ranimer fes troupes découragées. Il va donc au travers des tentes & des vaifeaux , teliant dans fa main un grand voile de pourpre- Il s’arrête fur le vaifeau d’Ulyffe , qui étoit au milieu de la flotte, & d’où il pouvoit fe faire entendre & du quartier d’Ajax fils de Telamon & de celui d’Achille, qui pleins. de confiance en
R 4 leur courage & en leur force, s’étoient poftés aux deux extrémités du camp. De là il élève fa voix & crie de toute la force: » Quelle honte, timides Grecs , troupes efféminées, qui n’avez qu’une belle apparence ! Quelle lâcheté ! que font devenues ces grandes & belles promefes que nous faifions à tous momens , lorfque nous étions dans l'isle de Lemnos , & qu'affis à table „ la coupe à la main, nous menacions l’ennemi, & nous nous vantions que chacun de nous résifteroit à cent & à deux cens Troyens ? & préfentement tous enfemble nous n'ofons faire tête au feul Hector , qui dans un moment fous nos yeux va réduire nos vaiffeaux en cendre. Grand Jupiter , entre tous les Rois y en a-t-il jamais eu que vous ayez fi cruellement perfécuté, & à qui vous ayez arraché des mains une fi grande gloire ? Cependant en traverfant tant de terres & tant de mers pour aborder ce rivage, ai-je laife fans honneur le moindre de vos autels ? n’ai-je pas fait fumer par-tout la graife de nos victimes ? & n’ai-je pas toujours imploré votre fecours contre cette ville perfide ? Mais au moins , grand Dieu , daignez exaucer la prière que j’ofe vous adreffer : permettez que ce refie de Grecs échappe au danger qui l’environne, &
D'HOMERE. Livre VIII.
t portés éleve fi : honte, i n’avez té ! que omefes e nous à table, nnemi, nous ré- ? & préiire tète bus nos Grand ! jamais uté, & i grande le terres e, ai-je autels ?
de nos ré votre Mais au la prière ce relie onne s & ne fouffrez pas qu’il foit confumé par la faute épée des Troyens.
Il dits & le pere des Dieux & des
dévo-
hom mes, touché de fa douleur & de fes larmes , lui accorde le falut de fes peuples, & en mêmetems il lui envoie du haut des cieux un aigle , le plus noble de tous les oifeaux, & le plus sûr pour les augures : il tenait dans fes ferres un faon de biche, qu’il laifa tomber au pied de l’autel , fur lequel les Grecs offroient des facrifices à Jupiter Dieu des oracles.
Les Grecs n’ont pas plutôt apperçu cet oifeau qui leur eft envoyé de la part de Jupiter , qu’ils reprennent courage & s'empreffent de fortir , & de fe jetter fur les Troyens. De tous les braves capitaines, qu’une ardeur martiale ramenoit contre l’ennemi, il n’y en eu pas un qui fût aufii prompt que l’intrépide fils de Tydée à franchir le foflé. Il fe jette le premier fur les phalanges Troyennes. Le vaillant Agelaüs fils de Phradmon, le voyant venir à lui, veut fe dérober à fa furie, & détourne fou char ; mais Tardent Diomede le fuit de fi près qu’il lui enfonce fa pique entre les deux épaules. Le Troyen perce d’outre en outre tombe de fou char avec un horrible bruit.
Les deux fils d’Atrée, Agamemnon & Me.
nelas , fuivent de près le grand Diomede. Les deux Ajax pleins de fierté & d’audace , marchent après ces deux Rois. Le vaillant Idomenée & ion écuyer Merion pareil à l’homicide Mars , forcent des retranchemens après les deux Ajax; Euripyle fils d’Euemon fuit Merion & Idomenée, & le hardi Teucer fort le neuvième , armé feulement de fes flèches & de ion arc, s’approche d'Ajax pour fe couvrir de ion bouclier , & s’avançant de tems en tems à la tète des troupes , il le choifit une victime parmi les ennemis, & après l’avoir immolée avec fes fléchés mortelles , il revient fous le bouclier d’Ajax, comme un jeune enfant , .qui s’eft un peu éloigné de fa mere , revient fe mettre en sûreté entre fes bras» A combien de braves Teucer ne fit-il pas mordre la pouffiere ? Il tua le vaillant Orfiloque , & Ormene , & Ophelefte, & Daitor, & Chromius , & le divin Lycophonte , & Amopaon fils de Polyaimon , & le belliqueux Menalippe. Tous ces grands capitaines furent précipités de fa main dans le ténébreux féjour.
Le Roi Agamemnon, voyant le ravage qu’il fait dans les phalanges Troyennes , s’approche de lui, & lui dit : , Mon cher Teucer, géné ¬
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$ mordre que , & romius, i fils de e. Tous : fa main âge qu’il approche géné-
D‘ H O M E R E. Livre VIII. 267 reux fils de Telamon, continuez de nous donner ainfi des preuves de votre courage & de votre adreffe, pour voir fi par votre valeur vous ne pourrez pas devenir le falut des Grecs & de votre pere même , qui a pris tant de foin de votre éducation, & qui, quoique vous ne fuffiez pas fon fils légitime, n’a pas laif de vous faire élever dans fon palais avec fies autres enfans ; vous ne l’avez pas ici pour témoin de vos exploits , mais tout éloigné qu’il eft , il partage avec vous votre gloire : n’oubliez donc rien pour l’augmenter, & je vous promets que fi Jupiter & Minerve me font la grâce de faccager la ville de Priam, vous aurez après moi le premier prix de la valeur , foit un trepied , foit deux chevaux avec leur char, ou une belle femme, dont l’amour Vous récompenfera de vos travaux.
Le brave Teucer lui répond : „ Fils d’Atrée, qu'eft-il nécefaire de m’exciter ? voyez - vous que je me ménage, & que je ne combatte pas de toute ma force ? depuis que nous repoufons les Troyens vers leurs murailles, je ne ceffe de tuer. Déjà huit flèches mortelles font parties de ma main, & pas une n’a été vaine 5 elles fe font toutes rafasiées du fang des plus braves de nos ennemis 5 il n’y a que cet Hector qui m’échappe autant de fois que je tire fur lui.
Il AVOIT à peine fini ces mots, que trouvant un moment favorable, il lâche contre Hector une autre flèche, car il brûloit d’envie de le bleffer. La fatale flèche manque ce héros, & va percer le brave Gorgythion , fils de Priam & de la belle Caftianeira de la ville d'Aifumne , qui par fa fagefe & par fa beauté, reffembloit parfaitement aux Déeffes. Comme un pavot qu’on cultive dans un jardin, & que le printems a nourri de fa plus tendre rofée, penche fa tête orgueilleufe fous le premier coup de l’Aquilon, de même la tête du jeune Gorgythion appefantie par fon cafque, qu’elle ne peut plus foutenir tombe fur ion épaule.
MAIS Teucer ne fe rebute point & ajuftant auffi-tôt fur fou arc une nouvelle fleche, il la tire contre Hector & le manque encore, car Apollon lui-même détourna le coup ; mais elle frappe près de la mammelle le hardi Archeptoleme qui conduifoit le char d'Hector , & qui alloit à toute bride au plus fort de la mêlée ; il tombe fans vie aux pieds de fes chevaux qui reculent effrayés du bruit de fes armes.
Hector eft pénétré de douleur du fort de fon écuyer , & voyant près de lui fon frere Cebrion,
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trouvant e Hector vie de le os, &va Priam & iifumne , efembloit un pavot ; printems die fa tète ‘Aquilon, appefantie : foutenit
D’HOMERE. Livre VUL 269 il lui ordonne de prendre les guides de fes chevaux. Cebrion obéit ; & Hector fautant légèrement de ion char , prend une grofe roche, & avec des cris menaçans il va contre Teucer pour l’accabler fous cette pelante maffe. Teucer le voyant approcher, choifit dans ion carquois la flèche la mieux acerée, l’ajufte fur ion arc, & pendant qu’il tire à lui la corde avec effort, pour donner plus de violence à ion trait, dans le moment Hector l’atteint de cette pierre entre la poitrine & le cou fur la clavicule , qui eft l’endroit le plus dangereux : le coup fut fi rude, qu’il rompit le nerf. Teucer tombe fur fes genoux , le bras pendant fans mouvement & fans k ajustant eche, il la core, car mais elle Archeptor , & qui mêlée; il ux qui refort de fou e Cebrion, force, &fonatc lui tombe des mains.
Ajax qui voit ion frere en cette extrémité , vole à fon fecours , le couvre de ion bouclier, & donne le tems à deux de fes compagnons, à Mecifthée, fils d’Echius , & au vaillant Alaftor , de l’enlever. Ils l’emportent prefque fans vie dans fon vaiffeau.
Alors le maître du tonnerre relcve pour la fécondé fois le courage des Troyens , & leur infpire une nouvelle force. Ils repouffent encore les Grecs jufqu’à leurs retranchemens. Hector étoit toujours à la tête, fe faifant remarquer par famine 270 L’ILIADr guerriere , par l’éclat de fes armes , & encore plus par les coups terribles qui partoient de fa main. Tel qu’un généreux chien de chaffe pourfuit un lion ou un fanglier , & le joint de fi près qu’il lui enfonce en plusieurs endroits fa dent meurtrière, & arrofe la terre deionfang; tel Hector pourfuit les Grecs , tuant toujours les derniers, & faifant un carnage horrible.
Mais dès que les Grecs ont repaffé leurs paliffades & leur fofé, après avoir perdu une bonne partie de leurs troupes, ils s’arrêtent près de leurs vaifeaux , s'entr'appellant les uns lés autres , & tenant tous les mains levées vers le ciel, pour demander aux Dieux le fecours qu’ils ne peuvent plus attendre de leurs forces. L'ardent Hector avec des yéux plus étincellans que ceux de Mars, & plus redoutables que ceux de la Gorgone, pouffe de tous côtés fes chevaux pour trouver un endroit acceffible.
J u N o N voyant les Grecs en cet état, eit touchée de compaffion , & s'adreffe à Minerve. , Quoi , lui dit-elle , fille immortelle du Dieu qui porte l’Egide, n’aurons-nous donc plus foin des Grecs , même dans cette derniere extrémité ?
ne voyez-vous pas qu’ils vont tous périr de la main du fier Hector ? car la rage de ce fils de
D‘ Et O M E R E. Livre VIII. 27% Priam irritée par le fuccès ne fait que croître, & rien ne peut l’arrêter. “
La Déeffe lui répond: » II y a long-tems que ce furieux auroit perdu les forces & la vie fous les coups des Grecs ; mais mon père, toujours cruel & inflexible, n’a pas les fentimens qu’il devroit avoir. Il s’eft oppofé à moi, & par cette injuftice il a rendu tous mes efforts inutiles. Il ne fe fouvient plus combien de fois j’ai fauve ion fils des mortels dangers où l'engageoient les commandemens d’Euryfthée. Expofé à une mort inévitable, il imploroit par fes larmes le fecours du ciel, & Jupiter touché de fes pleurs, m'envoyoit à fou fecours. Ah ! fi j'avois prévu ce que je vois aujourd’hui , lorfque ce tyran l’envoya dans le ténébreux palais de l’inexorable Pluton avec ordre de lui amener du fond de l’Erebe le terrible monitre qui en garde l’entrée , jamais il n'auroit repaifé les affreufes ondes du Styx. Maintenant pour toute reconnoiffance Jupiter me hait, & il accomplit les defirs de Thetis , qui eft venue baifer fes genoux & toucher fon menton, en le fuppliant de combler d’honneur ion fils dont le bras a été fatal à tant de villes. Mais il viendra un tems qu’il m’appellera encore fa chere fille» Cependant allez fans perdre de tems préparer votre char , & j’irai dans le palais de mon pere prendre des armes. Nous verrons fi le fils de Priam , tout furieux qu’il eft , fe réjouira de nous trouver devant lui dans la fanglante mêlée. Affurément il y aura quelque Troyen dont la graiffe fervira de pâture aux oifeaux du ciel près des navires des Grecs, co
Elle dit : & la vénérable Déeffe , fille du grand Saturne, ravie de cette réfolution , va elle-même atteler à fou char fes beaux chevaux tout brillants de lumière, & Minerve en arrivant dans le palais de ion pere, détache & laide tomber à fes pieds le voile précieux qui la couvre ; ce voile qu’elle a travaillé de fes mains immortelles & qui eft fi merveilleufement diverfifé ; elle endofe la cuiraffe , prend l’armure entière de Jupiter, & monte dans ce char tout de feu , tenant en fa main une forte & pelante lance, avec laquelle elle a accoutumé d’enfoncer les bataillons & les efcadrons entiers des héros qui ont attiré fa colere ; & Junon prenant les guides des chevaux, les pouffe à toute bride. Les portes du ciel s’ouvrent d’elles-mêmes avec un mugiffement horrible, ces portes dont Jupiter a commis le foin aux Heures, qui depuis le commen-
cement;
D‘ H O M E R E. Livre VIII. 273 ement des tems veillent à la garde du haut Olympe & du brillant palais de Jupiter , & qui, loriqu’il fait ouvrir ou fermer ces portes d’éternelle durée , écartent ou rapprochent fans peine le prodigieux amas de nuées qui leur fert de barrière. Le char pouffé rapidement par ces Déeffes , franchit le feuil immortel.
Jupiter qui les apperçoit des fommets du haut Ida, entre dans une colere furieufe , & dépêchant ausfi-tôt la mefagere des Immortels ; la prompte Iris aux ailes d’or : 5 Allez promptement , lui dit-il , au-devant de ces Déeffes ; obligez-les de retourner fur leurs pas ; & ne les laiffez pas venir à ma rencontre : la partie n'eft pas égale entre elles & moi ; car je leur déclare ; & cela fera, que je blefferai leurs chevaux, que je les précipiterai elles-mêmes de leur char, que je mettrai ce char en pièces, & que de dix ans entiers elles me guériront des plaies que ma foudre aura faites par-tout où elle aura touché ; & alors ma fille connoîtra ce que c’eft que de combattre contre fou pere ; car pour Junon , je ne fuis pas fi fort irrité contre elle ; je fuis accoutumé à la voir toujours s’oppofer à tous mes deffeins.
Il dit; & dans l'instant Iris, plus légère que
Tome L S 1 les tempêtes, s’élève des fommets du haut Ida & prend ion vol vers l’Olympe. Elle trouve encore les Déefes peu éloignées des portes du facré parvis ; elle les arrête, & leur déclare les ordres de Jupiter. „ Où allez-vous en cet état, leur dit» elle , & quelle fureur s’eft emparée de votre cfprit? Jupiter vous défend de fecourir les Grecs en aucune manière ; & fi vous méprifez les ordres, voici ce qu’il vous déclare par ma bouche, & ce qui s’accomplira : Il bleffera vos chevaux, il brifera votre char après vous en avoir précipitées, & de dix ans entiers vous ne guérirez des plaies que fa foudre vous aura faites, & alors, Minerve, vous connoîtrez ce que c’eft que de combattre contre votre pere : car il n'ef pas fi indigné contre Junon ; elle n’a fait que ce qu’elle a accoutumé de faire, elle s’oppofe toujours à fes deffeins ; mais pour vous, c’eft le comble de l’audace & de la témérité fi vous ofez aller la lance baiffée contre votre pere , votre maître & votre Dieu.
En finiffant ces mots elle fe retire avec la même diligence qu’elle étoit venue , & Junon prenant la parole, dit à Minerve en foupirant : „ Fille immortelle de Jupiter, qui eft toujours armé de la terrible Egide, je ne fuis plus d'avis
b’ H O M È R É. -Livré Vlii. 275 que pour des mortels nous allions combattre contre ce Dieu puiffant. Que les uns périffent 3 & que les autres le fauvent comme on voudra s & que le Maître du tonnerre difpofe à fa fantaille du fort des Grecs & des Troyens.
En même tems elle fait tourner bride à fes chevaux ; les Heures ouvrent à ces Déeffes 3 détellent le char, attachent les chevaux à leur creche immortelle , & mettent le char dans une remife dont l’éclat éblouit les yeux. Junon ‘& Minerve , le cœur ferré, entrent dans le palais 3 & s'affeyent fur des trônes d’or avec les autres Dieux.
Dans ce moment Jupiter monte fur fou char environné de lumière, le pouffe des fommets du mont Ida vers l’Olympe , & arrive dans l'affemblée des Dieux. Neptune le reçoit à l’entrée ; dételle lui-même fes chevaux , range ion char dans fa brillante remife, & le couvre d’un voilé précieux. Cependant le Maître du tonnerre , environné de gloire & de majefté , fe place far fon trône d’or , & fous les pieds de ce Dieu tout le vafte Olympe agité ébranle jufqu'aux fondemens du monde. Junon & Minerve fe tiennent feules à l’écart, fans ofer ni porter fur lui leurs regards 3 ni lui adreffer la parole.
Jupiter , qui connoît la caufe de leur deuleur & de leur trifteffe, leur dit : 33 Déeffes, d’où vient que vous êtes fi abattues ? Ce n'eft pas le grand travail que vous avez eu à foutenir pour examiner les Troyens , feuls objets de votre haine. Ne vous flattez point, tous les Dieux de l’Olympe feront toujours trop foibles pour me résifter. Vous-mêmes avec toute votre fierté & tous vos difcours pleins de menaces , n’avez-vous pas été failles de frayeur,- avant que d’avoir feulement vu les fureurs que l’homicide Mars exerce dans la plaine ? vous avez bien fait de vous retirer ; car je vous le dis, il vous aviez pouffé plus loin votre folle entreprife , jamais vous ne feriez revenues fur votre char dans le palais des Dieux : cette foudre m’auroit vengé de votre infolence.
Il dit : ces Déeffes frémirent de dépit & de rage. Minerve , pleine de reffentiment contre ion pcre , demeura dans le filence fans éclater. Mais Junon ne pouvant être maîtreffe de fa colere, s’emporta, & lui parla en ces termes : „ Cruel fils de Saturne , avec quelle dureté , avec quel empire , venez-vous de parler ? Nous ne flivons que trop que votre force ef infinie, & que rien ne peut vous réfifter ; mais avec tout cela vous
D‘ H OMERE. Livre VIII. 277 ne auriez nous empêcher d’être touchées de compaflion pour les Grecs , qui rempliffant leur malheureufe deftinée , tombent fous les coups des Troyens. Nous nous abftiendrons de combattre, puique vous nous l’ordonnez, mais nous infpirerons à ces malheureux des confeils falutaires , afin qu’ils ne périfent pas entièrement fous les éclats de votre çourroux.
Jupiter répond à cette Déeffe : » Demain dès que l’aurore aura diffipé les ténèbres, il ne dépendra que de vous de me voir faire encore un plus cruel ravage dans l’armée des Grecs 5 car Hector ne mettra fin à fes grands exploits, qu’il n’ait excité contre lui le terrible Achille, lorfque les Grecs réduits à l’extrémité , & ne confervant plus qu’un peu de terrein , combattront près de leurs vaiffeaux après la mort de Patrocle. Voilà le jour marqué parlesDeftins; vous ne changerez point cet ordre , & je mépriferai votre fureurs foit que vous alliez aux extrémités de la terre & de l’océan , dans les lieux où régnent Japet & Saturne , dans ces lieux inacceffibles aux rayons dufoleil, que les vents ne rafraichifent jamais de leurs haleines ; & que le ténébreux Tartare environne de tous côtés , & que vous faffiez tous vos efforts pour foule ver contre moi cet empire, foit que vous demeuriez ici à faire vos fecrettes pratiques, je me ris de votre fureur , & votre infolence fera confondue.
Il dit ; & Junon le voyant fi irrité n’ofa plus répondre. Cependant la brillante lumière du foleilfe précipite dans l’océan, & les ténèbres fe répandent fur la face de la terre. Les Troyens virent arriver la nuit avec douleur , mais elle fit plaifir aux Grecs, qui avoient grand befoin de ion fecours , & qui plus d’une fois lui avoienç adrefé leur prières.
Le belliqueux Hector retire fes troupes loin des vaiffeaux fur les rives du fleuve, dans un endroit qui n'étoit ni fouillé de fang, ni couvert de morts. Les Troyens defcendent tous de leurs chars, & Hector appuyé fur une pique d’onze coudées, garnie d’un acier étincelant, leur parle en ces termes : „ Troyens, Dardaniens, & vous, troupes de nos Alliés, j'efpérois que ce même jour je rentrerois victorieux dans Troye , après avoir ruiné l’armée, & les vaiffeaux des Grecs, niais lg nuit eft venue arrêter mon bras & fauv er leurs vaiffeaux & leurs troupes. Obéions donc à la nuit , & employons bien le tems qu’elle nous donnes, que les troupes repaiffent; qu’on dételle les chevaux, & qu’on les faife manger 3
D‘ H o M E R E. Livre VUL 279 qu’on amène de la ville des bœufs & des moutons ; qu’on apporte de mon palais le pain & le vin , & qu’on affemble promptement du bois, & que toute la nuit julqu'au lever de l’aurore 2 on allume des feux, dont les flammes éclairent le rivage , & portent leur éclat jufqu' aux cieux, afin que fi les Grecs prennent le parti de fe rembarquer pendant les ténèbres pour repaffer la mer, ils ne le fanent pas tranquillement, & fans quelques allarmes , & que plufieurs d’entre eux aillent dans leurs pays faire panfer les mortelles bleffures qu’ils auront reçues dans cet embarquement. Leur exemple fera craindre aux autres nations de la terre de venir porter la guerre fur le rivage Troyen. Que nos facrés hérauts aillent en même-tems publier dans la ville que tous les enfans qui ne font pas encore en âge de porter les armes, & tous les vieillards montent dans les tours 5 que les femmes allument de grands feux devant leurs maifons, & qu’on fane par - tout bonne garde, de peur que les Grecs ne furprennent la ville , pendant qu’elle eft dégarnie de troupes. Magnanimes Troyens , que ce que je dis foit exactement obfervé ; demain à la pointe du jour on recevra mes ordres, & j'efpere que Jupiter & les autres Dieux , touchés de
S 4 280 1’ I L I A D E mes prières, m’accorderont la grâce de repouffer loin de nous ces furieux , que leur mauvais deftin a débarqué fur nos côtes. Mais ne penions qu’à faire bonne garde pendant la nuit, & qu’à nous garantir de leurs embûches ; demain dès que le jour paroîtra , nous irons les attaquer jufques dans leurs vaiffeaux, & nous verrons fi le terrible Diomede me repouffera vers leurs retranchemens , & me fera repaffer ce large foffé, ou fi je le percerai de ce fer , & fi j’cnleverai fes armes toutes fanglantes. Ce fera demain qu’il fera preuve de fes forces & de fon courage, s’il ofe m’attendre de pied ferme, & qu’il ne fe mette pas à couvert de mes coups : j’efpere que le foleil en fe levant le trouvera étendu fur le rivage , & verra grand nombre de fes compagnons expirants autour de lui. Plût au ciel que jefuffe auffisûr d’être immortel, fans que jamais la languiflante vieillefe vint glacer mes forces, & d’être éternellement honoré des mortels , comme le font Apollon & Minerve , qu’il eft sûr que le jour de demain enfantera le dernier malheur aux Grecs.
Ainsi parla Hector, & tous les Troyens , applaudirent à fes grandes promeffes. On dételle les chevaux dégouttants de fueur & tout cou-
D‘ H 0 M E R E. Livre VIH. 281 verts de pouffiere ; chacun attache les fiens derrière ion char ; on amène de la ville quantité de bœufs & de moutons; on apporte du palais de Priam le pain & le vin, & l’on fait venir tout le bois nécefaire. Dans un moment la fumée des viandes, portée par les vents, monte jufqu’aux deux. Toutes ces troupes remplies d’ardeur , fe promettant une victoire fure , paffent la nuit fous les armes fur le champ de bataille & attendent impatiemment le combat : les ténèbres cèdent à la lueur des feux du camp qui éclairent toute la plaine. Comme lorique l'aftre qui préfide à la nuit, s’allumant d’un nouveau feu, parcourt le ciel fur Ton char d’argent pendant un tems ferein & fans nuages, toutes les étoiles paroient autour de lui avec leurs rayons étincelants , & l’on découvre fans peine les fommets des montagnes , les promontoires élevés , les forêts & les vallées : car la brillante lumière de ces flambeaux immortels pénétré l'immenfité de l'air, & dévoilé le ciel & la terre, ce qui réjouit le pafteur à qui cette clarté eif favorable; de même cette prodigieufe quantité de feux que les Troyens ont allumés dans leur camp , entre les retranchemens des Grecs , & les rives du Xanthe devant les mur? d’Ilion, diflipent les ténèbres & éclairent tous les environs. Il y avoir mille feux dans toute l’étendue du camp, & autour de chaque feu cinquante guerriers, qui près de leurs chars & avec une extrême impatience, attendoient que l’aurore fur fon trene d’or vint ramener le jour. . Il y camp, erriers, extrème fou trè.
( 283 ) =ree=e=e-====-S2l-9===9========