LE CORBEAU
Tu n'aimes pas à mourir de faim ! Et te souvienstu lorsqu'une fois, en automne, je suis entré dans ton parc? Les poires étaient mûres, les pommes rougissaient : depuis trois jours je n'avais rien mange. Je secouai quelques pommes; mais le jardinier, caché dans les broussailles, se mit à crier haro sur moi et me poursuivit avec de vilains dogues comme on poursuit un loup dans la forêt. Avant que j'eusse pu franchir l'espalier, les mâtins m'atteignirent. L affaire est appelée devant le seigneur, et de quoi s'agit-il? de quelques fruits sauvages que Dieu a fait naître à l'usage de lous, comme il a créé le feu et l'eau. Mais le seigneur, irrité, s'écrie : « II faut donner un exemple de rigueur ! » Alors tout le village accourut : on me lia contre un arbre, et dix faisceaux de
verge» furent brisés sur mes épaules ; chacun de mes os se délacha de la peau comme le grain d'un épi mûr ou les pois de leur cosse desséchée ! Maître, tu ne connus point la pitié.