‹ Œuvres d'Omer et de Denis Talon \ (volume 2)Chapitre 68 sur 86 · QUARANTE ET UNIÈME DISCOURS · texte numérisé non relu

QUARANTE ET UNIÈME DISCOURS

Prononcé le 28 février i652.

Nous apportâmes dans l'assemblée des chambres faite sur notre réquisitoire, une lettre de cachet par laquelle le Roi se plaignoit des intelligences que le prince de Condé avoit en Espagne, des pratiques du duc de Nemours à Bruxelles, et de l'entrée des étrangers en France ; Sa Majesté ordonnoit à la Cour d'y apporter le remèfle nécessaire , et nous enjoignoit d'y faire toutes les réquisitions.

M. le duc d'Orléans, qui avoit été invité d'assister à

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cette assemblée, protesta que les troupes qu'il avoît fait entrer dans le royaume, n'étoient par lui commandées que pour Texpulsion de Tennemi commun ( le 1 cardinal Mazarln ) ; que sitôt qu'il seroit sorti , il les ' congédieroit , ou que le Pvoi s'en pourroit servir, et il protesta n'avoir autre dessein ; sur quoi je dis :

Messieurs ,

Après avoir entendu la lecture de la lettre du Roi, et ouï ce qu'il a pîu à S. A. R. de représenter à la Cour, nous ressentons la continuation de nos maux procédant du retour du cardinal Mazarin, et du séjour qu'il fait proche la personne du Roi et dans ses conseils. Gomme il n'y a aucun homme de bien qui puisse souffrir sans impatience et sans indignation, la mauvaise conduite d'un ministre décrié qui met le trouble dans le royaume, et l'Etat au hasard d'être ruiné, aussi personne ne peut révoquer en doute les ordres publics sous la foi desquels subsiste la royauté, et sur le fondement desquels tous les sujets du Roi peuvent espérer la tranquillité publique; savoir est : qu'il n'appartient à qui que ce soit de lever des troupes dans le royaume sans commission du Roi , et que de faire entrer des étrangers en corps d'armée contre sa prohibition, c'est un crime de lèse-majesté.

Nous supplions la compagnie de faire cette réflexion, qu'en l'année i6i5 M. le prince de

Condé se plaignit du gouvernement de VEtat, et de l'autorité que le maréchal d'Ancre y avolt usurpée; sur quoi des remontrances ayant été faites inutiU'Tiient à Sa Majesté, de vive voix et par écrit, M. le Prince se retira de la Cour, donna des commissions pour lever des troupes, sous le titre de service du Uoi et du bien public , et publia un manifeste qui n'étoit(jue la répétition des remontrances du Parlement , concernant l'aversion de tous les peuples contre le maréchal d'Ancre. Néanmoins, la Cour registra les lettms <]u Roi qui condamnoient les armées de M. le Prince, parce que les choses justes doivent être souhaitées par des voies légitimes , et qu'il est contre la parole du fds de Dieu de prétendre faire une bonne action par un moven défendu et injuste : il faut donner aux souverains quelques sortes de latitudes dans le gouvernement de leurs Etats, attendre que Dieu leur frappe le cœur et les conduise , et non pas par violence , leur arracher ce que Ton désire d'eux. Et de fait, les armes de M. le Prince ayant été condamnées en l'année 1616, chacun sait que ce qui arriva au mois d'avril 1617, en la personne du maréclial d'Ancre, donna le repos à la France, et conserva toute entière l'autorité du Ptoi (i).

(1) Le maréchal d'Ancre fut tué 1« 24 avril. La populace fxhunia so 1 corps , le traîna par la ville , cl lui Ht mille infamies, Li Cyalicjaï ;, femme de ce marccluil , fut l^i ;*;l{'c en grève pai" arrêt du Parlement de Paris, du 8 juillet suivaut.

Nous avons en ce rencontre à appréhender quelque fâcheux événement, de quelque côté que le sort des armes tombe , et les voies de l'accommodation , d'un pourparler et d'une conférence sont souhaitables, dans lesquelles on mettra pour principe et pour nécessité de la conclusion, la retraite du cardinal Mazarin , en quelque sorte et façon que le Roi la veuille faire exécuter, et avec telles clauses et prétentions que Sa Majesté le souhaitera : c'est la seule voie de préparer la cessation des misères publiques du royaume. Pour cela, nous pensons qu'en attendant la per~ fection des remontrances qui doivent être rédigées par écrit, la Cour peut écrire au Roi, et, après lui avoir offert le service , l'obéissance et l'entremise de la compagnie , lui faire entendre Vextrémité des maux dont son état est affligé par les armes de M. le Prince dans la Guyenne, par celles (]ui sont auprès de sa personne, ou que commande le comte d'Harcourt; par celles que conduit le duc de Beaufort, et par les dernières nouvellement entrées dans le royaume: tous lesquels désordres ne peuvent être imputés qu'au retour du cardinal Mazarin, au séjour qu'il fait près de Sa Majesté, et à l'entrée qu'il a dans ses conseils ; désordres dont il est difficile d'espérer la cessation, sinon par la retraite et l'expulsion dudit cardinal, qui est en effet non-seulement le prétexte, mais l'occasion et la cause véritable de tous les maux dont nous sommes affligés.

Mais outre colLo pioposition , nous avons cru être obligés d'eu faire une antre à la compagnie, (|ui peut produire la ruine ^ ou du moins obliger le cardinal à s'éloigner, lorsqu'il sera attaqué dans son fort et dans une retraite qu'il estime lui être indubitable : savoir est, la cour de Rome ; car nous sommes informés qu'au mois de mai dernier, ayant écrit au Pape, et s'étant plaint à Sa Sainteté des arrêts rendus contre lui en cette Cour, notamment de celui qui porte qu'il lui sera couru sus s'il ne quitte le royaume, il voulut l'exciter de s'irriter contre ces ordres publics, et d'user de censures ecclésiastiques contre ceux qui en étoient les auteurs. Mais cela ne lui succéda pas avantageusement, parce que, par la réponse qui lui fut faite, et de laquelle nous avons la copie, le Pape s'est moqué de lui, et ~ lui remontrant sa condition ecclésiastique , les honneurs et les dignités qu'il a reçus de la France, lui conseille de la laisser en repos, et de préférer sa tranquillité à son intérêt particulier; de sorte que, si le Parlement vouloit écrire à Notre Saint Père le Pape, et lui faire entendre l'état présent des affaires publiques, la contravention du cardinal Mazarin à la déclaration du Roi , registrée en cette Cour le 6 septembre dernier, par laquelle il peut être poursuivi extraordinairement, condamné et exécuté par efligle, < essant le respect que la compagnie veut porter à Sa Sainteté et au Sacré Collège , pour la rêvé-

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rence duquel elle n'a voulu faire aucunes procédures , TOUS pourriez obtenir du Pape qu'il interposât son autorité et sa bonté paternelle pour retirer ledit cardinal àRome, et à faute d'y obéir, le dégrader de l'honneur du cardinalat. Vous pourriez aussi ajouter que s'il manque de satisfaire aux ordres qui lui seront envoyés, le Parlement suppliera Sa Sainteté de trouver bon qu'il use des remèdes qui sont entre ses mains , et que la puissance royale lui a communiqués pour purger le royaume d'un ennemi public.

Mais , après avoir témoigné tout ce qui se peut faire contre la personne de celui qui trouble l'Etat, nous sommes obligés de travailler à maintenir l'autorité du Roi et empêcher que qui que ce soit ne la veuille usurper.

Le droit de faire la paix ou la guerre est un droit royal, incommunicable à toute sorte de personne, de quelque qualité qu'elle puisse être. Lever des gens de guerre , donner des commissions pour cet effet, introduire un corps d'étrangers non-seulement sans la participation, mais contre les ordres du Roi, c'est chose qui n'a jamais été approuvée dans cette compagnie , laquelle est en possession de résister quelquefois aux volontés par remontrances , supplications et autres voies d'honneur, mais non jamais par lesarmes que Dieu a mises entreles mains dessouverains, et qu'il n'a jamais autorisées entre les mains des sujets contre leur souverain. C'est ce

que nous pensons devoir représenter à la Cour en présence de IM. le duc cVOrléans qui a toujours donné , par ses actions, l'exemple de Tobéissance; et afin que ce qui n'est jamais arrivé dans cette conqiagnie , d'autoriser la rébellion et la guerre civile, n'arrive pas en ce rencontre dans lequel le Parlement, demeurant dans son devoir, doit travailler à l'expulsion du cardinal Mazarin par les voies qui sont honnêtes , légitimes et convenables à sa condition, sans se départir du respect et de l'exemple de la (délité que nous devons montrer à tous les peuples.

Ce discours bâti sur-le-champ , récité d'action , avec indignation et quelque sorte de vigueur, valnl l)eancoup mieux qu'il ne vaudra sur le papier ; mais il ne produisit aucun effet, parce que ceux qui étoient prévenus contre le Pioi et le >T:.znrin , ne voulurent pas que Taffaire fût mise en délibération, de crainte du succès, tandis que les bons serviteurs du Uoi n'osèrent même faire instance , et sachant bien que la moindre diminution de rauu)rité royale , autorisée par le Parlement, feroit grand préjudice aux affaires publiques: même ceux qui étoient neutres et qui ne souhaitoient que la tranquillité du royaume , furent bien aises qur» cette proposition ne fut point délibérée, de crainte qu il ne demeurât dans les registres quelques marques de désobéissance et d emportement contre le service.... Il a donc été impossible de faire délibérer sur la lettre du Roi et sur nos coTiclusions, les factieux Tayaut eni' péché par violence , ()ar tumulte et par bruit....

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