LA JEUNE FILLE
Rien, il ne me faut rien. Que les jeunes gens accourent, qu'ils me saisissent les mains, qu'ils m'attirent à eux sur la terre , et qu'un instant je puisse jouer avec eux. ,
Car que chacun apprenne et considère
Que , d'après un ordre élernel , Tel qui jamais n'inclina veis la terre
Ne peut êlre admis dans le ciel.
CHOEUR
Car que chacun apprenne et considère
Que, d'après un ordre éternel, Tel qui jamais n'inclina vers la terre
Ne peut être admis dans le ciel n.
LE MAGE, à quelques villageois.
C'est en vain que vous courez à elle : ce n'est qu'une ombre vaine -, c'est en vain qu'elle vous tend les bras. Voyez, le souflle du vent la repousse. Mais ne pieu-
re pas , belle enfant -, les arrêts suprêmes se dévoilent è mes regards : pendant deux années encore tu voleras seule au gré des vents, et puis tu franchiras la porte des cieux. Aujourd'hui toute oraison te serait inutile : pars donc , et que Dieu te conduise 1 Et si tu n'écoutes pas la prière, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, vois-tu la croix sainte? Tu ne veux ni boire ni manger : laisse-moi donc en repos. Va-t'en , va-t'en !
CHOEUR
Et si lu n'écoutes pas la prière , au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, vois-tu la croix sainte? Tu ne veux ni boire ni manger : laisse-nous donc en repos. Va-t'en, va-t'en ! (La jeune fille disparaît.)
LE MAGE
Maintenant, toutes les âmes à la fois et chacune en particulier, je vous appelle par une dernière conjuration! Pour vous ce léger repas! pour vous ces poignées de lentilles et ces graines de pavots dans chaque coin de la chapelle !
CHOEUR
Avez-vous faim? avez-vous soif? Prenez ce qu'il vous faut.
LE MAGE
Il est temps d'ouvrir la porte de la chapelle. Allumez les lampes et les cierges : minuit est loin. Le coq chante : le terrible sacrifice est consommé ; il est temps de commémorer les gestes des aïeux Arrêtez!
CHOEUR
Qu'est-ce ?
Encore un fantôme !
CHOEUR
Tout est morne, il fait noir! qu'allons- nous voir, qu'allons-nous voir ?
LE MAGE, à une villageoise.
La bergère! là-bas, en deuil!... levez- vous, car je me trompe bien , ou vous êtes assise sur un tombeau... De par le ciel , enfants : regardez ! N'est-ce pas le plancher qui s'entrouvre ? Un spectre livide apparaît : il tourne ses pas vers la bergère et s'arrête auprès d'elle ; il tourne son visage vers la bergère : un visage pâle sous un pâle linceul ; et pareil aux frimas de l'hiver, il plonge dans ses yeux un regard morne et sauvage Voyez , mais voyez son
cœur! Quel est ce bandeau sanglant comme un ruban de pourpre ou comme un rosaire de corail qui ruisselle de son col à ses pieds ? Je n'y conçois rien ! De sa main il montre son cœur déchiré, mais il ne dit rien à la bergère.
CHOEUR
Je n'y conçois rien ! De sa main il montre son cœur déchiré, mais il ne dit rien à la bergère.
LE MAGE
Que te faut-il, jeune âme? Veux-tu des prières ou des aliments consacrés? Voici du pain, du lait j voilà des fraises et du fruit. Que te faut-il, jeune âme,
pour arriver au ciel ? (Le spectre se tait.)
CHOEUR
Tout est morne , il fait noir ! qu'allons-nous voir , qu'allons-nous voir ?
LE MAGE
Réponds, pâle fantôme! Eh quoi! tu gardé* le
silence?
CHOEUR
Eh quoi ! il garde le silence?
LE MAGE
Puisque tu nous dédaignes, nous el nos gAleaux , va-l'en et que Dieu te mène! El si lu n'écoules pas la prière, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit , vois-lu la croix sainle? Tu ne veux ni boire ni manger : laisse-moi donc en repos. Va-t'en, va-t'en !
(Le spectre demeure.)
CHOEUR
Et si tu n'écoutes pas la prière, au nom du Père , du Fils et du Sainl-Esprit , vois-lu la croix sainte ? Tu ne veux ni boire ni manger : laisse-nous donc en repos. Va-l'en, va-t'en! (Le spectre demeure.)
LE MAGE
Grand Dieu! quel est ce fanlôme? Il demeure et ne répond pas !
CHOEUR
Il demeure el ne répond pas ! (Le spectre demeure.)
LE MAGE
Ame bienheureuse ou damnée* quitte ces sacrés parvis ! Voici le plancher enlr'ouvert : va-l'en par le même chemin ; car je le maudirai par le nom 8u Seigneur. (Après une pause.) Arrière! fuis dans les marais et les bois! fuis, disparais pour l'éternité !
(Le spectre demeure, immobile.) Grand Dieu ! quel t?st
ce fanlôme ? Il se tait el ne disparaît pas ! v
y Googl
> Il se tait et ne disparaît pas ! -
LE MAGE. \V"
Vaines prières ! menaces vaines ! il«pe craint pas mes conjurations. Donnez-moi le bénitier de l'autel... Quoi! même Peau sainte est sans pouvoir! Le fantôme s'obstine à rester, muet, sombre, immobile* comme une pierre sur les tombeaux!
✓ ' - CHOEUR
Le fantôme s'obstine à rester, muet, sombre* immobile, comme une pierre sur les tombeaux! Tout est morne, il fait noir! qu'allons-nous voir, qu'allons-nous voir ?
LE MAGE
Cela passe les bornes de l'intelligence humaine
Bergère, connais-tu cet homme?,.... Il y a là dedans quelque terrible mystère. Ce deuil, de qui le portestu? Ton mari, la famille se portent bien pourtant... Eh quoi! tu ne dis mol? Regarde-nous , répondsnous donc! Es-tu morte, mon enfant ? Pourquoi
souris-tu pourquoi ? Qu'y a-t-il en lui de risible?
CHOEUR
Pourquoi souris-tu pourquoi? Qu'y a-t-il en
lui de risible ?
LE MAGE
Donnez-moi l'élole et le cierge bénit. Je vais l'allumer, je vais asperger encore. Sa lumière, nos aspersions sont impuissantes : l'âme réprouvée ne bouge pas. Prenez la bergère sous les bras ; conduisez-la
hors de la chapelle Pourquoi le regardes-tu
pourquoi ? Qu'y a-t-il en lui d'attrayant ?
CHOEUR
Pourquoi le regardes- tu... pourquoi? Qu'y a-t-il en lui d'attrayant?
LE MAGE
Dieu ! le spectre a marché ! Partout où nous rentra înons il la suit! Qu'allons-nous voir, qu'allonsnous voir?
CHOEUR
Partout où nous l'entraînons il la suit! Qu'allonsnous voir , qu'allons-nous voir?