QUARANTIÈME DISCOURS. 35 I
blique, Taversion des compagnies souveraines, et la pierre de scandale (jui produit des désordres dans le royaume. Pour son expulsion, toutes sortes de voies légitimes se trouveront jnsles et raisonnables ; et dans cet objet nous estimons que la compagnie et toute la France doit savoir grand gré à M. le duc d'Orléans , de la générosité avec laquelle il a refusé toutes sortes de propositions (i) qui lui ont été faites pour consentir au retour dudlt cardinal.
Pour ce qui est des choses qui gisent en délibération, il Y a lieu d'enjoindre à tous les évêques, qui sont à Paris, de se retirer dans leurs diocèses, à peine de saisie de leur temporel, n'estimant pas qu'il soit juste de nommer Tévèque d'Avranches (2) , parce qu'il est compris dans la généralité des autres prélats, et sa nomination particulière ne peut avoir lieu sans lui faire son procès. Et comme nous avons cru que M. le duc d'Orléans doit être remercié, nous es-
(i) M. le duc d'Orléans vpnolL de dire que le duc DainvUle Tctoit venu trouver de la part du Roi , et lui avoit offert la carte blanche avec tous les avanla-es qu'il pouvolt souhaiter, au cas qu'il voulût consentir au retour du cardinal Mazarin.
(2) M. le duc d'Orléans l'avoit représenté comme un Mazarin. Ce prélat étoit frère de Boislevé, lieutenont-i;enéral d'Angers, que le duc de Rohan, abusant de sa qualité de gouverneur de la province d'Anjou pour prendre les arxnes contre l'autorité du Roi, avoit fait arrêter.
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limons qu'il y a lieu de congratuler le Roi sur l'espérance de son retour, qu'il promet de faire en bref délai en cette ville de Paris^ et de joindre à la lettre qui lui sera écrite, les remontrances, par écrit, ordonnées il y a si long-temps, pour faire connoître à Sa Majesté la continuation de l'aversion publique contre la personne du cardinal Mazarin.
Et d'autant que dans la lettre de cachet , dont la lecture a été présentement faite, le Roi donne avis à cette compagnie que l'on veut faire entrer dans le royaume les Espagnols....
A ce mot, M. le duc d'Orléans m'a interrompu et a dit :
« Cela n'est pas vrai ; il n'y a pas un seul mot « de vérité dans cette lettre qui vient de la fabri- « que des Mazarin ; l'on ne veut pas faire entrer '< d'Espagnols, mais ramasser les troupes de <f M. le Prince. i>
Cette interruption a été suivie d'une multitude de voix confuses qui faisoit beaucoup de bruit, et ne disait rien d intelligible ; après quoi, comme jai voulu reprendre mon discours, M. le duc d'Orléans a ajouté que M. de Nemours (i) n'amenoit aucuns Espagnols, et incontinent s'est tu.
Lorsque j'ai vu le silence rétabli , j'ai recommencé à parler comme si je n eusse pas été interrompu; et
(i) Le Roi disolt dans sa lettre que ce seigaeur avoit ëlé eivYOvé pour faire eutrer les Espagnols.
sans me plaindre de M. le du<: d'Orléans, j'ai dit à la compagnie ;
Messieurs, je commençois à vous dire que, dans sa lettre de cachet, le l\oi donne avis à la compcjprnie que Ton veut faire entrer en France des troupes espagnoles. A ce mot, nous nous excitons nous-mêmes pour faire ce qui est du devoir de nos charges , pour vous remontrer Timportance d'une résolution de cette qualité, le préjudice que Ton recevra si elle est exécutée, et Tobligation du Parlement , comme serviteurs et officiers du Roi, de résister à celte pensée.
Ensuite , je me suis excité avec chaleur, autant que l'émotion présente l'a pu permettre , pour montrer en effet l'impertinence de l'interruption , sans nommer ni désigner M. le duc d Orléans, et sans qu il piit s en offenser: pour montrer (pi'il n y avoit point d homme de bien qui put consentir à introduire les Espagnols, que cette seule pensée étoit un crime de lèse-majesté qui ne pouvoit tomber dans aucun esprit françois, encore moins être approuvée par le Parlement. Ensuite , j'ai fait entendre Tobligation de nos charges, qui ne pouvoient souffrir une affaire de cette qualité , sans en faire plainte et demander que défenses fussent faites à toutes les viiles et communautés du royaume de les recevoir; enjoint de leur courir sus : défenses à tous gouverneurs, capitaines, gentilshommes, officierset autres, de quelque (pialité et condition qu'ils soient, de favoriser leur entrée , à peine d être déclarés criminels de lèse-majesté.
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Ponr ce qui regarde les difficultés proposées concernant les arrêts rendus à la Tournelle et à ia grand^chaiTibre (i) ; s'agissant de la discipline intérieure de la compagnie , nous ne pensons pas y devoir mettre la main, mais vous supplier, Messieurs, par toutes sortes de voies, de faire donner la liberté à un officier du Roi qui se trouve emprisonné sans plainte , sans charge et sans information (2) , par une personne que vous avez reçu gouverneur, avec la clause de tenir la main à l'exécution des ordres de la justice, mais de n'en prendre jamais aucuns contre.
Faites réflexion. Messieurs , sur les difficultés avec lesquelles, en Tannée 1648, vous obtîntes du Roi l'article que Ton appelle de la sûreté publique. Sa Majesté s'y dépouilla de l'extrémité de sa puissance , s'y lia les mains à lui-même et s'imposa la nécessité de ne troubler aucun officier en l'exercice de sa charge , sans lui faire son procès ; et cet article n'a point été violé jusqu'à
(1) L'arrêt de la Toiiriiclle regarclolt la plainte portée à la Cour par Boislevé, lieutenant-géaëral d'Angers, de son arrestation par le duc de Roban. — Celui de la grand'cliambre ordonnolt qu'il serolt informé contre les nouvelles levées qui se faisoient dans la Brie, sans communication du Roi ; et M. Doujat avoit refusé de le signer, parce que, seul du Parlement j, on l' avoit menacé, dans des placards afllcbés, de piller sa maison.
(2) M. Bolslevé , dont il a été déjà parlé.
présent. Jugez donc si ce que le Roi ne veut pas l'aire, si ce (jiic vous avez souhaité et estimé nécessaire pour l'assurance de tous les sujets de Sa Majesté, peut être entrepris, méprisé par Tautorité d'un gentilliomnie , sous prétexte (lu'il est gouverneur de la province, qu'il a les armes à la main ; et si ce qui se fera dans cette occasion ne servira pas d'exemple à l'avenir contre toutes les précautions (pie vous avez voulu prendre.
Ma proposition fut éludée, d'abord parce que la délibération fut remise au lendemain, jour auquel M. le duc d'Orléans feignit d'être malade j et ensuite, sous le prétexte de parler des rentes de la ville, dont le fonds avoit été diverti.
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