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Pétri Lallemant in obitum Aubomaili TAhjEiy primi Régis in suprema Galliarwn curia AcLvocati, oratio.
Oi à majoribiis nostris eo duntaxat anîmo in funere Jaiidationes institutœ simt, ut praestantibiis hominum meritis hanc velut honoris , et glorise mercedeni persoKerent, et mortuoruni nomen , pro brevi illorum vita, ad aeternilatis memoriam consecrarent; non est, quod hodiernâ die feralem hanc pompam et oraUonem ei viro comparemus, ciijus fama vel nobis lacentibus ubiqne circumstrepit , et sine ullo monirnentoruni subsidio ipsa per sese hominum in memoria victura est. At verô , si viri prudentes hoc potissimùm consilio id praestitisse videntur, ut viris optimis, et de republica bene meritis hanc exiguam licet, et per se luctuosam , debitam tamen , et honestam , atque ipsis , ut arbitraraur, non ingratam mortuis gratiam referrent ; cujusnam funus debuit unquam potiori jure omnium literis , atque linguis , omnium laude , et prsecipuâ eruditorum hominum commendatione celebrari , quàm Audomari Tal^ei , qui non hsereditario solùm amore, sed proprio quodani, et singulari patrocinii jure literas fuit amplexus. An de Audomaro silebit academia Parisiensis, quae sœPius illiûs beneficio
d'omer talon. xy
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Discours de Pierre Lallemant sur la mort cVOmer Talon , premier Apocat- Général au Parlement de Paris.
S'il étoit vrai que, clans l'institution des élcges funèbres, nos ancêtres eussent eu pour unique objet d'offrir un hommage de respect et de gloire à d'illustres morts , en consacrant leur souvenir pour l'éternité : triste compensation de la courte durée de leuc vie ; il ne seroit peut-être pas nécessaire aujourd'hui de décerner et ces derniers honneurs et ce discours au magistrat dont l'éloge est dans toutes les bouches , d'autant que notre silence ne lui pourroit rien enlever d'une célébrité qui , sans le secours des monuments publics, doit vivre à jamais dans la mémoire des hommes. Mais si nous interrogeons la sagesse des âges, nous serons forcés de convenir qu'en payant ce tribut , foible il est vrai , lugubre même, tout légitime qu'il est, à des hommes qui ont bien mérité de leur patrie , les contemporains ont voulu , pour honorer les vertus et consoler les mânes de leurs bienfaiteurs, imposer au génie la noble fonction d'être 1 interprète de la douleur et de la publique reconnoissance. Celte réflexion est évidemment juste. Messieurs. Et quel homme mérita mieux qu'Omer Talon d'être célébré dans tous les établissemens littéraires par des éloges écrits dans toutes les langues , par des applaudissemens unanimes, et surtout par le suffrage des savants? Ne protégea -t- il pas les belleslettres? Ne les cultiva-t-il point.' Cet attachement, cette protection n'étoient-ils pas en lui non -seulement un goût
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servata, ad ipsuni illi débet, quod adhuc loqui possît? An vox nostra mortiio Tal^o desit, per quem, dum viveret, est pcrfectum, ut caeteris non deesset ? An patieniur, proceres academici , ut cucn principibus, et optimaiibus ssepe illiteratis honos ille lugubris ex literis habeatur; viro doctrinâ atque ingenio prsecellenti , academise autem amantissimo , qui reipublicae literarise decus, atque praesidium fuerit, hoc, quod unum est apud nos, iiterarum munus et officiuni denegetur? Non débet profecto carere aliquo cultu orationis , qui , dum viveret, princeps oratorum fuit ; et qui dicendi artem tanta cum laude excoluit, videtur et ipse suo quodam jure postulaie, ut ejus facultatis ab artificibus et magistris eommendetur.
Quod dum à me academise nomiiie prsestabitur, auditores , id sub initium perbelle cadit , quod nullam apud vos assentationis notam debeam vereri. Nam et vestrûm video neminem, qui laudes omnes Audomaiu, quascumque complecti potest oratio, tacitis de eo judiciis non vincat, aut occupet; et cum multa pêne incredibilia sim dicturus , non timeo , ne cui dubium sit me verissima dicere , quse scilicet ipsi vidistis, quibus interfuistis , quorum aut laudatores etiam tùm fuistis , aut adjuvatores ; adeo ut , qusecumque attigero, admonendi, non docendi vos causa me fecisse, et rerum quasi capita demonstrasse putetis, ut, ubi tanquam in formula, et carminé , quod aiunt , prseibo
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héréditaire, mais un penclianl naturel ; et , deyenii magistrat , ne regarda-t-il pas ces soins importants comme un droit, comme un devoir de sa place? Elle doit donc honorer plus particulièrement la mémoire d'Omer, cette académie de Paris à laquelle il conserva le beau privilège d'être encore l'école de l'instruction et du goût. Notre vois ne peut rester silencieuse sur la tombe de celui qui nous a fait maintenir dans le droit de parler sur la tombe des autres. Ce devoir doit être saint pour nous en sa faveur^ car son génie excita souvent notre admiration , et c'est de nous qu'il voulut recevoir une partie de sa gloire. Eh quoi! les belleslettres refuseroient à leur illustre Mécène un hommage sacré de reconnolssance et de douleur, prodigué tant de fois à des princes, à de prétendus Mécènes qu'elles n'ont jamais connu î L'éloquence des orateurs resteroit muette en présence de ce qui nous reste encore du plus grand orateur
de son siècle! Non, Messieurs: de si glorieux souvenirs
commandent aux maîtres de la parole de réunir leurs talents et leurs efforts pour louer dignement celui qui, dans leur art si difficile, fut pendant long-temps leur modèle.
Mais, lorsque je remplis cette sainte mission au nom de l'Académie, ce n'est pas un léger encouragement pour moi de pouvoir me dire que je chercherols vainement dans une si nombreuse asssemblée , des auditeurs complaisants ou flatteurs. En vous retraçant les talents et les vertus d'un grand homme, je ne réveillerai que vos propres souvenirs, et vos suffrages tacites justifieront d'avance dans vos âmes les éloges de son panégyriste; car je ne puis être ni favorisé, ni démenti par vous qui l'avez vu, encouragé et secondé dans ses travaux. Je prétends moins exciter, dans le développement de mon sujet, votre curiosité et votre admiration par des détails inconnus, que vous rappeler des actions admirables. Je vous entretiendrai seulement de choses que vous savez comme moi : semblable à ces fils de l'harmonie dout la voix, aussitôt qu'elle essaye légèrement un air déjà
Orner Talon. I. 1}
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voce, vos ipsl subséquentes, reliqua assensu et cogltatione persequamini. Qua spe ego et humanitale vestrâ recreatus , accingam me ad dicendum, et ex tarn ampla laudum segete tria potissimum ellgani, quibus breviter reliqua insistât oratio : primum quibus AuDOMARUs Talteus gradibus et meritis ad triumviralem dignitatem ascenderit; deinde quanta fide , et animi firmitate in ea steterit ; démuni quam piè ab eadem ad tumukmi descendent , vel potius ad cœlum evolarit. Primo igitur dicam de virtutibus Audomari forensibus , secundo de politicis, postremo de christianis. Quod si res tantas neque amplexurum me speretis iniquioribus spatiis , quae soient oratioin'bus prsescribi , neque assecuturum facultate dicendi , in qua me non satis versatum intelligo, satis erit mihi, et meo erga tantum virum studio induisisse, et matris academise imperio paruisse.
Ac primum quidem mihi patria , et genus , unde illi nobilis origo fuit, pro consuetudine iaudanda essent, nisi tanta esset rerum ab eo gestarum ubertas, cl magnitudo, quanta videtur ab omnibus, ut verear, ne, si communia et domestica prosecutus fuero , quibus intumescere aliorum prseconiuni solet, propriis ejus laudibus , quse propè infinitae sunt, videar fraudem facere voluisse. Quemadmodum enim Audoma- Rus solis suorum imaginibus censeri, et illustribus majorum monumentis inanem gloriam ancupari nunquam voluit , quippe qui sludebat non aliénée , sed
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connu, se trou-ve accompagnée de la voix et du chant de tous les auditeurs. Permettez donc que j'entre dans mon sujet, sous les auspices de votre indulgence et d'un si doux espoir. Dans cette immense moisson de gloire, trois objets principaux formeront la matière et le partage de ce discours. Nous examinerons d'abord par quels degrés et par combien de mérites Orner ïalon sut s'élever à la dignité d'avocatgénéral; a\ec quelle fidélité et quel admirable courage il remplit cette charge éminente ; enfm, avec quelle piété il descendit de son haut rang, lorsque la mort vint lui marquer le terme de toutes les grandeurs et de toutes les gloires hamaines, ou plutôt ( seule récompense digne de ses vertus ! ) lui ouvrir les portes du ciel. Ainsi, j'offrirai successivement à votre admiration l'orateur , le magistrat et le chrétien. Peut-être la grandeur de mon sujet, le court espace accordé par les règlements, et ma foiblesse elle-même que je suis bien loin de me dissimuler, vous font prévoir d'avance le peu de mérite de cet éloge; mais alors. Messieurs, daignez tenir compte à votre orateur des efforts qu'il a faits pour s'acquitter envers un grand homme , et montrer une soumission toujours louable aux ordres de l'Académie dont il est aujourd'hui l'interprète.
Jedevrois vous parler en premier lieu ^ Messieurs, de la naissance et de l'illustre origine des Talons (i) : c'est par là que commencent d'ordinaire tous les panégyristes ; mais un avantage qu'Omer partage avec tant d'autres ne peut entrer dans son éloge. Les talents et les vertus du héros suffisent à l'orateur, et le mien n'a du qu'à lui seul toute sa renommée. Elle est tellement son ouvrage, que relever en lui ce qu'on pourroit admirer ailleurs seroit faire tort à sa gloire; peut-être même offenserions-nous celte àme héroïque. Omer ne voulut jamais qu'on exposât son image à la suite des images de ses ancêtres : il auroit craint d'usurper leur gloire s'il avoit consacré la sienne par les mêmes monuments. Son désir fut d'obtenir, par ses propres actions, l'es-
propriae virtutis conimendatione nornen sihi et gloriani qnaerere; ita absurdissimnm meo jndicio fiierit in hoc extremo exequianim honore , in qui> mihi potins cogitandum est, qusenam illius virtntes sine piaculo et minore cnm jactura preteriri debeant, qnam opns sit perquirere , qnani accnratè cxornari possint , alienis landibus vestras aures defatigare. Quid enim ? Tal^os laudem? at iis, si brevitati consuluero , multa ernnt necessario detrahenda ; si omnia explicare voluero, nonnulla repetenda, tnm qiiod omnes majorum virtntes unus Audomarus in se habuit , tum quôd ea nuper ex hoc eodeni loco, dum Jacobi fratris in interiore et sancliore consistorio Régis consiliarii justa faciebamns , vir rectorius non niinori eruditione , quam facundiâ perlractavit. Unus Audomarus Tal^us Audomâr pater vin ille priscse probitatis, et morum antiquorum exemplar , totam orationem impleret , qui , cum ab Henrico Magno , cujus , et Borboniorum partes fortiter, et neglectis rébus domesticis, fuerat secutus , Piegius cognitor, et advocatus in Castelleto , ut vocant, Parisiensi ad urbem Sandionysîacam tum translato , difficilimis temporibus factus esset , reliquis honoribus non tam uti voluit , quàm dignus videri.
Sub eo pâtre ita institui cœpit Audomarus, ut nihil haberet aute oculos, quàm cultum antiquae Religionis, el Régis amorem ac obsequium ; nulli rei studeret, preeterquam bonis moribus ; nihil appeteret prseter decus et honestatem. His paternis artibus instructus,
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time et la considération publiques. Aussi me paroîtroit-il inconvenant, Messieurs, de lui ofiFrir, après sa mort, un Iiomraage dont il auroit rougi pendant sa vie. Et d'ailleurs , comment pourrois-je aujourd'hui louer dignement celte famille illustre? Si je voulois être court, je ne ferois qu'effleurer un sujet déjà trop vaste; si je voulois tout vous dire, je tomberois nécessairement dans des redites , puisque Omer nous a retracé, dans ses vertus, toutes les vertus de ses pères. Au reste, auriez-vous sitôt oublié les détails historiques sur cette famille , insérés dans l'éloge de Jacques Talon, frère d'Orner, prononcé devant vous par un ancien recteur de cette Académie, lorsqu'elle rendit, au premier des deux frères, conseiller intime de notre Monarque, ces mêmes devoirs par lesquels elle cherche maintenant à consoler sa douleur de la perle du second (2) ? Ce sujet , épuisé désormais , ne fut-il pas traité avec autant d'érudition que d'éloquence? Le seul Omer Talon, père de noire Omer, mérileroil à lui seul un éloge tout entier [3). Ce magistrat, qui fut pour ses contemporains la vivante image des vertus antiques et de la probité des anciens jours, sacrifia ses intérêts et sa fortune à la cause des Bourbons (4) ; il la défendit avec plus de succès pour eux que d'avantages pour luimême Nommé par notre grand Henri son procureur et son avocat au Châtelet, tribunal alors transféré à Saint-Denis , on le vit braver toujours les difficultés des temps, et il les surmonta plus d'une fois. Dans la suite, la reconnoissance royale le fit monter à des dignités importantes (5) , et de nouveaux services rendus à son Roi consolèrent l'humble magistrat de toutes ses pertes.
Sous un tel père , l'éducation d'Omer ne pouvoit être négligée. On fixa ses premières études aux dogmes et à la morale de l'ancienne religion. On l'accoutumoit à des mœurs sévères. On lui parloitde l'honneur comme de la seule récompense digne des grandes âmes, et de la soumission au Koi légitime , comme du seul moyen pour l'obtenir. 11 quitta
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et in hac acadenua principe, cnjus in sinu vere regî~t>. mens ejiis adoleverat , fliligentissimâ clarissimi Doctoris ac Professoris Sorbonici disciplina ernditns , quem certè viruni non miniis dilexit ea familia , qnàm vel Enniiim Africanus major, vel minor ille, et Gains Lelius Terentium , his inqnam artibus institutus militiae forensi ascriptiis est : nt , qui in foro imperatumserat, edicendi modum dicendo disceret , sicul Lycurgus leges suas prius persuaserat, quàm ferret, Solon in rébus privatorum periculum fecerat ut reipublicse prodesse posset.
Cum enîm vîderet inter omnes eas artes , quae prseclarissimae habentur, multum dignitatis per dicendi facultatem comparari, ad agendum in foro causas se contulit. Idille ingenii sui theatrum sibi constituit, in quo nervos omnes conlenderet, omnes vires explicaret. Ac primiini ita se scientia juris excoluit ut constet non Pauli ingenium , non Ulpiani doctrinam , non Scevolae magnitudinem , non Africani acumen , non Papiniani œquabilitatem, non singuloruni prudentiam in erudito iilo et sacro pectore fuisse desideratam. Deinde vero partam sibi juris intelligentiani tam assiduo tractandorum negotiorum usu perfecit, ac perpoliit , ut brevi tempore ilhistreni inter oratores in foro locum obtinuerit, cùm eos quidem, qui inter libros consenuerant ; seque uni cognitione dederant , exercitatione rerum, ac formularum forensium; eos autem, qui se magis ad communem consuetudinem fori , et vernaculum morem judiciorum applicuerant ,
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la maison paler -elle, déjà formé pour la verlii, et entra dans cette Académie où son savoir s'accrut avec ses années sou» l'active surveillance d'un fameux docteur de Sorbonne (6;. L'attachement de la famille des Talon , pour ce respectable instituteur, retraçoit la tendre amitié des Sclpions pour Ennius, et des Lélius pour Térence (7). Après avoir terminé ses études préliminaires, Omer fut reçu dans Tordre des avocats (8). Ainsi, celui qui devoitétre un jour le maître du barreau, voulut se former à la même école que ses collègues , dans l'art de leur commander. Ainsi Lycurgue avait inspiré l'amour de ses institutions à son peuple, avant de. les lui imposer comme des lois; et Solon avoit défendu les intérêts particuliers des citoyens, avant de s'occuper des grands intérêts de la république.
Omer Talon vit, du premier coup d'œil, qu'il trouveroit le moyen d'arriver à une grande considération en cultivant l'art si difficile de la parole, dans la carrière du barreau. 11 se livra tout entier à l'étude de la jurisprudence et des lois, et ses progrès égalèrent ses efforts. Les ouvrages des Paul , des Ulpien, des Scipion, des Scœvola, des Papinien étoient le manuel du jeune orateur, et la sagesse et le génie de ces grands hommes sembloient s'exprimer dans ses discours. Il y développoit, avec un art merveilleux, toutes les connoissances qu'il avoit acquises, et des suffrages unanimes le portèrent bientôt au premier rang parmi les orateurs les plus distingués. Mais d'autres suffrages non moins flatteurs l'attendoient encore, car l'éloquence n'est pas le seul avantage que l'on exige des orateurs du barreau : ils doivent joindre l'autorité du conseil au prestige de la parole, et dans ces deux carrières qui s'ouvrent à la fois , rarement on parvient bientôt au terme. La gloire en étoit réservée au , génie d'Orner. Ses collègues, vieillis dans l'étude, admirèrent ses vastes connoissances ; et non contents d'encourager ses efforts, ils profitèrent souvent de ses lumières. Ils lui reconnurent encore un mérite d'autant plus admiré qu'il