DOUZIÈME
déposé entre les mains de leurs parlements , non-seulement Texercice de la justice qu'ils doivent à leurs peuples , mais l'enregistrement des édits et la connoissance des affaires publiques : c'est la loi de l'Etat, le lien et l'assurance de la royauté; c'est une espèce de cachet, lequel imprime sur nous les marques de son autorité , sans toutefois nous en communiquer la substance. Ces ordres anciens ne sont pas des témoignages de foiblesse , mais des effets d'une prudence politique qui réservant au souverain les occasions de bien faire et la distribution des grâces par lui-même , laisse aux puissances inférieures la fonction nécessaire de la justice.
Aussi, l'un des grands personnages du siècle passé (le chancelier de Lhospital, qui vivoit il y a près de cent années ), parlant dans une journée semblable à celle-ci, faisoit cette observation , que les rois , lorsqu'ils tiennent leur lit de justice , souffrent, non-seulement que les grands de TEtat, mais même tous les officiers de la compagnie , soient assis et couverts en la présence de leur prince , parce que , dans ces occasions , ils doivent avoir la liberté de leurs suffrages, puisqu'ils doivent concourir avec leur maître au ministère de la justice : mais lorsque le Roi tient ses grâces et fait sceller en sa présence les rémissions qu'il accorde aux criminels , comme c'étolt raitrefois la coutume les Vendredis- Saints, personne, de quelque qualité qu'il soit.
ne peut être assis ni couvert, parce que, dans ces ouvrages , sa seule bonté et sa puissance y agissent.
Cependant , Sire, la fonction de tous ces messieurs , qui sont assis et couverts , couune s'ils étoient appelés pour délibérer, se trouvera tantôt inutile, parce que Votre ^Majesté ne les visite pas pour les consulter, comme ont fait autrefois les rois vos prédécesseurs, mais plutôt poiublâmer leurs sentiments et condamner leur conduite.
Les peuples sont pourtant amoureux des compagnies souveraines : ils y défèrent volontiers ; ils souffrent même avec impatience rétablissement de toutes sortes de nouveautés qu'elles n'ont point vérifiées; car ils considèrent ces nouveautés comme les erreurs des planètes , ou les excès de la matière qui ne produisent que des monstres.
Que Votre Majesté ne s'imagine pas que ce soit impuissance de modérer l'extrémité de son pouvoir dans certaines bornes raisonnables : la nécessité de ne pouvoir jamais manquer ni mal faire , n'est pas une contrainte dans la Divinité ; la loi des Perses , de laquelle a parlé le prophète, ne souffre pas que les rois contreviennent à ce qui a été arrêté avec les grands de l'Etat. Ainsi, l'impossibilité d'aliéner le domaine de la couronne , de soumettre le royaume et sa souveraineté à qui que ce soit , est la marque d'une puis-