‹ Œuvres de Alex. Dumas, 7Chapitre 25 sur 212 · LE C0R · texte numérisé non relu

LE C0R

simultanément en 1527, épouvantés qu'il» étaient par la peste qui désola celle année la irès-fidèle ville de Naples. La peste cessa, grâce à l'intercession du saint, et la chapelle fut bâtie comme un signe de la reconnaissance publique.

A l'opposé des volants ordinaires qui, lorsque le danger est passé , oublient le plus souvent le saint auquel ils se sont voués, les Napolitains mirent une telle conscience a remplir vis-à-vi» de leur pairon l'engagement pris, que dona Catherine de Sandoval, femme du vieux comie de Lemos, vice-roi de Naples, leur ayant offert de contribuer de son côté pour une somme de trente mille ducats à la confection de la chapelle, ils refusèrent celle somme, déclarant qu'ils ne voulaient partager avec aucun étranger, cet étranger fût-il leur vice-roi ou leur vice-reine, l'honneur de loger dignement leur saint protecteur.

Or, comme ni l'argent ni le zèle ne manquèrent, la chapelle fut bientôt bâtie; il est vrai que, pour se maintenir mutuellement en bonne volonté , nobles et bourgeois avaient passé une obligation , laquelle existe encore, devant niaitrc Yicenzio di Bossis, notaire public; cette obligation porte la «laie du 15 janvier 1527 : ceux qui y ont signé s'engagent à fournir pour les frais du bâtiment la somme de treize mille ducats ; mais d parait qu'à partir de celle époque il fallait déjà commencer à se défier des devis des architectes : la porte seule coûta cent trente-cinq mille francs, c'est-à-dire une somme triple de celle qui était allouée pour les frais généraux de la chapelle.

La chapelle terminée , on décida qu'on appellerait, pour l'orner de fresques représentant les principales actions de la vie du saint , les premiers peintres du monde. Malheureusement celle décision ne fut pas approuvée par les peintres napolitains , qui décidèrent à leur tour que la chapelle ne serait ornée que par des artistes indigènes, et qui jurèrent que lout rival qui répondrait à l'appel fait à son pinceau s'en repentirait cruellement.

Soit qu'ils ignorassent ce serment, soit qu'ils ne crussent pas à son exécution, le Dominiquin, le Guide et le chevalier d'Arpino accoururent ; mais le chevalier d'Arpino fut obligé de fuir avant même d'avoir mis le pinceau à la main; le Guide, après deux tentatives d'assassinat, auxquelles il n'échappa que par miracle, quitta Naples à son tour : le Dominiquin seul , fait aux persécutions par les persécutions qu'il avait déjà éprouvées, las d'une vie que ses

HCOLO. III

rivaux lui avaient rendue si triste et si douloureuse, n'écouta ni insultes ni menaces, et continua de peindre. Il fil successivement la Femme guérissant une foule de malades avec l'huile de h lampe qui brûle devant saint Janvier, la Résurrection d'un jeune homme, el la coupole, lorsqu'un jour il se trouva mal sur son échafaud : on le rapporta chez lui, il élait empoisonné.

Alors les peintres napolitains se crurent délivrés de toute concurrence ; mais il n'en élaii point ainsi : un matin ils virent arriver Gessi , qui venait avec deux de ses élèves pour remplacer le Guide son maître; huit jours après, les deux élèves, attirés sur une galère, avaient disparu, sans que jamais plus depuis on entendit reparler d'eux ; alors Gessi, abandonné , perdit courage et se relira à son tour ; et l'Espagnolet, Corenzio, I .an franco et Stanzoni se trouvèrent maîtres à eux seuls de ce trésor de gloire et d'avenir, à la possession duquel ils étaient arrivés par des crimes.

Ce fut alors que l'Espagnolet peignit son Saint sortant de la fournaise, composition lilianesque ; Stanzoni, la Possédée délivrée par le saint; et enfin Lanfranco, la coupole, à laquelle il refusa de mettre la main tant que les fresques commencées par le Dominiquin aux angles des voûtes ne seraient pas entièrement effacées.

Ce fui à celte chapelle, où l'arl avait eu aussi ses martyrs, que les reliques du saint forent confiées.

Ces reliques se conservent dans une niche placée derrière le mahrc-aulel ; celte niche esl séparée en deux par un compartiment de marbre, afin que la tête du saint ne puisse regarder sou sang, événement qui pourrait faire arriver le miracle avant l'é|>oque fixée, puisque c'est par le contact de la tête el des fioles que le sang figé se liquéfie. Enfin elle est close par deux portes d'argent massif sculptées aux armes du roi d'Espagne Charles II.

Ces portes sont fermées elles-mêmes par deux clefs dont l'une est gardée par l'archevêque, et l'autre par une compagnie tirée au sort parmi les nobles, et qu'on appelle les dépulés du Trésor. On voit que saint Janvier jouit lout jusle de la liberté accordée aux doges, qui ne pouvaient jamais dépasser l'enceinte de la ville , cl qui ne sortaient de leur palais qu'avec la permission du sénat. Si celte réclusion a ses inconvénients, elle a bien aussi ses avantages : saint Janvier y gagne à n'être pas dérangé à loule heure du jour cl de la nuit comme un médecin

de village : aussi ceux qui je gardent connaissent bien la supériorité de leur position sur leurs confrères les gardiens des aulres saints.

Un jour que le Vésuve faisait des siennes , et que la lave, après avoir dévoré Torre dcl Grcco , s'acheminait tout doucement vers Naples, il y eut émeute : les lazxaroni , qui cependant avaient le moins à perdre dans tout cela , se portèrent à l'archevèché, et commencèrent à crier pour qu'on sortit le buste de saint Janvier et qu'on le portai à rencontre de l'inondation de (lammes. Mais ce n'était pas chose facile que de leur accorder ce qu'ils demandaient : saint Janvier était sous double clef, cl une de ces deux clefs était entre les mains de l'archevêque, pour le moment en course dans la Hasilicate, tandis que l'autre était entre les mains des députés , qui , occupés à déménager ce qu'ils avaient de plus pré- * cicux, couraient l'un d'un coté, l'autre de l'autre. Heureusement le chanoine de garde était un gaillard qui avait le sentiment de la position aristocratique que sou saint Janvier occupait au ciel et sur la torru : il monta sur le balcon de l'archevêché qui dominait toute la place encombrée de monde; il fil signe de la main qu'il voulait parler, et, balançant la tête de haut en bas, en homme étonné de l'audace de ceux à qui il avait a fia ire :

— Vous me paraissez encore de plaisants drôles, dit il, de venir ici crier saint Janvier comme vous viendriez crier saint Crépi n ou saini Fiacre. Apprenez que saint Janvier est un monsieur qui ne se dérange pas ainsi pour le premier venu.

— Tiens, dil une voix dans la foule, Jésus-Christ se dérange bien pour le premier venu ; quand je demande le bon Dieu, est-ce qu'on me le refuse?

— Voilà justement où je vous attendais, reprit le chanoine : de qui esl iils Jésus-Christ , s'il vous plaît? D'un charpentier et d'une pauvre fille comme vous cl moi pourrions être ; tandis que saint Janvier, c'esl bien autre chose. Saint Janvier esl (ils d'un sénateur cl d'une patricienne ; c'esl donc, vous le voyez , un bien autre personnage que Jésus- Chrisl. Allez donc chercher le bon Dieu si vous voulez; mais quant à saint Janvier, c'est moi qui vous le dis, vous aurez beau vous réunir dix fois plus nombreux que vous n'êtes, et crier quatre fois davantage, il ne se dérangera pas, car il a le droit de ne pas se déranger.

— C'esl juslc , d'il la foule : allons chercher le bon Dieu.

LE CORRICOLO

El l'on alla chercher le bon Dieu , qui , moins aristocrate que saint Janvier, sortit de l'église de Sainlc-Clairc, cl s'en vint suivi de son cortège populaire au lieu qui réclamait sa miséricordieuse présence.

En effet, comme le disait le bon chanoine, saini Janvier est un saint aristocrate : il a un cortège de saints inférieurs qui reconnaissent sa suprématie à peu près comme les clients romains reconnaissaient celle de leurs maîtres : ces saints le suivent quand il sort, le saluent quand il passe, l'attendent quand il rentre : ce sonl les patrons secondaires de la ville de Naples.

Voici comment 6e recrute cette armée de saints courtisans.

Toute confrérie, lout ordre religieux, touie paroisse, tout particulier même qui lient a faire déclarer un saint de ses amis patron de Naples, sons la présidence de saini Janvier bien entendu, n'a qu'à faire fondre une statue d'argent massif du prix de C à 8,000 ducats, cl l'offrir à la chapelle du Trésor. La statue, une fois admise, est retenue à perpétuité dans la susdite chapelle : à partir de ce moment, elle jouit de toutes les prérogatives de sa présentation en règle. Comme les saints , qui au ciel glorilicnl éternellement Dieu autour duquel ils forment .un chœur , eux glorifient éternellement saint Janvier. En échange de celte béatitude qui leur esl accordée , ils sonl condamnés à la même réclusion que saint Janvier ; ceux même qui en ont fait don à la chapelle ne peuvent plus les tirer de leur sainte prison qu'en déposant entre les mains d'un notaire du saini le double de la valeur de la statue à laquelle, soit pour son plaisir particulier, soit dans l'intérêt général, on désire faire voir le jour. La somme déposée, le saini sort pour un lempsplus on moins long. Le saint rentré , son identité constatée , le propriétaire, muni de son reçu, va retirer la somme. De celle façon on est sûr que les saints ne s'égareront pas, cl que, s'ils s'égarent, ils ne seront pas du moins perdus, puisque avec l'argent déposé on en pourra faire fondre deux au lieu d'un.

Celte mesure, qui parait arbitraire au premier abord, n'a été prise, il faut le dire, qu'après que le chapitre de saint Janvier eut été dupe de sa trop grande confiance : la slaluc de san Gaêiano. dbiiie sans dépôt , non-seulemenl ne rentra pas au jour dit , niais encore ne rentra jamais. On eut beau essayer de charger le saint lui même, et prétendre

le cor

qu'ayant toujours élé assez médiocrement affectionné à saint Janvier, il avait profile de la première occasion qui s'était présentée pour faire nnc fugue; les témoignages les plus respectables vinrent en foule contredire cette calomnieuse assertion, et, recherches faites, il fut reconnu que c'était un cocher de fiacre qni avait détourné la précieuse statue. On se mil à la poursuite du voleur ; mais comme il avait eu deux jours devant lui, il avait, selon toute probabilité , passé la frontière; et, si minutieuses que fussent les recherches , elles n'amenèrent aucun résultat. Depuis ce malheureux jour, une tache indélébile s'étendit sur la respectable corporation de* cochers de fiacre, qui jusque-là à Naples, comme en France, avaient disputé aux caniches la suprématie de la fidélité, ei qui, à partir de ce moment, n'osèrent plus se faire peindre revenant au domicile de la pratique une bourse à la main. Il y a plus : si vous avez discussion avec le cocher de fiacre, et que vous croyiez que la discussion vaille la peine d'appliquer à voire adversaire une de ces mortelles injures que le sang seul peut effacer, ne jurez ni par la pasque-Dieu, comme jurait Louis XI, ni par ventre-saint -gris , comme jurait Henri IV : jurez tout bonnement par san Gactano , et vous verrez votre ennemi allerré tomber à vos pieds pour vous demander excuse, s'il ne se relève pas, au contraire, pour vous donner un coup de couteau.

Comme on le comprend bien , les portes du Trésor sont toujours ouvertes pour recevoir les statues des saints qui désirent faire partie de la cour de saint Janvier, et cela sans aucune investigation de date, sans que le récipiendaire ait besoin de faire ses preuves de i 3(J9 ou de 1496; la seule règle exigée, la seule condition sine qud non , c'est que la statue soit d'argent pur , ou qu'elle pèse le

Cependant la statuese raild'orci pèserait le double, qu'on ne la refuserait point pour cela; les seuls jésuites, qui, comme on le sait, ne négligent aucun moyen de maintenir ou d'augmenter leur popularité, ont déposé cinq statues au Trésor dans l'espace de moins de trois an*.

Ces détails étaient nécessaires pour nous amener au miracle de saint Janvier, qui depuis plus de mille ans fait tous les six mois tant de bruit, non-seulement dans la ville de Naples, mais encore par tout le

tifUMinr ni MA*. — TOME VU.

LE MIRACLt:.

Nous nous trouvions fort heureusement à Naples lors du retour de cette époque solennelle.

Unit jours auparavant , on commença à sentir la ville s'agiter, comme c'est l'habitude à l'approcha de quelque grand événement : les lazzaroni criaient plus haut et gesticulaient plus fort; les cochers devenaient insolents, cl faisaient leurs conditions au lieu de les recevoir; enfin les hôtels s'emplissaient d'étrangers , qu'amenaient de Rome les diligences , ou qu'apportaient de Civila-Vecchia cl de Palerme les bateaux à vapeur.

Il y avait aussi recrudescence de carillons ; tout à coup une cloche se mettait à sonner hors de son heure : on courait à l'église d'où parlait ce bruit pour s'informer des motifs de ce concert inattendu; le lazzaronc, qui s'cb;iliail en pendillant au bout de sa corde , vous répondait tout bonnement que la cloche sonnait parce qu'elle était joyeuse.

Le Vésuve de son côté lançait une fumée plus noire lu jour el plus rouge la nuit ; le soir, à la base de celle colonne de vapeur qui montait en tournoyant, el qui s'épanouissait dans le ciel comme la cime d'un pin gigantesque, on voyait surgir des langues de flammes pareilles aux dards d'un serpent. Tout le monde parlait d'une éruption prochaine ; et , à force de l'entendre annoncer comme inévitable , nous avions fini par compter dessus , et la classer à son endroit dans le programme de la féle.

La surveille , toutes les populations voisines commencèrent à déborder dans la ville : c'étaient les pêcheurs de Sorrenle , de Résina , de Castellamare et de Capri , dans leurs plus beaux costumes ; c'étaient les femmes d'Ischia, de Nettuno, dcProcida el d'Averse, dans leurs plus riches alours. Au milieu de toute cette foule diaprée, joyeuse, dorée, bruyante , passait de temps en temps une vieille femme , aux cheveux gris épars comme ceux de la sibylle de Cumes , criant plus haut, gesticulant plus fort que tout le inonde, fendant la presse sans s'inquiéter des coups qu'elle donnait ; entourée au reste par tout son chemin de respect et de vénération : c'était une des nourrices ou des parent. s de saint Janvier : toutes les vieilles femmes, de Sainte-Lucie à Mcrgellina , sont parentes de saint Janvier et descendent de celui que l'aveugle guéri rencontra dans

le cirque de Pouzzolcs recueillant dan» une fiole le sang du saint.

Toute la nuit les cloches sonnèrent à folles volées : on cul dit qu'un tremblement de terre les incitait en liranle, lanl elles carillonnaient , isolées les unes desautresel dans une indépendance tout individuelle.

La veille du miracle, nous frimes réveillés à dix heures du malin par une rumeur effroyable. Nous mimes le nez à la fenèlre , les rues semblaient des canaux roulanl à pleins bords la population de Naplcs et des environs; toute celte foule se rendait à l'archevêché pour prendre sa place à la procession. Cette procession va de la chapelle du Trésor , domicile habituel de saint Janvier , à la cathédrale de j Sainte-Claire, métropole des rois de Naplcs, et dans laquelle le saint doit accomplir son miracle.

Nous suivîmes la foule, et nous allâmes gagner la maison de Duprez, qui demeurait justement sur le passage de la procession , et qui nous avait offert place à ses fenêtres.

Nous mimes plus d'une heure à faire cinq cents pas.

Par bonheur , la procession , qui part de l'archevêché avant le jour , n'arrive à la cathédrale qu'à la nuit fermée : il lui faut d ordinaire quatorze ou quinze heures pour accomplir un trajet d'un kilomètre à peu près.

Elle se compose , comme nous l'avons dit , nonsculeuicnl de la ville tout entière, mais encore des populations environnantes , divisées par castes et confréries. La noblesse doit marcher la première, puis viennent les corporations. Malheureusement , grâce au caractère parfaitement indépendant de la nation napolitaine, personne ne garde ses rangs; j'étais depuis une heure à la fenêtre, demandant quand viendrait la procession à tous mes voisins, qui , étrangers comme moi , se faisaient les uns aux autres la même question , lorsqu'un Napolitain survint et nous dit que celte foule plus ou moins endimanchée, ces ouvriers poudrés à blanc, habillés de noir , de vert , de rouge , de jaune et de gorge de pigeon , avec leurs culottes courtes de mille couleurs , leurs bas chinés , escarpins à boucles , marchant par groupes de quinze ou vingt, s'arrêtant pour causer avec leurs connaissances, faisant halte pour boire à la porte des cabarets, criant pour qu'on leur apportât des tranches de cocomero cl des verres de sambuco, étaient la procession ellemême.

ICOLO.

Ce fut un trait de lumière : je regardai plus atieniivcmcnt, et je vis en effet une double ligne de soldats placée sur toute la longueur de la rue , portant au bras le fusil orné d'un bouquet , cl destinée comme une digue à resserrer le torrent dans sou lit ; mission dont, malgré toute sa bonne volonté cl la rigueur de la consigne , elle ne pouvait parvenir à s'acquitter.

La procession , que je reconnaissais maintenant pour telle, s'en allait vagabonde el indépendante, comme la Durance, ballant de ses flots les maisons, el de préférence la porle des caharels ; s'arrêta ni loul à coup sans qu'il y eût nue cause visible à cette station ; se remeltanl eu marche sans qu'on pût deviner le motif qui lui rendait le mouvement; pareille , enfin , à ces fleuves aux cours contraires , dont il est , grâce à leur double remou , presque impossible de distinguer la véritable direction.

Au milieu de tout cela, on voyait de temps en temps briller le riche uniforme d'un oflicier napolitain, marchant nonchalamment , un cierge renversé à la main , et escorté de quatre ou cinq lazzaroni . se heurtant , se culbutant , se renversant , pour recueillir dans un cornet de papier gris la cire tombant de son cierge; tandis que l'officier, la lèle haute, s.i us s'occuper de ce qui se passait à ses pieds, faisait largesse de sa cire , lorgnait les daines amassées aux fenêtres cl sur les balcons, lesquelles, tout ayant l'air de jeter des fleurs sur le chemin de la procession, lui envoyaient leurs bouquets en échange de ses clins d'oeil.

Puis venaient, précédés de la croix cl de la bannière, mêlés au peuple, dont le flot les enveloppait sans cesse en les isolant les uns des aulres, des moines de tous les ordres cl de toutes couleurs, capucins, chartreux, dominicains, camaldules, carmes chaussés el déchaussés ; les uns au corps gras, gros, rond , court , avec une tète enluminée posée carrément sur de larges épaules : ceux - là s'en allaient causant, chantant, offrant du tabac aux maris , donnanl des consultations aux femmes enceintes, et regardant, peut-être un peu plus charnellement que ne le permettait la règle de leur ordre, les jeunes lillcs groupées sur les bornes ou appuyées sur l'épaule des soldais pour les voir passer ; les autres, maigris par le jeûne, palis par l'abstinence, affaiblis par les austérités, levant au ciel leur front jaune , leurs joues livides el leurs yeux caves ; marchant sans voir où le flot humain les

le connicoi.o.

emportait ; fantômes vivants, qni t'étaient fait un j les élus <tc h Chaussée-d'Anlin napolitaine bien des

enfer de ce monde, dans l'espoir que cet enfer les conduirait droit au paradis, et qui recueillaient en ce moment le fruit de leurs douleurs claustrales , par le respect craintif et religieux dont ils étaient environnés.

C'étaient l'endroit et l'envers de la vie monastique. De temps en temps, lorsque les stations étaient

choses a dire cl même des cancans de faits ; et comme le peuple, ainsi que nous l'avons dit , met saint Janvier au-dessus de tonte cliose , et ne voit rien, ni avant, ni après lui, ces saints, subordonnés à leur bienheureux patron , sont , à mesure qu'ils paraissent, exposés aux quolibets les plus piquants et les plus réitérés ; ce qui ne serait pas encore trop

trop longues, ou lorsque le désordre était trop grand'chosc pour les saints; mais ce qui devient

grand , le ceremoniere lâchait sur les traînards ses esiafier* armés d'une longue baguette d'ébène,commc fait le berger en envoyant ses chiens après les moutons récalcitrants: alors, cédant à cette mesure de répression, les buveurs, les causeurs et les priseurs finissaient par reprendre tant bien que mal un rang quelconque, ella procession faisait quelques pas en avant.

grave pour eux, c'est qu'il n'y a pas une peccadille de la vie publique ou privée de ces malheureux élus qui échappe à la censure des spectateurs. On reproche a saint Paul son idolâtrie, à saint Pierre ses trahisons , à saint Augustin ses fredaines , à sainte Thérèse son extase, à saint François Bor^ia ses principes, à saint Antoine son usurpation , à saint Gaétan son insouciance ; et cela , en des termes ,

Cependant, comme on le comprend bien, cette avec des cris, avec des vociférations, avec des gestes i qui n'avait pas encore de queue avait une qui font le plus grand honneur au bon caractère des

lête; vers les onze heures du matin celle tôle arri- , saints , et qui prouvent qu'à la tèle des vertus qui vaii à la cathédrale, entrait par la porte du milieu , leur ont ouvert le paradis marchaient la patience et et commençait à déposer ses bouquets et ses cierges j l'humilité.

devant l'autel où était exposé le busic de saint Jan- ' Chacune de ces statues s'avançait , portée sur les vier ; puis, ressortant par les porics latérales, chacun j épaules de six fachini cl précédée par six prêtres, s'en allait à sa besogne : les moines à leurs dîners, j et chacune d'elles soulevait tout le long de sa roule les officiers à leurs amours, les corporations a leur le hourra toujours prolongé cl toujours croissant

que nous avons dit.

Puis, ainsi apostrophées, les statues arrivent enfin à l'église Sainlc-Claire , font humblement la révé-

*le, les lazzaroni à de nouveaux cierges. El ainsi de suilc , au fur cl à mesure que les masses se succédaient.

Les masses se succédèrent ainsi jusqu'à six heures renec à saint Janvier, qui est exposé sur le coté

du soir; à six heures du soir la procession commença à prendre une forme un peu plus régulière.

D'abord nous vîmes paraître , précédée par des boolTées d'harmonies qui , entre loutes les rumeurs populaires, élaienl déjà venues jusqu'à nous, la musique des gardes royales , exérutanl les airs les plus à la mode de Rossiui, dcMcrcadanlc cl de Donizelli;

droit de l'autel, et se refirent.

Après les saints vient l'archevêque, porlé dans une riche litière et tenant entre ses mains les fioles du sang miraculeux.

l/arehevêquc dépose les fioles dans le tabernacle, pins tout est liui pour ce jour-là.

Chacun s'en retourne a ses amours, à ses plaisirs

ensuite les séminarislcs en surplis, cl marchant deux ou à ses affaires ; les cloches seules n'ont point de

à deux dans le plus grand ordre; puis enfin les soixante et quinze stalues d'argent des patrons secondaires de la ville de Naples, lesquels, comme nous l'avons dit, forment la cour de saint Janvier.

A l'approche de ces statues , un autre spectacle nous attendait ; on nous l'avait réservé pour le dernier, sans doute parce qu'il était le plus curieux.

Comme nous l'avons dit, les saints qui composent

repos et continuent de sonner avec une allégresse qui ressemble an désespoir.

Ce branle universel el continu dura toule la nuit.

A sept heures du malin nous nous levâmes; Naples se précipitait vers l'église Sainte-Claire : il ne s'agissait, celle fois, ni île demander les chevaux ni d'appeler sa voiture; la circulalion de tout véhicule élail interdite. Nous descendîmes nos deux

le cortège de saint Janvier ne sont pas choisis dans étages, nous nous arrêtâmes un instant sur la porte, l'aristocratie du calendrier, mais au contraire parmi puis nous nous abandonnâmes à la foule el nous les parvenus île la finance : il en résulte qu'il y a sur laissâmes emporter par le tourbillon.

LE C0RR1C0L0

Le torrent nous mena droit à l'église de Sainte- Claire. Le vaste édifice était encombré; mais, grâce à l'ambassade française , nous avions eu des billets réservés. A la vue de nos posti distinti, les sentinelles nous firent faire place et nous gagnâmes nos tribunes.

Voici le spectacle que présentait l'église : Sur le maltre-autel étaient : d'un coté, le buste de saint Janvier ; de l'autre, la fiole contenant le sang. Un chanoine était de garde devant l'autel. A droite et à gauche de l'autel , étaient deux

La tribune de gauche , chargée de musieiens attendant, leurs instruments à la main, que le miracle se fil pour le célébrer ;

La tribune de droite, encombrée de vieilles femmes s'intilulant parentes de saint Janvier, et se chargeant d'activer le miracle, si par hasard le miracle se faisait attendre.

Au bas des marches de l'autel s'étendait une grande balustrade où venaient tour à tour s'agenouiller les fidèles; le chanoine alors prenait la fiole , la leur faisait baiser, leur montrait le sang parfaitement coagulé ; puis les fidèles satisfaits se reliraient pour faire place a d'autres , qui venaient baiser la fiole à leur tour, constater de leur coté la coagulation du sang , puis se reliraient encore cédant la place à leurs successeurs et ainsi de suite.

Les mêmes peuvent revenir trois, quatre, cinq et six fois , lanl qu'ils veulent enfin ; seulement ils ne peuvent pas rester deux fois de suite : une fois la fiole baisée, une fois la coagulation du sang constatée, il faut qu'ils se retirent.

Le reste de l'église forme une mer de tôles humaines, au-dessus de laquelle apparaissent comme des lies chargées de femmes , d'hommes , de plumes , de crachats , de rubans , d'épaulelles , et d'écharpes ; la tribune des princes, la tribune des ambassadeurs et la tribune dei posti distinti.

Princes , ambassadeurs, posti distinti, peuvent descendre de leur échafaudage, aller baiser la fiole, constater la coagulation du sang cl revenir à leur place : seulement, pendant ce trajet, ils risquent d'être étouffés comme de simples mortels.

La première chose que nous finies fut de nous agenouiller à la balustrade ; le chanoine de garde nous présenta la fiole, que nous baisâmes; puis il nous fit voir le sang desséché , qui se tenait collé aux parois.

Nous revînmes prendre notre place : Jadin laissa dans le trajet un pan de son habit, moi un mouchoir de poche.

Puis nous attendîmes.

Les foules se succédèrent ainsi depuis le moment de notie entrée , c'est-à-dire depuis huit heures du malin, jusqu'à trois heures de l'après-midi. A trois heures de l'après-midi , des murmures commencèrent à se faire entendre, et quelques malintentionnés répandaient le bruit que le miracle ne se ferait pas.

Vers trois heures et demie, les murmures augmentèrent d'une façon effrayante ; cela commençait par une espèce de plainte, et cela montait jusqu'aux rugissements. Les parentes de saint Janvier jetèrent quelques injures au saint qui se faisait ainsi prier.

A quatre heures, il y avait presque émeute : on trépignait, on vociférait, on montrait des poings ; le chanoine de garde (on avait renouvelé les chanoines d'heure en heure) s'approcha de la balustrade et dit :

— Il y a sans doute des hérétiques dans rassemblée. Que les hérétiques sortent, ou le miracle ne se fera pas.

A ces mots une clameur épouvantable s'éleva de toutes les parties de la cathédrale, hurlant :— Dehors les hérétiques ! à bas les hérétiques ! à mort les hérétiques !

Une douzaine d'Anglais, qui étaient aux tribunes, descendirent alors de leur échafaudage, au milieu des cris, des huées cl des vociférations de la foule; une escouade de fantassins, conduite par un officier, l'épée nue à la main , les enveloppa, afin qu'ils ne fussent pas mis en pièces par le peuple , et les accompgna hors de l'église , où je uc sais pas ce qu'ils devinrent.

Leur expulsion amena un moment de silence , pendant lequel la foule , émue el soulevée, reprit le mouvement qui la reportail vers l'autel pour baiser la fiole , et s'éloignait de l'autel quand la fiole était baisée.

Une heure à peu près s'écoula dans l'allentc", et sans que le miracle se fit. Pendant celle heure, la foule fui assez tranquille ; mais c'était le calme qui précède l'orage. Bientôt les rumeurs recommencèrent , les grondements se firent entendre de nouveau , quelques clameurs sauvages et isolées éclatèrent. Enfin , cris tumultueux , vociférations , grondements , rumeurs , se fondirent dans un rugissement universel dont rien ne peut donner une idée.

LE CO

Le chanoine demanda une seconde fuis s'il y avait de» Hérétiques dans rassemblée ; mais celle fois personne ne répondit. Si quelque malheureux Anglais , Russe ou Grec se fût dénoncé en répondant à cet appel , il eût élé certainement mis en morceaux , sans qu'aucune force militaire , sang qu'aucune protection humaine eût pu le sauver.

Alors les parentes de saint Janvier se mêlèrent à la partie : c'était quelque chose de hideux que ces vingt ou trente mégères arrachant leur honnet de rage , menaçant saint Janvier du poing , invectivant leur parent de toute la force de leurs poumons , hurlaul l.-s injures les plus grossières, vociférant les menaces les plus terribles , insultant le saint sur son autel , comme une populace ivre eût pu faire d'un parricide sur un éthafaud.

Au milieu de ce sabbat infernal , tout à coup le prêtre éleva la fiole en l'air, criant :— Gloire à saint Janvier, le miracle est fait !

Aussitôt tout changea.

Chacun se jeta la face contre terre. Aux injures , aux vociférations, aux cris, aux clameurs, aux rugissements , succédèrent les gémissements, les plaintes , les pleurs , les sanglots. Toute celte populace, folle de joie, se roulait, se relevait, s'embrassait, criant : — .Miracle ! miracle ! et demandait pardon à saint Janvier, en agitant ses mouchoirs trempés de larmes, des excès auxquels elle venait de se porter à son endroit.

Au même instant , les musiciens commencèrent à jouer et les chanlres à chanter le Te Dcum, tandis qu'un coup de canon lire au fort Saint- Elme, cl dont le bruit vint retentir jusque dans l'église , annonçait à la ville et au monde , urbi el orbi, que le miracle était fait.

En effet , la foule se précipita vers l'autel , nous comme les autres. Ainsi que la première fois , on nous donna la fiole à baiser ; mais , de parfaitement coagulé qu'il était d'abord , le sang était devenu parfaitement liquide.

C'est , comme nous l'avons dit , dans celte liquéfaction que consiste le miracle.

Et il y avail bien véritablement miracle, car c'était toujours la même fiole ; le prêtre ne l'avait touchée que pour la prendre sur l'aulel et la faire baiser aux assistants, cl ceux qui venaient de la baiser ne l'avaient pas un instant perdue de vue.

La liquéfaction s'était faite au moment où la liolc élaii posée sur l'autel , et où le prêtre , à dix pas de

ÎUCOLO. 117

la fiole a peu près, apostrophait les parentes de saint Janvier.

Maintenant que le doute dresse sa tète pour nier, que la science élève sa voix pour contredire; \oilà ce qui csl , voilà ce qui se lait , ce qui se fait sans mystère , sans supercherie , sans substitution , ce qui se fait à la vue de tous. La philosophie du xvme siècle et la chimie moderne y ont perdu leur latin : Voltaire et Lavoisier onl voulu mordre à celle fiole , el , comme le serpent de la fable , ils y ont usé leurs dénis.

Maintenant , est-ce un sccrcl gardé par les chanoines du Trésor et conservé de génération en génération depuis le iv" siècle jusqu'à nous?

Cela est possible ; mais alors celte fidélité , ou en conviendra , est plus miraculeuse encore que le miracle.

J'aime donc mieux croire tout bonnement au miracle ; el , pour ma pari , je déclare que j'y crois.

Le soir , loule la ville était illuminée el l'on dansait dans les rues.

SAINT ANTOINE USURPATEUU.

Maintenant , el après ce que nous venons de dire de la popularité de saint Janvier, croirail-on une chose? C'esl que , comme une puissance terrestre , comme un simple roi de chair cl d'os, comme un Stuarl, ou comme un Bourbon, un jour vint où saint Janvier fut détroué.

Il est juste d'ajouter que c'était en 99 , époque du délrôncmenl général sur la terre connue au ciel ; il esl vrai de dire que c'était pendant celle période étrange où Dieu lui-même , chassé de son paradis , eut besoin, pour reparaître en France sous le nom de l'Etre suprême , d'un laissez passer de la convention nationale signé par Maximilicn llobespierre.

Ceux qui douteront de la chose pourront, eu passant dans le faubourg du Houle, jeter les jeux sur le fronton de l'église Sainl-Philippe, ils y liront encore celle inscription, mal effacée :

i Le peuple français reconnaît l'existence de l'Être suprême el l'immortalité de l'àmc. »

Or, comme nous le disions, ce fut en 1799,

le conmcoLo.

d.i n» le seizième siècle du patronat de saint Janvier , MM. Barras, Kewbel, Collier el autres régnant en France sous le nom de directeurs, que la chose arriva. Voici à quelle occasion :

Le 23 janvier 1799 , après une défense de trois jours , pendant lesquels les lazzaroni , armés de pierres et de bâtons seulement , avaient tenu tête aux meilleures troupes de la république , Naples s'était rendue à Cliampionnel , et , grâce à un discours que le général en chef avait fait aux Napolitains dans leur propre langue , cl par lequel il leur avait prouvé que tout ce qui s'était passé était un malentendu , l'armée républicaine avait fait son entrée dans la ville, criant : Vive saint Janvier! tandis que de leur côté les lazzaroni criaient : Vivent les Français !

Pendant la nuit on enterra quatre mille morts . victimes de ce malentendu , et tout fut dit.

Cependant, comme on le pense bien, cette entrée, toute fraternelle qu'elle était, avait amené un changement notable dans les aflaires du gouvernement : le parti républicain remportait; il se mit donc à établir nue république , laquelle prit le nom de république pai lhénopéenne.

Le jour où elle fut proclamée, il y cul un grand banquet que le général Cliampionnel donna aux membres du nouveau gouvernement , dans l'ancien palais du roi, devenu palais national.

Ce banquet réjouit beaucoup les lazzaroni , qui virent dîner leurs représentants, cl qui s'assnrèrcnl que les libéraux n'étaient point des anthropophages, comme on le leur avait dit.

Le lendemain le général Cliampionnel, suivi de tout son étal-major , se transporta en grande pompe dans la cathédrale de Sainte-Claire, pour rendre grâces à Dieu du rétablissement de la paix , adorer les reliques de saint Janvier , el implorer sa protection pour la ville de Naples, malgré son changement de gouvernement.

Celle cérémonie , à laquelle assista autant de peuple que l'église put en contenir, fui fort agréable aux lazzaroni , qui reconnurent, vu le silence du saint el le recueillement du général et de son étalmajor, que les Français n'étaient point des hérétiques, comme on le leur avait assuré.

Le surlendemain on piaula des arbres de la Liberté sur toutes les places de Naples , au son de la musique militaire française cl de la musique civile napolitaine .

Cet essai d'horticulture championnienne mit le comble à l'enthousiasme tles lazzaroni , qui aiment la musique el qui adorent l'ombre.

Alors commencèrent ce que l'on appelle les réformes ; ce fut la pierre d'achop|>emeni de la velle république.

On abolit les droits sur le vin , et le peuple faire sans rien dire.

On abolit les droits sur le tabac , et le peuple toléra encore celle abolition.

On abolit le droit sur le sel , el le peuple commença a murmurer.

On abolit les droits sur le poisson , et le peuple cria plus fort.

Enfin on abolit le litre d'Excellence, et le peuple se fâcha tout à fait.

Bon el excellent peuple, qui regardait chaque abolition d'impôt comme un outrage fait à ses droits , el qui cependant ne se révolta réellement que lorsqu'on abolit le litre d'Excellence, qui cependant, comme il le disait lui même , n'avait rien fait au nouveau gouvernement.

Malheureusement le nouveau gouvernement ne tint aucun compte des réclamations des lazzaroni, et continua ses réformes , fier el fort qu'il était de l'appui de l'armée française.

Mais cet appui , comme on le comprend bien , révéla aux Napolitains qu'il y avait connivence entre l'armée française et le gouvernement qui les opprimait en leur enlevant les uns après les autres leurs impôts les plus anciens et les plus sacrés. Dès lors les Français , d'abord combattus comme des hérétiques, puis accueillis comme des libérateurs , puis fèles comme des frères , furent regarde* comme des ennemis , el le bruit commença à se répandre, du château de l'OEuf a Capo-di-Montc, el du pont de la Maddelena à la grotte de Ponzzoles, que saint Janvier, pour punir la ville de Naples de la confiance qu'elle avait eue en eux , ne ferait point son miracle le premier dimanche du mois de mai comme c'esl son habitude de le faire depuis quatorze siècles au jour sus-indiqué.

Celle désastreuse nouvelle lit grande sensation ; chacun en s'abordant se demandait : — Avez- vous entendu dire que saint Janvier ne fera pas son miracle celle année? On se répondait : — Je l'ai entendu dire; et les interlocuteurs, regardant le ciel en soupirant,secouaient la tète et se quittaient en murmurant :

— C'est la faute de ces gueux «le Français.

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