‹ Œuvres de Alex. Dumas, 7Chapitre 192 sur 212 · HO · texte numérisé non relu

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sais aussi bien que vous-même : j'ai pressenti la puissance qui est en vous et qui vous fera grand un jour. Votre génie que j'avais lu sur voire large front, dans vos regards ardents, dans vos gestes passionnés, imposait à celle qui portait votre nom de graves devoirs. Je les acceptais. Le bonheur avait pour moi la solennité d'une mission. Je n'aurais pas été votre femme, Benvcnulo, j'aurais encore élé votre amie, votre sœur, voire mère. Votre noble existence appartient à tous, je le savais, je n'en aurais pris que le droit de vous consoler dans voire ennui, devons relever dans vos doutes. Vous eussiez élé libre, ami, toujours et partout. Hélas ! je m'étais habituée dès longtemps à vos douloureuses absences, à toutes les exigences de votre fougue, à lous les caprices de voire âme amante des orages. Toule puissante nature a de puissants besoins. Plus l'aigle a plané longtemps, plus longtemps il est obligé de se reposer sur la (erre. Mais quand vous seriez arraché aux songes fiévreux du sommeil de votre génie, j'aurais retrouvé au réveil mon sublime Benvenuto , celui que j'aime, celui qui m'eût appartenu à moi seule ! Je n'aurais pas fait un reproche aux heures de l'oubli, car elles n'auraient rien eu d'injurieux pour moi. Quant à moi, vous sachant jaloux comme tout noble cœur, jaloux comme le Dieu de l'Écriture, je serais restée, quand vous n'auriez pas élé là, loin des regards, dans la solitude que j'aime, vous attendant et priant pour vous.

« Voilà quelle eût élé ma vie.

« Quand j'ai vu que vous m'abandonniez, soumise à la volonté de Dieu et à la vôtre, j'ai fermé les yeux cl rerais ma destinée aux mains du devoir ; mon père m'ordonnait un mariage qui lui épargnait le déshonneur, j'ai obéi. Mon mari a élé dur, sévère, impitoyable; il ne s'est pas contenté de ma docilité, il exigeait un amour au-dessus de mes forces, et me punissait en brutalités de mes chagrins involontaires. Je me suis résignée. J'ai élé, je l'espère, une épouse digne et pure, mais toujours bien triste, Benvenuto. Dieu, néanmoins, m'a récompensée dès ce monde en me donnant un fils. Les baisers de mon enfant m'ont, pendant quaire ans, empêchée de sentir les outrages, les coups cl cufiu la misère, car pour trop vouloir gagner mon mari fui ruiné, et il est mort le mois passé de celle ruine. Que Dieu lui pardonne comme je lui pardonne moimême !

« Je vais mourir à mon tour, aujourd'hui, dans

une heure, de mes souffrance» accumulée», et je vous lègue mon fil», Benvenulo.

t Toul c»t pour le mieux, peut-être. Qui sait si ma faiblesse de femme aurait suffi au rôle que je m'étais imposé pré* de vous. Lui , mon Ascanio (il me ressemble), sera un compagnon plus fort el plus résigné de voire vie: il vous aimera mieux, sinon plus. Je ne suis pas jalouse de lui.

« D'un antre coté, faites pour mon enfant ce que j'aurais fait pour vous.

< Adieu, mon ami, je vous aimnis el je vous

le répète sans honte et sans remords aux portes mêmes de l'éternité; car cet amour était saint. Adieu ! soyez grand , je vais être heureuse, el levez quelquefois le» yeux au ciel pour que je vou» voie.

« Votre Stéph\na. »

Maintenant Colombe, Ascanio, aurez- vou» confiance en moi el étes-vous prêts à faire ce que je vais vous conseiller ?

Les deux jeunes gen» répondirent par un seul cri.

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