‹ Œuvres d'Omer et de Denis Talon \ (volume 2)Chapitre 65 sur 86 · TU ENTE-HUITIEME · texte numérisé non relu

TU ENTE-HUITIEME

nous nous servons de la pensée, de Tintention et de la volonté du Souverain Pontife qui oblige tous les cardinaux à la résidence, ce qui comprend implicitement la défense d'assister aux conseils du Roi , pour justifier qu'il y a de l'impertinence en l'esprit de ceux qui suggèrent que la déclaration demandée par le Parlement est contraire à l'honneur de l'Eglise, puisque le chef de l'Eglise rappelle les cardinaux, et ne les tient point dans leur devoir jusqu'à ce qu'ils soient à sa suite dans le lieu où il établit leur fonction véritable. Pour cela, nous avons requis qu'il plût à la Cour demander au Roi, pour être r€gistrées^ des lettres-patentes portant confirmation de ce qui est contenu dans cette bulle à l'égard de la résidence. Par ce moyen , le Roi ordonnant la même chose que la bulle, et ce faisant exécuter en vertu de l'autorité royale , et non en vertu de la puissance du Pape , laquelle , en telles matières qui sont temporelles, doit être renfermée dans ses Etats , la déclaration demandée sera établie négativement, parce que les cardinaux françois, obligés de résider.à Rome, ne pourront être dans les conseils du Roi.

Nous parlons ainsi à la Cour par abondance et plénitude de droit, pour justifier au Roi et à la Reine la sincérité des actions de la compagnie, faire connoître à tout le royaume que la postulation que vous en faites a pour fondement les principes de la religion, aussi bien que l'in-»

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terét de l'Etaî, et que vous n'a^j^issez point par faction, par intérêt, par voles obliques et indirectes, comme ceux qui contredisent les pensées du Parlement. N'osant paroître ni s'expliquer dans leurs prétentions, ils agissent clandestinement, travaillent à éloij^ner la conclusion de cette affaire, qu'ils savent ne pouvoir élre éludée, et s'imaginent que, par le temps et par leurs artifices, ils rendront inutiles les soins que vous avez pris pour le bien de l'Etat. Ces soins, à notre sens, ont besoin d'une remontrance à la Reine, faite par aucuns de vous. Messieurs, assistés des députés de la compagnie, dans la bouche et dans la personne desquels les paroles seront plus considérables et plus efficaces qu'elles ne l'ont été dans la nôtre.

Ces remontrances furent faites le lundi suivant , et ]î\ Reine annonça que ia déclaration seroit envoyée telle que la compagnie l'avoit désirée.

M. le ^arde des sceaux étolt présenta celte action, avec un visage fort défiguré ; car il avoit dit tout haut (ju'il ne la scelleroit pfjint et qu'il quitteroit plutôt les sceaux;.... mais il ne fut pas en la peine, parce que le soir nîêrne ils lui fnrent ôtés et donnés à M. jMolé, pour les tenir concurremment avec sa charge de piemier président.

(Cependant, après que M. le duc d'Orléans eut été averti que les sceaux avoient été donnés à ^1. le premier président , il s'en plaignit à la Reine comme dune chose nouvelle , sans exemple , et préjudiciable

aux affaires du Roi , et s'abstint de paroître aux conseils pendant plusieurs jours — Enfin, le jeudi après Pâques , la Reine manda M. le premier président , et lui ayant fait entendre Tinstance que faisoit Son x\ltesse Royale, il n'hésita point et rendit à Tinstant à Sa Majesté les clefs des sceaux qu'il avoit. La Reine lui offrit la nomination an cardinalat : il la refusa ; elle lui offrit de faire créer une cinquième charge de secrétaire d'Etat pour son fils : il la refusa généreusement ; elle voulut lui donner la survivance de sa charge pour le même , son fils : il dit que son fils n'avoit pas assez servi pour mériter cet honneur -, même Ton lui voulut donner cent mille écus qu'il refusa.

La déclaration demandée par le Parlement fut rédigée par M. le chancelier, et enregistrée le 19 avril.

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Prononcé au lit de justice tenu le 7 septembre i65i , sur la majorité du Roi.

Le Roi étant assis à sa place, salua la compagnie , et dit qu'il étoit venu tenir son lit de justice à l'occasion de sa majorité, laquelle l'obiigeoit de prendre soin par luimcme des afiaires ; qu'il espéroit que Dieu béniroit ses intentions et sa conduite , parce que son dessein étoit de régner avec piété et justice.

Ensuite ^l. le chancelier parla. La Reine aussi parla peu , et après son discours , le Roi Fembrassa. — iNL le dur d Anjou se leva , et alla à genoux rendre hommage;

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ensuite M. le tlnr d Orléans , îMiis M. le prince de Conti , et après, tons les auhes [)airs ecclésiastiques et laï(]ues.

M. le premier présiilent parla au IVoi. i'2nsuite furent lues trois déclarations : luin' , contre les blasphdnialeurs, Tautre conlre les duels , signées du T\o'i seul , comme majeur, sans ajouter /a Reine régente présente; la troisième, relative à 1 innocence de M. le prince , signée du Roi mineur, et je dis :

Sire,

Il y a huit ans révolus et accomplis que Votre Majesté, séante en ce lien, dans son lit de justice, prit possession publique de la royauté en la présence de tous les grands du royaume, par l'avis de M. le duc d'Orléans, son oncle, et de MM. les princes du sang, et confia le gouvernement de l'Etat à la Reine sa mère, lui en donnant raulorité et l'administration toute entière, laquelle retourne aujourd'hui à son principe par le seul ouvrage du temps ; car Votre INlajesté, ayant accpiis la majorité royale, telle qu'elle est établie par les lois de l'Etat, elle n'a pas besoin d'en faire une déclaration particulière, parce que ses sujets étant bien informés du moment de la naissance de leur prince, ne manquent jamais de savoir la plénitude de son âge. Aussi, ce qui fut fait à Rouen, en Tannée i6i4, et la cérémonie en laquelle nous sommt.'s employés aujourd'hui , ne sont pas (\qs déclara-

tions de majorité , mais plutôt des actions pu* biiqiies faites par un roi majeur; ce qui nous remel en mémoire la pensée des savants théologiens des Hébreux , qui nous ont enseigné qu'il n'y avoit point eu de différence entre la lumière qui fut créée le premier et le quatrième jour, sinon que, dans le commencement, cette lueur demeura suspendue et arrêtée dans son centre, immobile et sans aucune activité , jusqu'à ce que le soleil ayant reçu la puissance de distribuer sa vertu et de répandre ses rayons sur la face de la terre , commença son progrès qui n'est qu'une occupation de bien faire , et un mouvement royal qui travaille bien moins pour son utilité particulière , que pour l'avantage de ceux qui reçoivent ses influences. Ainsi, les intelligences supérieures qui président au gouvernement des nations de la terre , quoiqu'elles ne puissent rien ajouter à la grandeur de leur condition , ni à la dignité de leur être , agissent sans relâche pour avoir occasion de bien faire à ceux desquels elles ont entrepris la conduite.

Sire , les empires n'ont point de jours ni d'années critiques ; leur fortune ne dépend pas de l'influence des corps célestes : ils n'ont d'autre génie et ne connoissent d'autre destin que la bonne et mauvaise administration de leurs princes. La prudence et la vertu des gouverneurs sont les seules constellations qui les gouvernent, i'âme universelle de la monarchie, et l'esprit

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agissant qui leur imprime le mouvement et la vie. Les particuliers, dit Euslache, travaillent pour leur conservation domestique : ils sacrifient aux dieux pour obtenir la prolongation de leurs jours et l'avancement de leur famille ; mais les souhaits et les prières des rois sont conçus pour le salut de leurs peuples et la sûreté de la fortune publique : ils exposent leurs personnes, et ne demandent autre chose, sinon que le soleil ne se couche pas que la ville de Troie ne soit ruinée, ou qu'Hector ne soit fait prisonnier ; la vie leur est indifierente , si elle n'est glorieuse et nécessaire au bien de leur Etat.

Pour satisfaire à des obligations si grandes et si difficiles, nous souhaitons à Votre r»IajeslL' un double esprit, un cœur dilaté, une âme grande, vaste et héroïque, qui ne sente rien de bas, non ])as même de médiocre; qui maintienne dedans et dehors le royaume, la majesté de Tempire avec éclat et autorité : nous lui souhaitons une puissance qui confonde Torgueil de ses ennemis par la vertu de son bras , et se laisse vaincre à ses sujets par les charmes de Tamour, de la tendresse et de la bienveillance (i). Pour ce faire, mesurez , Sire , la grandeur de la royauté par les sentiments de votre cœur et l'élévation de votre esprit, et non pas par la complaisance de ceux qui assiègent le cabinet de Votre Majesté,

(i) KcMS oiirions pu souvent faire reniarquor cosiibicu Orner Talou. I. 22

qui aiment les Alexandres et les Augustes , qui adorent la fortune des Césars, à cause des avantages qu'ils en espèrent, et n'ont aucuns principes véritables, ni aucun sentiment pour le bien de TEtat.

L'histoire de vos ancêtres , qui doit être le journal et l'entretien le plus ordinaire de Votre Majesté , quoiqu'elle flatte les princes et parle avec respect des têtes couronnées , a donné à aucuns des titres glorieux de Grand, d'Auguste, de Dieu-Donné , de Juste , de Conquérant et de Père du Peuple ; mais il y en a plusieurs qui sont marqués et connus par des qualités toutes contraires, qui n'ont rien eu de royal que la naissance et la bonne volonté des peuples qui leur

Oincr Talon étoit fécond en tournures poétiques de stj^ie. Celle-ci rappelle ces beaux vers de Racine :

Montrez que je vais suivre au pied de nos autels Un roi qui , non content d'eSrayer les mortels , A des embrassenients ne borne point sa gloire , Laisse aus. pleurs d'une épouse attendi-ir sa victoire , Et, par les malbeureux quelquefois iiésaraaé , Sait imiter en tout les dieux qui l'ont formé.

( Jphigénie , acte 5 , scène 4. )

Massillon lui-même semble devoir l'inspiration des plus beaux et des plus touchants passages de son sermon sur l'humanité des grands envers le peuple , à la lecture des passages où. Talon, en retraçant avec une si mâle éloquence, avec une si courageuse hardiesse , les devoirs de la royauté, prëdisoit enque]f|ue sorte à la France les héroïques qualités que Louis XîV alloit offrir à l'admiration de la postérité.

ont obéi; et, entre tous les empereurs romains qui ont été les plus grands princes de la terre , à peine trois ou quatre ont laissé bonne odeur de leur vie , ce qui procède d'une mauvaise créance , la(|uelle occupe la pensée de la plupart des souverains et de ceux qui les entretiennent dans l'idée que toutes leurs entreprises sont justes, toutes leurs volontés légitimes, et même leurs songes véritables ; ensorte que s'imaginant être des dieux sur la terre , ils pensent que les peuples sont faits pour les rois, et non pas les rois pour les peuples.

Ainsi , Pbilomède , ce prince de la Phocide , duquel il est parlé dans Diodore, voulant interroger la divinité , pour savoir le succès de sa bonne ou mauvaise fortune , et ayant obligé la Pytbonisse, par force, de monter sur l'autel pour lui annoncer la réponse, cette femme, irritée de la violence exercée sur sa personne, s'écria, par forme de plainte et d'indignation, que tout étoit permis à Pbilomède , lequel , prenant pour un oracle le reproche qui lui étoit fait dans le sanctuaire, fit graver ces paroles dans le temple, et se vanta partout que les dieux lui avoient permis d'entreprendre tout ce que bon lui sembleroit.

Notre pensée. Sire, n'est pas de donner des bornes à la puissance royale, ni de la dé[)Ouil]er de ses émotions raisonnables et des sévérités nécessaires dans le gouvernement de TElat.

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Usez, Sirt' , de rautorilé toute entière que I)ieiT vous a donnée sur rhéritage des fleurs de lys : tous vos sujets la reconnoissent légitime ; mais usez-en royalement et par vous même : que nous honorions la royauté dans son centre et dans le point véritable de son exaltation. Bannissez,Sire, du ciel que vous habitez, les parélies (i) et les fausses lumières, ces fantômes qui s'engendrent dans la plus haute région par le seul ouvrage de la réflexion ; ces âmes orgueilleuses et timides qui , dans l'exercice d'une puissance empruntée et quelquefois usurpée, confondent la violence avec la justice , et pensent que la langue des hommes lâches doit être esclave de leurs intentions. Si l'étoile de Jupiter étoit seule dans le ciel , les hommes seroient immortels , à ce que pensent les astronomes, et la terre remplie de toutes sortes de bénédictions.

Faites, Sire, quelque sorte d'établissement important qui rétablisse l'autorité et l'obéissance dans l'esprit des hommes fiers et glorieux qui , - depuis quelques années , n'ont honoré la royauté qu'en peinture , et forment dans la monarchie , pour s'en prévaloir en leur particulier, des desseins de républiques et des maximes populaires. Dans la résolution de travailler à bon escient

(i) La parélic est un météore , un faux soleit, ou une îiimière fort vive qui paroît quelquefois à côté de cet astre , par la réflexion de sa lumière dans une nuée convenable. ( Die t. de Fdretière. )

pour rétablir le préjudice (jue les dorrglements passés ont introduits dans le gouvernement public, vous dormirez, Sire, comme un lion qui repose les yeux ouverts dans une assurance intérieure, laquelle, n'étant susceptible d'aucune appréhension, porte la terreur et l'épouvante dans l'esprit de ceux (jui aiment le désordre et la confusion.

Pour réussir dans un ouvrage si important et si glorieux , mais si nécessaire, faites, Sire, cette réflexion, s'il vous plaît, que les substances spirituelles , les esprits intelligents qui , dans la multitude de leurs connoissances, ne peuvent tomber dans l'erreur, se trouvent assez occupes dans la conduite et la direction d'une âme seule, laquelle ils n'abandonnent jamais. ()ue doit-il donc être du gouvernement d'un grand royaume dans lequel il s'agit d'établir le repos et la tranquillité publique, de démêler les affaires étrangères , les intérêts contraires de provinces différentes, les avantages de la paix et de la guerre, et tous les emplois représentés par Homère dans l'habillement de la tête de Minerve où se trouvoient gravés les livres de cent villes différentes? Ne faut-il pas un esprit intrépide , une intelligence éclairée, celte sagesse prévoyante et illuminée que saint Basile appelle une adresse et une dissimulation vertueuses qui ne s'échappent jamais, qui ne souffrent cjue des mouvcmenls nature Is et concentriques à ladignité <le fciupire ?

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Mais outre ces quaiés illustres que la naissance et la trace du sang de saint Louis peuvent avoir inspiré dans vos veines, recherchez cette participation de Fesprit de Dieu que TEcriture appelle la voix du Seigneur répandue sur les eaux , c'est-à-dire la sagesse qui préside à la conduite et direction des peuples. Choisissez d'ailleurs , Sire , pour le soulagement de Votre Majesté , pour travailler au démêlé des affaires qui surviennent^ choisissez des hommes vertueux et intelligents, tels que le prophète les souhaitoit à Josué ; des hommes forts et robustes, solides et sérieux, qui soient au-dessus de tous les divertissements de la jeunesse, qui méprisent les occupations lutiles et ineptes que le luxe a introduites dans la plus grande partie des familles ; qui ne partagent pas leurs journées entre la débauche et les affaires des hommes, qui craignent Dieu et fassent profession d'une vie exemplaire, afin que leur visage soit capable de contenir l'insolence , l'athéisme et l'impiété qui s'établissent insensiblement à la Cour; mais principalement des gens desquels les mains ne courent point après l'avarice^ qui ne mesurent point la grandeur de l'Etat par la grandeur de leur famille particulière, et ne cherchent pas à se gorger de biens , comme ont fait la plupart de ceux qui ont été depuis trente années dans les affaires. Approchez, Sire, du cœur de la royauté , le sang le plus pur, le plus parfait, le plus innocent et le moins coupable

de reproches. Cherchez, Sue, ces hommes de conseils , dans tous les ordres et toutes les provinces du royaume : choisis sans alTectation et rendus agreai>les au publie, ils marcheront toujours sur une même ligne, et, conservant toujours l'autorité royale de Votre Majesté , en la vertu de son bras et Tillumination de votre face, seront les marques de votre consi-il.

Sire , tous les hommes naissent pour commander sur la terre , ou du moins pour être libres : ces noms de domination et d'obéissance sont barbares dans leur origine, et contraires aux principes et à l'essence de notre nature : Taudace des hommes les plus forts les a introduits; le temps et la nécessité les ont rendus légitimes. Il est de l'ordre et de l'inslinct de la nature d'honorer ceux qui nous protègent, et qui peuvent nous garantir de la violence et de Toj^pression des hommes malicieux; mais le respect cjue nous rendons à nos princes , en quelque âge que Dieu nous les donne , en quelque état et condition qu'ils se rencontrent, doit être l'effet d'une influence supérieure, d'une vertu surnaturelle , ou de quelque charme secret dont la cause nous est inconnue ; car nous ne rendons à Dieu que l'hommage de notre cœur et de nos langues, et quelquefois les prémices de nos biens, et vous recevez, Sire , de vos sujets , le tribut de leurs vies et le tribut de leurs biens : toutes les impositions qui se lèvent dans le royaume sont

publiques; en effet, il n'y a persoîiae dans la vérité qui n'y contribue.

Faites , Sire, s'il vous plaît, cette réflexion sérieuse , que tant de millions d'âmes qui habitent votre royaume , desquelles les esprits sont tous dissemblables et les pensées différentes, entre lesquelles il y en a un nombre infini qui abondent dans la plénitude de leurs sens et s'imaginent être capables de la conduite de l'Etat ; que ces gens qui blâment le siècle d'injustice et qui se plaignent en leur cœur de leur mauvaise fortune, quand ils ne sont pas assis dans les premières places du royaume , s'humilient tous pourtant à l'abord et à ia vue de Votre Majesté. La face de leur prince leur inspire de l'amour, du respect, de la crainte, et si qvjelqu'un s'égare de ces sentiments, ou s'échappe dans des maximes contraires, nous les condamnons comme des monstres.

Ces avantages, Sire , sont les effets de la Providence générale , laquelle abaisse les cœurs des hommes , et les rend humbles et obéissants au:: puissances légitimes. Ainsi le prophète royal , comblé des grâces et des bénédictions que le succès des armes lui avoit données contre la rébellion de son propre sang, commence son psaume t43 par ces paroles : « Que mon esprit reconnoisse et que ma langue magnifie les œuvres du Seigneur oui m'ont inspiré la force et le courage , qui m'ont mené les mains dans les occa-

sions de la guerre , et qui seules peuvent conduire mes sujets dans les voies de l'oboissance, et les contenir dans le respect qu'ils doivent à leur souverain ! En eiTot, ces bienfaits de la bonté divine désirent la gratitude profonde des sentiments et des soumissions du cœur qui ne consistent pas dans de simples cérémonies , dans un culte extérieur, ni dans des apparences qui peuvent abuser les hommes, mais qui ne trompent jamais Dieu.

La piété véritable des rois ne se rencontre pas dans le bâtiment des temples, dans les ornements magnifiques, dans Tintroduction de nouveaux ordres , ou la fondation de grands bénéfices : tout cela peut être l'ouvrage de la vanité ; mais dans le salut des peuples, dans le soulagement des misérables qui n'ont d'autre éloquence que leurs larmes qui sont le sang des esprits afTligés , lesquels n'ont pour consolation que l'espérance de la justice divine qui ne leur manquera j«Tmais; car, quelque haute et élevée que soit la condition du souverain, il est également et le roi des grands, et le roi des misérables ; mais avec cette distinction qu'il doit être le maître des uns, et le père et le consolateur des autres.

Ne souffrez pas. Sire, ces discours étudiés , ces pensées injustes des hommes intéressés qui louent également les défauts et les vertus des princes, ei croient divertir agréablement les rois

lorsqu'ils les entretiennent de la grandeur de leur condition et de la bassesse de leurs peuples qu'ils leur représentent comme des reptiles et des bandes de fourmis qui rampent sur la terre . ou tout au plus comme des pygmëes qui ne peuvent arriver qu'à la moyenne région de l'air, et sont destines à la misère, à la pauvreté, parce qu'ils deviennent insolents lorsqu'ils pensent pouvoir être à leur aise.

Ces pensées confondent les fondements de la Justice financière et des propositions fiscales qui ne distinguent pas l'autorité légitime des princes, des actions de violence et de rigueur; les besoins et les nécessités véritables de l'Etat auxquels chacun doit également contribuer, d'avec les profusions des finances et la mauvaise administration de l'épargne : elles confondent les clioses licites avec celles qui sont honnêtes et raisonnables, et n'établissent autres bornes à la puissance du souverain , que celles de sa volonté et de la complaisance de ceux qui l'approchent.

C'est une belle moralité des plus anciens philosophes du monde , que ceux qui imputent à la vertu des cieux plus de force et d'activité que la nature ne lui en a donné , qui ne mettent point de bornes à sa puissance, et se veulent imaginer que leur pouvoir est infini sur les choses infélieures , offensent le respect qui est dû à la dignité de ces grands cercles , parce qu'ils les ren-

dent responsables de tous les maux qui nous arrivent ; et cette pensée doit servir d'instruction à ceux qui, dans le gouvernement de l'Etat, n'apportent d'autre raisonnement dans les affaires, que la volonté du souverain qu'ils croient être leur sauve garde , abusant de la bonté de leur maître , de l'honneur de leur place , et de la simplicité des peuples qu'ils oppriment.

Nous avons vu plusieurs livres imprimés concernant l'émanation et la puissance de la lumière, sa vertu et son irradiation, ses effusions différentes et la manière en laquelle nous en recevons la chaleur et la communication ; mais peu de gens ont été assez hardis pour en rechercher Torigine ,afin de savoir quelle est sa source, quelles ont été les causes et les raisons de sa production.

Que Votre Majesté se dispose d'entendre tous les jours des hommes apostés, des langues vénales, des adulateurs perpétuels qui savent débiter les avantages et les respects qui sont dus à la royauté : ils ne manqueront pas de lui dire que la monarchie porte l'image , la figure et la ressemblance de la Divinité ; qu'il n'appartient à personne d'interroger son prince, ni de lui demander de ses actions un compte qu'il ne doit qu'à Dieu seul.

Nous convenons de toutes ces maximes générales ; mais après ceîle journée, il ne se trouvera peut-être personne assez courageux pour faire

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connoitre à Votre Majesté quelles sont la source et l'origine de la royauté , les épines , les difficultés et les contradictions qui s'y trouvent attachées ; quelles sont les obligations et les devoirs indispensables , lesquels se consomment dans des actions de générosité et de clémence, pour résister d'une part à l'excès et à la volonté de ceux qui combattent les ordres publics, et d'autre côté soulager la misère des pauvres gens, et les garantir d'oppression.

Pardonnez , Sire , à la liberté du parquet : la présence et la bonté de Votre Majesté donnent de la vigueur et de la hardiesse à nos lèvres. Nous savons bien que Tiresius, dans Euripide, a observé qu'il est périlleux de parler le langage de la vérité en présence des souverains ; que si les augures et les prédictions desquels vous leur faites rapport ne sont pas conformes à leurs pensées , et ne flattent pas leurs intentions , il faut se résoudre de passer à la Cour pour inepte et pour ridicule ; mais ces maximes ne sont pas toujours certaines en la personne des bons princes, comme sera toujours Votre Majesté, devant laquelle la trop grande corriplaisance est un témoignage de malice devant Dieu , et de corruption devant les hommes.

Sire, la parole nous manque et notre voix n'est pas assez forte pour expliquer les pensées de notre cœur, les acclamations qu'il a conçues pour la félicité de votre règne , et les souhaits

qu'il forme tous Us jours pour la grandeur et la prospérité de la maison royale réunie dans son centre. Notre silence sera , Sire, la louange de Votre Majesté qui, en conservant toute sa vie la tendresse et Famitié (^relle doit avoir })Our la Reine sa mère , à la piété de laquelle la France est redevable de sa naissance , peut espérer la prolongation de ses jours sur la terre , et une abondance de grâces et de bénédictions du ciel. Permettez-nous, Sire, de supplier Votre Majesté de donner tous les jours quelques moments sérieux pour entendre la suite de Thistoire de Henri-le-Grand , votre aïeul. Repassez sur toutes les actions de sa vie ; interrogez les vestiges de son gouvernement et la manière dont il prenoit conseil dans toutes ses affaires : étudiez, sM vous plaît, la réputation publique de son siècle, Faffection de tous les ordres du royaume pendant sa vie, le deuil et la consternation générale après sa mort , et soyez , Sire , en vérité , ce que Votre Majesté désire être dans l'estime des hommes , et dans la réputation des siècles à venir : la terreur de ses ennemis, la protection de ses alliés et les délices de son peiple.

Ensuite je requis, à l'ordinaire, que sur le repli des lettres, il fût mis qn elles avoient été lues, publiées et registréos, ponr être exécutées selon leur forme et teneur; fors sur ledit des duels, lequel avoit été fait par des maréchaux de France , et étoit mal dresse, ensorte que je requis qu'il fut cvécuté aux

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termes des ordonnances , ce qui fut prononcé par M. le

chancelier.

Le lendemain , MM. mes collègues et moi allâmes saluer le Roi majeur, et faire compliment à la Reine sur les bons offices que nous en avions reçus pendant la régence 5 il avoit été fait ain^i en Tannée i6i i.,,. Le même jour, les sceaux furent donnés à M. le premier président , . . . . et ces changements éloignèrent M. le chancelier des affaires.

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