LA CHOUETTE
Tu n'aimes pas à mourir de faim î Te souvienstu lorsque, durant la disette et par le froid le plus intense, je vins, avec mon enfant sur les bras, à la porte de ton château ? « Seigneur, m'écriai-je en pleurant, prends pitié de l'orphelin! Mon mari est dans l'autre monde; ma fille, tu l'as prise en ton château ; ma mère est couchée malade dans la chaumière; à mon sein voici mon dernier-né. Seigneur, viens à notre aide , car nous n'avons plus de quoi vivre. »
Mais loi, seigneur sans âme, noyé dans l'ivresse cl le roulant sur l'or, tu dis à l'oreille de ton heiduque: « Quel oiseau de mauvais augure vient ici effaroucher mes convives? Que la mendiante s'en aille au diable ! » L'heiduque obéit : il me traîna par les cheveux hors de la porte et me jeta avec mon enfant sur la neige. Saignante et glacée, je ne pus trouver un gtte avant la nuit; et je mourus sur le grand chemin, gelée avec mon enfant! Maître! tu ne connus pas la pitié.
LA VEILLÉE DES MORTS. i9 CHOEUR DES OISEAUX.
A nous donc, corbeaux, chouelles et vautour», ignorons aussi !a pitié : déchirons, dépeçons les aliments ; et quand ils seront engloutis, dépeçons, partageons son cadavre, dépouillons ses os de la chair!