‹ Œuvres d'Omer et de Denis Talon \Chapitre 8 sur 45 · DEUXIEME DISCOURS · texte numérisé non relu

DEUXIEME DISCOURS

Prononcé à l'ouverture des grands jours d'Auvergne , tenus en i665, contre les seigneurs et les juges qui accabloient les vassaux et les justiciables.

ESSIEURS ,

Pour si infinie que paroisse la multitude et la variété des choses capables d'occuper nos affections et nos connoissances, on les peut néanmoins toutes réduire à deux : à celles qui sont proches de nous et celles qui en sont éloignées; et rien n'est si admirable dans la nature, que les différentes impressions de tristesse ou de joie , d'inquiétude ou de repos , d'amour ou de haine que cette distance ou cette proximité produit dans nos esprits et dans nos cœurs.

Les sens, comme les plus matériels, n'agis^ sent que sur des objets présents : il faut que les parties destinées aux fonctions de l'attouciie-

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ment et du goût reçoivent l'impression des corps qui les approchent sans intervalle et sans milieu, autrement ils ne les connoîtroient point. L'odorat souffre un peu plus de distance ; la vue et l'ouïe davantage , toujours néanmoins dans un espace encore modéré. Il n'en est pas ainsi des facultés intellectuelles : la mémoire porte son souvenir dans les temps les plus reculés ; l'esprit et l'imagination n'ayant besoin que de la seule image des choses pour les comprendre , qu'elles soient présentes, qu'elles soient absentes, elles en sont connues également.

Le même effet que produit l'éloignement ou la proximité des objets à Tégard des lumières naturelles , se vérifie encore dans l'ordre du gouvernement politique ; quelques-uns ont cru que plus les souverains setenoient absents et se rendoient invisibles, plus le respect des peuples devenoit religieux et les idées que l'on en concevoit magnifiques.

C'est par cette maxime que l'on a vu , que l'on voit encore à présent tant de princes d'un accès si difficile ; ils s'imaginent que leur cabinet est un voile mystérieux qui couvre tous leurs défauts , et que la rareté de leur présence augmente le prix de leur mérite. Telle étoit, au sentiment de Kuper, la pensée du superbe Assuérus , qui ne s'exposoit presque jamais aux yeux du public, ne, dit ce grand homme, vilior Jieret e.x usu publia cœ visionis.

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Dans celte retraite orgueilleuse, ils s'érigent en fausses divinités , leur seul nom imprime de la terreur; toutes leurs colères semblent des foudres, et, cachant tout ce qu'ils ont de foible et d'humain, l'on révère ce qu'on ne connoit point, et Ton ne conçoit pour eux que de l'admiration et de la crainte , parce que rien ne paroit d'eux qu'une autorité sévère , et des mystères où l'on ne peut atteindre. Mais cette circonspection ne peut être utile qu'à l'égard des puissances barbares dont la présence découvrant les imperfections, diminueroit lewr estime, et qui, ressemblant aux spectres de la nuit, per* droient une partie de leurs grandeurs, si l'on s'en pouvoit approcher de plus près. Il n'en est pas ainsi des princes parfaits et magnanimes : mieux ils sont connus , plus ils sont vénérables ; plus ils se communiquent, plus ils paroissent adorables , soit que cette communication se fasse par la montre précieuse de leurs sacrées personnes , soit par de vivantes images sur lesquelles ils impriment le caractère de leur puissance et auxquelles ils font part de quelques rayons de leur souveraine autorité, c'est-à-dire par des officiers qu'ils destinent comme leurs truchements et leurs organes , pour répandre sur la terre cette pluie féconde de la justice qui fait et la sûreté et la gloire des Etals , et la félicité des siècles heureux : Bonitatem seculi non de tempesiatlbus, sed de niagistratibus œsiimandam.

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Le monarque est dans son empire comme le soleil dans le monde. Ce roi des planètes, bien qu'attaché à sa sphère, n'éclaire pas seulement les astres voisins; mais, poussant sa vertu jusque dans le centre de la terre , là il produit les métaux, ici il fait croître et fructifier les plantes; d'un côté il excite des tremblements , et de l'autre il allume des feux capables de faire des embrasements effroyables : telle est l'étendue de la puissance du souverain, toujours présente en toutes les parties soumises à sa couronne.

Ce n'est pas dans les ténèbres que l'astre di» jour étale sa splendeur et fait briller son plus grand éclat , c'est dans le milieu de sa carrière , et lors qu'étant parvenu à son midi, ses rayons tombent aplomb sur nos têtes. H y a des temps où l'on diroit que sa force est perdue et sa lumière éclipsée; mais quand, après un si long éloignement , il revient et semble renaître sur notre hémisphère , pour lors nous jouissons en liberté de son agréable présence ; pour lors il nous fait ces beaux jours, il nous donne ces longues chaleurs, sources inépuisables de richesse et de fécondité ; et cette ardeur qui achève la maturité des fruits , qui remplit nos greniers d'une moisson abondante, qui réjouit toute la nature, est encore la même qui fait tarir les petits ruisseaux et sécher les plantes inutiles.

Quel portrait plus naïf de la démarche de notre invincible héros et des progrès glorieux

que cet astre benln a faits dans sa course depuis qu'il s'est levé sur Thorizon de cette monarchie ' Quelle saison plus difficile et quel temps plus rigoureux que celui dans lequel sa lumière a commencé de paroître ! Jamais le ciel fut-il plus armé de foudres, ni l'air plus troublé de vapeurs et plus agité de tempêtes? Quels jours plus ténébreux? quelles nuits plus longues et plus fâcheuses ? Partout désordre , partout licence et impunité ; partout misère et désolation ; mais on l'a vu surmonter tous ces nuages qui s'élevoient du sein de la terre dans la moyenne région , et ramener partout le calme et la sérénité.

Après donc tant de villes forcées et tant de provinces réunies à sa couronne ; après avoir compté le nombre de ses victoires par celui de ses batailles ; après avoir porté l'éclat de ses actions immortelles et la terreur de son nom aux extrémités du monde ; après avoir donné la paix à toute l'Europe , et réparé toutes les ruines que ce long hiver avoit laissées ; après avoir par-dessus tout cela recherché les malversations commises dans l'administration des finances , racheté les nouvelles rentes qui rendoient toute la France tributaire du luxe de Paris , rétabli les manufactures et le commerce , délivré la mer de l'insolence des pirates , protégé l'Eglise , secouru ses alliés et dompté l'orgueil des troupes infidèles qui menaçoient l'Allemagne ; après enfin tant de prodiges et de miracles consacrés à la gloire

Denis Talon. H. j,

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et à la réformation de son Etat, que pouvoit-il concevoir de plus important et de plus illustre que de faire part de son irradiation aux provinces éloignées du siège de l'empire , d'en reconnoître les besoins soit par lui - même , soit par le ministère de personnes d'une fidélité éprouvée, commençant par celles où le mal est plus grand et le secours plus nécessaire ; à l'exemple de ce grand vase de lumière dont la chaleur, bien qu'également favorable à toutes les choses qui lui sont inférieures , redouble toutefois son activité quand il faut percer des nuages dont l'opiniâtreté et l'épaisseur ne pourroient être vaincues , ni dissipées par un effort ordinaire ?

Que si , entre plusieurs pro^^nces qui gémis» sent depuis long -temps dans l'oppression, celles-ci ont été plutôt choisies pour servir de théâtre aux premières représentations de l'innocence protégée et de la violence punie, ce n'est pas tant un effet de la nécessité qu'ime marque de cette autorité bienfaisante qui , à l'imitation de la chaleur naturelle, ne fait jamais mieux éclater sa vigueur que lorsque , non contente de conserver les parties nobles, elle porte sa vertu salutaire à celles qui sont le plus éloignées des principes de la vie. Ainsi , au même temps que notre auguste prince donne un accès libre et facile à ceux qui implorent sa protection ; au même temps qu'il écoute lui-même leurs plaintes, et

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soulage leur misère de ses propres mains ; au même temps encore il a voulu former un corps d'élite tiré de la même compagnie qui , par la sainteté et la droiture de ses jugements, peut être appelée l'oracle de la France, pour Taire sentir les influences de son secours aux lieux qui ne peuvent être favorisés de sa présence , pour donner par préférence à cette province , le privilège de recevoir la justice dans son propre sein, de la trouver sans fatigue, de la demander sans crainte et de l'obtenir sans délai ; et tout cela avec une certitude infaillible de goûter tous les fruits que cette fille du ciel attire à sa suite , tels que sont le maintien des personnes foibles et abandonnées, contre la persécution de celles qui leur font injure, la défense des lois et des magistrats contre l'audace et la rébellion des hommes qui les méprisent; le rétablissement de la sûreté publique et particulière contre les assemblées illicites , la force et la violence.

Ce ne sont pas des mains étrangères ou suspectes que notre monarque destine à cet emploi; ce sont les mêmes sur lesquelles repose continuellement sa puissance, et auxquelles il a confié la garde des lois et le précieux dépôt de la justice. Car quelques-uns ont cru que les grands jours ont donné naissance aux parlements, non sédentaires en leur origine , et que cette forme de terminer les procès est tirée de l'ancien usage des assemblées dont parle Jules-César dans ses

Commentalies ; d'autres veulent que rînstitatîori en soit plus nouvelle , et que leur établissement n'ait commencé que depuis trois siècles. Mais, fians entrer dans cette dispute, ce corps de réserve possède et le nom et l'autorité toute entière du sénat. Fortifiée par un nouveau concours de la puissance souveraine, elle est d'autant plus digne de révérence qu'elle est et présente et absente en même temps, et ceux qui méprisent avec plus d'orgueil les armes ordinaires de la justice , doivent d'autant plus trembler aux nouveaux bruits de ces foudres et aux premiers éclats de cette vengeance tant divine que royale , qui porte toujours la mort et la destruction sur tout ce qu'elle frappe.

Mais ce qui doit inspirer plus d'obéissance et de vénération pour ces lumières ardentes et ces feux animés , c'est leur rare mérite et leur incorruptible probité. Ces rayons vivants de la majesté souveraine , choisis dans le temple le plus auguste de la justice , abandonnent le repos que leur promettoit le sommeil des affaires publiques ; ils se privent de la douceur de la campagne pour venir, le flambeau à la main , éclairer ceux <|ui habitent dans une région de ténèbres, et leur donner une nouvelle vigueur par les douces influences d'une chaleur modérée, ou les consumer si , par l'excès des crimes , elle se trouve injustement irritée.

Nous avons un prélude de cette vérité dans le

psaume g6 , lequel , bien que sans titre, se trouve néanmoins avoir été composé par David au retour (le ses victoires. Ce prince, après avoir fait sentir aux rebelles et aux étrangers la pesanteur de son bras , et donné la paix au peuple d'Israël , chanta ce beau cantique qui commence Dominus regnavit,....moveatur terra ; et dans ce saint enthousiasme, il publie les louanges du Seigneur, il rapporte à la gloire du ciel le succès de ses entreprises et de ses armes , et fait , en peu de mots , un fidèle récit du progrès de ses triomphes dont tous les degrés sont autant de crayons et de voies par lesquelles notre Hercule gaulois s'est rendu paisible dans son Etat et formidable à ses ennemis ; si bien que nous pouvons dire , usant des termes de ce prophète , que ses conseils ont été profonds , ses pensées impénétrables , ses desseins mûrement concertés et toujours heureux ; que la justice est le premier fondement de son trône ; qu'il est la terreur des méchants ; que le feu qui dévore tout , marche devant sa face ; que les éclairs et les foudres l'environnent de tous côtés ; que la terre s'en est émue, que les princes les plus fiers , que les montagnes les plus orgueilleuses ont fait joug à son autorité, et se sont humiliés pour éviter son indignation ; que le ciel partout a pris ses intérêts , a combattu pour lui ; que Sion, figure de l'Eglise et glorieuse de sa protection , par des hymnes d'allégresse célèbre le triomphe de ses dernières victoires

qui ont arrêté le progrès des légions barbares ., et empêché la ruine et la désolation de l'empire.

Mais, après tant de trophées et d'acclamations publiques , une chose reste encore à désirer pour le dernier fruit de ses travaux, pour le couronnement et l'entière consommation de sa gloire , savoir: que lux orta estjusto, qu'une lumière se lève, ou plutôt, comme parle la version littérale de la langue sainte : lux sparsa est justo , qu'une lumière se répande sur les hommes justes ; qu'ils soient tous environnés et comme pénétrés d'une clarté nouvelle ; qu'elle dirige leurs pas et donne une profonde paix à leurs consciences , afin de vérifier cet oracle d'usage : J^ia justorum sicut $emita splendescens , et crescit usque in perfectum diem, que le chemin des justes est un sentier tout brillant ; que plus ils y marchent, plus ils acquièrent d'intelligence , et que leur perfection , croissant tous les jours par une application continuelle aux fonctions de la justice, ils devien-^ nent eux-mêmes comme des astres luisants^ capables d'éclairer et de conduire les autres.

Il n'en est pas ainsi du jour qui paroît sur la tête des impies : c'est un flambeau qui s'éteint aisément; c'est un feu toujours pernicieux et qui ne sert qu'à faire des incendies. S'il en sort quelque flamme, elle s'évanouit aussitôt; elle se con> vertit en une noire et épaisse fumée capable d'obscurcir le soleil dans son midi, et d'empester tout par Finfection de sa mauvaise odeur. Si

<ionc ce rayon de Tesprlt divin , cette étincelle de probité et de lumière que le plus sage des rois appelle une loi domestique gravée dans le fond de nos cœurs, vient à s'alfoiblir peu à peu, par le désordre de nos affections corrompues ; si Tintérét particulier, unique source de toutes les contentions , menace notre raison d'une éclipse si funeste, de qui pouvons-nous attendre un secours plus puissant que de la lumière et de la force de la loi , confirmées par les illustres fonctions de la justice, qui seules peuvent servir de barrières entre les bons et les méchants, entre Tinnocence et le crime ?

C'est particulièrement pour être les dépositaires de ce précieux trésor, que les rois ont été établis sur la terre et élevés au-dessus des autres hommes : c'est pour en faire part à leurs principaux officiers par un épanchement ou plutôt par une réflexion de cette lumière souveraine, laquelle n'étant point séparée de son centre, conserve toujours la dignité et la vigueur de son origine. Il n'en est pas ainsi des magistrats subalternes et qui administrent la justice dans les provinces éloignées : bien que, descendant par une ligne droite, il ne puisse souffrir aucune altération, la force de ce rayon de la suprême autorité ne laisse pas de diminuer, lorsqu'une trop longue distance le dilate et l'oblige d'occuper un plus grand espace de lieux. Comme l'interposition d'un corps opaque suffit pour empê-

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cher que nous ne recevions une libre effusion (le la lumière ; ainsi la violence et le crédit dont se servent les personnes de condition , pour opprimer les peuples et commettre toute sorte de crimes, joints à la foiblesse et à la connivence des magistrats , forment tant d'obstacles au passage de cette divine lumière, que la licence de mal faire est devenue générale, et les ténèbres de Finjustice ont couvert toute la face de la terre. Nous ne doutons pas néanmoins que les maîtresses roues qui font jouer les principaux ressorts de cette importante machine, n'aient été fort régulières dans leurs mouvements ; c'est aussi ce qui nous persuade qu'elles recevront avec plus de satisfaction et de fruit les instructions, les maximes et les exemples d'intégrité et de courage que cette auguste compagnie leur donnera; que le goût qui leur en demeurera leur sera continuellement délicieux; que la bonne odeur s^en conservera avec soin ; que l'idée en persistera à jamais fidèlement gravée dans leur mémoire, et que les monuments qui en resteront, se rendront éternels par le témoignage de ceux qui, en ayant été et les spectateurs , et les auditeurs , et les admirateurs tout ensemble, en transmettront de race en race le souvenir jusqu'à la dernière postérité ; en sorte que l'on pourra dire à la gloire du Roi, à l'honneur du parlement et au repos perpétuel de ces provinces, ce que chantoit autrefois David dans le psaume qu'il

semble avoir consacré au panégyrique de la loi. Là, après avoir fait paroître l'éloquence du ciel pour rinstruction des hommes , après avoir regardé le firmament et ces sphères qui roulent sur nous, comme autant de chefs-d'œuvre qui annoncent la grandeur de leur ouvrier, et admiré le soleil comme un tabernacle, ou, pour mieux dire, comme un trône d'où, comme d'une abîme de lumière, s'épandent de toutes parts un nombre infini de rayons; enfin, pour toute conclusion, il décide que la loi est une beauté sans tache , qui, par la force de ses charmes, convertit les coupables et sanctifie les innocents; que ses préceptes sont fidèles et capables d'inspirer la sagesse aux enfants; que ses menaces engendrent une crainte toute pure et désintéressée, puisqu'elle n'est fondée que sur l'amour; que ses jugements se justifient par eux-mêmes, et que, bien loin de causer de l'amertume dans l'esprit de ceux qui les observent, elle leur donne de la tranquillité et de la joie, parce qu'ils lui consacrent leur cœur et toutes leurs affections, qu'ils trouvent ses enseignements et ses conseils plus doux que le miel, et en font y)lus d'estime que des plus riches trésors , et des métaux les plus précieux.

Piecevez donc avec respect ces grandes lumières qui vous visitent. Leur unique but est d'exécuter les ordres de celui qui les envoie, d'éclairer votre horizon, de purifier l'air qu'on y

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respire, d'en modérer l'intempéne, et d'en bannir la corruption. Rendez mille actions de grâce à ce soleil de justice qui vous donne des marques si visibles de sa protection j priez le ciel de verser mille bénédictions sur sa tête sacrée, de multiplier ses jours d'un grand nombre d'années, de combler cette longue course et ce règne glorieux de toutes sortes de félicités, et de faire que ces vœux que nous concevons en sa faveur, soient comme autant de vapeurs élevées dans l'air, qui retomberont sur lui en rosées de grâces et de prospérités. Quels souhaits pourroient être plus justes , puisqu'il est vrai que , par l'établis^ sèment de ce tribunal, il rend la voix à ceux dans la bouche de qui elle sembloit étouffée ; qu'il redonne la liberté que les menaces et la crainte de l'oppression avoient tyranniquement enchaînée ; qu'il rétablit l'ancienne splendeur dans les trois ordres de son Royaume, d'où elle étoit depuis long-temps éclipsée, remettant ainsi tout le monde en état de pouvoir vivre paisible et heureux, chacun selon sa mesure et sa condition !

Après toutes ces espérances, saurions -nous plus glorieusement couronner ce discours, que par cette illustre période d'un grand prophète, lequel parlant de la sévérité des jugements de Dieu sur ceux qui attirent son indignation et sa colère, et de fabondance de ses grâces sur ceux qui observent les commandements de la loi , dit :

Omnes superbi ; et omnes facientes impietatem stipula : et injlonirnabit eos dies ^eniens.,,. et orictur vobis timentibus nomen meum soljustitiœ. (Malach., c. 4, V. I et 2.)

Mais parce que tous ceux qui sont assis sur les fleurs de lys, et qui ont part au sacerdoce de la justice, doivent concourir à l'exocution de ce dessein, non pas par des vœux inutiles et en levant au ciel des mains oisives , mais par un mouvement régulier et un travail assidu; pour ce sujet nous exhortons les avocats d'user avec autant de probité que de chaleur, de ces vives et pénétrantes lumières qui rendent leur condition si illustre et leur mérite si recommandable. Nous les conjurons de secourir indifféremment tous ceux qui demanderont leur conseil, ou qui imploreront leur assistance; et comme l'importante fonction qu'ils exercent est une des principales de la justice, elle désire aussi des esprits perçants et faciles, un jugement solide et un zèle non moins religieux que brûlant. Pour cela, nous souhaiterions que le même ange qui, avec un charbon pris sur l'autel, toucha autrefois les lèvres d'un prophète pour le rendre capable de son ministère, purifiât, et en même temps embrasât les vôtres, pour vous donner autant de ferveur qu'en doivent avoir tous ceux dont le plus noble emploi consiste à défendre la foiblesse, à détruire la calomnie et à proléger l'innocence.

Quant à nous , Messieurs, nous aurions à dé-

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