VISITES DOMICILIAIRES
Le lendemain du jour où, dans les jardins du Pelit- Nesle, cette histoire fut racontée a la lueur des étoiles , râtelier de Benvenulo avait dès le matin son aspect accoutumé ; le maître travaillait à la salière d'or dont il avait si vaillamment défendu la matière première contre les quatre bravi qui voulaient la lui prendre, el sa vie par-dessus. Ascanio ciselait le lis de M™ d Élampes ; Jacques Aubry , mollement étendu «tir une chaise , adressait mille questions à Cellini qui ne lui répondait pas, et qui mettait l'écolier amateur dans la nécessité de se faire les réponses lui-même. Pagolo regardait en dessous Calherine qui travaillait à quelque ouvrage de femme. Hermann el les autres ouvriers limaient, frappaient, soudaient, ciselaient, el la chanson de Scozzone égayait ce calme de l'activité.
Le Peiil-INesle était loin d'être aussi tranquille. Colombe avait disparu.
Touiy était donc en rumeur; on cherchait, on appelait. Dame Perrine jetait les hauts cris, el le prévôt, qu'on était allé quérir à la haie, lâchait de saisir, au
milieu des lamentation* de la bonne dame, quelqne indice qui pût le meltre sur les traces de l'absente, el probablement de la fugitive.
« Voyons , dame Perrine , vous dite» donc que c'esi hier au *oir, quelque» in»tant» aprè* mon dépari, que vous l'avez vue pour la dernière fois ? demandait le prévôt.
— Hélas! oui, messire. Jésus Dieu! quelle aventure! la pauvre chère enfant paraissait un peu triste, elle est allée se débarrasser de lotis ses beaux affiquel8 de cour; elle a mis une simple robe blanche; saints du paradis , ayez pilié de nous I et puis elle m'a dif c Dame Perrine, la soirée est belle, je nu aller faire un tour dan» mon allée; > il pouvait être sept heure» du soir. Madame que voici, dit Perriw en montrant Pulchérie, la suivante qu'on lui av*! donnée pour aide, ou plutôt pour supérieure, nudaine que voici, selon son habitude, était déjà rentrée dans sa chambre, sans doute pour préparer ces belles toilettes qu'elle fait si bien, et moi, je mêlai» mise à coudre dans la salle en bas. Je ne sais combien de lemps je restai là à travailler, il est possible qu à la longue mes pauvre» yeux fatigués te soient fermés malgré moi, et que j'aie un peu perdu connaissance.
— Selon votre habitude , interrompit aigrement Pulchérie.
— Toujours e*t-il, reprit dame Perrine «ans daigner répondre à celte mesquine calomnie, que ren dix heures je quittai mon fauteuil el j'allai voira: jardin si Colombe ne s'y était pas oubliée. J'appebi cl ne trouvai personne; je crus alors qu'elle éuri rentrée chez elle cl s'était couchée sans me déranger, comme cela lui était arrivé mille fois, à la chère fille. Miséricorde du ciel ! qui aurait pensé?... Ah! messire le prévôt, je puis bien dire qu'elle n'a px« suivi un amant, mais un ravisseur. Je l'avais élevf dans des principes...
— El ce malin, dit impatiemment le prévôt, « malin?
— Ce malin, quand j'ai vu qu'elle ne descendu! pas, sainle Vierge, secourez-nou» !
— Ah ! au diable vos litanie» , s'écria meswf d'Estourvillc. Racontez donc simplement et m toutes ces jérémiades; ce malin?...
— Ah ! monsieur le prévôt , vous ne pouvez p» m'empêcher de pleurer jusqu'à ce qu'on la reirwnv Ce matin, messire, inquiète de ne pas la voir ( elle élail si matinale ! ), je suis venue frapper à sa porte
ASCANIO
pour la réveiller, 61, comme elle ne répondait pas, j'ai ouvert. Personne ! Le lil n'élail pas même défail, messire. Alors j'ai crié, j'ai appelé, j'ai perdu la léle, et vous ne voulez pas que je pleure !
— Dame Perrine, dit sévèrement le prévôt, auriez-vous introduit ici quelqu'un pendant mon absence ?
— Ici, quelqu'un, par exemple ! reprit avec toutes sortes de marques de stupéfaction la gouvernante qui sentait sa conscience chatouilleuse à cet endroit. Esl^fic que vous ne me l'aviez pas défendu, messire ; depuis quand rue suis-jc permis de jamais transgresser vos ordres? Quelqu'un ici ? ah bien oui !
— Ce Benvenulo, par exemple, qui osait trouver ma fille si belle, n'a pas tenté de vous gagner?
— Fi donc! il eût tenté plutôt d'escalader la lune ; je l'aurais joliment reçu, je m'en vante !
— Ainsi vous n'avez jamais admis dans le Pciit- Ncsle un bomme, un jeune homme ?
— Un jeune homme ! bonté du ciel ; un jeune homme! Pourquoi pas le diable?
— Qu'est-ce donc alors, dit Pulchérie , que ce gentil garçon qui est venu frapper dix fois à la porte depuis que je suis ici, et à qui dix fois j'ai fermé la porte au nez?
— Un gentil garçon ? vous avez la berlue , ma chère, à moins que ce ne soit le comte d'Orbec. Ah ! bon Dieu ! j'y suis : c'est peut-être Ascanio que vous voulez dire. Ascanio, vous savez, messire? cet enfant qui vous a sauvé la vie. Oui, en effet, je lui avais donné à raccommoder les boucles d'argent de mes souliers. Mais lui, un jeune homme, cet apprenti ! menez des lunettes, ma mie. Au surplus, que ces murs et ces pavés disent s'ils l'ont jamais vu ici.
— Il suffit, interrompit sévèrement le prévôt. Si vous avez trompé ma confiance, dame Perrine, je jure que vous me le payerez ! Je vais aller chez ce Benvenulo; Dieu sait comment ce manant va me recevoir, mais il le faut. >
Benvenulo , contre toute attente , accueillit le prévôt à merveille. En voyant son sang-froid , son aisance et sa bonne grâce , messire d'Eslourville n'osa pas même parler de ses soupçons. Mais il dit que sa lille Colombe ayant été fort sottement effrayée la veille, dans sa terreur panique, elle s'était enfuie comme égarée; que peut-être, sans que Benvenulo le sût lui-même, elle avait cherché un refuge au Grand-Nesle, ou bien encore qu'en le traversant
pour aller ailleurs, elle avait pu s'y évanouir. Bref, il mentit le plus maladroitement du monde.
Mais Cellini accepta tous ses contes et tous ses prétextes avec politesse ; enfin , il eut la complaisance d'avoir l'air de ne s'apercevoir de rien; il y eut plus : il plaignit le prévôt de toute son àmc, lui affirmant qu'il serait heureux de rendre sa lille à un père qui avait toujours entouré son enfant d une tendresse et d'une affection si louchante cl si digne. La fugitive, à l'entendre, avait donc eu le plus grand tort cl ne pouvait rentrer trop (ôl sous une protection m rassurante et si douce. An reste , comme preuve de la sincérité de l'intérêt qu'il portait à messire d'Eslourville, il se mettait à sa disposition pour le seconder dans toutes ses recherches, non seulement dans le Grand-Nesle, mais encore partout ailleurs.
Le prévôt, à demi convaincu , et d'autant plus touché de ces éloges, qu'il sentait au fond du cœur qu'il les méritait moins , commença, suivi de Benvenulo Cellini, une investigation scrupuleuse dans son ancienne propriété du Grand-Nesle, dont il connaissait tous les coins et recoins. Aussi ne laissa t-il pas une porte sans la pousser, une armoire sans l'entr'ouvrir, un bahut sans y jeter un coup d'oeil comme par mégarde. Puis , l'hôiel visité dans tous les coins cl recoins, il passa dans le jardin, parcourut l'arsenal, la fonderie, le cellier, l'écurie , examina tout rigoureusement. Pendant celle recherche, Benvenulo, fidèle à son obligeance première, l'aidait de son mieux, lui offrant louies les clefs au fur èlà mesure, indiquant tel corridor ou tel cabinet, que messire d'Eslourville oubliait. Enfin , il lui donna le conseil , de peur que la fugitive ne passai furtivement d'une salle dans une .autre , de laisser un de ses gens eu sentinelle daus chaque endroit qu'il quittait.
Après avoir fureté partout, au bout de deux heures de perquisitions inutiles, messire d'Eslourville, certain de n'avoir rien omis, et confondu de l'obligea nec de son hôte, quitta le Grand-Nesle en laislanlà Benvenulo mille rcmercimenlsel mille excuses.
t Quand il vous plaira de revenir, dit l'orfèvre, cl si vous avez besoin de recommencer ici vos recherches, ma maison vous est ouverte à toute heure comme lorsqu'elle vous appartenait; d'ailleurs, c'est votre droil , messire : n'avons-nous pas signé un traité par lequel nous nous engageons à vivre eu voisins? »
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Le prévôt remercia Benvenuto, et, comme il ne i savait de quelle façon lui rendre ses politesses , il loua fort , en sortant, celle gigantesque statue de Mars que l'artiste, comme nous l'avons dit, était en train d'exécuter. Benvenuto lui en fit foire le tour, el lui en fit remarquer avec complaisance les étonnantes proportions ; en effet , elle avait plus de soixante pieds de haut , el à sa base près de vingt pas de circonférence.
Messire d'Eslourville se retirait fort désolé : il était convaincu dès lors qu'il n'avait point retrouvé ' sa fille au Grand-Nesle, qu'elle avait trouvé un asile par la ville. Mais à celte époque la ville était déjà assez grande pour embarrasser le chef même de la police. D'ailleurs, l'avait-on enlevée ou s'était-ellc enfuie? Élail-elle victime d'une violence étrangère, ou avait-elle cédé à son propre mouvement? C'était une incertitude sur laquelle aucune circonstance ne pouvait le fixer. 11 espéra alors que, dans le premier cas, elle parviendrait;! s'échapper, et que, dans le second, elle reviendrait d'elle-même. Il attendit donc avec assez de patience, interrogeanl , malgré cela, vingt fois par jour dame Perrine, qui passait son temps à adjurer tous les saints du paradis el qui continuait à jurer ses grands dieux qu'elle n'avait reçu personne , el de fail , non plus que messire d'Eslourville, elle n'avait conçu aucun soupçon sur Â8canio.
Le jour et le lendemain s'écoulèrent sans nouvelles. Le prévôt mil alors tous ses agents en campagne, ce qu'il avait négligé de faire jusqu'alors pour ne pas ébruiter cet événement, auquel sa réputation était si fort intéressée. Il est vrai qu'il ne leur donna que le signalement, sans leur donner le nom,el que leurs perquisitions furent faites sous un tout autre prétexte que celui qui les amenait véritablement; mais, quoiqu'il ne négligeât aucune source secrète d'informations , toutes ses recherches furent sans résultat.
Certes, il n'avait jamais été pour sa fille un père affectueux cl tendre; mais s'il ne se désespérait pas, ' il se dépitait, cl son orgueil souffrait à défaut de son cœur : il songeait avec indignation au beau parti que la petite soite allait peui-êlre manquer, elavec rage aux quolibets el aux sarcasmes avec lesquels la cour allait accueillir sa mésaventure.
Il fallut bien enfin s'ouvrir de ce malheur au fiancé de Colombe. Le comte d'Orbec en fut aflligé à la manière d'un commerçant à qui l'on annonce
que ses marchandises ont subi une avarie, mais pas autrement. Il était philosophe, le cher comte, et il promit à son digne ami que si la chose ne s'ébrnitaii pas trop, le mariage n'en tiendrait pas moins; puis, comme c'était un homme qui savait saisir l'occasion, il profita de la circonstance pour glisser au pré\ôt quelques mots des projets de Mœ* d Élampe* sot Colombe.
Le prévôt fut ébloui de l'honneur auquel il aurait pu être appelé : son chagrin en redoubla, et if maudit l'ingrate qui se dérobait à une si noble et* belle destinée.
Nous faisons grâce à nos lecteurs de la convtr- 8ation que celle confidence du comte d'Orbec mm enlre les deux vieux courtisans : conlenlons-nou de dire que la douleur cl l'espoir y prirent on caractère bizarrement touchant. Or comme le malheur rapproche les hommes , le beau-père et le gemlr* se séparèrent plus unis que jamais , et sans pouvoir se décider encore à renoncer au brillant avenir qu'il? avaient entrevu.
On était convenu de se taire de cet événement vis-à-vis de tout le monde; mais la duchesse d'Ëtampes étail une amie trop inlime ci une complice trop intéressée pour qu'on ne la mil pas dans le secret.
Ce fui bien vu ; car elle prit la chose beaucoup plus à cœur que le père el le mari ne l'avaient fait, et, comme on le sait, elle était plus à même que tout autre de renseigner le prévôt et de diriger ses perquisitions.
Elle savait, en effet, l'amour d'Âscanio pour Colombe ; elle l'avait fait elle-même pour ainsi dirr assistera toute sa conspiration; le jeune homme, voyant l'honneur de celle qu'il aimait menacé, sciait décidé peul-élrc à un acte de désespoir ; maa Ascanio le lui avait dit lui-même, Colombe ne l'aimail point, el, ne l'aimant point, n'avait pas dû k prêter à de pareils projets. Or, la duchesse dt lampes connaissait assez celui qu'elle avait soupçonsd'abord pour savoir qu'il n'aurait jamais la hardies» de braver les mépris el la résistance de sa maître**; et cependant , malgré tous ces raisonnemens, que que à ses yeux toutes les probabilités fussent qn'Av canio n'était pas coupable , son instinct de fems: jalousc lui disait que c'élail à l'hôtel de Ncsfc <pï fallait chercher Colombe, cl qu'on devait, avant le*, s'assurer d'Ascanio.
Mais Mm* d'Étampes, de son côté, ne pouvait dire à ses amis d'où lui venait cette conviction , car il
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fallait alors qu'elle leur avouât qu'elle aimait Ascanio, ci que, dans l'imprudence de sa passion , elle avait confié à ce jeune homme tous ses desseins sur Colombe. Elle leur assura seulement qu'elle serait bien trompée si Benvcnuto n'était pas le coupable , Ascanio le complice et le Grand-Nesle l'asile. Le prévôt cul beau se débattre, jurer qu'il avait tout vu, tout visité, tout parcouru, elle n'en démordit pas; elle avait pour cela ses raisons, cl elle s'obstina tellement dans son opinion qu'elle finit par jeter des doutes dans l'esprit de messire d'Estourville , qui était cependant certain d'avoir bien cherché.
« D'ailleurs, ajouta la duchesse, j'appellerai moi-même Ascanio; je le verrai, je l'interrogerai, soyez tranquille.
— Oh ! madame , vous êtes trop bonne , dit le prévôt.
— Et vous trop niais , » murmura la duchesse entre les dents.
Elle les congédia.
Elle se mil alors à rêver aux moyens de faire venir le jeune homme ; mais, comme elle ne s'était encore arrêtée à aucun , «m annonça Ascanio , il allait donc au-devant des désirs de M»e d'Étampes. il était froid et calme.
Mm* d'Étampes l'enveloppa d'un regard si perçani qu'on eut dit qu'elle voulait lire jusqu'au fond de son cœur; mais Ascanio ne parut pas même s'en apercevoir.
i Madame, dit-il en s'inclinanl, je viens vous montrer votre lis à peu près terminé, il n'y manque plus guère que la goutte de rosée de deux cent mille écus que vous avez promis de me fournir.
— Eh bien? et la Colombe? dit Mm( d'Étampes pour toute réponse.
— Si c'est de M"' d'Estourville que vous voulez parler, madame, reprit gravement Ascanio, je vous supplierai à deux genoux de ne pins prononcer son nom devant moi. Oui, madame, je vous en conjure humblement et instamment, que ce sujet ne revienne jamais entre nous, de grâce.
— Ah! ah! du dépit! fit la duchesse, dont le regard profond n'avait pas un instant quitté Ascanio.
— Quel que soit le sentiment qui m'anime et dussé-je encourir votre disgrâce , madame , j'oserai vous refuser dorénavant de continuer avec vous tout entretien sur ce sujet. Je me suis juré à moi-même que tout ce qui aurait trait à ce souvenir resterait maintenant mort et enseveli dans mon cœur.
ALEXANDRE DUMA9. — T. VU
— Me suis-je donc trompée ? pensa la duchesse, et Ascanio n'est-il pour rien dans l'événement ? Celte petite fille aurait-elle suivi de gré ou de force quelque autre ravisseur, cl , perdue pour les projets de mon ambition , servirait-elle par sa fuite les intérêts de mon amour? >
Puis , après ces réflexions faites à voix basse, elle reprit à voix haute ;
c Ascanio , vous me priez de ne plus parler d'elle , me laisserez-vous au moins vous parler de moi? Vous voyez que, sur votre prière, je n'insiste pas , mai» qui sait si ce second sujet de conversation ne vous sera pas plus désagréable encore que le premier? Qui sait...
— Pardon si je vous interromps , madame, dit le jeune homme , mais la bonté avec laquelle vous voulez bien nf accorder celle grâce que je vous demande , m'enhardit à en implorer une autre. Quoique de famille noble, je ne suis qu'un pauvre enfant obscur, élevé dans l'ombre d'un atelier d'orfèvre , ei de ce cloitre artistique je me suis vu tout à coup transporlé dans une sphère brillante , mêlé au destin des empires; ayant, faihle, de puissants seigneurs pour ennemis inconnus , un roi pour rival ; et quel roi , madame ! François Ier, c'est-à-dire un des plus puissants princes de la chrétienté. Tout à coup j'ai coudoyé les noms les plus éclatants et les plus illustres destinées ; j'ai aimé sans espoir et l'on m'a aimé sans retour! El qui m'aimait, grand Dieu! Vous, une des plus belles, une des plus nobles dames de la terre ! Tout cela a mis le trouble en moi et hors de moi ; tout cela m'a étourdi , écrasé, anéanti , madame. Je suis effrayé comme up nain qui se réveillerait parmi des géants ; je n'ai plus une idée en place , plus un sentiment dont je me rende compte ; je me trouve comme perdu dans toutes ces haines terribles, dans tous ces amours implacables , dans toutes ces ambitions glorieuses. Madame, laissezmoi respirer, je vous en conjure; permettez au naufragé de revenir à lui, au convalescent de reprendre se* forces ; le temps , je l'espère, remettra tout en ordre dans mon âme cl dans ma vie. Du temps, madame, donnez-moi du temps, et par pitié ne voyez aujourd'hui en moi que l'artiste qui vient vous demander si son lis est de votre goût. >
La duchesse fixa sur Ascanio un regard plein de doute cl d'étonnement ; elle n'avait pas supposé que ce jeune homme, que cel enfant pût parler de ce ton à la fois poétique, grave ei sévère ; aussi se sen-
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lil-elle moralement contrainte de lui obéir, et ne parlant plus que de son lis , donna-l-elle à Ascanio des éloges et des conseils , lui promettant qu'elle ferait tout son possible pour lui envoyer avant peu le gros diamant qui compléterait son œuvre. Ascanio la remercia , et prit congé d'elle avec toutes sortes de témoignages de reconnaissance et de respect.
i Est-ce bien là Ascanio? se dit Mn« d'Etampcs lorsqu'il fui parti : il me semble vieilli de dix ans. Qui lui donne celle gravité presque imposante? Est-ce la souffrance? Est-ce le bonheur? Est-il sincère, enCn, ou conseillé par ce damné Beuvenulo? Joue-t il en artiste consommé un rôle supérieur, ou se laisse-l-il aller à sa propre nalure ? i
Anne n'y tint pas. Le singulier vertige qui gagnait peu à peu ceux qui limaient avec Benvenuto Cellini commençait à s'emparer d'elle malgré la vigueur de son esprit. Elle aposla des gens qui épièrent Ascanio et qui le suivirent à chacune de ses rares sorties ; mais cela n'amena aucune découverte. Enfin Mmc d'Étampes (il venir le prévôt et d'Orbec et leur conseilla, comme une autre eût ordonné, de tenter à l'improviste une autre perquisition dans l'hôtel de Ncsle.
Ils obéirent ; mais , quoique surpris au milieu de son travail, Benvenulo les reçut mieux encore celte fois tous deux que la première il n'avait reçu le prévôt seul. On eût dit , à le voir si libre cl si poli, que leur présence n'avait absolument rien d'injurieux pour lui. M raconta amicalement au comte d'Orbec le guet-apens qu'on lui avait dressé au moment où , quelques jours auparavant , il sortait de chez lui chargé d'or ; le jour même , fî t— il observer, où .M •• d'Estourville avait disparu. Cette fois comme l'autre, il s'oll'ril pour accompagner les visiteurs dans son château et pour aider le prévôt à rentrer dans ses droits de père , dont il comprenait si bien les devoirs sacrés. Il était heureux de s'êlre encore trouvé chez lui pour faire honneur à ses hôles, car le jour même, dans deux heures, il allait partir pour Romoranlin , désigné par la bienveillance de François lw pour faire partie des artistes qui devaient aller au-devant de l'Empereur.
En effet, les événements politiques avaient marché aussi vite que ceux de notre humble hisloire. Charles-Quint, encouragé par la promesse publique de son rival et par l'engagement secret de M"* d'Élampes, n'était plus qu'à quelques journées de Paris. Une députalion avait été nommée pour aller le re-
cevoir, et d'Orbec et le prévôt avaient effectivement trouvé Cellini en habit de voyage.
< S'il quitte Paris avec toute l'escorte, dit à voit basse d'Orbec au prévôt , ce n'est, selon toute probabilité, pas lui qui a enlevé Colombe, et nom n'avons plus rien à faire ici.
— Je vous l'avais dit avant d'y venir , » répondit le prévôt.
Pourtant ils voulurent aller jusqu'au bout et commencèrent leur enquête avec un soin minutieux. Benvenuto les suivit et les dirigea d'abord ; mais, commit vil que leur visite domiciliaire devenait aussi par trop détaillée, il leur demanda la permission de k* laisser continuer seuls, et, devant partir dans une demi-heure , d'aller donner quelques ordres à ta ouvriers, attendu qu'il voulait, à son retour, trouver tous les préparatifs de la fonle de son Jupiter achevés. •
Benvenulo revint effectivement à l'atelier, distribua l'ouvrage aux compagnons, les pria d'obéir i Ascanio comme à lui-même, dit en italien quelque» mots à voix basse à l'oreille de celui ci, fit à tous te* adieux et se disposa à quitter l'hôtel. Un cheval tout sellé que tenait le petit Jehan l'attendait dans U première cour.
En ce moment Scozzonc vint à Benvenulo ei k prit à part.
« Savez-vous, maître, lui dit-elle gravement, q&e voire départ me laisse dans une position bien difficile!
— Comment cela, mon enfant?
— Pagolo m'aime de plus en plus.
— Ah ! vraiment?
— Et il ne cesse de me parler de son amour.
— El loi, q uc réponds-lu ?
— Dame ! selon vos ordres, maîlrc, je lui réporui1 qu'il faudra voir et que la chose peut s'arranger.
— Très-bien l
— Comment, très-bien! Mais vous ne savez donc pas, Benvenulo, qu'il prend au sérieux tout ce qw je lui dis, et que ce sont de véritables engagement* que je contracte envers ce jeune homme? Il t a quinze jours que vous m'avez prescrit la règle àt conduite que j'avais à tenir, n'est-ce pas?
— Oui, je crois; je ne me rappelle plut bien.
— Mais moi, j'ai meilleure mémoire. Or, pendant les cinq premiers jours, je lui ai répondu par des représentations douces ; il devait lâcher de se vaincre cl de ne plus m'aimer. Les cinq jours suivants , F
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l'ai écoulé en silence , el c'était une réponse bien compromettante que celle-là ; mais c'était votre ordre , et je l'ai suivi ; enfin les cinq derniers jours, j'en ai été réduite à lui parler de mes devoirs envers vous, et hier, matire, j'en étais à le prier d'être généreux, el il en était, lui, a me demander un aveu.
— Alors, s'il en est ainsi, c'est diiïérent, dit Benvenuio.
— Ah ! enfin, dit Scozzone.
— Oui ; maintenant écoule, chère petite. Pendant les trois premiers jours de mon absence, tu lui laisseras croire que lu l'aimes; puis, pendant les trois jours qui suivront, lu lui feras l'aveu de cet amour.
— Quoi ! c'est bien vous qui me dites cela, Benvenulo ! s'écria Scozzone , toute blessée de la trop grande confiance que le matire montrait en elle.
— Sois donc tranquille. Qu'as-tu à lo reprocher, puisque c'est moi qui t'y autorise?
— Mon Dieu, dit Scozzone, rien, je le sais : mais cependant toujours placée ainsi, entre votre indifférence à vous et son amour à lui, Dieu sait que je puis finir par l'aimer véritablement.
— Bah ! en six jours ! Tu ne te sem» pas de force à resler indifférente six jours?
— Si faii ! je vous les accorde ; mais n'allez pas en rester sept, au moins.
— N'aie pas peur , mon enfant , je reviendrai à temps. Adieu, Scozzone.
— Adieu, maître, > fil Catherine, boudant, souriant et pleurant tout à la fois.
Pendant que Benvenulo Ccllini adressait à Catherine ces dernières instructions, le prévôt el d'Orbec rentrèrent.
Restés seuls et libres de leurs mouvements , ils s'étaient livrés à leurs recherches avec une espèce de frénésie ; ils avaient exploré les greniers, fouillé les caves, sondé tous les murs, remué tous les meubles ; ils avaient échelonné les domestiques sur leur passage, ardenls comme des créanciers , patients comme des chasseurs ; ils étaient revenus cent fois sur leurs pas , avaient examiné vingt fois la même chose avec une rage d'huissier qui a une prise de corps a exercer, et, leur expédition achevée, ils rentraient rouges cl animés sans avoir rien découvert.
< Eh bien , messieurs , leur dit Benvenulo qui montait à cheval, vous n'avez rien trouvé, n'eslec pas? Tant pisl tant pis! Je comprends combien la
chose est douloureuse pour deux cœurs aussi sibles que les vôtres; mais, malgré tout l'intérêt que je prends à vos douleurs et tout le désir que j'aurais à vous aider dans vos recherches , il faut que je parle. Becevez donc mes adieux. Si vous avez besoin d'entrer au Grand-Nesle en mon absence, ne vous gênez pas, faites comme chez vous. J'ai donné des ordres pour que la maison soil la vôtre. La seule chose qui me console de vous laisser dans celle inquiétude, c'est que j'espère apprendre à mon retour que vous avez, vous, monsieur le prévôt, retrouvé votre chère enfant, et vous, M. d'Orbec, votre belle fiancée. Adieu, messieurs. > Puis, se retournant vers ses compagnons qui étaient groupés sur le perron, moins Ascanio, qui, sans doute , ne se souciait pas de se trouver face à face avec son rival :
» Adieu, mes enfants, dit -il. Si , en mon absence, M. le prévôt a le désir de visiter une troisième fois l'hôiel, n'oubliez pas de le recevoir comme l'ancien malt iv de céans. >
Sur ces mots, le petit Jehan ouvrit la porte, et Benvenulo piquant des deux partit au galop.
« Vous voyez bien que nous sommes des niais, mon cher, dit le comte d'Orbec au prévôt ; quand on a enlevé une fille , on ne part pas pour Romorantin avec la cour. »
CIIARLES-QUINT A FONTAINEBLEAU.
Ce n'était pas sans de graves hésitations et d'affreuses angoisses que Charles-Quint avait mis le pied sur celte terre de France où l'air el le sol lui élaicnl pour ainsi dire ennemis , dont il avait indignement maltraité le roi prisonnier, et dont il avait peut-être , on l'en accusait du inoins , empoisouné le Dauphin. L'Europe s'attendait, de la part de François 1er, à de terribles représailles, du momeut où son rival venait de lui-même se meure entre ses mains. Mais l'audace de Charles, ce grand joueur d'empires, ne lui avait pas permis de reculer, el une fois son terrain habilement sondé et préparé, il avait bravement franchi les Pyrénées.
Il complaît en cflel à la cour de France des amis dévoués el croyait pouvoir se fier à trois garanties, l'ambition de M™ d Élampes , l'outrecuidance du
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connétable Anne de Montmorency et la chevalerie du roi.
Nous avons vu comment et pour quel motif la duchesse voulait le servir. Quant au connétable, c était autre chose. L'écueil des hommes d'État de tous les pays et de tous les temps , c'est la question des alliances. La politique, réduite sur ce point et sur beaucoup d'autres, du reste, à n'être que conjecturale, comme la médecine, se trompe fort souvent, hélas! en étudiant les symptômes des affinités entre les peuples et en risquant des remèdes aux haines des nations. Or, pour le connétable , l'alliance espagnole était devenue une monomanie. Il s'était mis dans la tête que là était le salut de la France, et pourvu qu'il satisfit Charles-Quint, qui en vingt-cinq ans avait fait vingt ans la guerre à son maître, le connétable de Montmorency se souciait fort peu de mécontenter ses autres alliés, les Turcs et les protestants , cl de manquer les plus magnifiques occasions, comme celle qui donnait la Flandre à François Ier.
Le roi avait dans Montmorency une confiance aveugle. Le connétable avait de fait , dans les dernières hostilités contre l'Empereur, montré une résolution inouïe et arrêté l'ennemi ; il est vrai que c'était au prix de la ruine d'une province; il est vrai que c'était en lui opposant un désert ; il est vrai que c'était en dévastant un dixième de la France. Mais ce qui surtout imposait au roi , c'était l'orgueilleuse rudessedeson ministre et son inflexible obstination, qui pouvait paraître habile cl intègre fermeté à un esprit superficiel. Il en résulte donc que François 1er écoutait le grand suborneur de personnes , comme l'appelle Brantôme, avec une déférence égale a la crainte qu'inspirait aux inférieurs le terrible diseur de patenôtres qui entremêlait ses oremus de pendaisons.
Charles-Quint pouvait donc en toute sûreté compter sur la systématique amitié du connétable.
Il faisait encore plus de fonds sur la générosité de son rival. François 1er, en effet, poussait la grandeur jusqu'à la duperie. < Mon royaume , avait-il dit , n'a pas de péage comme un pont, et je ne vends pas mon hospitalité. » Et l'astucieux Charlcs-Qiiinl savait qu'il pouvait s'abandonner à la parole du roi-
Néanmoins, quand l'Empereur fut entré sur le territoire français , il ne put se rendre mailre de ses appréhensions et de scr doutes; il trouva à la fron-
tière les deux fils du roi, qui étaient venus à «a rencontre , et par tout son passage on l'accablait de prévenances et d'honneurs. Mais le cauteleux monarque frémissait en pensant que tontes ces belle* apparences de cordialité cachaient peut-être on piège. «On dort mal décidément, disait-il. en pays étranger. » 11 n'apportait aux fêles qu'on lui donnait qu'un visage inquiet et préoccupé , et à mesure qu'il pénétrait au cœur du pays, il devenait plus inue et plus sombre.
Chaque fois qu'il faisait son entrée dans une ville il se demandait , au milieu des harangues et sous les arcs de triomphe , si c'était celle ville qui allait loi servir de prison ; puis il murmurait au fond de ta pensée : Ce n'est ni celle-là ni une aulre , c'est la France lout enlière qui est mon cachot ; ce sont tons ces courtisans empressés qui sont mes geôliers. Et d'heure en heure croissait l'anxiété farouche de ce tigre qui se croyait eu cage et qui partout voyait des barreaux.
Un jour, dans une promenade à cheval , Charles d'Orléans , espiègle charmant qui se liât ait dêtre aimable et brave comme un fils de France avant de mourir de la peste comme un manant , saul ment en croupe derrière l'Empereur en le à bras-le-corps : i Ace coup , s'écria-t-îl avec sa joyeux enfantillage, vous êtes mon prisonnier. > Charles-Quint devint pâle comme la mort et faillit se trouver mal.
A Chàtcllerault, le pauvre captif imaginaire rencontra François 1er , qui lui fil un accueil fraternel ei qui le lendemain , à Rnmorantin , lui présenta toute sa cour , la valeureuse et galante noblesse , gloire du pays , les artistes et les lettrés , gloire da roi. Les fêtes el les surprises recommencèrent de plus belle. L'Empereur faisait à tous bon visage, mais dans son cœur il tremblait et se reprochait toujours son imprudence. De temps en temps, comme pour faire l'essai de sa liberté , il sortait as point du jour du château où l'on avait couché , et il voyait avec plaisir qu'outre les honneurs qu'on lai rendait on ne gênait pas ses mouvements , nui» savait-il s'il n'était pas surveillé de loin? Parfois, comme par caprice, il dérangeait l'ordre établi pottr sa roule cl changeait l'itinéraire prescrit, an grand désespoir de François 1er , dont ces boutades faisaient manquer les cérémonieux apprêts.
Quand il fut à deux journées de Paris, il se rappela avec terreur ce que Madrid avail été pour le
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roi de France. Pour un Empereur, la capitale devait avoir paru la prison la plus honorable et en infime temps la plus sûre. Il s'arrêta donc et pria le roi de le conduire sur-le-champ à ce Fontainebleau dont il avait tant entendu parler. Cela bouleversait tous les plans de François I" , mais il était trop hospitalier pour laisser paraître son désappointement , et il se hâta de mander à Fontainebleau la reine et toutes les dames.
La présence de sa sœur Éléonore et la confiance qu'elle avait dans la loyauté de son époux calmèrent quelque peu les inquiétudes de l'Empereur. Néanmoins Charles- Quint , tout rassuré qu'il était momentanément , ne devait jamais se trouver à l'aise chez François Ier ; François 1" était le miroir du passé , Charles-Quint était le type de l'avenir. Le souverain des temps modernes ne comprenait pas assez le héros du moyen âge ; il était impossible que la sympathie s'établit entre le dernier des chevaliers et le premier des diplomates.
Il est vrai qu'à la rigueur Louis XI pourrait revendiquer ce litre , mais à notre avis , Louis XI Tut moins le diplomate qui ruse, que l'avare qui amasse.
Le jour de l'arrivée de l'Empereur, il y eut une chasse dans la forêt de Fontainebleau. La chasse était un des grands plaisirs de François Ier. Ce n'était guère qu'une fatigue pour Charles-Quint. Néanmoins, Charlcs-Quinl saisit avec empressement celle nouvelle occasion de voir s'il n'était pas prisonnier : il laissa passer la chasse , se jela de côté cl alla jusqu'à s'égarer ; mais en se voyant seul au milieu de cette forêt , libre comme l'air qui passait dans les branches , libre comme les oiseaux qui passaient dans l'air , il se rassura presque entièrement et commença de reprendre un peu de bonne humeur. Cependant , un reste d'inquiétude lui monta encore au visage lorsque» se retrouvant au rendez-vous il vil François Ier venir à lui , tout animé par l'ardeur de la chasse et tenant encore à la main l'épieu sanglant avec lequel il venait de frapper le sanglier. Le guerrier deMariguaneldePavie perçait jusque dans les plaisirs du roi.
f Allons donc , mon bon frère , de la gaieté , dit François Ier à Charles Quint en le prenant amicalement sous le bras lorsque les deux souverains mirent pied à terre à la porte du palais , et en l'entraînant dans la galerie de Diane , toute resplendissante des peintures de Rosso cl du Primalice. Vrai Dieu ! vous êtes soucieux comme je l'étais à Madrid. Mais moi,
convenez-en , mon cher frère , j'avais bien quelque raison de l'être , car j'étais voire prisonnier , tandis que vous , vous êtes mon hôte , vous éles libre , vous ('irs à la veille d'un triomphe. Réjouissez-vous donc avec nous , si ce n'est de fêles , trop futiles sans doute pour un grand politique comme vous, du moins en songeant que vous allez mater tous ces gros buveurs de bière flamands qui se mêlent de vouloir renouveler les communes... Ou plutôt, oubliez les rebelles et ne songez qu'à vous diverlir avec des amis. Esl-ce que ma cour ne vous plait pas ?
— Elle est admirable , mon frère , dit Charles- Quint , et je vous l'envie. Moi aussi j'ai une cour , vous l'avez vue , mais une cour grave et sévère, une morne assemblée d'hommes d'Étal et de généraux, comme Lannoy, Pescaîrc, Antonio de Leyra. Mais vous, vous avez, outre vos guerriers et vos négociateurs , outre vos Montmorency et vos Dubcllay , outre vos savants , outre Rudée, Cholin, Duchâlel, I. ascaris , vous avez vos poêles et vos artistes : Marol , Jean Goujon , Primalice , Renvenulo, ei surtout des femmes adorables : Marguerite de Navarre, Diane de Poitiers , Catherine de Médicis et tant d'autres, et je commence vraiment à croire, mon cher frère , que je troquerais volontiers mes mines d'or pour vos champs de fleurs.
— Oh 1 parmi toutes ces fleurs vous n'avez pas encore vu la plus belle , dit naïvement François Ier au frère d Éléonore.
— Non, et je meurs d'envie d'admirer cette merveille , dit l'Empereur, qui dans l'allusion du roi avait reconnu M«°e d'Étampes ; mais dès à présent je crois qu'on a bien raison de dire que le plus beau royaume du monde est à vous , mon frère.
— Mais à vous aussi la plus belle comté , la Flandre , le plus beau duché , Milan.
— Vous avczrefu8é l'une le mois passé, dit l'Empereur en souriant , et je vous en remercie ; mais vous convoitez l'autre, n'est-ce pas ? ajouta l'Empereur en soupirant.
— Ah ! mon cousin, de grâce, dit François Ier , ne parlons pas aujourd'hui de choses sérieuses : après les plaisirs de la guerre il n'y a rien , je l'avoue , que j'aime moins à troubler que les plaisirs «d'une fêle.
— La vérilé est , reprit Charles Quint avec la grimace d'un avare qui comprend la nécessité où il est de payer uue dclte , la vérité csi que le Milanais
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me lient au cœur , et que cela m'arrachera l'àme de vous le donner.
— Dite* de me le rendre , mon frère ; le mot sera plus juste et adoucira peut-être votre chagrin. Mai» cen'esl point de cela qu'il s'agit à cette heure, mais de nous amuser ; nous parlerons du Milanais plus lard.
— Présent ou restitution , donné ou rendu , dit l'Empereur , vous n'en aurez pas moins là une des plus belles seigneuries du monde , car vous I nrez, mon frère , c'est chose déridée , et je tiendrai mes engagements envers vous avec la môme fidélité que vous tenez les vôtres envers moi.
— Eh ! mon Dieu ! s'écria François l,r commençant à s'impatienter de cet éternel retour aux choses sérieuses , que regrettez-vous donc , mon frère ? n'êtes-vous pas roi des Er pagnes , empereur d'Allemagne , comte de Flandres, et seigneur , par l'influence ou par l*épéc,.dc loute l'Italie, depuis le pied des Alpes jusqu'à l'extrémité des Calabre* ?
— Mais vous avez la France , dit Charles-Quint env soupirant.
— Vous avez les Indes et leurs trésors ; vous avez le Pérou et ses mines.
— Mais vous avez la France , vous!
— Vous avez un empire si vaste que le soleil ne s'y couche jamais.
— Mais vous avez la France !... Que dirait Votre Majesté si je guignais ce diamant des royaumes aussi amoureusement qu'elle convoite Milan, la perle des duchés ?
— Tenez, mon frère, dit gravement François Pr, j'ai plutôt sur ces questions capitales des instincts que des idées ; mais de même qu'on dit dans votre pays : < Ne louchez pas à la reine , > je vous dis, moi : « Ne touchez pas à la France, i
— Eh ! mon Dieu ! dit Charles-Quint, ne sommesnous pas cousins cl alliés ?
— Sans doute , répondit François Ier , et j'espère que rien ne troublera désormais cette parenté et celle alliance.
— Je l'espère aussi , dit l'Empereur. Mais, conlinua-l-il avec son sourire ambitieux et sou regard hypocrile , puis-je répondre de l'avenir et empêcher, par exemple, mon fils Philippe de se brouiller avec votre lits Henri ?
— La querelle ne sera pas dangereuse pour nous, reprit François l«r , si c'est Tibère qui succède à Auguste.
— Qu'importe le maître! dit Charles-Quint s'échaufïanl. L'empire sera toujours l'empire , et la Rome des (Césars était toujours Rome , même quand les César* n'étaient plus Césars que de nom.
— Oui , mais l'empire de Charles-Quint n'est pas l'empire d'Octave , mon frère , dit François Pr commençant à se piquer. Pavie est une belle bataille, mais ce n'est pas une Actium ; puis , Octave était riche , et , malgré vos trésors de l'Inde et vos minei du Pérou , vous êtes fort épuisé de finances, on le sait . On ne veut plus vous prêter dans aucune banque , ni à treize ni à quatorze ; vos troupes saiu solde ont été obligées de piller Rome pour vivre, cl maintenant que Rome est pillée , elles se révoltent.
— El vous donc, mon frère, dit Charles-Quint, vous avez aliéné les domaines royaux , que je crois , et vous êtes forcé de ménager Luther pour que les princes d'Allemagne vous prêtent de l'argent.
— Sans compter , reprit François Ier , que vos corlès sont loin d'être aussi commodes que le sénat , tandis que moi je puis me vanter d'avoir mis pour toujours les rois hors de page.
— Prenez garde que vos parlements ne vous renvoient quelque beau jour en tutelle. >
La discussion s'animait , les deux souverains s'échauffaient de plus en plus , la vieille haine qui les avait si longtemps séparés commençait à s'aigrir de nouveau. François Ier allait oublier l'hospitalité et Charles-Quint la prudence, lorsque le roi de France se souvint le premier qu'il était chez loi.
< Ah çà, foi de gentilhomme, mon bon frère, reprit-il tout à coup en riant, je crois, ventre- Mahom, que nous allons nous fâcher. Je vous disais bien qu'il ne fallait pas prier entre nous de chose* sérieuses, et qu'il fallait laisser la discussion i nos ministres el ne garder pour nous que la bonne amitié. Allons, allons, convenons une fois pour toutes que vous aurez le inonde , moins la France , et ne revenons point là-dessus.
— Et moins le Milanais, mon frère, reprit Charles en s'apercevanl de l'imprudence qu'il avait commise el en se remettant aussitôt , car le Milanais est I vous. Je vous l'ai promis , el je vous renouvelle ma promesse. »
Sur ces assurances réciproques d'amitié , la porte de la galerie s'ouvrit el Mmo d'Etam|>cs paroi. Le roi alla au-devant d'elle, el la ramenant par la main en face de l'Empereur, qui , la voyant pour la pre-
mière fois et sachant ce qui s'était passé entre clic et M. de Médina , la regardait venir à lui de son regard le plus perçant :
i Mon frère , dit-il en souriant , voyez-vous celle belle dame?
— Non-seulement je la vois , dit Charles-Quint , mais encore je l'admire!
— Eh bien ! vous ne savez pas ce qu'elle veut?
— Est-ce une de mes Espaces? je la lui donnerai.
— Non, non, mon frère, ce n'est point cela.
— Qu'est-ce donc?
— Elle veut que je vous retienne à Paris jusqu'à ce que vous ayez déchiré le traité de Madrid et ratifié par des faits la parole que vous venez de me donner.
— Si l'avis est bon , il faut le suivre , > répondit l'Empereur tout en s inclinant devant la duchesse autant pour cacher la pâleur soudaine que ces paroles avaient fait naître sur son visage que pour accomplir un acte de courtoisie.
Il n'eut pas le temps d'en dire davantage cl François I" ne put voir l'effet produit par les paroles qu'il avait laissées tomber en riant, et que Charles-Quint élail toujours prêt à prendre au sérieux, car la porte s'ouvrit de nouveau, et toute la cour se répandit dans la galerie.
Pendant la demi-heure qui précéda le dîner, et pendant laquelle tout ce monde élégant, spirituel et corrompu 6e mêla , la scène que nous avons déjà rapportée à propos de la réception du Louvre, se répéta à peu de chose près. C'étaient les mêmes hommes et les mêmes femmes , les mêmes courtisans et les mêmes valets. Les regards d'amour cl les coups d'oeil de haine s'échangèrent donc comme d'habitude, et les sarcasmes et les galanteries allèrent leur train selon la coutume.
Charles Quint, en voyant entrer Anne de Montmorency, qu'il regardait à juste litre comme son allié le plus sûr, était allé à sa rencontre et s'entretenait dans un coin avec lui et le duc de Médina, son ambassadeur.
« Je signerai tout ce que vous voudrez , connétable , disait l'Empereur , qui connaissait la loyauté du vieux soldat : préparez-moi un acte de cession du duché de Milan, cl de par saint Jacques, quoique ce soit un des plus beaux fleurons de ma couronne, je vous en signerai l'abandon plein et entier.
— Un écrit ! s'écriait le connétable en repous-
sant chaleureusement une précaution qui sentait la défiance; un écrit, sire! que dit donc là Votre Majesté? Pas d'écrit, sire, pas d'écrit : votre parole, voilà tout. Votre Majesté est-elle donc venue en France sur un écrit, cl croil-ellc que nous aurons moins de confiance en elle qu'elle n'en a eu en nous?
— El vous aurez raison, M. de Montmorency, répondit l'Empereur en lui tendant la main, et vous aurez raison. ►
Le connétable s'éloigna.
« Pauvre dupe ! reprit l'Empereur ; il fait de la politique, Médina, comme les taupes font des trous, en avtfUgle.
— Mais le roi , sire? demanda Médina.
— Le roi est trop fier de sa grandeur pour n'être pas sûr de la nôtre. Il nous laissera follement partir. Médina, et nous le ferons prudemment attendre. Faire attendre, monsieur, continua Charles-Quint, ce n'etl pas manquer à sa promesse , c'esl l'ajourner, voilà tout.
— Mais M" d'Élampes? repril Médina.
— Pour celle-là nous verrons, dit l'Empereur en poussant el en repoussant une bague magnifique qu'il portail au pouce de la main gauche, cl qui était ornée d'un superbe diamant. Ah ! il me faudrait une bonne entrevue avec elle.
Pendant ces rapides paroles échangées à voix basse entre l'Empereur cl son ministre, la duchesse raillait impitoyablement le grand Marmaguc, en présence de messire d'Eslourville , el cela à propos de ses exploits nocturnes.
t Serait-ce donc de vos gens , M. de Marmagne , disait-elle, que le Benveuulo rapporte à tout venant cette prodigieuse histoire : Attaqué par quatre bandits el n'ayanl qu'un bras pour se défendre, il s'est fail toul simplement escorter jusque chez lui par ces messieurs. Étiez-vous de ces braves si polis, vicomte ?
— Madame , répondit le pauvre Marmagne loui confus , cela ne s'est pas précisément passé ainsi, et le Bcnvenuto raconie la chose Irop à son avantage.
— Oui , oui , je ne doute pas qu'il ne brode et qu'il n'ornemente quelque peu dans les détails, mai* le fond est vrai , vicomte , le fond est vrai ; cl en pareille matière , le fond est lout.
— Madame , répondit Marmagne, je promets que je prendrai ma revanche , cl que cette fois je serai plus heureux.
— Pardon , vicomic , pardon , ce n'est pas une revanche à prendre , c'est une autre partie à recommencer. Ccllini , ce me semble , a gagné les deux premières manches.
— Oui , grâce à mon absence , murmura Marmagne de plus en plus embarrassé ; parce que mes hommes ont profité , pour fuir, de ce que je n'étais pas là, les misérables !
— Oh! dit le prévôt, moi je vous conseille, Marmagne, de vous tenir pour battu sur ce point là : vous n'avez pas de bonheur avec (Ici- Uni.
— Il me semble , en ce cas , que nous pouvons nous consoler ensemble , mon cher prévôt , lui répondit Marmagne ; car, si l'on ajoute les faits avérés aux bruits mystérieux qui courent, la prise du Grand-Nesle à la disparition d'une de ses habitantes, le Cellini, messire d'Estourvillc, ne vous aurait pas non plus porté bonheur. Il est vrai qu'à défaut du vôtre , mon cher prévôt , il s'occupe activement, dit-on , de celui de votre famille.
— II. de Marmagne ! s'écria avec violence le prévôt , furieux de voir que sa mésaventure paternelle commençait à s'ébruiter ; M. de Marmagne, vous m'expliquerez plus lard ce que vous entendez par ces paroles.
— Ah ! messieurs, messieurs, s'écria la duchesse, n'oubliez point, je vous prie , que je suis là. Vous avez tort tons deux. Monsieur le prévôt , ce n'est pas à ceux qui savent chercher si mal à faire des reproches à ceux qui savent si mal trouver. M. de Marmagne , il faut dans les défaites se réunir contre l'ennemi commun et non lui donner la joie de voir encore les vaincus s'eut regorger entre eux. On passe dans la salle à manger. Votre main , M. de Marmagne. Eh bien , puisque les hommes et leur force échouent devant Cellini , nous verrons si les ruses d'une femme le trouveront aussi invincible. J'ai toujours pense que les alliés n'étaient qu'un embarras , cl j'ai toujours aimé à faire la guerre seule. Les périls sont plus grands, je le sais, mais du moins on ne partage les honneurs de la victoire avec personne.
— L'impertinent ! dit Marmagne, voyez avec quelle familiarité il parle à notre grand roi ! Ne dirait-on pas un homme de noblesse , tandis que ce n'est qu'un misérable ciseleur !
— Que dites-vous là, vicomte? mais c'est un gentilhomme, tout ce qu'il y a de plus gentilhomme!
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dit la duc liesse en riant. En connaissez-vous beaucoup parmi nos plus vieilles familles qui descendent d'un lieutenant de Jules-César et qui aient les trou fleurs de lis et le lambel de la maison d'Anjou dam leurs armes? Ce n'est pas le roi qui grandit le ciseleur en lui parlant , messieurs, vous le voyez bien : c'est le ciseleur, au contraire, qui fait honneur au roi en lui adressant la parole. >
En effet, François 1er et Cellini causaient en et moment avec celle familiarité à laquelle les grandi de la terre avaient habitué l'artiste élu du ciel.
i Eh bien ! Benvenulo , disait le roi , où en som mes-nous de notre Jupiter?
— Je prépare sa fonte, sire, répondit Benvenoto.
— Et quand celte grande œuvre s'exécutent-ellc?
— Aussitôt mon retour à Paris , sire.
— Prenez nos meilleurs fondeurs , Cellini , ne négligez rien pour que l'opération réussisse. Si voos avez besoin d'argent, vous savez que je suis là.
— Je sais que vous êtes le plus grand , le plw noble et le plus généreux roi de la terre , répondit Benvenulo ; mais, grâce aux appointements que me fait payer Votre Majesté , je suis riche. Quant à l'opération dont vous voulez bien vous inquiéter, sire, si vous voulez me le permettre, je ne m'en rapporterai qu'à moi de la préparer et de l'exécuter. Je me défle de tous vos fondeurs de France, noo pas que ce ne soient d'habiles gens, mais j'aura i peur que, par esprit national, ils ne voulussent p« mettre cette habileté au service d'un artiste ultramonlain. El, je vous l'avoue, sire, j'attache une trop grande importance à la réussite de mon Juj«ter, pour permettre qu'un autre que moi y mette la main.
— Bravo, Cellini, bravo, dit le roi, voilà qui est parler en véritable artiste.
— Puis, ajouta Benvenulo, je veux avoir le droii de réclamer la promesse que Sa Majesté m'a faite.
— C'est juste, mon féal. Si nous sommes content , nous devons vous octroyer un don. Nous n l'avons pas oublié. D'ailleurs , si nous Pc nous nous sommes engagé en présence de i N'esl-ce pas, Montmorency? N'est-ce pas, PoyeT Et notre connétable el notre chancelier nous rappelleraient notre parole.
— Oh ! c'est que Votre Majesté ne peut devin- r de quel prix celle parole est devenue pour mei depuis le jour où elle m'a été donnée par elle.
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— Eh bien, clic sera tenue, monsieur, elle sera lenuc. Mais la salle s'ouvre. A lable, messieurs , à table! »
Et François Ier, se rapprochant de Charles-Quint, prit avec l'Empereur la léte du corlége que formaient les illustres convives. Les deux battants de la porte étant ouverts, les deux souverains entrèrent en même temps et se placèrent l'un en face de l'autre, Charles-Quint entre Éléonore cl M™* d'Étampes, François Ier entre Catherine de Médicis et Marguerite de Navarre.
Le repas fut gai et la chère exquise. François Ier, dans sa sphère de plaisirs, de fêles et de représentation , s'amusait comme un roi et riait comme un vilain de tous les contes que lui faisait Marguerite de Navarre; Charles-Quint , de son côté, accablait Mœe d'Etampes de compliments et de prévenances ; tous les autres parlaient arts , politique ; le repas s'écoula ainsi.
Au dessert, comme d'habitude, les pages apportèrent à laver ; alors Um d'Étampes prit l'aiguière et le bassin d'or destinés à Charles-Quint des mains du serviteur qui l'apportait, comme (il Marguerite de Navarre pour François I", versa l'eau que contenait l'aiguière dans le bassin , et menant un genou en lerre, selon l'étiquette espagnole, présenta le bassin à l'Empereur. Celui-ci y trempa le bout des doigts, et tout en regardant sa belle et noble servante, il laissa, en souriant, tomber au fond du vase la bague précieuse dont nous avons déjà parlé.
i Votre Majesté perd sa bague , dit Anne , plongeant a son tour ses jolis doigts dans l'eau , et prenant délicatement le bijou , qu'elle présenta à Charles-Quint.
— Gardez celle bague, madame, répondii à voix Lasse l'Empereur : elle est en de trop belles cl trop nobles mains pour que je la reprenne ; puis il ajouta plus bas encore : C'est un à-compte sur le duché de Milan. >
La duchesse sourit et se tut. Le caillou était tombé à ses pieds , seulement le caillou valait un
Au moment où l'on passait de la salle à manger au salon cl du salon à la salle «le bal, Um d'Étampes arrêta Beuvenulo Cellini , que la foule avait amené près d'elle.
i Messîre Cellini, dit la duchesse en lui remettant la bague, gage d'alliance entre elle et l'Empereur, voici un diamant que vous ferez, s'il vous plail, tenir
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à votre élève Ascauio, pour qu'il en couronne mon lis : c'est la goutte de rosée que je lui ai promise.
— Et elle est tombée véritablement des doigts de l'Aurore, madame, > répondit l'artiste avec un sourire railleur et une galanterie affectée.
Puis regardant la bague, il tressaillit d'aise, car il reconnut le diamant qu'il avait monté autrefois pour le pape Clément VII, et qu'il avaii porté luimême de la part du souverain pontife au sublime Empereur.
Pour que Charles-Quint se défît d'un pareil bijou, et surtout en faveur d'une femme, il fallait nécessairement qu'il y eût quelque connivence occulte, quelque trailé secret, quelque alliance obscure entre M"" d'Étampes cl l'Empereur.
Tandis que Charles-Quint continue de passer à Fontainebleau ses jours et surtout ses nuits dans les alternatives d'angoisses et de confiance que nous avons essayé de décrire, tandis qu'il ruse, intrigue, creuse, mine , promet , se dédit , promet encore , jetons un coup d'oeil sur le Grand-Nesle et voyons s'il ne se passe rien de nouveau parmi ceux de ses habitants qui y sont restés.