LES DEMOISELLES
dame, tenir aussi consciencieusement une promesse de bal masque.
loiiise, du ton le plus sentimental.
Une promesse csi toujours une promesse , mon- j sieur, et qu'elle soit faite sous le masque ou a visage découvert, elle n'en est pas moins sacrée.
roclr.
A la bonne heure! voilà des principes que j'apprécie.
LOUISE
Mais que vous vous gardez bien de suivre, n'estce pas ?
nor.F.n, tournant le dos au public.
El qui a pu vous (cuir sur mon compte de si méchants propos?
LOUISE
Oh ! je vous connais mieux que vous ne le pensez, vicomte.
(Roger et Louhe s'éloignent. A mesure qu'ils s'éloignent, Dubouloy et Charlotte se rapprochent.)
Alors, s'il en est ainsi, pourquoi ne retournezvous pas à Paris?
DUBOULOY.
C'est parfaitement inutile , si je trouve à Madrid des Françaises qui veulent bien m 'aimer un peu.
CHARLOTTE
Ah ! vous faites de ces choses-là , monsieur Dubouloy... vpus signez un contrat de maiiigc avec l'une, et vous enlevez l'attire ; on vous attend pour épouser à Charny, et vous vous mariez à la Bastille. Puis, ce n'est pas encore tout : après avoir abandonné la veille celle qui devait être voire femme, le lendemain celle qui l'était, vous venez dire à une troisième qui ne l'est pas, et qui ne peut pas l'être, que vous l'adorez!... Le moyen qu'on réponde à votre amour, volage ! le meyen qu'on se fie à vos serments, trompeur!
dubouloy..
Comment! vous connaissez tous ces détails, belle dame !
CHARLOTTE
(/était l'histoire à la mode quand nous avons quitté Paris, mon amie et moi. On ne parlait que de II. Dubouloy et du vicomte de Saini-Hcrcm. Vous faisiez, véritablement à vous deux la monnaie de
DE SMNT-CYK.
M. de Lauzun. (Se retournant pour gagner le fond. ) Aussi, nous, qui n'avions pas l'avantage de voos connaître, et qui désirions voir deux hommes si extraordinaires, sommes-nous venues de Paris à Madrid pour vous rencontrer.
DUBOULOY.
Exprès?
CHARLOTTE
Tout exprès.
DUBOULOY.
En vérité, c'est trop aimable de voire part. locise, revenant avec Roger.
Oh ! monsieur, ne me dites pas cela ; je sais qui vous détestez les amours sérieuses, et, avec nous autres femmes sentimenialcs, songez-y bien, ce n'est pas un simple caprice qu'il faut, c'est un attachement profond et durable.
ROGER
Mais vous vous trompez complètement, madame ; j'adore au contraire les femmes sentimentales, moi.
LOUISE
Ah! vicomte, prenez garde; il me semble que s'il en eût été ainsi , M"e de Mérian vous convenait sous tous les rapports.
ROGER
El qui vous dit que je ne l'aimais pas, madame? qui vous dit que son image ne se présente pas souvent encore à mon esprit? qui vous dit qu'il ne uic faut pas un amour à venir, pour éteindre une pas sion...
LOUISE
Ainsi, monsieur, vous me considérez comme un moyen de guérison?
Non, madame ; mais je dis que, pour faire oublier une femme aimable , il ne faut pas moins qu'une femme charmante. Je ne vois rien là qui puisse voos blesser, ce me semble ; cl c'est ce qui m'enhardit à solliciter la faveur de vous présenter mes hommages.
LOUISE
Eh bien! nous verrons... plus tard...
ROGF.n, se retournant.
Mais pour que je puisse profiler de celle gracieuse permission , il faut que vous me disiez on vous habitez.