‹ Œuvres de Adam MickiewiczChapitre 95 sur 105 · LI\I\E · texte numérisé non relu

LI\I\E

Lafayetle*; et il est le dernier des anciens hommes de l'Europe en qui est encore l'esprit de dévouement, débris de l'esprit chrétien.

Cependant tous les peuples adoraient l'Égoïsme. Et les rois dirent : « Si nous propageons le culte de cette idole, il arrivera que, de même qu'il y a aujourd'hui guerre de peuple à peuple, il y aura guerre de ville à ville, puis guerre d'homme à homme.

« Et les hommes redeviendront sauvages, et nous ressaisirons sur eux le pouvoir qu'eurent jadis les rois sauvages et idolâtres et que possèdent maintenant les rois nègres et les rois cannibales , le pouvoir de dévorer leurs sujets. »

Mais la nation polonaise seule n'adora point la nouvelle idole ; elle n'eut point dans sa langue de nom pour la sacrer polonaise, ni pour baptiser ses adorateurs, dont le nom, égoïstes, est français.

La nation polonaise adorait Dieu, sachant qu'en faisant ainsi, elle rendait hommage à tout ce qui est bon.

La nation polonaise resta donc fidèle au Dieu de ses pères, du commencement jusqu'à la fin.

Ses rois et ses hommes de guerre n'assaillirent jamais aucune nation chrétienne-, mais ils défendaient la chrétienté contre les païens et les barbares qui lui apportaient l'esclavage.

Et les rois de Pologne allaient, pour la défense des fidèles, dans les pays lointains : le roi Ladislas à

* Le Livre des pèlerins a clé écrit eu 1832 et h adait pir M. de Montalembert en 1833.

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Varna*, et le roi Jean sous les murs de Vienne pour la défense de l'Orient et de l'Occident.

Or, jamais ses rois et ses hommes de guerre n'envahirent les terres de leurs voisins -, mais ils les admettaient à leur communion fraternelle en les liant à eux par le bienfait de la foi et de la liberté**.

Et Dieu les en récompensa ; car une grande nation, laLithuanie, vint s'unir à la Pologne comme une épouse à son époux : deux âmes dans un corps. El il n'y eut jamais auparavant pareille union de peuples ; mais il y en aura plus lard.

Car cette union et ce mariage de la Lithuanie à la Pologne est le symbole de l'union future de tous les peuples chrétiens , au nom de la foi et de la liberté.

Et Dieu accorda aux rois de Pologne et aux guerriers de la liberté de pouvoir tous s'entre-donner le nom de frères, les plus riches comme les plus pauvres. Et il n'y eut jamais pareille liberté sur la lerre; mais il y en aura plus lard.

Le roi et les hommes de guerre recevaient dans leur fraternité toujours plus de peuple, et souvent des légions entières et des tribus entières. Et le nombre des frères devint grand comme loulc une nation ; et dans aucune nation il n'y eut autant d'hommes libres et Rappelant frères que parmi les Polonais.

#LadisIas, Ois de Jagellon , lué en 144! à la bataille de Varna. Nous ne faisons pas au lecteur l'outrage de lui indiquer la date du second événement.

M Ce passage a trait au baptême des Lilhuancs par une reine de Pologne, la jeune Edvigc, en 1387.

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