QUATORZIÈME MERCURIALE
Prononcée à la Saint-Martin 1672.
Messieurs ,
Si le véritable dessein de cette cérémonie est de nous remettre devant les yeux les obligations que nos charges nous imposent ; entre le grand nombre de devoirs qui partagent nos soins et notre attention , en pourrions-nous trouver un plus juste , un plus puissant , que de témoigner notre reconnoissance des grâces infinies que nous recevons sans cesse de la main libérale du plus grand roi du monde.? Mais, quelque ardent
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que soit le zèle qui nous anime , notre foiblesse ne nous réduit - elle pas dans l'impuissance de payer une dette si légitime ? A peine Téloqnence des plus célèbres orateurs pouri oit- elle représenter une partie de ses vertus héroïques, de ses actions immortelles; et soit que Ton considère sa piété étendue sur tout ce qui concerne le culte des autels, la pureté de la doctrine et la discipline extérieure de l'Eglise ; son application à lui choisir pour ministres des prélats d'une vie sans reproche et recommandables par leur érudition ; son amour pour la justice , la protection puissante qu'il lui donne en toute rencontre , et la facilité qu'il s'est acquise d'exercer par luimême une si noble fonction de la royauté ; soit que Ton envisage sa fermeté intrépide que rien n'est capable d'étonner, son activité qui ne le laisse jamais oisif, et qui lui fait trouver son repos dans le travail ; sa vigilance qui voit, qui ordonne tout, et qui, du haut de son trône, répand les rayons de sa lumière et ses influences favorables jusqu'aux lieux les plus reculés de son empire ; soit encore que l'on fasse réflexion sur la science de la guerre qu'il possède dans un degré éminent, qu'il met si bien en pratique par sa valeur et par ses soins laborieux, et dont il fait tous les jours des leçons aux capitaines les plus expérimentés; soit, outre cela, que l'on observe ce secret impénétrable qui a toujours rendu infaillible le succès de ses entreprises , et
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cette prévoyance qui les a tellement concertés , que ses progrès sont devenus plus rapides à mesure que la terreur de son nom lui a suscité de nouveaux adversaires ; soit que Ton examine d'ailleurs les ressorts et les mouvements de cette prudence éclairée, qui n'est ni timide ni présomptueuse , et qui perce si avant dans l'avenir, que ses conjectures et ses jugements tiennent quelque chose de la certitude des oracles ; soit aussi que l'on remarque sa tendresse pour ses peuples, et son impatience de les rendre heureux , qui lui a fait souhaiter et conclure la paix, lorsque rien ne pouvoit plus s'opposer au torrent impétueux de ses armes victorieuses ; soit enfin que l'on attache sa vue sur cet air majestueux, sur cette douceur charmante qui lui concilient les cœurs et qui augmentent le prix de ses bienfaits ; sur cette sagesse consommée qui sert de flambeau et de guide à toutes ses démarches, (jui empêche qu'il ne se laisse éblouir dans sa plus haute élévation, et, pour tout comprendre en un mot , sur le mélange des qualités illustres et divines , qui ont porté sa réputation dans l'un et l'autre hémisphère, tout cela, disons-nous, forme un objet si grand, si éclatant, que la rhétorique n'a point de termes assez pompeux , ni de figures assez hardies pour en parler avec dignité.
Qui oseroit, en effet, non pas entrer dans le détail, mais effleurer légèrement une partie de
ce (jifa fait cet auguste prince, tant pour réformer, par une sage économie, les abus qui s'étoient glissés dans les finances, les mettre dans un ordre où elles n'avoient jamais été depuis la naissance de la monarchie , que pour abréger la longueur des procédures judiciaires, les rendre certaines et uniformes dans toute Tétendue de son royaume, composer un nombre infini de règlements sur toute sorte de matières , et unir ainsi , par un agréable concert, les titres de législateur, de victorieux et de conquérant ?
Quelles couleurs assez vives et assez brillantes pour peindre tant de combats donnés en Flandre et en Allemagne, tant de batailles gagnées, ce fameux passage du Rhin , les attaques de la Franche-Comté, la prise de Maëstricht, de \alenciennes, de Cambrai, de Saint- Omer, de Gand , et de tant d'autres places fortifiées par Tart et par la nature ? Et les circonstances qui rendent ces conquêtes autant utiles que glorieuses , ne sont -elles pas tellement au-dessus de toute sorte d'éloges , que ce qui passe pour exagération et pour hyperbole en terniroit le lustre ^ N'est-ce pas ce qui fait qu'après mille vains efforts, il ne nous resle qu'à honorer par un silence respectueux cette longue suite d'exploits signalés et d'événements mémorables qui nous causent tant d'admiration et de joie?
Mais, puisque la religion nous enseigne que, pour offrir un sacrifice agréable à la Divinité . il
ne faut ni victime ni parfums ; qu'il ne suffit pas d'entonner des cantiques de louange, et qu'il vaut mieux imiter ses attributs et accomplir ses préceptes , que de lui présenter des holocaustes , quel moyen plus assuré de mériter l'estime de notre invincible monarque , que de suivre les exemples qu'il nous propose ; que de distribuer également à tous ses sujets le feu sacré dont il nous a confié la garde ; que de faire exécuter ses ordonnances, d'en être les interprètes, de punir les crimes, de réprimer la violence , et de maintenir la police sous son autorité ?
Les soumissions apparentes que l'on rend aux souverains, et tout ce que la flatterie invente pour leur plaire , ne sont que des déguisements et des artifices , quand on se dispense d'obéir aux lois qui sont les plus fermes appuis de leur couronne; qu'on les méprise ouvertement, ou que , sous des prétextes spécieux , on en élude rexécution. Malheur à ceux, dit l'Ecriture, qui se plaignent qu'on les veut assujétir à un joug trop pesant, que les avertissements qu'on leur donne sont trop austères : Qui fingis laborem in prœcepto{v); et qui par là cherchent des excuses à leur paresse ou à leur libertinage î C'est une erreur, c'est une espèce de blasphème de dire que les commandements de Dieu, qui nous viennent du ciel par le canal des intelligences char-
(i) Psalm, çj?) , Y. 20.
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gées de présider à nos destinées, sont quclquefcus .mposs.bles aux hommes justes qui n'omettent aucune d.hgence pour les observer.
^' '» délicatesse de quelques-uns est telle que le fardeau de la magistrature les accable, rien ne les empêche de s'en décharger; et n'Jst-ce pas une .mprudence d'entrer dans le sénat , sans avoir auparavant éprouvé ses forces et son courage , sans avoir une capacité suffisante, sans être pourvu des autres talents nécessaires pour exercer avec approbation un emploi si illustre? II n est point d'ailleurs de difficultés que l'hat.tude et une forte résolution ne puissent surmonter. L assiduité qui nous paroît une espèce de gène et de servitude, étoit bien autrement exacte dans le siècle passé. Alors un officier ne s absento.t ,amais sans permission , pendant le cours du Parlement. Si l'on a relâché quelque chose de cette rigueur, il faudroit au moins ne pas abandonner le Palais par de longues éclipses, et faire ensorte qu'on ne voie plus, comme l'année dernière , les audiences, et surtout celles de la Tournelle civile , cesser plusieurs fois avec beaucoup d indécence et de scandale, parla neghgence de ceux qui doivent y assister ; ce qui seroit capable d'exciter l'indignation de^ puissances qui nous gouvernent.
Quand on recherche la cause de ce désordre ce sont plutôt des amusements et des bagatelles' que des afiaires sérieuses qui nous arrêtent, et