‹ Œuvres d'Omer et de Denis Talon \ (volume 2)Chapitre 44 sur 86 · QUATORZIÈME DISCOURS · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME DISCOURS

Prononcé le i6 juillet 1646 , sur la présentation des lettres-patentes portant la surintendance de la navigation et du commerce , en faveur de la Reine (t).

Messieurs,

La lecture des lettres-patentes que vous avez entendues , et les réflexions qui se peuvent faire, marquent à notre sens la différence qui se rencontre entre le gouvernement des états populaires et celui des états monarchiques. Ceux-là considèrent principalement la force et le courage , comme la meilleure de toutes les qualités qui leur est la plus avantageuse : le titre de citoyen, de noble, de sénateur, rend égales les conditions et les personnes de ceux qui ont autorité dans les républiques. La vertu qui les distingue et leur concilie le commandement des armées ou la créance dans Fesprit des hommes , s'acquiert par la réputation de la générosité, et

(i) Cette charge ëtoit devenue vacante par la mort de M. le comte de Bréze. M. le Prince la solllciloit pour M. le duc d'Engbien. M. le duc d'Orléans pouvoit également la désirer: mais son importance décida la Reiae de Tacceptcr pour elle-même.

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se perd par opinions contraires : les peuples se laissent flatter et surprendre ; rinëgalité de leurs mouvements procède de l'adresse de ceux qui les conduisent et des aftections ou de la jalousie qu'ils conçoivent et qui leur est inspirée par divers moyens.

Les souverains sont exempts de ces défauts qui se rencontrent dans les âmes basses : les rois agissent dans la conduite de leurs états avec plénitude de puissance et de lumière. Leur majesté est un rayon de la sagesse divine , dont les ressorts nous sont inconnus. Comme les anges élevés sur les tabernacles, cachent leurs faces par respect, et les intelligences qui contribuent au mouvement des cieux , avouent leur ignorance et leur confusion : ainsi , les grands de la terre doivent admirer la conduite de leur prince, sans s'enquérir de ses conseils ; de sorte que si nous voyons dans le gouvernement de l'Etat quelque ordre qui nous semble nouveau, quelque établissement sans exemple, nous honorons néanmoins les pensées de notre souverain , et si les voies de son jugement sont cachées, nous ne nous imaginons pas qu'elles soient injustes.

La charge d'amiral ou de surintendant des mers est aussi ancienne et nécessaire que le commerce et la navigation ; elle fut jadis dans les maisons souveraines le partage des cadets de ces grands conquérants , de ces hommes demi-dieux, qui osèrent tout entreprendre , et une

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portion de cette charge a été exercée par des princes qui portoient le titre de souverains ; car nos registres nous enseignent qu'Antoine, roi de Navarre, fut pourvu, en Tannée i528 , de l'amirauté particulière de Guyenne , laquelle , après son décès arrivé en i562, fut conservée au roi de Navarre , qui la posséda à Tâge de neuf ans, avec dispense vérifiée en cette cour.

Cette charge toute entière est aujourd'hui sous la protection particulière , sous la conduite et le pavillon de la Reine. La générosité de ces vieux officiers qui commandent il y a si long-temps à la mer, qui méprisent leurs ennemis et n'en connoissent point d'autres que les écueils et les tempêtes, reçoit aujourd'hui de nouvelles forces; ils s'assurent que l'influence d'une grande princesse , le bonheur de son gouvernement et le soin qu'elle prendra de leur subsistance , leur sera plus avantageux que ne fut autrefois à Athènes la divinité qui y étoit adorée , selon Hesychius (i).

Que si la mer, cette partie du monde toute libre , sert plutôt de bornes aux empires que d'héritages aux victorieux, inutile est , ce semble , la prétention de ceux qui croient en être les maîtres, qui divisent les éléments, et, voulant

(i) Célèbre graiumairien grec que Casaubon jugeoit être le plus savant et le plus utile de tous les anciens critiques , pour ceux qui s'appliquent sérieusement àla langue grecque.

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iniltt r la puissance du ciel , pensent y pouvoir nieltre des barrières,)' attacher des portes et des gonds , comme parle TEcriture , lui donner des chaînes et imposer des pcMnes , voire même , avec un fer chaud, imprimer des marques de servitude , comme voulut le faire autrefois Vun des empereurs de la Perse.

L'industrie de la navi^jation est Touvra^fe de la sagesse divine qui nous en a communiqué les principes avec le désir du commerce ; mais Tincertitude des événements est l'effet de la Providence. Les premiers hommes ne l'ont point ignorée ; mais les enfants ayant abusé de la connoissance de leurs pères , la violence des eaux les eut ensevelis , sans le secours de ce grand patriarche , le père d'un siècle nouveau , le Saturne des idolâtres. Hercule, Jason,Tiphis et ses compagnons, ont été les anciens pilotes et capitaines de marine, d'autant plus célèbres dans leur temps, qu'ils avoient les premiers conçu des entreprises si généreuses et si difficiles. Strabon nous apprend, dans sa Géographie ,que les Macédoniens avoient trouvé dans les Indes les ruines de grandes colonnes semblables à celles qui se voyoient en Espagne , lesquelles témoignent que rOrient et l'Occident avoient été également les dépouilles de leurs conquêtes.

Castor et Pollux sont appelés les guerriers, les tuteurs et les gardiens de la mer dont ils avoient chassé les corsaires. Homère fait mention des

voyages d'Ulysse, de Thésée et de Pirilhous, et parce que leur navigation les avoit portés dans rhémisphère inférieur, la poésie leur impute d'être descendus aux Enfers.

C'est ainsi qu'il faut entendre l'antiquité fabuleuse , laquelle a fait un phénomène , un signe céleste de ce vaisseau enchanté auquel elle donna une place dans le ciel , au retour de leur grand voyage ; car ils appeloient la terre ferme que nous habitons , le monde supérieur, à la différence des provinces situées au-delà des équinoxes qui nous sont opposées et antipodes.

Le plus sage de tous les rois et le plus intelligent dans les secrets de la nature , enrichit ses états et para superbement le temple de Dieu des dépouilles de Tharsis et d'Ophir, que ses voyages de long cours lui avoient acquises. Nous avons dans Josèphe la lettre qu'il écrivit à Ironius , roi des Tyriens, pour avoir des bois de cèdre Cjui lui étoient nécessaires à la construction de ses grands vaisseaux , et en échange de cette grâce il lui accorda une traite de blés dans la Palestine. C'est une tradition ancienne et probable que ces peuples qui habitoient la Phénicie , ont ap-

^ pris de Salomon l'usage de la boussole , ou de quelques autres secrets semblables qui les guidoient sur la mer : invention que la suite des

•- temps avoit fait perdre et que nous avons recouverte depuis deux ou trois siècles seulement. Ptolomée parle d'une pierre d'Hercule dont

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se servolent les peuples crOiient. Eldad Danius Besantlnous (i), duquel nous avons (juelques fragments dans la Bibliolhèque de Pholius (2), a cru que c'étoit la pierre d'aimant ; d'autres ont pensé (jue c'étoit le lapis nautlcus , et qu'ainsi ce pouvoit èlre quehjuc chose de semblable à Taifijuille et au cadran marin dont se servent les hommes de mer, et avec lesquels , par le moyen (\\\ coucher et du lever des étoiles , par la connoissance de l'élévation de l'équateur et de Tinclinaison du pôle, et autres semblables expériences astronomiques et maritimes, ils observoient les longitudes et les latitudes, sans l'intelligence des(|uelles toutes sortes de jugement et d'estimation sont non -seulement incertains, mais périlleux sur la mer.

Ces peuples, nourris dans leurs vaisseaux, et qui s'imaginoient être les premiers-nés de la nature, ne réclamoient autre divinité que le vent et la brouée, comme parle, dans Eusèbe, l'auteur de leur théologie; et, par la seule science des cartes, des anneaux, des compas et autres instruments de mathématique , ils ont fait des progrès merveilleux dans toutes les parties du

(1) Rabin qui vivoit dans le treizième siècle.

(2) Savant patriarche tle Conslanlinople, si habile, qu'il passoit pour le plus bel f'sprit de soji siècle Léon le Sai^^e, pnrvenu à l'empire, le chassa en 886.

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iTiondL'. Alias, qui est le symbole de leur astronomie, connoît toutes les profondeurs delà mer, dit Homère : souvent ils ont passé le détroit et les colonnes d'Hercule.

Aristote , dans son livre des Merveilles, dit avoir appris, par les relations anciennes qu'il avoit vues , qu'ils avoient trouvé , dans leurs voyages , des terres si fertiles en argent , qu'ils en rapportoient leurs vaisseaux tous chargés, même qu'ils en avoient fondu pour faire les ancres de leurs navires ; ce qui a fait croire aux plus curieux qu'ils avoient les premiers rencontré le chemin des Indes, où se trouvent les mhies d'or et d'argent.

Les Carthaginois ont sacrifié à Hercule le Tyrien, et emprunté cette science de ceux desquels ils étoient descendus. De là elle s'est répandue dans l'ile de Rhodes, mais avec de tels succès, que les lois riiodiennes sont les seules lois de la mer ; puis dans l'Italie , en laquelle les Romains s'en sont avantageusement prévalus pour ajouter à leur empire la monarchie universelle du monde. Et de fait, les préteurs de l'Asie, dans les enseignes de leur magistrature, avoient fait peindre trois femmes couronnées et superbement vêtues : l'une représentoit leur province , l'autre les îles, et la troisième, THellespont.

Dans la déchéance de cette république , les peuples du Septentrion, qu'ds appeloient barbares, ayant couvert de leurs armées non-seule-

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ment la mer du Nord , mais TOcéan qui regarde les Gaules et TEspagne , les Romains furent obligés d'entretenir des vaisseaux pour conserver les côtes et les embouchures des grandes rivières; mais ils ne purent empêcher les progrès de ces nouveaux conquérants. Les Bretons résistèrent aux corsaires, et opposèrent à leurs forces une flotte de '220 vaisseaux équipés en guerre, qui sortirent de leur port pour les combattre.

Les Normands ou Norvégiens ont occuj)é une partie de FOccident, qu'ils avoient découvert par les courses ; les Gaulois, qui portent le nom de leur fondateur , Tun des eniants d'Hercule , se sont répandus en différentes contrées de la terre par les progrès qu'ils ont fait sur la mer ; les ^ Galates, auxquels saint Paul a écrit, étoient une colonie de ces peuples impatients qui s'établirent dans l'Asie Mineure , et v conservèrent le nom de leur origine : ainsi le Portugal, la Galice en Espagne, et la principauté de Galles, en Angleterre , sont des provinces gauloises qui ont été habitées par des nations conquérantes , lesquelles cherchoient leurs bonnes fortunes sur la mer, et se sont arrêtées en des lieux différents, soit que la nécessité d'un naufrage, le travail de la mer, ou la beauté du pays, les y aient obliî^és. Enfin, tous les peuples voisins de cet élément ont souhaité d'y commander; tous les souverains ~ de la teiTe s'imaginent avoir autorité sur la mer qui ost proche de leurs Etats, clans l'étendue

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aune ceiLaine plage, qu'ils appellent leur dëlroil: non tcrrœ , maris nonien hahent.

Diodore de Sicile parle d'un ancien oracle , lequel avoit averti les Lacédémoniens de prendre garde que leur autorité ne fiit point partagée , que leurs Etats ne fussent boiteux : ce qu'ils interprétèrent des deux puissances qu'ils avoient sur la mer et sur la terre.

Pour conserver cet empire, les Vénitiens épousent la mer Adriatique, par une cérémonie annuelle ; ils établissent des gardes à l'entrée de leur golfe, soit par autorité, soit par obligation, et ils les rendent tributaires. Piome prétend que le patrimoine de saint Pierre s'étend sur les eaux, desquelles elle chasse les pirates , tous les ans, par des anatlièmes. Les Ottomans se qualifient seigneurs de la mer Blanche et de la mer Noire, distinguant par ces termes ce qui est au delà de Constantinople, la mer Egée et le Pont-Euxin. Les Florentins et les Génois s'imaginent qu'il \ aune merTyrlenne ou Toscane, ou Ligurique. Les chevaliers de Malte s'estiment grands seigneurs au milieu des îles de l'Archipelague; mais les rois de Tunis et d'Alger, de Fez et de Maroc ne sont autre chose que des corsaires couronnés, portant pour devise : Rex est uhicumque natal.

Cette mer, laquelle, comparée à l'Océan, n'est qu'un fleuve, une espèce de golfe ou de trajet qui, sortant des Palus-Méotides, se réunit à son principe par le détroit des Colonnes d'Hercule,

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a été bien lonf^-tcmps le tliealrc de l'iionneiir et le champ des grandes batailles. A présent, que la grande mer est connue et plus découverte qu'elle ne Ta été par le passé, nous voyons que la Suède veut commander dans le détroit de Bosnie et de Finlande ; le roi de Danemarck a établi une redoute sur la mer Baltique, pour lever un péage sur les vaisseaux qui passent au détroit dn Sund ; l'Angleterre soutient q^ie la mer qui l'environne est fermée à toutes les autres nations, lesquelles n'y peuvent pêcher ni trafiquer sans son passeport.

Les Espagnols et les Porlugais, {)arce qu'ils ont découvert de nouvelles provinces dans les Indes de l'Occident et de l'Orient, pensent être les maîtres du chemin qui les y conduit; mais les Hollandais ont arboré, au haut de leurs mal-, des râteaux et des verges, comme étant assez puissants pour chasser de la mer tout ce qui les incommode: et soutiennent, par leurs manifestes, (jue cet élément est libre et de même condition que l'air que nous respirons, et la lumière qui nous éclaire.

Après tout c'est le chemin des grandes conquêtes, et le champ des batailles les plus sanglantes. Ceux qui s'embarquoient autrefois pour y combattre, consacroient àNejitune les harnois de leurs chevaux , ou bien faisoient sacrifice d'une biche couronnée, comme étant le symbole de la fuite et de la retraite , sachant bien que ,

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liaiîs ces occasions , le désespoir tient lieu de courage , et que la nécessité de mourir et de vaincre est un puissant moyen de bien faire.

Mais tous les avantages qu'ont eu les nations étrangères, Messieurs, pour réussir dans les expéditions navales, se rencontrent abondamment dans ce royaume : la multitude et la sûreté des ports , la facilité de recouvrer du bois, du fer, des cordages et des toiles pour fournir les équipages; et qui plus est , l'industrie et l'Intelligence des hommes capables de servir, et le nombre des matelots qui naissent en Normandie , en Bretaofne et en Biscave. Toutefois, à toutes ces commodités que la France possède naturellement, le Roi , par un conseil de prudence , ajoute le nom, l'autorité et la protection de la Reine sa mère , non pas pour lui donner une nouvelle dignité qui serve d'accroissement à sa grandeur; car la qualité de tille, de femme, de mère, de sœur, de tante et de régente dans ce royaume, premier chrétien, est au-dessus de toutes sortes de titres et d'honneurs, lesquels elle distribue à qui bon lui semble : c'est le centre de la lumière (jui produit les couleurs et les ombres, et n'est susceptible de l'une ni de l'autre.

Les têtes couronnées ressemblent au premier des astres , qui donne la mesure et la clarté aux astres, et ne la reçoit d'aucun: leurs progrès sont uniformes, ils ne ressentent aucuns mouvements il régulier s qui les approchent ou les éloignent

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de la terre ; mais marchant perpétuellement clans une même ligne, ils imitent le soleil qui seul n'a point de cercles : au contraire, ses influences sont égales, ses aspects et ses regards toujours favorables, tandis que tous les autres signes du ciel sont susceptibles de plus ou de moins de lumière.

La Pleine honore cette charge qu'elle accepte: le nom de Sa Majesté qu'elle écrit sur les états de la marine, leur imprime quelque sorte de respect et de vénération particulière : et, quoiqu'assise dans son cabinet, elle travaille également aux affaires de la mer et de la terre : quoique cette protection particulière qu elle prétend en public, ne lui donne pas plus d'emploi, elle lui inspire pourtant, pour la marine, des soins et des affections qui servent a faire réussir plus avantageusement ceux qui s'y trouvent employés. ISe vous étonnez pas si lile de Rhodes est le séjour le plus agréable du monde, et Tair le plus tempéré ; le soleil la visite tous les jours, et sa présence produit cette beauté sans laquelle cette île seroit semblable à toutes les terres voisines.

Chacun sait que les vaisseaux ne se mettoirnt jamais à la mer sans qu'ils eussent choisi la tutelle et le secours de quelque dieu ou de quelque héros , duquel la figure étoit gravée sur le miioir delà poupe, et s'appelle encore aujourd'hui /e dieu conducteur. Ils faisoient aus^i peindre sur le devant des navires, Timage de quelques animaux

qui pouvoient être le symbole de la force ou de la vitesse : ce qui s'appeloit l'enseigne , et donnoit le titre et le nom au vaisseau. Pour cela, quand il est parlé , dans les poésies , des enlèvements faits avec des aigles, des taureaux et des béliers; lorsqu'elles parlent de chevaux ailés et autres semblables grotesques , ce n'est là qje la mémoire de Tancienne navigation , et des premières expéditions de ces grands corsaires qui portoient le nom de ces figures.

La Reine n'ajoutera pas à ses armes , pour intersigne de cette charge, ni des armes, ni des navires , comme Tont fait depuis cent années ceux qui ont été titulaires de l'office ; mais à l'avenir, les ancres deviendront couronnées : les chiffres, les devises, les ornements et les trophées de Sa Majesté, gravés sur le devant et sur le derrière des vaisseaux, comme furent autrefois les armes de Mercure sur le navire d'Ovide, seront les marques de son assistance , de sa faveur particulière , et feront espérer les effets de sa prévoyance et du bonheur de son gouvernement. Ainsi les ennemis de l'Etat, tant et tant de fois battus sur la terre , après avoir éprouvé les armes victorieuses de la régence dans les provinces du Midi , avoir perdu leurs meilleures places du côté du !Nord, et, qui plus est, décrédités dans l'esprit des peuples , réduits qu'ils sont à présent à composer des manifestes , à faire imprimer des discours injurieux, à falsifier les généalogies de

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nos princes, ])0]ir iniposer aux esprits crédules : nos ennemis , a])r('S celte confession publique d'impuissance qui a paru dans cette dernière occasion en laquelle ils n'ont pu empêcher le siège ni la prise d'une ville importante assise au milieu de leurs états, tandis quMs n'ont osé, avec une grande armée , attaquer des retranchements à demi-faits: à présent que leurs généraux d'aimées n'étudient dans leurs cabinets que les démarches d'une retraite glorieuse, ou les formules d'une composition bonorable : s'ils penseni devoir êlre plus heureux sur la mer qu'ils ne l'ont été sur la terre , ils trouveront une armée navale qui les attaquera dans leurs rades , et qui , ne craignant point la multitude de leurs galères ni de leurs autres vaisseaux, ne peut rien appréhender que l'injure du ciel ou les malheurs de la terre , contre lesquels les hommes ne combattent jamais.

Que si, dans les occasions difficiles de la mer, ceux qui sont en péril conçoivent quelque sorte d'espérance lorsqu'ils aperçoivent ces météores appelés, par les mariniers, le feu Saint-Elme , tandis que les poètes les appellent dioscures, ou les jumeaux enfants de Jupiter, dont la présence est favorable et salutaire : à présent que le nom de la Pleine cou^^e la surintendance des mers; elle qui est mère de deux princes , lesquels sont nos véritables Dioscures, petits-enfants de saint Louis, que la main de Dieu, toute puissante,

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