‹ Œuvres de Adam MickiewiczChapitre 100 sur 105 · XX11I · texte numérisé non relu

XX11I

Gouverneurs de la France et docteurs de la France, vous qui parles de liberté et servez le despotisme, vous serez jetés entre le despotisme étranger et votre peuple comme une barre de fer froid entre l'enclume

et le marteau.

£t vous serez battus , et vos scories et vos étincelles jailliront jusque sur les frontières du monde, et les peuples diront : « Certes , il doit y avoir là un grand battement comme dans une forge infernale. »

Et vous crierez au marteau, à votre peuple : « Peuple , pardonne et cesse de frapper, car nous avons parlé de liberté. » Et le marteau dira : « Tu as parlé d'une manière cl lu as agi de l'autre.» Et il retombera sur la barre avec une force nouvelle.

Et vous crierez au despotisme étranger comme à l'enclume inexorable ; « O despotisme! nous t'avons servi , adoucis-toi et creuse-toi afin que nous puislions nous cacher du marteau. » Et le despotisme dira : « Tu as agi d'une manière et tu as parlé de Tau- Ire. » Et il vous présentera sa tranche dure et glacée, et la barre sera battue et aplatie, et personne ne la re» connaîtra.

Gouverneurs de l'Angleterre et docteurs de l'Angleterre, vous vous enorgueillissez de votre naissance et vous dites : « Mon aïeul a été lord et mon bisaïeul roi; vivons donc en bonne intelligence avec nos proches , rois et seigneurs de l'Europe. » Mais un jour viendra où vous crierez au peuple : « Fais-nous grâce de la vie , car nous n'avons eu dans notre famille ni roi , ni lord , pas môme un esquire. »

Et vous, négociants et boutiquiers des deux nations, affamés d'or et du papier qui donne l'or, vous avez envoyé votre monnaie pour la répression de la liberté , et le jour viendra où vous lécherez votre or et vous mâcherez votre papier, et personne ne vous enverra ni du pain ni de l'eau.

Vous avez entendu parler de ces famines durant lesquelles les mères dévoraient leurs enfants ; mais votre faim sera plus alroce , car je vous le dis , en vérité, vous couperez les oreilles à des hommes vivants et à vous-mêmes, et vous les ferez rôtir et vous les mangerez. Car vous avez mérité d'avoir les oreilles coupées comme des infâmes.

Voilà les livres de la nation polonaise et des pèlerins polonais non inventés , mais recueillis dans les histoires de la Pologne et dans les écritures, et dans les traditions , et dans les enseignements des polonais pieux et dévoués à la patrie : martyrs , confesseurs et pèlerins ; et çà et là quelques choses par la grâce de Dieu.

Relisez-les , frères d'armes et croyants , et que vos anciens , ceux d'entre vous que vous appelez bas-officiers ou sergents, vous les éclaircissent et les expliquent.

Car vos chefs sont comme les pères d'une nombreuse famille, occupés tout à la fois de leurs enfants, de leur maison et de vos affaires.

Mais vos bas-officiers sont comme les guides et les nourrices de leurs jeunes frères d'armes , et sont toujours à leurs côtés pour veiller sur eux.

Ils ont commencé la guerre des peuples , et Dieu aidant, ils la finiront heureusement.

Ainsi soit-il.

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