‹ Œuvres de Adam MickiewiczChapitre 99 sur 105 · DES POLONAIS · texte numérisé non relu

DES POLONAIS

arbres doit d'abord les incliner ; inclinez donc yos raisons orgueilleuses, et vous aurez la paix.

Dans vos fêles n'imitez pas les idolâtres ; car les idolâtres parmi lesquels vous vivez célèbrent les anniversaires de réjouissance et de deuil toujours de la même manière , c'est-à-dire en mangeant et en buvant: le ventre et la table sont leurs dieux et leurs autels.

Vous, au contraire , célébrez vos anniversaires , la fête de l'insurrection * , la fête de Grochow **, la fête ,de Waver *** , selon les mœurs des aïeux, en allant le malin à l'église et en jeûnant tout le jour.

Et l'argent épargné ce jour sur votre table, donnez-le à vos anciens pour en nourrir votre mère, la patrie. Et pour une pareille solennité , vous n'aurez besoin ni de la permission d'un magistrat , ni de louer une grande maison, ni de vous rassembler tumultueusement sur les places publiques.

Dans vos costumes n'imitez pas les idolâtres -, car les idolâtres parmi lesquels vous vivez veulent rendre la magistrature respectable non par le dévouement, mais par le costume -, et ils la cousent dans la pourpre , dans l'hermine, la rendent semblable à une fille de joie toute fardée et toute parée, qui plus elle devient laide , plus elle met de soin à sa toilette.

Vous autres portez des polonaises d'insurgés, vieux

* Le 29 novembre 1830.

** Victoire remportée par 30,000 hommes de troupes polomises sur 100,000 hommes de troupes russes.

*M victoire remportée le vendredi-saint et la veille de Pâques en 1831.

el jeunes, car vous êtes tous soldait de la patrie insurgée , et en Pologne c'était le costume que Ton Donnait aux mourants *,

Et beaucoup d'entre vous mourront dans le costume d'insurgés. Et que tous soient prêts à mourir.

Qui donc ne reconnaîtra pas sous la polonaise d'iusurgé l'homme qui a vaincu à Waver, el l'homme qui a vaincu à Stoczek, et l'homme qui a opéré sa retraite avec l'armée lithuanienne, et l'homme qui a commandé le régiment de Yolhynie, et l'homme qui a dit dans les premiers jours de l'insurrection : « Jeunes gens, exécutez votre projet ^ allez et combattez! » et ces mômes jeunes gens qui les premiers chassèrent le tyran**, et l'homme qui le premier a crié : *A bas Nicolas!)) Leurs noms sont assez connus par le monde.

Et qui sait comment s'appelle le roi de Naples ou le roi de Sardaignc, quoiqu'ils portent la pourpre royale? qui connaît les noms des fils de rois dans les autres pays et les noms des maréchaux, des généraux, porteurs de bâtons et de rubans ? Personne ne les connaît.

Et si Ton en connaît quelques-uns, ce n'est que parce qu'ils se distinguent par leur dépravation et leur turpitude, comme dans une petite ville on sait les noms du fameux bandit et du célèbre escamoteur, et du bateleur qui court les rues pour divertir le peuple.

• Le nom polonais de cet habit est czamara (prononcer Ichamara).

•* Les dix-sept conjures du Belvédère.

El lelle est la renommée du tzar Nicolas, et du petit tzar don Miguel, et du pclil tzar de Modéne, et de beaucoup de rois et de minisires que vous connaissez.

Portez donc les polonaises d'insurgés.

El celui qui doit niellrc un costume plu$ somplucux et qui en a les moyens , qu'il agisse ainsi qu'il suit : si le vêtement coûte dix écus, après l'avoir payé qu'il dépose dix autres écus pour le vêtement de la pairie. Vous ferez de môme quant à votre nourriture v.i à voire logement, qui seront ceux des soldats, et vous soumettrez tout ce qui dépasse l'ordinaire d'un soldat à un impôt bénévole.

Et toutefois ne contrôlez pas les autres dans leur nourriture, leurs habits et leur logement ; mais ayez soin de vous-mêmes, car ce conseil a été écrit alin que vous l'appliquiez non pas aux autres , mais à vous-mômes.

Soyez indulgenls envers les autres et sévères envers vous-mômes ; car selon que vous jugez les autres, vous-mêmes serez jugés.

Considérez encore le mystère suivant :

Que celui qui juge son prochain avec trop de rigueur pour une faute soit de timidité, soit d'incurie, soit de versatilité, est sur le point de tomber dans la même faute et sera jugé de même par les autres.

C'est un mystère que certain polonais pieux a pénétré et qu'il vous révèle.

Un poltron est taxé le plus sévèrement par d'autres poltrons, un voleur par d'autres voleurs ; un fou est surtout bafoué par d'autres fous.

L'homme sage et courageux est indulgent dans set

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paroles : toutefois s'il devient chef ou juge, et si le peuple arme ses mains du glaive, alors il est sévère, il juge et punit selon sa conscience, car le peuple entier décrète par sa bouche , et la main du peuple lue avec son glaive.

Et l'homme vain est sévère dans ses paroles tant qu'il n'est pas sorti delà foule; et dès qu'il devient ancien du peuple et juge, alors il trahit son peu de valeur, car il est craintif et indulgent, et il ne juge pas selon le cœur du peuple , mais selon ses amitiés et ses haines.

Si vous dites injustement de quelqu'un : « C'est un traître! » ou si vous dites injustement : « C'est un espion ! » soyez certain qu'au môme instant d'autres disent de vous la môme chose.

Ne vous divisez pas en Ire vous en disant : « Je suis de l'ancienne armée et toi de la nouvelle ; j'ai été à Grochow et à Ostrolenka, et tu n'as été qu'à Ostrolenka; j'ai été soldat, et tu n'as été qu'insurgé; je suis Masour *7 et tu es Lithuane. »

Que ceux qui parlent ainsi lisent dans l'Évangile la parabole des ouvriers qui vinrent travailler à la vigne, les uns appelés dès le matin, les autres à midi, et les autres le soir, et qui tous reçurent le même salaire. Et ceux qui arrivèrent les premiers portèrent envie aux autres ; et le Seigneur leur dit : « Hommes envieux , qu'est-ce à dire? n'avez-vous pas reçu votre salaire ?

* Habitant de la Mazovie, province polonaise, dont Varsovie est la capitale.

Vous trouverez beaucoup de fil» de soldats chez les étrangers ; mais il n'y a que parmi vous des fils d'insurgés. '

Le Masour et le Lithuaoe sont frères : les frères se qucrellenl-ils entre eux parce que l'un s'appelle Ladislas et l'autre Yitold? Ils ont un même nom , celui de Polonais.

Ne vous disputez pas concernant vos mérites, vos grades et vos décorations.

Une fois , des soldats pleins de courage livraient assaut à une ville : une échelle fut dressée contre le mur, et l'armée s'écria : Le premier qui mettra le pied sur le mur aura la grande croix du mérite militaire.

La première escouade accourut ; et comme chacun voulait monter le premier à l'échelle, ils commencèrent à se débattre entre eux -, ils renversèrent l'échelle et furent tués un à un du haut des murs.

Une seconde échelle fut dressée , et une seconde escouade accourut; et celui qui sauta le premier sur les échelons fut suivi par ses camarades sans que personne s'y opposât.

Mais le premier soldat ayant parcouru la moitié de l'échelle se sentit défaillir-, il s'arrêta en obstruant le chemin aux autres. Celui donc qui le suivait se débattait avec lui et l'enleva de l'échelle , et le jeta en bas, et fit rouler tous les autres : il se fit un grand désordre, eUous furent tués du haut des murs.

Alors on ajusta une troisième échelle, et la troisième escouade s'élança pour monter. Le premier soldat fut blessé, et ne voulait plus avancer; mais celui qui le suivait Omit un homme robuste et de taille géante. Donc* sans rien dire, il saisit le chef de file à bras le corps et le porta devant lui eri se couvrant avec son fardeau comme avec un bouclier * et le posa debout au sommet du mur : sur quoi, les autres arrivèrent à la file, et la ciladelle fut emportée.

Et ensuite l'armée se réunit en conseil de guerre et voulut décerner la grande croix à ce soldat vigoureux. Mais il leur parla ainsi :

u Camarades , vous avez proclamé que le premier d'enfre vous qui mettrait le pied sur le mur recevrait la décoration, et voici un soldat blessé qui est monté avant moi : à lui donc la décoration ; c'est par lui que Dieu a conquis la ville.

u Ne l'eslimei pas h la légère en disant qu'il ne doit la première place qu'à l'agilité de ses jambes , car l'agilité est une qualité du soldat aussi recommandalle que la force et le courage»

« Ne dites pas qu'il n'a rien fait , car s'il n'eût pas été blessé devant moi, c'est moi qui aurais reçu la blessure s et peut-être aujourd'hui la ville tie sertit pas entre nos mains. Et celui qui couvre et défend est égal en tout à celui qui combat* et le bouclier vaut le glaive. Reprenez votre décoration, car tous savent ce que j'ai fait*06, a

Dieu donne la vicloire en se servant de l'agilité de l'un , du courage de l'autre , de la force d'un troisième ; et dès qu'un homme habile ou fort au lieu de

pousser eu haut son camarade le jette à bas, il fait naîlre le désordre et la défaite , et s'il se vante de son mérite il sème la discorde.

Que chacun de vous donne à la patrie son talent comme il jette son aumône dans un tronc , en secret et sans dire combien il donne. Il viendra un jour où le tronc sera rempli , et Dieu tiendra compte à chacun do ce qu'il aura déposé.

Mais si vous vous glorifiez d'avoir déposé tant , les hommes se riront de vous et reconnaîtront que vous n'avez fait don de votre talent que pour vous en prévaloir.

Les services rendus à la patrie sont comme la poudre à canon.

Celui qui répandra la poudre sur une grande étendue et rallumera, ne produira qu'un éclair sans force, sans bruit et sans effet.

Mais celui qui mettra la poudre en terre, l'enfouira profondément, rallumera, non-seulement bouleversera la terre et la mer avec bruit et plein succès, mais de plus les hommes , témoins de l'explosion , se diront : « Certes, il y a eu là beaucoup de poudre. » Et cependant il n'y en eut que fort peu , mais dans une mine profondément enterrée.

De même aussi le mérite profondément caché se montrera avec gloire. Et si quelqu'un le cache de telle sorte qu'il ne se montre jamais sur celte terre, il w montrera dans l'éternité, et son retentissement

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sera infini , el son éclat impérissable, el sa victoire éternelle.

Un service rendu à la patrie est comme un grain. Celui qui le prend dans sa main et le montre à tous à la ronde en criant : « Voilà un beau grain ! » Celuilà le fera dessécher et n'en retirera aucun profit.

Mais celui qui sème ce grain en terre et prend patience pendant quelques semaines , celui-là verra le grain produire un épi.

Et celui qui garde le grain avec l'épi pour 1 année prochaine, pour la vie future, celui-là doit en retirer cent grains, et de cette centaine des miUiers de milliers *07.

Par conséquent plus longue est l'attente', plus grande est la rémunération, et celui qui n'en reçoit aucune ici-bas, recevra là-haut la plus grande de toutes.

Et que penser des hommes qui se plaignent en disant : « Nous avons été braves et nous n'avons eu ni grade ni décoration. » Avez- vous donc combattu pour des grades ou des rubans ? Celui qui combat pour un ruban ou un grade n'a qu'à se mettre aux gages des Moscovites.

Et que penser des hommes qui se plaignent en disant : « Celui-ci à droite est un poltron, et il est décoré ; celui-là à gauche est un ignorant, et il a reçu un grade. » Est-ce qu'un bon soldat en s "élançant sur l'ennemi regarde à droite et à gauche ? Il regarde devant lui et marche droit. Car celui qui regarde à droite et à gauche est un poltron. Examiner et passer en revue c'est l'affaire du chef de l'armée.

Et que penser des hommes qui se plaignent en di-

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sant : « Notre chef a commis une faute en distribuant les grades, les décorations à des hommes indignes. » Car chacun voit aisément les défauts du chef et ne voit pas ses bonnes qualités *, comme chacun ne voit que son propre mérite sans voir ses défauts.

Or9 souvent ce qu'il y a de bon dans le chef est plus nécessaire au bien de la nation que le bien qui est en nous.

Est-ce que vous ne savez pas que Dieu le fils u admis un traître parmi les douze apôtres? Donc si un chef mortel parmi les douze citoyens qu'il appelle aux grades et aux décorations n'en choisit que cinq mauvais, ce chef est parfait.

Et parmi les apôtres saint Jean a été le plus aimé , bien qu'il fût le plus jeune et qu'il n'eût aucune mission particulière 5 qu'il ne fût ni vicaire du Christ comme saint Pierre , ni destiné à la vocation des gentils comme saint Paul , ni trésorier comme Judas.

Et cependant Jean lui seul a prophétisé dans V Apocalypse, eut le nom d'Aigle, et sa fin fut un mystère, et beaucoup croient qu'il n'est pas mort, mais qu'il vit jusqu'au jour d'aujourd'hui, et l'on ne croit cela d'aucun autre apôtre que saint Jean.

Vous voyez donc que le mérite sans rémunération temporaire est devenu plus éclatant dans la suite des âges.

Vous êtes parmi les étrangers comme les hôtes cherchant des convives et les invitant chez eux au banquet de la liberté.

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CêrUîn hôte insensé ayant trouvé des convive» leur montra d'abord dans sa maison les coins où I on Jette les balayures et les autres endroits sordides, de sorte qu'il leur donna mal au cœur et que personne ne voulut s'asseoir à sa table.

Mais un hôte sage conduit les convives à la salle du banquet par un vestibule sans souillure. Il y a dans toutes les maisons des endroits pour les immondices* mais cachés de tous les regards.

Il y en a parmi vous qui en parlant aux étrangers de la patrie commencent par ce qu'il y avait de plus défectueux dans ses lois et ses institutions 5 il y en a d'autres qui commencent par ce qu'il y avait de beau et digne d'être vu en premier lieu. Of , dites-moi lesquels d'entre eux sont les hôtes insensés et les hôtes sages, et lesquels doivent réussir avec leurs convivés ?

Ne jetez pas des perles aux pourceaux. Ne parlez pas à tous les étrangers * des grandes choses que votre nation a faites pour le salut de l'humanité, car les uns ne vous croiront pas , et les autres ne vous comprendront qu'après leur conversion.

Un chrétien demeurait une fois auprès d'une (brèt dont il était forestier. Il découvrit un brigand qui sortait de la forêt et s'acheminait vers une auberge tenue par des Juifs qu'il voulait assommer et dépouiller. Le brigand dit au forestier : « Allons ensemble contre les Juifs, et nous partagerons leurs dépouilles. »

* Une fois pour toute, étranger, dans le Livre des pèlerins, veut dire infidèle.

Le forestier avait à la main un fusil , mais chargé seulement de menu plomb contre les oiseaux; cependant il se jeta sur le brigand, le blessa, mais il reçût lui-môme une blessure plus grave. Ils se saisirent à la gorge et luttèrent longtemps , jusqu'à ce que le brigand eut terrassé le forestier, l'eut foulé aux pieds et Peut abandonné le croyant mort. Mais étant blessé aussi et perdant beaucoup de sang, il ne put accomplir son brigandage et il s'en retourna dans la forêt. Le forestier de son côté se traîna jusqu'à l'auberge pour y chercher du secours.

Et il dit aux Juifs : « Voilà que j'ai rencontré un bandit et je l'ai blessé en le forçant à renoncer à son dessein , mais aussitôt qu'il sera guéri de sa blessure il reviendra , et s'il ne revient pas ici il ira piller d'autres Juifs dans d'autres auberges. Allez donc et saisissez-le, et liez-le, et si vous avez peur, aidezmoi seulement. Le brigand est un homme à la longue main, mais comme il est affaibli nous en viendrons à bout.

Or, les Juifs avaient vu de leur cabaret ce qui s'était passé ; ils savaient qu'il les avait sauvés du pillage, mais ils craignaient qu'il ne réclamât un salaire.

Ils affectèrent donc un grand étonnernent en lui de* mandant d'où il venait et ce qu'il désirait. Les vieux Juifs lui donnèrent de l'eau-de~vie et du pain, et les petits firent semblant de pleurer de pitié.

Et tous dirent : « Nous ne croyons pas que le brigand voulût nous tuer; il nous rendait visite autrefois, buvait notre eau-de-vie et ne nous faisait aucun mal. »

Le forestier leur répondit : « S'il a été ici tant pis pour vous , car if a examiné votre maison et vos coffres-forts, et il a vu la maison habitée par des Juifs, c'est-à-dire par des gens d'un cœur faible et timide. »

A cela les Juifs répondirent : a Ne blasphème pas contre la race juive : n'est-ce pas elle qui a produit David , qui tua Goliath, et Samson , le plus fort des hommes ? »

Le forestier leur répondit : u Je suis un homme peu versé dans les livres ; j'ai entendu dire à mon curé que ce David et ce Samson avaient vécu et qu'ils ne sont pas à la veille de ressusciter : songez donc à vous-mêmes. »

Donc les Juifs dirent : « Ce n'est pas notre affaire de purger les forêts des brigands : il y a pour cela des magistrats et des gendarmes. Va, et dis-le leur. »

Le forestier reprit : « Pour vous défendre, je n'ai pas invoqué les magistrats, je n'ai pas attendu les gendarmes. »

Les Juifs : « Tu t'es défendu toi-même. »

Le forestier : « Je pouvais cependant aider le brigand à vous dépouiller , ou le suivre de loin sans rien dire, et il aurait partagé avec moi votre bien. Je pouvais aussi ne pas sortir de chez moi. »

Les Juifs : « Tu nous défendais; car tu comptais sur un salaire. Eh! bien, nous l'avons donné de l'eau-de-vie et du pain, et nous avons pansé ta blessure, et nous te donnerons encore un écu sonnant. »

Le forestier : « Foin de votre salaire! et pour le pain , Teau-de-vie et les médicaments , je yous ren-

verrai de l'argent dès que je serai de retour chez moi. »

Les Juifs : « Tu Tes baltu avec le brigand -, car nous savons que tu es un homme enclin aux querelles, et que lu t'amuses à batailler, sinon à chasser les bêtes fauves. »

Le forestier : « Si j'étais sorti pour me battre , je me serais mieux armé : j'aurais pris des balles et un couteau de chasse ; je serais sorti plus tôt ou plus tard-, et vous avez vu que je ne suis sorti ni plus tôt ni plus tand , mais au moment même où j'ai vu l'homme bandit qui marchait contre vous. »

Or, les Juifs s'étonnèrent beaucoup et dirent : « Parle donc , et dis toute la vérité : pourquoi as-tu fait ce que tu as fait, et quelles étaient les pensées, car tu es un homme singulier! »

Le forestier : « Voilà ce que je ne vous dirai pas; et je vous le dirais que vous ne le comprendriez pas; car autre est la raison judaïque et autre la raison chrétienne; mais si vous vous convertissez au christianisme, vous le comprendrez sans que j'aie besoin de vous le dire. »

Et ayant dit cela, il s'en alla de chez eux.

Or, en marchant il gémissait de ses blessures.

Et les Juifs disaient entre eux : « Il se vante d'être brave et il gémit : ses blessures ne sont pas graves, et il gémit seulement pour faire peur à nos enfants. »

Ces Juifs savaient qu'il était grièvement blessé, mais ils sentaient qu'ils avaient mal fait, et ils voulaient se persuader à eux-mêmes qu'ils n'avaient pas mal fait ; et ils parlaient haut pour assourdir la voix de leur conscience.

Voys êtes dans une terre étrangère, hors la loi, comme des voyageur» qui, dans un pays inconnu, seraient tombés dans un piège.

Certains voyageurs tombèrent dans une fosse aux loups. Il y avait parmi eux des mattres, des domestiques et un guide.

Et dès qu'ils se virent au fond de la fosse ils lu me* surèrent des yeux, et quoiqu'ils ne dirent mot, ils prévirent ce qu'il y avait & faire.

Le plu* fort et le plus gros d'entre eux ae tint debout au fond de la fosse, et le second monta sur ses épaules, et le troisième monta sur les épaules du second, et le guide monta sur les épaules du dernier.

En se faisant ainsi la courte-échelle ils n'eurent pas égard à leurs distinctions de maîtres ou de valets, mais ils se rangèrent d'après l'embonpoint et la largeur des épaules.

Ils jugèrent donc qu'il fallait placer le guide en haut et le faire sortir le premier de la fossa, parce que, connaissant les lieux et les chemins, il pourrait trouver le plus tôt du secours*

Et quand le guide fut dehors, ils attendirent en silence, en se restaurant avec la nourriture qu'ils avaient dans leurs besaces, et la distribuant à chacun selon sa faim.

Quelques-uns craignaient que le guide ne les laii* s&t là 5 mais ils ne disaient rien pour ne p** déçoyra*

DES PÈLERINS POLONAIS. 448 ger leurs camarade* , et se diront seulement à pari

soi : « S'il noue trahit, noua aurons le temps de nous plaindre. »

Après quelques moments, le guide amena des hom» mes et retira les voyageurs , et les conduisit fiu Vil* lage.

Ils se séparèrent donc en siiénee, et se dirent tout fcâs : <* Le guide n'est qu'un lot* mais cotnme il â péché par sottise et non par mauvaise volonté , et qu'il a déjà eu assez peur lui-même, laissons- le partir ên paifc, et une autre fois choisissons un meilleur guide. »

Et le guide pensa : « Je me suis trompé, et j'ai failli perdra ces braves gens ; une autre fois Je ne me chargerai jamais de guider personne. »

El entre ces hommes^ depuis l'instant de leur chute jusqu'à celui de leur sortie, régna un morne silence.

L'année suivante, d'autres voyageurs tombèrent dons la même fosse avec un autre guide, et ils imaginèrent de se sauver par le même moyen.

Mais il y eut discussion au sujet de celui qui resterait en bas, car les maîtres ne voulurent point prêter l'épaule aux domestiques, et ceux-ci craignirent que leurs maîtres une fois sortis ne les abandonnassent à leur sort»

Et tous craignaient de lâcher le guide; car, en punition de son erreur, ils le frappaient et l'injuriaient; il fut donc forcé de leur jurer par ses grands dieux qu'il reviendrait.

Dès qu'il fut sorti, il pensa : « Ce sont de méchantes gens* et ils trament quelque chose contre moi ;

car ils m'ont témoigné peu de conflance. Laissons-les dans la fosse. » Il prit donc le chemin de sa maison.

Et les voyageurs mouraient de faim depuis plusieurs jours , lorsque , par hasard , des hommes les * trouvèrent et les retirèrent de la fosse.

A peine eurent-ils été mis en liberté, les uns voulurent poursuivre leur chemin, les autres voulurent chercher et punir le guide infidèle. Ils se disputèrent donc et se séparèrent.

Les plus emportés allaient maudissant et menaçant leur guide, et il arriva que personne ne voulut leur servir de guide, malgré leurs prières et leur argent.

Et le guide infidèle jurait et criait qu'il n'était pas coupable, que ces hommes s'étaient égarés par leur faute, et pour prouver sa connaissance des lieux et des chemins, il s'engagea comme guide avec d'autres voyageurs. Et grâce à lui , il leur arriva ce qui était arrivé aux premiers.

Et depuis l'instant de leur chute jusqu'à celui de leur délivrance ce fut une dispute continuelle.

Vous êtes en pèlerinage sur la terre étrangère comme était le peuple de Dieu dans le désert.

Gardez-vous , pendant votre pèlerinage , de vous plaindre, de murmurer et de douter : car ce sont des péchés.

Vous savez que lorsque le peuple de Dieu s'en retournait à la terre de ses aïeux, à la Terre-Sainte, il était en pèlerinage dans le désert, et parmi le peuple

de Dieu il y avait beaucoup de pèlerins qui regrettaient l'Egypte et qui disaient : « Retournons dans la terre d'esclavage : nous y serons captifs , mais nous aurons force oignons et viande. »

Et l'Ecriture nous apprend que le Seigneur, offensé, prolongea le pèlerinage de la nation jusqu'à ce que tous ceux qui avaient regretté l'Égypte fussent morts; car aucun d'eux ne devait voir la Terre- Sainte.

Vous savez qu'il y en eut d'aulres parmi le peuple de Dieu qui ne croyaient pas à leurs prophètes et qui disaient : « Et comment pouvons-nous reconquérir la terre de nos aïeux, lorsque nous avons contre nous des rois puissants et des peuples qui semblent des peuples de géants? »

Et l'Écriture ajoute que le Seigneur, offensé de ce manque de foi, prolongea de nouveau le pèlerinage de la nation jusqu'à ce que tous ceux qui avaient douté fussent morts dans le désert-, car aucun d'eux ne devait voir la Terre-Sainte. f

Et non-seulement ceux qui avaient hautement murmuré et perdu la foi, mais aussi ceux qui avaient murmuré et douté dans leurs cœurs, moururent dans le désert -, car Dieu lit dans les cœurs comme dans un livre ouvert pour lui, bien que scellé pour tous.

C'est pourquoi gardez-vous du péché de murmure et de doute, pour ne pas prolonger les jours de votre pèlerinage.

Et comme dans le camp du peuple élu il y avait des pestiférés atteints de la lèpre ou de la gale , de même aussi parmi vous on rencontre des pestiférés ,

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c'est-à-dire de mauvais Polonais. Fuyeli-les, car leur mal est plus contagieux que la lèpre. Or, vous reconnaîtrez leur maladie aux signes que voici :

Le pestiféré ne croit pas à la résurrection de la Pologne, quoiqu'il se soit battu et qu'il soit en pèlerinage pour elle. Et sa maladie se révèle par des propos comme ceux-ci : o Je savais que I nsurrection était Une folie ; mais je me suis battu vaillamment pour la cause de l'insurrection , comme un bon soldat doit le faire ; je sais qu'il est impossible de reconquérir la Pologne; mais en homme d honneur je poursuis mon pèlerinage* »

Dès que vous aurez enlendu de tels propos , fuyez en vous bouchant les oreilles , et rappôrtez^les aux anciens; et les anciens déposeront sur-le-champ le pestiféré de ses fonctions, s'il est fonctionnaire, elle dépouilleront de sa polonaise , s'il est pèlerin j et lui prescriront de méditer chez lui pendant un nombre de jours déterminé*

Et après ce nombre de jours , ils s'assureront s'il est guéri et si là grâce et la foi ont éclairé son Âme ) et si, rétabli* il renonce au péché, on le proclamera pu» rifiê, et il sera réintégré dans le corps des pèlerins*

Mais si le malade tient les mêmes propos qu'auparavant, les anciens lui mettront le masque en publiant qu'il est impur* Et tous le fuiront, et sa personne et ees discours, car il n'est ni un bon soldat ni un homme d'honneur, mais un insensé et un pervers»

Car s il allait au feu dans les combats, le cheval aussi que montait le krakuse en l'éperon* nant, et le cheval aussi qui traînait le canon sous le

fouet du conducteur allaient au feu ! Et peut-onappeler bon soldat un cheval du train ou des krakuses *?

Et si le pestiféré dit qu'il se bat pour l'honneur, un officier moscovite dit aussi qu'il se bat pour l'honneur ; et l'Italien qui se venge en tuant son rival d'un coup de stylet dit aussi qu'il venge son honneur : or, que signifie cette folle idolâtrie du point d'honneur ?

En vérité, je vous le dis, un soldat qui combat sans avoir foi dans la justice de sa cause n'est qu'une bêle féroce, et le chef qui lo conduit au feu sans cette foi n'est qu'un brigand.

Le pestiféré combat sur la plaine et tue deux ennemis, et de retour dans la tente il corrompt les eœurs des soldats et tue les âmes de dix des siens.

Il ressemble à un homme qui va à l'église et se met à genoux , et qui, de retour dans sa maison, se moque, en présence des enfants, de Dieu et de la foi.

Et qu'il ne s'excuse pas en disant : qu'autre chose est la conduite ou l'action, et autre chose la pensée ou la parole; car on peut pécher gravement contre la patrie par les paroles et la pensée, et aucun de ces péchés n'échappera à son châtiment.

Telles sont les précautions à prendre contre les pestiférés dans le pèlerinage polonais.

* Les régiments des krakuses étaient cette cavalerie improvisée avec les paysans des environs de Krakovic, qui à Stoczek a remporté la première victoire sur les Russes en 1831.

Vous êtes parmi le» étrangers * comme les apôtres étaient parmi les idolâtres.

Ne vous emportez pas tant contre les idolâtres \ combattez-les par la parole, et d'autres les vaincront par le glaive; et ceux qui les vaincront ce sont les Juifs ou les hommes scion la loi ancienne, qui adorent la Souveraineté du peuple, et l'Égalité, et la Liberté, lis haïssent les idolâtres et n'ont pas l'amour du prochain, et ils sont envoyés de Dieu pour l'extermination des idolâtres de Chanaan.

El ils briseront leurs idoles, et ils jugeront les idolâtres selon la loi de Moïse et de Josué, et de Robespierre et de Saint-Just, en exterminant depuis reniant à la mamelle jusqu'au vieillard, depuis le taureau jusqu'au chien -, car leur dieu, qui s'appelle la Souveraineté du peuple est juste, mais inflexible et brûlant comme le feu.

Et de même que le Christ et sa loi apparurent au milieu des Juifs et dans leur capitale , ainsi votre loi nouvelle apportera sa règle de dévouement et d'amour dans les capitales mêmes des libéraux de l'Europe.

Car l'Angleterre et la France sont comme Israël et Juda. Si vous entendez donc les libéraux se quereller pour une ou deux chambres, pour une chambre héréditaire ou pour une chambre élective, argumenter

% Voyez la note page 418.

sur le mode d'élection, sur la liste civile , sur la liberté de la presse , ne vous éprenez pas de leur sagesse, car leur sagesse est celle de la loi ancienne.

Ce sont des Pharisiens et des Saducéens qui se disputent sur le pur et l'impur, et qui ne comprennent pas ce que c'est que d'aimer la vérité et de mourir pour elle.

El quand ils vous entendent, vous, enfants du Nord, parler de Dieu et de liberté , ils s'emportent , ils se récrient comme les docteurs contre l'Enfant- Jésus : « Et d'où lui est venu tant de sagesse, au fils du menuisier ? et comment un prophète a-t-il pu naître à Nazareth? et comment ose-t-iL nous endoctriner, nous autres, vieux docteurs ? »

Et quand ils parlent de votre guerre entreprise pour le salut des nations, ils ne nient pas que vous ayez bien agi 5 mais ils disent que c'était mal à propos 5 de môme que les docteurs reprochaient au Christ d'avoir osé faire des guérisons le jour du Sabbat et s'écriaient : « Est-il permis de guérir, le jour du Sabbat ? Est-il permis de faire la guerre aux Russes , pendant une paix européenne ? »

Et s'ils font l'aumône aux veuves et aux orphelins de la liberté , aux veuves et aux orphelins de l'Espagne, du Portugal, de l'Italie et de la Pologne, ils la font avec fracas dans les assemblées, comme faisaient les Pharisiens.

Et s'ils donnent à leur patrie, ils discutent combien, d'après la loi ou la constitution, ils doivent donner.

Or, votre loi est autre j car yous dites ; « Tout ce qui

as.

est à nous est à notre patrie ; tout ce qui est à notre patrie est aux peuples libres. »

Les Anglais, qui aiment la liberté selon la loi ancienne, disent : « Reprenons l'Océan è la France, comme Israël prenait des villes à Juda. » Et les Français de l'ancienne loi disent : « Reprenons aux Allemands les provinces rhénanes. » Et les Allemands disent : « Reprenons aux Français le duché d'Alsace. » Et ainsi des autres. C'est pourquoi je vous dis qu'ils sont insensés au point de devenir idolâtres de Baal et de Moloch et de l'Equilibre.

Parce que les ports, les mers et les continents sont l'héritage des peuples libres, le Polonais se prend-il de querelle avec le Lilhuane pour les rives du Niémen, pour Grodno et Bialystok ? C'est pourquoi je vous dis que le Français et l'Allemand et le Russe doivent être comme sont le Lithuane et le Polonais.

Un homme sauvage s'empara un jour avec sa femme et ses enfants d'une maison délaissée. Et comptant les fenêtres, il dit: «Par celle fenêlre regardera ma femme , et par celte fenêtre mon fils, et par celle fenêlre moi. » Ils regardaient donc, et lorsqu'ils quittaient les fenêtres , ils les bouchaient selon la coutume des sauvages , afin que la lumière appartenant à l'un ne servit pas à l'autre. Elle reslc de la famille n'eut aucune fenêtre.

Et l'homme sauvage dit : « Seul j'aurai le droit de me chauffer à ce poêle (et il n'y avait qu'un poêle), et que les autres se fassent chacun un poêle. » Et il dit ensuite : « Ouvrons dans celte maison pour chacun une porte séparée. » Ils abandonnèrent donc la mai-

son et se battirent souvent pour la lumière , et pour

la chaleur, et pour diverses parties du logement.

Voilà comment font les nations européennes. Elles s'cnyient Tune à l'autre le commerce des livres et le commerce des vins, du coton, ignorant que la science et la richesse appartiennent à une même maison , à l'association des peuples libres.

Quelques-uns d'entre vous discutent sur l'aristocratie et la démocratie, et sur d'outrés points de l'ancienne loi. Ceux-là de vos frères se trompent comme les premiers chrétiens qui dissertaient sur la circoncision et sur l'ablution des mains.

Car les peuples ne seront pas sauvés par l'ancienne loi , mais par les mérites du peuple martyr, et ils seront baptisés au nom de Dieu et de la liberté, et celui qui reçoit ce baptême est votre frère.

Ne discutez pas beaucoup sur les lois. Les lois sont comme des créances et le« gouvernements comme de* débiteurs , et la patrie comme une hypothèque. Plus le débiteur est vil et rusé, plus on le circonscrit , tandis qu'à son père ou à son frère on se confie sans signature.

Soyez donc parfaits comme les apôtres, et les peuples vous croiront sur parole : et ce que yous établirez aura force de loi non-seulement pour les vôtres , mais pour tous les peuples libres.

N'argumentez pas beaucoup sur la forme de gouvernement à donner à la Pologne. Non pas ceux qui

parlent le plu» feront les meilleures loi*, mais ceux qui aiment le mieux et qui ont le plus de dévouement.

Certains orphelins cherchaient un tuteur qui administrât leurs terres et qui prît soin de leur éducation. Ils jetèrent donc les yeux sur leur voisin , qui était bon administrateur, mais avide et qui avait accumulé des sommes immenses , et qui passait généralement pour un homme industrieux mais intraitable. Les orphelins dirent donc : « Nous ne voulons pas de celui-là, car il s'enrichirait à nos dépens.!»

Ils jetèrent donc les yeux sur un autre voisin qui avait écrit un livre sur l'agriculture , mais qui n'avait jamais cultivé les champs. Ils dirent donc : « Nous n'en voulons pas , car il ferait des essais d'agronomie à nos dépens. Mais ils entendirent parler d'un troisième comme d'un homme qui aurait autrefois joui d'une grande fortune, mais qui l'aurait perdue en prenant la défense de la veuve et de l'orphelin. Ils dirent donc : « Prenons celui-là. »

La forme du gouvernement à venir est semblable à la forme du discours que prononce un orateur.

Un homme industrieux en allant au conseil nalional réfléchit sur ce qu'il doit mettre à l'exorde de son discours , et au milieu et à la péroraison , car c'est ainsi qu'à l'école on lui a dit de faire. Mais comme il ne sent que faiblement la cause nationale, son discours sera disposé avec art, mais vide , et passera sans laisser de souvenir.

Et l'homme probe allant au conseil national , le cœur plein d'amour de fa pairie et pénétré de la vérité de ce qu'il a à dire, parle sans songer à IV

gencement de ses phrases , et son discours sera bien ordonné, el les sténographes le saisiront au vol afin qu'il puisse servir de modèle aux autres, et l'orateur même sera étonné d'avoir si sagement parlé.

C'est ainsi que des législateurs d'un fervent patriotisme établiront dans le pays un ordre conforme à ses besoins, et le pays sera sagement constitué, et ses voisins transcriront cette constitution et l'imiteront.

La république que vous avez à fonder ressemble à une forêt semée par un planteur.

Si le planteur sème une bonne semence sur une bonne terre, il peut être sûr que les arbres viendront d'eux-mêmes sans qu'on ait besoin de penser à leur forme el sans craindre qu'il ne vienne des aiguillons aux chênes ou des feuilles aux sapins.

Semez donc l'amour de la patrie et l'esprit de dévouement, et soyez sûr qu'il en naîtra une république grande et belle.

Une femme veuve était tombée en léthargie, et aon fils appela des médecins.

Tous les médecins dirent : « Choisissez d entre nous un seul pour la traiter. »

Un des médecins dit : « Je la traiterai d'après Brown. » Mais les autres repartirent : « C'est une mauvaise doctrine que celle-là ; il vaut mieux qu'elle reste en léthargie et qu'elle meure que d'être traitée d'après Brown. »

Un autre dit : « Je la traiterai d'après Hanne-

m LIVRE

mann. » Le* autres repartirent : « C'est un mauvais système, qu'elle meure plutôt que d'être traitée par l'homéopathie. »

Alors le fils de la veuve dit : « « Traitez-la comme il vous plaira, pourvu que vous la guérissiez. » Mais les médecins ne purent s'accorder. Les uns ne voulurent en rien céder aux autres.

T C'est alors que le fils, désespéré, s'écria: «O ma mère! » Et la veuve s'éveilla à ce cri et revint à la santé. Et les médecins furent chassés.

Quelques-uns d'entre vous disent : « II vaut mieux que la Pologne reste asservie que de revivre par l'aristocratie. » Et d'autres disent : « Il vaut mieux qu'elle reste plongée dans la servitude que de revivre par la démocratie. » Et d'autres disent : « Il vaut mieux qu'elle reslp comme elle est que d'avoir telles ou telles frontières. » Ceux-là ne sont que des médicastres et non pas des fils , et n aiment pas leur mère, la Patrie.

En vérité je vous le dis : ne recherchez pas quelle sera la forme du gouvernement cri Pologne , qu'il vous suflise de savoir qu'elle sera préférable à toutes celles imaginées par vous. Ne vous informez pas de ses frontières, car elles seront plus grandes qu'elles n'ont jamais été.

Et chacun de vous a dans son âme la semence des lois futures et la mesure des frontières futures.

Plus vous amenderez et vous agrandirez vos âmes, plus vous corrigerez vos lois et vous agrandirez vos frontières.

4âS

Vous entendez ce que disent les Juifs, les Bohémiens et les hommes qui ont une ûme de Bohémien ou de Juif : « La pairie est où Von est bien» » Le pèlerin dît aux nations : « La patrie eut] où Von est mal. » Car partout en Europe où il y a oppression de la liberté et combat pour la liberté , il y a aussi combat pour la Pologne et ce combat tous les pèlerins doivent le livrer.

Autrefois on disait aux nations : « Ne déposez pas les armes tant que l'ennemi occupe un seul pouce de voire territoire. » Riais vous dites aux peuples : « Ne déposez pas les armes tant que le despotisme retient un seul pouce de terre libre. »

Car le Français aussi, et l'Anglais aussi, et l'Allemand aussi, défendent leurs biens et détestent leurs ennemis. Et cependant lorsque le Français et l'Anglais sont en pèlerinage parmi les peuples, les peuples ne vont pas à leur rencontre et ne leur chantent pas leurs chants.

Et cependant, ils vont au-devant de vous, ils vous fêlent, ils vous chantent vos chants, car ils pressentent que vous guerroyez pour la liberté du monde.

Si donc votre idée de la liberté et vos dévouements pour elle ne sont pas plus parfaits que les idées et les dévouements des Français et des Anglais, en vérité je vous le dis , vous n'entrerez point dans votre patrie.

Le Christ a dit au peuple élu de Dieu : « Toi, peuple d'Abraham, si tu ne suis pas mes voies, Dieu

repoussera ta race et il donnera plutôt la vie à des pierres pour en faire des fils à Abraham. » Ce qui voulait dire que des Grecs et des Romains il ferait des chrétiens.

Et le pèlerin dit aux Français et aux Anglais : «Vous, enfants de la liberté, si vous n'entrez pas dans nos voies , Dieu repoussera votre race et il donnera plutôt la vie à des pierres pour en faire des défenseurs de la liberté -, c'est-à-dire à des Moscovites et à des Asiatiques. »

Car celui qui rejette l'appel de la liberté sera rejeté par elle.

Il y avait autrefois une reine qui appela un simple soldat au commandement de ses années et qui dit : u Remporte la victoire sur tous mes ennemis et je te donnerai la moitié de mon royaume, et je serai ton épouse. »

Ce soldat se mit en campagne suivi des armées qu'il commandait au nom de la reine, et jour par jour il battait ses ennemis, et il devint glorieux et puissant.

Il dit donc à la reine : « Il est temps , ma souveraine, que je vous épouse et que nous régnions en paix. » Et la reine dit : « Il n'en est pas temps encore, parce que tu n'as pas défait tous mes ennemis. »

Or, le chef, courroucé, dit : « Voilà que je deviens vieux et riche-, plutôt que de combattre sans cesse pour celte femme je m'établirai dans mes terres et je me reposerai. » Il s'établit donc et laissa les frontières découvertes, et l'ennemi répara ses perles et vint jusque dans ses terres étendre ses ravages.

Alors le chef se réveilla et, se montrant au peuple , lui cria : « Aux armes! et suivez-moi pour défendre mes biens comme vous me suiviez naguère lorsque nous remportions de grandes victoires. »

Mais les hommes dirent : « Et qui es-tu donc, homme insensé , pour que nous allions à ta suite défendre tes biens? Naguère nous t'avons suivi, car tu nous appelais au nom de la reine , mais tu n'es plus à présent son général, tu n'es qu'un homme comme un autre. » Et ils le renvoyèrent.

Car la reine s'était déjà choisi un autre simple soldat, et celui-ci devint général, et il était obéi, et il remporta la victoire.

4 Cette reine , c'est la Liberté ; ce soldat , c'est la France.

\ Lorsque durant votre pèlerinage vous entrerez dans une ville, bénissez-la en disant : <i Que notre liberté soit avec vous! » Si les habitants vous accueillent et vous écoutent, ils seront libres \ s'ils vous dédaignent et ne vous écoutent pas et s'ils vous bannissent, voire bénédiction retournera sur vous-mêmes.

En quittant une ville et un pays impie, esclave ou ministériel, secouez la poussière de vos sandales-, et je vous le dis en vérité, Toulon et Nantes, et Lyon, furent mieux traités aux jours de la Convention que cette ville ne le sera aux jours de la Confédération européenne.

Car lorsque la Liberté viendra s'asseoir sur la capitale du monde, elle jugera les nations.

Et elle dira à une nation : « J'ai été assaillie par des brigand 8 , et je t'ai demandé du fer pour ma défense et une poignée de poudre , ù nation ! et tu m as donné un article de gazette. » Et la nation répondra : « Quand donc, ô Liberté 1 m'avei-vous appelée? » Et la Liberté répondra : « Je t'ai appelée par la bouche de ces pèlerins, et lu ne m'as pas entendue! Va donc en esclavage où fl y aura le sifflement du knout et le grincement des oukazes. »

Et la Liberté dira à une autre nation : « J'ai souffert la misère et l'affliction, et je t'ai demandé , ô nation! la protection des lois et du pain, et tu m'a» jeté des ordonnances. » Et la nation répondra : h Quand donc > ô Liberté ! es-tu venue me trouver? » Et la Liberté répondra : « Je suis venue sous l'habit de ces pèlerins, et lu m'as repoussée. Va donc en esclavage où il y aura le sifflement du knout et le grincement de6 oukazes. »

En vérité, je vous le dis. votre pèlerinage deviendra pour les puissances la pierre d'achoppément.

Les puissances ont rejeté votre pierre de l'édifice des peuples, et voilà que celte pierre deviendra la pierre angulaire et la clef de l'édifice à venir ; et celui sur qui elle tombera sera écrasé , et celui qui viendra se heurter contre elle tombera et ne se relèvera plus»

Et du grand édifice politique de l'Europe il ne réitéra pas pierre sur pierre.

Car la métropole de la liberté sera transférée ailleurs.

Jérusalem , ô loi qui fais mourir les homme» qui prêchent la liberté, tu lai» mourir te* prophètes, et le peuple qui lue tes prophètes se Trappe lui-même au cœur comme un suicide insensé.

Une grande oppression viendra fondre sur Israël eUuda.

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