‹ Œuvres d'Omer et de Denis Talon \ (volume 2)Chapitre 9 sur 86 · XXVJ ELOGE · texte numérisé non relu

XXVJ ELOGE

dnm priidens, qnam acntns ad intellîgendnm; tanisnbtilîs in disserendo , qiiam in dicendo vehemens ; tam in disputando pressns, qnam copiosus in eloquendo; tam ad acciisandimi acer, quam fortîs ad defendendiim -, in qno orationis lepos cum rationum pondère , prudentia cnm ingenio , perspicuitas cumt reconditiore scientia , facundia deniqne cum eruditione ita conjnngerenhir, ut non alteri solùm altéra non officeret, sed et magno etiam esset ornamento.

Norunt omnes, qnàm ardua sît ars agendarnm causarum , et infinita scientia juris, quee ex omnium aetatum , populorumqne moribus, exemplis et institutis; ex innumerabilium edictorum , legum , et rescriptorum j personarum , rerum , et actionum com^ plexione coalescit, ut tantse facultatis, tam perplexse, tam impeditee nodos dissolverc, et latebras omnes pertentare infinitse cujusdam cùm industriae, tùm solertiae esse videatur. At quis Tal^o feliciùs ejus prudentise subtilitatem comprehendit? quis in ea majore vel judicio vel acumine versatus est? Nulhim erat negotium tam intricatum , quod non expediret; tam obscurum, quod non pervaderet; tam multiplex, et varium , quod non complecteretur; quae vero vis erat mentis omnino singularis, cùm tam multa une die tractaret , tam multa audiret , tam multa diceret; non vincebatur ille numéro causarum, non similitudine deludebatur, non terrebatur difficultate, non varietaie confundebatur. Diceres hominis ingenium, quod

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prompf dans la f oncej-.llon. Ingénieux dans la discussion , il (toit vif «M ]n'«;ssant dans la plaidoirie. Plein de ressources <!aiis la dispute , il n'étoit pas moins fécond dans Texpression. Aussi véhément dans l'attaque qu'énergique et fort dans la défense^ il savoit allier la prudence au génie, la clarté du raisonnement à la vigueur de la dialectique, la pompe et les grâces de l'éloquence à l'érudition. Toutes les supériorités et tous les genres de gloire sembloient s'être donné la main pour se ranger et se grouper autour de lui; ♦'t ces talents divers, loin de se nuire l'un à l'autre dans l'orateur qui savoit si bien les mettre en œuvre, se prétoient un mutuel support : leurs diverses combinaisons les faisoient ressortir avec de nouveaux avantages.

La science du droit est une mer sans rivnges; elle est le résultat de la sagesse des siècles; elle embrasse les mœurs et les coutumes des peuples; elle est appuyée sur les institutions et les exemples de nos ancêtres. Pour l'acquérir, il faut l'étudier dans ce recueil immense d'édits, de lois et de rescripts qui fixent le droit des personnes , la propriété des choses, et règlent la manière de terminer les diverses contestations que, dans nos vieilles sociétés, tant d'intérêts divers font éclore. Quel travail , quelle habileté , quelle constance ne devons-nous pas supposer dans l'homme qui se dévoue à cette étude non moins aride que pénible! Où est le fil qui guidera le nouveau Thésée dans cet inextricable labyrinthe ? Mais ce fil , Messieurs , Talon le tenoit dans ses mains. Cette scierice si compliquée^ il la possédoit toute entière; il en développoit les divers éléments avec autant de clarté que de justesse. Les affaires les plus difficiles n'offroientplus de difficultés lorsqu'il les avoit traitées. Etoientelles embrouillées, il en déraéloit habilement tous les fils. Obscures , il les présentoit avec clarté. Surchargées d'incideng, il les débarrassoit de tout ce qui n'étoit pas essentiel à l'instruction ; et les incidens, comme les intérêts divers , venoient se placer sans confusion sur un même tableau.

XXVlij FLOGE

in conciirreritium negotiorum turba nec consilio exhaiiritnr , nec strepltu obtunditur , illiniem qiiemdani et Hmpidiini fontem, qiiem nec repetito hausln exsicare possis, nec crebriore niotu perturbare. Quis enîni eum nnquani vidit aut hserentem in salebroso cnrsu , aut caligantem in oppositis difficultatnm nubibus, aut tergiversantem in arduis, ant in operosis obtuniescentem ? Vos hic appelle, quibus tanto cum adversario decertare contigit contentione dicendi , quoties velocissimo ingenii motu statini occupavit dîcentes, et à sermonis exordio, quis esset cardo cujusque negotii, quis error juris^ aut facti, quis controversiae status , quae rationum futura vis, quae fallacia, aut scopus repente pervidit? quoties cum sœpe meditati, instructique , venissetis de eo argumento, cujus segrè sinus omnes longâ cogitatione penetraveratis , mirati estis Tal^o notiora esse somnia vestra, consilia vestra , quàm vobis ; mirati estis , multo meliora fortuito illi excidere, quam quîE assiduo opère elucubrassetis ?

D OMtR TALON. XXIX

Quelle devolt élre la force de tète d'un jeune orateur qui, dans uu seul et ménje jour , éloil obligé d'étudier et de mettre en ordre tant de procès différents, d'écouter tant de plaideurs, de porter à 1 audience tant de prétentions et d'intérêts; lui , qui ne succomba jamais sous le nombre des causes , ne se trompa jamais dans la discussion, ne fut jamais découragé par la résistance, et fut toujours éloquent, invincible dans la défense ! Vous pourriez comparer le génie de Talon, toujours imperturbable au milieu de la multitude de ses clients , à ces fontaines sans cesse abondantes et toujours limpides, dont on ne peut ni troubler les eaux, ni tarir la source. Le vîtes-vous quebjuefois arrêté parles obstacles ou timide dans les dangers? Eut-il jamais recours à l'artifice , même pour faire prévaloir la vérité; et, lorsque le travail et la peine en auroient arrêté tant d'autres, l'avez-vous vu se livrer à de vaines et ridicules fureurs? Je vous interpelle ici, vous à qui fut donné Tbonneur de lutter contre ce noble adversaire : combien de fois ne l'avez-vous pas vu, par une de ces inspirations qui n'éloient propres qu'à lui , s'emparer de toute l'âme de son antagoniste, présenter, dès l'exorde, le point essentiel de la cause, distinguer l'erreur de fait ou de droit, et, se livrant ensuite à une discussion aussi lumineuse que profonde, commander à ses juges, émouvoir ses auditeurs, déconcerter ses adversaires'^ Combien de fois, lorsqu'après vous élre préparé par des études pénibles et de longues méditations , après avoir creusé votre sujet et l'avoir examiné sous toutes ses faces, vous aviez compté sur un triompbe certain, n'avez-vous pas admiré votre beureux rival, mieux initié que vous dans les mystères de votre propre cause, deviner jusqu'à vos rêves ^ détruire avec la plus grande facilité vos moyens les mieux concertés, et, par une de ces illuminations soudaines qui ne peuvent appartenir qu'au génie, faire évanouir en un instant tout le système d'une défense que vous aviez laborieusemeut combinée?

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