‹ Œuvres d'Omer et de Denis Talon \ (volume 2)Chapitre 20 sur 86 · PREMIER DISCOURS · texte numérisé non relu

PREMIER DISCOURS

Prononcé le .... 1 687, lors de la présentation des lettres-patentes du Roi, portant érection du marquisat de La Force en duché-pairie.

Messieurs ,

La lecture qui vous a été présentement faite des lettres -patentes contenant Térection d'une nouvelle duché-pairie en faveur de M. le maréchal de La Force, porte le témoignage public d'une bonté infinie et d'une grâce sans mesure , répandues sur la tête d'un ancien officier de la couronne , le bien-aimé du Roi , qui paroît aujourd'hui aux yeux de tous les grands de la France , dans le lieu le plus auguste du royaume, pour recevoir de la main de son maître une portion de sa grandeur, un rayon de sa lumière,

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les marques assurées de son mérite et le témoignage de sa fidélité, lesquels lui sont d'autant plus précieux qu'ils n'anticipent point les années et ne préviennent pas les services , mais les reconnoissent et les récompensent.

Nous sommes donc obligés dans une occasion de cette qualité, que nous pouvons appeler un sacrifice de louange et une cérémonie de joie et de triomphe introduite pour honorer le jugement du Roi, et rendre glorieuse la mémoire des hommes illustres , d'omettre toute sorte d'ornements et de pensées étrangères, pourfaire réflexion sur la solennité de cette journée en laquelle nous considérons un maréchal de France chargé de victoires et d'années, élevé à la droite de son prince, possédant l'une des plus éminentes dignités de l'Etat , et recevant en sa personne , pour le communiquer à sa famille , le comble de tous les honneurs qui pouvoient être dus à sa naissance , au souvenir de ses ancêtres et à la générosité de son sang. Il les a mérités par la longueur de ses services , toujours accompagnés de fidélité et décourage, non pour une seule action difficile , pour avoir réussi dans un combat et monté le premier sur la muraille , car il y a grande différence entre une action de cœur et la sagesse d'un vieux capitaine , et il ne faut pas considérer d'un même visage le succès d'une entreprise téméraire et Fadresse etl'expérience d'un général d'armée , en la conduite duquel réside

bien souvent la fortune de l'Etat, puisqu'il doit être également prudent en ses conseils, courageux en l'exécution, et sans appréhension au milieu des dangers.

C'est à ces âmes généreuses, qui n'ont jamais sacrifié à la peur, que les couronnes sont dues ; et comme le jugement du Roi est le plus haut période de leur bonheur, le récit de leurs belles actions est la seule joie de leur esprit, la reconnoissance de leur mérite , et la satisfaction de leur travail dont le souvenir agréable fait naître l'oubliance de tous les maux passés, consolide les blessures ; et , produisant de nouvelles forces, remplit les hommes courageux d'un chaud désir de bien faire et de surmonter, par une émulation généreuse, la vertu qu'ils veulent imiter.

Ne pensez pas, dit Pausanias, que l'espérance d'une couronne de chêne , le battement des mains et l'applaudissement de toute la Grèce aient été les seuls mouvements de l'honneur assez puissants pour engager les hommes dans tous ces combats hasardeux : l'image de la vertu partout imprimée , la satisfaction d'avoir fait courageusement, et, par-dessus tout, l'agréable imagination de trouver place parmi les grands personnages du pays desquels les noms écrits , dans un tableau public, conservoient la mémoire de leurs actions héroïques, leur faisoit naître le désir des choses vertueuses, et la hardiesse d'oser entreprendre ce qu'ils admiroient

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en autrui. Pour cela, ces braves Rhodiens, en** fants du soleil et de la gloire, n'élevoient pas de nouvelles statues à la vertu de ceux qui les avoient méritées : ils conservaient dans les places publiques les images de leurs ancêtres, qu'ils savoient tailler en perfection,et les adoroient comme les dieux tutélaires de l'Etat , les architectes de leur fortune et les grands maîtres de la discipline militaire. Attachant au piédestal de ces images , des inscriptions nouvelles convenables au courage de ceux qu'ils vouloient honorer , ils f*onsacroient la mémoire de leurs grands capitaines en la ressemblance de ceux qui les avoient précédés , et mesuroient la valeur de leurs bonnes actions , par la seule imitation de leurs ancêtres. Ainsi nous apprenons que Seldenus , le gouverneur de la Judée , voulant mériter les bonnes grâces de Marc- Antoine , qui arrivoit dans sa province , ne trouva pas de titre plus illustre , ni d'éloge plus magnifique pour lui complaire , sinon de faire battre de la monnoie en son nom , et de faire inscrire à l'entour de sa tête cette inscription : Rex Salomon ; et graver sur le revers de la médaille la figure du temple, pour faire croire qu'il en étoit le restaurateur.

Les couronnes des jeux olympiques n'étoient précieuses que par la souvenance de leur institution, et le chant de triomphe que l'on récitoif trois fois en l'honneur du victorieux, étoit estimé d'autant plus honorable, que c'étoit la même

*tam e composée par Archelails en Thonneur <i'Hercule, s'imaginant ces esprits généreux que la vraie satisfaction d'un homme de cœur, outre le ténioignaf>e qu'il se doit à lui-même , consiste ^ aprrs les bonnes grâces de son maître, dans la réputation publique et la bonne opinion des hommes justes qui savent, en ces occasions^ faire différence entre la complaisance et la vérité, entre le mérite et la flatterie. Inutiles sont, dit Pindare , les combats et les actions difficiles des hommes , si elles ne sont honorées en public : les arcs, les ornements de triomphe, les titres illustres et les acclamations des peuples , non plus que les couronnes d'olive et de laurier n'ont d'autre lustre que celui qu elles empruntent de la gloire qui les accompagne.

Ainsi, le Roi qui est le juste arbitre de la valeur et générosité de sa noblesse ; lui en la main de qui est la distribution de toutes les charges et dignités de son royaume , pour en honorer ses sujets selon qu''ils s'en rendent dignes, ayant gratifié M. le maréchal de La Force de la dignité de duc et pair de France, honore en même temps la vertu de ses ancêtres, le nom illustre de la maison de Caumont, cette tige et souche ancienne dont 'origine est si éloignée qu'elle est inconnue. Dans toutes Jes guerres et nécessités publiques de l'Etat, elle n'a jamais manqué ni de fidélité ni de courage; si bien que toutes les bonnes actions

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