Tome I R
I’ILIADL mèneront rapidement contre Hector , qui dans un moment verra ce que peut ce javelot entre les mains de Diomede. C
Il dit : & Neftor profita de cet avis, laide fes chevaux entre les mains du vaillant Sthenelus & du courageux Eurymedon , monte fur le char de Diomede, & prenant les rênes , il pouffe à toute bride du côté d’Hector , qui venoit fièrement à leur rencontre. Diomede le voyant approcher , lui lance le premier ion dard , le manque , & frappe fon écuyer Eniopée, qui avec un grand bruit tombe à terre entre les bras de la mort. Ses chevaux effrayés de fa chûte reculent 5 Hector fent une vive douleur du fort de fon écuyer, & cherche promptement à réparer cette perte. Il trouve bientôt fous fa main le hardi Archeptoleme fils d’Iphitus ; il le fait monter près de lui, & lui donne fes chevaux à conduire.
Diomede mené par Neftor, s’avance pareil au Dieu Mars ; & dans un moment on ail oit voir un terrible carnage , & les Troyens repouffés jufques dans leurs murailles comme un troupeau de moutons , fi le Pere des Dieux & des hommes n’eût tourné fur eux fes regards. Auffitôt il recommence à faire gronder fes tonnerres, redouble fes éclairs , & lance fa foudre em-
D‘ H o M e R e. Livre yui. 259 bralée , qui tombe juftement aux pieds des chevaux de Diomede. Une flamme effroyable mêlée de foufre s’élève dans les airs 3 les chevaux épouvantés fe cabrent prêts à renverfer le char ; Neftor trop foible pour les retenir, laife tomber les guides ; & faifi de frayeur, il dit à Diomede : , 3 Fils de Tydée 5 pouffez vos chevaux , & leur faites prendre la fuite : ne voyezvous pas que Jupiter vous menace & nous refufe ion fecours ? Il a réfol u de donner aujourd’hui la victoire à Hector , une autrefois il nous la donnera à notre tour, quand il voudra nous être favorable. Quel eft l’homme , quelque vaillant qu’il foit, qui puiffe réfifter à fes décrets éternels ? Jupiter ne triomphe-t-il pas toujours de toute la force des hommes ?
„ Je ne vois que trop , fage Neftor 5 répond le grand Diomede , que ce Dieu fe déclare contre nous ; mais je ne puis me vaincre, & le feul nom de fuite me fait frémir d’horreur. Quoi ! Hector pourroit fe vanter au milieu de fes Troyens qu’il a fait fuir Diomede ? ah , que plutôt la terre s'entr'ouvre pour m’engloutir !
Que venez - vous de dire , fils du vaillant Tydée ? repart le fage Neftor : quand Hector voudroit vous faire paffer pour un lâche 3 les Troyens le croiroient-ils ? & quand ils voudroient le croire, les veuves de tant de braves guerriers 3 à qui vous avez fait mordre la pouf* fiere , ne les démentiroient-elles pas ?
En finifant ces mots , fans attendre de réponfe, il poulfe fes chevaux à toute bride au travers des fuyards. Hector & les Troyens tirent tous fur eux , & obfcurcifent l’air de leurs fjeches , & Hector s’écrie de toute faforce: „ Fils de Tydée, que vont dire les Grecs, qui avoient tant de refpect pour toi, & qui te regardoient comme un fi grand capitaine ? qui toujours t’ont donné la première place , la meilleure part, & la plus grande coupe dans les feftins ? Qu'ils vont bien changer de manières & de langage i tout ce refpect qu’ils avoient pour toi va fe convertir en mépris. Il n’y a point de femme fl timide : va, fuis comme une jeune fille , à qui fon ombre fait peur. Je vois bien que tu ne monteras pas l’épée à la main fur nos murailles , après m’avoir mis en fuite ; que tu ne porteras pas la Ranime & le fer far nos tours, & que tu n'emmeneras pas nos femmes captives; le coup fatal, qui tranchera ta vie, partira de cette main.
Il dit; & Diomede vivement piqué de ce reproche , balance s’il ne fera point tourner Isvous I braves | a pouf- ■ de réride au is tirent eurs fe- , Fils de avoient ardoient urs t’ont part, & ? Quils ngage :
afeconme fi tià quifon ne moninrailles, 2 porteras & que tu ; le coup ette main, ué de ce t tourner
D'H O M ERE. Livre VIII. 261 bride à fes courfiers , & s’il ne retournera point au combat. Trois fois il voulut aller contre Hector, & trois fois Jupiter des fommets du mont Ida fit entendre ion tonnerre, & donna aux Troyens le fignal de la victoire qu’il leur accordoit. Hector , qui entend ce fignal, s'adreffe à fes troupes , & leur crie : M Troyens , Lyciens, & Dardaniens qui ne craignez aucun danger, 1edoublez ici votre courage, & s’il fe peut furpaffez-vous vous-mêmes en cette occasion ; le fils de Saturne m’annonce la victoire, & fe déclare contre les Grecs. Infenfés qu’ils font d’avoir élevé ces retranchemens fi foibles & fi inutiles , & qui ne résifteront pas un moment à mes efforts ? Mes chevaux vont franchir fans peine le fofle qu’ils ont creufé , & quand je ferai arrivé près de leurs vaiffeaux , qu'alors chacun le flambeau à la main fuive mon exemple , je vais em-
rafer leur flotte, & les paffer eux - mêmes au fil de l’épée au milieu des feux.
En même tems il s'adreffe à fes chevaux & en les animant, il leur dit : „ Xanthe & Podarge , & vous Ethon & Lampus, voici une occafion où vous pouvez me payer tous les foins qu'Anldromaque , fille du magnanime Eetion , a eus de vous, en vous fervant tous les jours elle-
R 3 meme , plutôt qu’à moi, le pain & le vin de ma tables combien de fois m’a-t-elle quitté pour vous aller voir ? Les chevaux mêmes des Dieux ont-ils jamais été mieux traités ? Piquez - vous donc de reconnoiffance , pourfüivez rapidement l’ennemi, ne vous ménagez point, hâtez-vous, afin que nous puifions prendre le bouclier de Neftor qui eft tout d’or, & dont la réputation vole jufqu'aux deux, & la merveilleufe cuiraffe de Diomede, ouvrage admirable de l'induftrieux Vulcain. Si nous nous rendons maîtres de ces glorieufes dépouilles, n’en doutons point , les Grecs remonteront cette nuit même fur les vaiffeaux qu’ils auront pu fauver , & abandonlieront ce rivage.
Il parla ainfi avec une préfomption pleine d’audace. Junon eft indignée de fa fierté , & s’agitant fur ion trône , elle fait trembler le vafte Olympe. Elle s'adreffe à Neptune, & lui dit s 35 Eh quoi ! puiffant Neptune, n'ètes-vous donc point touché de voir périr fi malheureufement tous les Grecs , qui vous offrent tant de beaux facrifices & tant de riches dons à Helicé & à Aigues ? Que ne vous déclarez-vous pour eux ? Accordez-leur la victoire , car fi tous tant que nous fommes ici de Dieux qui nous intéreffons
pour le
de repo
à Jupit
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foiblelf
Nep
„ Témé
donner
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