DOUZIEME DISCOURS
Prononcé le 7 septembre i645, au sujet de l'enregistrement de dix-neuf édits.
Au mois de juin 1640 , le Roi envoya au Parlement trois édits; l'un concernaritlaventede tontes les places inutiles dans les villes ; l antre attribnoit à tous juges !e pouvoir déjuger souverainement jusqu'à i5 livres, et jusqu'à So livres par provision; le troisième étoit relatif à 1 abonnement et au rachat des droits seigneuriaux appartenant au Roi.
La vérification au premier fut consentie au parquet, et Ton requit, pour les deux autres, qu il fût fait de très-humbles remontrances an Roi.
Ces édits a^ant été délibérés, le premier fut vérifié , et les autres refusés.
L'on ne poursuivit pas le deuxième ; mais le Roi envoya successivement deux jussionsa l égard du troisiènse. Enfin , le conseil n'ayant point été satisfait
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qu'on l'eût vérifié à la charge qu il seroit réforme , le Roi vint au Parlement le 7 septembre (i). Sa Majesté dit assez intelligiblement que ses ajjaires Vanienoient au Parlement; M. le chancelier expliqua la volonté du Koi ; M. le premier président salua le Roi , et Uii parla de la douleur que îe Parlement recevoit dans ces occasions esquelles la liberté des suffrages lui est ôtée par des voies extraordinaires, etc. ; ensuite^ les édlts ayant été lus y jusqu'au nombre de dix-neuf, ce qui étonna toute l'assemblée, parce quon n'a<^oit parlé que de cinq , je dis :
Sire,
La satisfaction publique de vos sujets , les saillies internes de joie qui les surprennent à la vue de \otre Majesté, et ces émotions françoises , mille fois plus respectueuses que l'adoration des peuples de TOrient, qui n'osent lever les yeux pour regarder la face de leur prince, sont plus honorables à nos rois que la servitude des nations du Midi , qui rendent hommage à la grandeur et à la solitude de leurs monarques enfermés dans leurs cabinets , ou cachés derrière des courtines, révèlent toute l'allégresse de notre âme, que nos lèvres ne peuvent expliquer: elles nous dilatent le cœur et nous ferment la bouche. Mais toutes ces tendresses se troublent dans cette occasion en laquelle Votre Majesté, séante
(1) Le Roi vint au Parlement avec une rolDe d'enfant, tandis nu'il y venoil d'orciinaire eu pourpoint et à cheval.
dans son lit de justice pour faire éclater les mar- (jues de sa puissance souveraine , diminue l'autorité de sa justice ordinaire et Thonneur de son Parlement que les peuples consid('rent comme le cœur de TEtat, dont le mouvement ne peut être interrompu sans crainte de quelque accident funeste.
C'esl un présage fort heureux , disent les augures , de penser recevoir dans sa maison les rayons du soleil : sa lumière est féconde et bienfaisante , c'est le symbole de la bonne fortune ; mais il est périlleux de songer que ce grand astre y entre tout entier, parce qu'il détruit par son activité ce qu il rencontre dans ses voies : il éteint la clarté des moindres lumières ; les aslres qui pensent entrer en conjonction avec lui , perdent leurs dignités et sont consommés en sa présence : tant il est véritable qu'il y a des distances et des intervalles , dans lesquels l'autorité des souverains agit avec même mesure , conserve leur puissance toute entière, et qui plus est, répand dans l'àme de ses sujets des semences d'amitié et de bienveillance publi(|ue ! La grandeur des dieux, de laquelle les rois participent, les éloigne infiniment de notre horizon ; mais leur seule bonté les approche de nous : les inliuences qu'ils répandent sur la terre et les grâces qu'ils nous distribuent, les rendent présents aussi bien que favorables.
Pour cela , Sire , les rois vos préuécesseurs ont