‹ Œuvres d'Homère. Tome 1Chapitre 22 sur 24 · VOUS · texte numérisé non relu

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Le vaillant Achille, qui l’avoit écoute fans l’interrompre? lui répond : 33 Phœnix, moucher pere, qui m’êtes vénérable & par votre âge & par votre vertu , je irai que faire de ces honneurs, & je penfe être affez honoré des feules faveurs de Jupiter ; je m’abandonne à ce Dieu , il me retiendra, s'il vêtit , fur ce rivage tant qu’il me réitéra un fouffle de vie , & quelque force pour me foutenir. Je n’ai qu'une chofe à vous dire, & vous n’avez qu’à la bien mettre dans votre efprit, c’elt que je trouve très-mauvais que vous veniez ici m’attendrir par vos larmes , pour faire plaifir au fils d’Atrée; ceffez de prendre contre moi le parti de mon plus cruel ennemi, fi vous ne voulez que l’amitié que j’ai pour vous fe change en véritable haine : vous ne devez avoir d’autres intérêts que les miens, & vous êtes obligé 3 20 d’offenfer qui m’offenfe. Regnez avec moi fur tous mes états , & partagez avec moi ma gloire. Que ces ambaffadeurs portent ma réponfe aux Grecs, & pour vous , couchez cette nuit dans ma tente , demain au lever de l’aurore nous délibérerons fi nous devons partir ou refter.

Il dit : & d’un coup d’œil il fit figue à Patrocle de faire dreffer un lit pour Phœnix , afin que les ambaffadeurs priffent leur congé fans différer davantage. Ajax qui s’en apperçut , prit la parole, & s'adreffant à Ulyfe, lui dit : “ Fils de Laërte, retirons-nous, car il eft aifé de voir que ce voyage n'aura pas lefuccès que nous nous étions prom ls . Quelque dure que foit la réponfe d’Achille , il faut la rapporter promptement aux Grecs qui nous attendent avec impatience- Achille ne fait qu’irriter de plus en plus ion courage & qu’aigrir fa douleur. L’impitoyable, il n’eft touché ni des larmes ni de la tendreffe de fes amis, qui l’ont toujours plus honoré que tous les autres Grecs enfemble. Cruel, on voit tous les jours un frere recevoir la fatisfaction du meurtrier de ion frere, un pere celle du meurtrier de ion fils. Ces meurtriers demeurent tranquillement dans leur ville, après avoir payé à leurs parties le prix du fang 5 ces parties ceffent

leurs

b’ H O M E R E. Livre ÏX. 323 leurs pourfuites , & font taire leur reffentiment: Mais pour vous, les Dieux vous ont donné un mauvais courage j un courage implacable qui lie pardonne jamais , & cela pour une captive ; nous vous en donnons fept autres d’une trèsgrande beauté, & nous vous offrons avec elles des préfens infinis; Appaifez donc votre colère & refpectez ce lieu facré 3 nous fommes fous Votre toit 3 & nous avons été choifis fur tous les Grecs , pour venir chez vous 3 & pour être vos hôtes ; car dans toute la Grèce vous n’avez pas de meilleurs amis que nous.

Achille lui répond : » Divin fils de Telamon , magnanime Ajax , je trouve que vous m'avez parlé avec beaucoup de raifon & de juf. tice, mais je ne puis modérer ma colere; elle fe rallume toutes les fois que je me reffouviens de cet homme qui m’a déshonoré aux yeux des Grecs 5 & qui m’a traité comme un liomme de néant ; comme un vagabond qui eft un objet de mépris pour tout le monde. Allez 3 & pour toute réponfe dites aux Grecs que je ne prendrai les armes & né paroîtrai dans les combats, à moins que le fils de Priam 3 le divin Hector, après avoir couvert de morts tout ce rivage, & mis la flotte en feu , ne vienne menacer les tentes & les vai

Tome I X féaux des Theffaliens : car à l’égard de ma tente & de mon vaiffeau , quelque furieux que ce fier ennemi puife être , je l’empêcherai bien d’en approcher.

Il dit : & chacun prenant la coupe ils font les libations & reprennent le chemin du camp , Ulyfle marchant à la tête. Alors Patrocle ordonne à fes compagnons & à fes captives de préparer fur l’heure un lit pour Phœnix. Les captives exécutent cet ordre, & étendent à terre des peaux qu’elles couvrent d’un tapis de pourpre , & mettent par deffus une couverture du plus beau lin. Le vénérable vieillard fe couche , & attend le lever de l’aurore. Achille fe couche dans le lieu le plus reculé de fa tente auprès de la belle Diomede fille de Phorbas, qu’il avoit emmenée de Lesbos ; & Patrocle fe retire de ion côté auprès de la charmante Iphis , dont Achille lui avoit fait préfent, après qu’il eut pris la petite ville de Scyros où regnoit le Roi Enyée. Les ambaffadeurs arrivés dans la tente d’Agamemnon , chacun s’empreffe à leur préfenter du vin dans des coupes d’or , & à leur demander le fuccès de leur voyage. Agamemnon , dont les inquiétudes augmentoient encore l’impatience , fe hâta de les interroger, & s’adreffant à Ulyfle Sage Ulyfe , qui êtes la gloire des Grecs, lui dit-il, tirez-moi de la peine où je fuis. Cet homme veutil repouffer de nos vaiffeaux les flammes ennemies, ou nous refufe-t-il , & la colere regne-telle toujours dans ion cœur avec lence ?

33 Grand Roi, répond le fils ne veut point éteindre le feu de

la même vio-

de Laërte , il

la colere , au contraire il ne fait que l’irriter ; il rejette vos prières, & méprife les préfens que vous lui offrez. Il vous mande que vous n’avez qu’à chercher avec les Grecs les moyens de fauver vos vaiffeaux & vos troupes. Il menace que demain dès la pointe du jour il fera mettre fes vaiffeaux en mer , & il nous a confeillé d’exhorter tous les Grecs à fuivre fou exemple, & à s’en retourner ; car , dit-il, vous ne verrez jamais la chute du fuperbe Ilion ; le puiffant Jupiter l’a mis fous l’ombre de fou bras invincible , & le courage & l’audace des Troyens augmentent tous les jours: voilà fa réponfe. Ajax & ces deux hérauts tous ‘ pleins de prudence & de fageffe, qui m’ont accompagné , peuvent vous dire comme moi ce qu’ils ont entendu. Il a retenu Phœnix à coucher dans fa tente, pour l'emmener demain, s’il veut 324 t’ILIADE partir, car il lui a déclaré qu’il étoit libre, & qu’il ne l'emmeneroit pas malgré lui.

Ulysse ayant celle de parler, on voit regner un profond filence parmi tous ces princes & ces Rois, qui, étonnés de la dureté de cette réponfo, & accablés de triftefe , font long-tems fans pouvoir dire une foule parole. Enfin le vaillant Diomede rompt le premier ce filence, & dit à Agamemnon : 55 Grand Roi, dont nous reconnoiffons ici les ordres fuprêmes, plût aux Dieux que vous n'euffiez pas proftitué au fils de Pelée vos prières & vos dons ! Il eft naturellement fier & orgueilleux, & vous n’avez fait qu’augmenter fa fierté. Laiffons-le là, fans nous informer s’il part ou s’il demeure : il prendra les armes quand ion caprice l’ordonnera, ou que Dieu l’excitera lui-même. Cependant faifons tout ce que je vais dire : que les troupes repaiffont, & qu’elles fe repofent toute la nuit, la nourriture & le repos rétabliffent les forces & le courage. Demain, dès que l’aurore aura commencé à dorer les campagnes de fes premiers , rayons, vous mettrez toute l’armée en bataille'! devant nos vaiffeaux 4 & vous combattrez à li notre tête, en exhortant chacun à bien rece- i voir l'ennemi

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D‘ H 0 M E R E. Livre IX. 325

Tous les Rois approuvèrent cet avis en lui donnant de grandes louanges , & après avoir fait les libations, ils fe retirèrent dans leurs tentes pour y jouir des dons précieux du fom. meil.

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