DIXIÈME
Yces et Impositions extraordinaires sont justes, parce qu'elles sont nécessaires ; et que , de toutes sortes de contributions , il n'y en a point de plus innocentes que celle en laquelle le Roi a aliéné
; son fonds pour constituer des rentes du paiement desquelles il laisse le Parlement juge absolu , comme aussi des facultés et moyens de ceux qui seront capables de les supporter : qu'en cela , Messieurs , vous considérerez la nécessité de l'Etat , qui n'est pas arrivée pendant l'administration de la Reine, et Tinnocence du Roi, qui est en la protection particulière de cette compagnie , laquelle ne manquera jamais à faire toutes choses pour le mieux , c'est-à-dire pour l'honneur et l'avantage de l'Etat.
En conséquence , je n'empêche pas les lettres être registrées au greffe de la Cour, pour être exécutées selon leur forme et teneur, jusqu'à la concurrence néanmoins d'un million de livres
-seulement de rentes pour la ville de Paris, et 5oo,ooo livres pour les autres villes , et sans qu'es taxes aucun puisse être compris, s'il n'a été depuis vingt ans officier comptable de finances, ou leurs commis, traitants, fermiers, ou autrement intéressés dans les partis , traites et fermes du Roi ; ou qu'il soit entré dans les^ prêts et avances de deniers faits volontairement audit seigneur, ou autrement manié les deniers du R^oi , ou exercé depuis ledit temps de vingt années , des néo;ociations et marchandises.
DISCOT'RS. 7^
C'est par cet expédient, Hit Orner Talon, qne Taffaire nons parut faisable au contentement du Parlement et de tout le peuple; et y après avoir contesté et délibéré depuis huit heures du matin jusquii une heure après midi ^ il y eut arrêt ^ avec un, arrêté conforme h peu prés à nos ronchisions.
II ajoute : «< La substance de cet arrêt produisit différents effets; le peuple et tous les gens dhonneur donnèrent bénédiction au Parlement, et surent gré au parquet de ce qui avoit été fait-, les financiers et 1rs ordonnateurs des finances s'émurent et firent beaucoup de bruit , les uns et les autres soutenant que le créiit du Pioi étoit perdu , et que la bourse des gens d'affaires seroit fermée.
« Le conirôleur- général des finances s'écria bien haut contre le Parlement , disant que le crédit des hommes d affaires consistoit dans une certaine réputation qui n'a rien de solide que l'opinion des hommes; (|ue les gens d'affaires étoient perdus de crédit , si Ton croyoit qu'ils fussent soumis à la rigueur et aux contraintes du Parlement Pour parvenir à son dessein, il fit soulever tous ces messieurs On prétendit que le Roi avoit été desservi dans cette occasion Nous ne manquâmes pas de répliquer et de
faire valoir le service que nous avions rendu à l'Etat , d'avoir assuré au l\oi une levée de dix huit nn'llions de livres, sans clameur du peuple, mais au contraire avec joie et bénédictions; que les financiers et gens d'affaires possédoient tous les biens du royaume, et qu'ils en étoient incommodés, ce qui paioissoit par leur luxe, soit en bàliments, soit en meubles, ou bien eu fi'stins; et que, pendant (pie toute la France éloit
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dans l'oppression , ils étoient seuls dans l'aise et dans Tabondance; que le Parlement avoit vérifié nne aliénation de i,5oo,roo livres de rentes, ce qui n'avoit jamais été fait par les suffrages de la compagnie ; et , qui plus est , qu'il avoit autorisé cette manière d'obliger les particuliers de prendre ces rentes forcément et contre son gré , chose qui combattoit les principes de la justice ; car un homme peut bien être contraint de vendre son bien pour le besoin de TEtat et du public , mais personne ne fut jamais contraint d'acheter contre son gré : que ce qui avoit rendu Tédit agréable à la compagnie, avoit été la seule indignation contre les financiers , et l'imagination qu'une levée de cette qual lité seroit utile à TEtat et agréable à tous les gens de j bien , qui ne peuvent souffrir qu'avec déplaisir Tinsolence et la richesse de ces messieurs ; mais, le lendemain , M. le prince entra dans le Parlement pour faire nommer des commissaires. »
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