DIXIÈME DISCOURS
Prononcé le i" septembre i644^ en présentant à toutes les chambres assemblées, l'édit du Roi, relatif à l'aliénation des rentes sur les aides , et pour forcer les aisés d'en prendre (1).
Messieurs,
Hier au soir tout tard, nous fûmes mandés au Palais-Royal, MM. mes collègues et moi, et introduits dans le grand cabinet de la Reine , laquelle étoit assise : à sa droite étoient M. le duc d'Orléans et M. le cardinal Mazarin ; à sa gauche , M. le prince et M. le chancelier ; plus éloigné, le sieur d'Emery, contrôleur- général des finances.
La Reine nous fit entendre, par la bouche de M. le chancelier, qu'ayant travaillé dans son conseil, afin d'établir les moyens nécessaires pour les dépenses de l'année prochaine , elle a
(1) M. le Prince el M. le duc d'Orléans assislcrent à la tlélibération. Le premier entra dans la grand'chambre des cinq heures du matin, et M. le duc d'Orléans arriva à six heures précises dans la Salnle-Chapelle, où il fut une heure et demie entière à attendre ..lue MAI. les présidents qui n'éluient pas avertis de sa venue fussent arrivés.
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appris , ce que personne ne révoque en doute , que les levées ordinaires ne sont pas suffisantes, et qu'il faut nécessairement avoir recours aux voies extraordinaires. Plusieurs de ces voies ayant été examinées , celle qu'elle a estimé la plus innocente et la moins mauvaise , a été d'aliéner i,5oo,ooo livres de l'entrée du vin dans cette ville de Pans, et 800,000 livres sur les rentes des cinq grosses fermes et autres aides du royaume^ pour en constituer des rentes au denier 12, savoir : i,5oo,ooo livres pour être distribuées dans cette ville de Paris, et le surplus dans les autres bonnes villes de ce royaume , aux personnes riches et aisées dont la Fieine laisse le jugement aux commissaires qui seront nommés dans la compagnie , dans les chambres des comptes , dans la cour des aides et dans le conseil du Roi. La Reine faisoit état d'apporter cet édit en cette cour, et de le faire vérifier en la présence du Roi , pour ôter au Parlement l'envie qui retomberoit sur lui, de vérifier une si grande levée de deniers sur les habitants de la ville de Paris ; mais avant été avertie qu'aucuns de MM. du Parlement se forraaliseroient de ce procédé , comme extraordinaire , d'apporter au Parlement des édits sans les avoir communiqués au préalable , et d'ailleurs que c'étoit se défier de la bonne volonté delà compagnie envers l'Etat, de s'imaginer qu'ils refuseroient de registrer un édit utile et nécessaire pour le bien du royaume , la Reine
nous Ta mis entre les mains pour le présenter à la Cour et en poursuivre la vérification; mais elle a désiré que M. le duc d'Orléans, oncle du Roi, et M. le prince, assistassent à la délibération , s'imaginant que leur présence vous feroit connoître, Messieurs, que les deniers qui se lèvent sur le peuple ne sont pas mal employés, puisrju'ils servent à maintenir et auf^menter les . irontières du royaume : que la présence de M. le duc d'Orléans vous feroit souvenir de cette glorieuse expédition de la présente campagne , en laquelle, en quarante trois jours, Gravelines a été réduite en Tobéissance du Roi. La crainte de perdre celte place importante, qui donne l'entrée dans le pays ennemi , qui est l'ancien domaine de la couronne et le patrimoine de la maison de INavarre, a inspiré aux Hollandois le dessein de l'assiéger, de la tenir investie, tandis que la prise en est comme certaine par les règles de la conjecture humaine. La présence de M. le prince vous peut aussi mettre en ménioire la bataille de P\ocroi , la prise de Thionville, faite pendant la dernière campagne par M. le duc d'Enghien, l'expédition naguère arrivée à Fribourg, et le siège de Philisbourg auquel il s engage à présent.
En un mot, la Reine s'imagine. Messieurs, que vous ferez cette réflexion , que la guerre est nécessaire pour faire la paix honorablement; que, pour la continuation de la guerre, les le-