LES MARTYRS. 155 MADAME ROLLISON
Où est-il?... Je le trouverai ! je briserai son crûne
sur le pavé comme celui de mon fils s'est brisé!
Tyran ! mon fils! mon fils ne vit plus ! Ils l'ont jeté par la fenêtre! là, sur le pavé, sur les pierres !... Ne crois-lu donc pas à l'enfer, vieil ivrogne, souillé du
sang de tant de petits enfants? Viens! Où donc
es-tu, crocodile? que je te déchire ici comme mon fils est déchiré, en lambeaux !... Ils l'ont précipité du
haut d'une fenélrc dans la cour du couvent ! Mon
fils! mon unique enfant! mon père nourricier! Il vit, celui-ci, et Ton dit qu'il est un Dieu, un sauveur!
l'abbé pierre.
Femme ! ne blasphème pas ! Ton fils est blessé , mais il respire.
MADAME ROLLISON.
Il respife ! mon fils est vivant!... Qui donc a parlé? qui? Serait-ce bien vrai, mon prôlre?... Il tombe... Je cours aussitôt. Il est tombé, disait-on... je cours,
on Fa ramassé... et je n'ai pas vu son corps! la
dépouille de Forphelin! Moi, pauvre veuve, je
n'ai pas vu le corps de mon fils !... Cruelle cécité!...
Mais j'ai louché le sang sur le pavé Par le Dieu
vivant, je cîroi* sentir ici le même sang ! le sang
de mon fils !... Il y a ici quelqu'un taché de sang!...
C'est ici ! voilà son bourreau !
(Elle s'avance droit vers le sénateur Celui-ci s'écarte avec
effroi. — Mme Rollison tombe évanouie. — L'abbé Pierre et le itaroste seuls s'empressent autour d'elle. — On entend un coup de foudre.)
ISO LES AÏEUX.
TOUS , effrayés.
Le Verbe s'est fait chair* I C'est ici! c'est ici!
L'ABBÉ PIERRE
Ailleurs!