‹ Œuvres de Alex. Dumas, 7Chapitre 55 sur 212 · LAÏZA · texte numérisé non relu

LAÏZA

George , retiré dans l'appartement qu'il avait fait meubler pour lui dans l'habitation de son père à Moka , réfléchissait à la position dans laquelle il venait de se placer , lorsqu'on lui annonça qu'un nègre le demandait. l\ crut loul naturellement que c'était quelque message de M. Henri de Malmédic, et ordonna que l'on fil entrer le messager.

A la première vue de celui qui le demandait, George reconnut qu'il s'était trompé; il avait un vague souvenir d'avoir rencontré cet homme quelque part , cependant il ne pouvait dire où.

c Vous ne me reconnaissez pas ? dit le nègre.

— Non , répondit George , et cependant nous nous sommes déjà vus, n'est-ce pas?

— Deux fois, reprit le nègre.

— Où cela ?

— La première , à la rivière Noire , quaod vous sauvâtes la jeune fille; la seconde...

GEORGE

— C'est juste, interrompit George, je me rappelle ; et la seconde ?

— La seconde , interrompit à son tour le nègre, la seconde, quand vous nous avez rendus la liberté. Je me nomme Laiza, et mon frère se nomme Nazim.

— El qu'est devenu ton frère?

— Nazim, esclave, avait voulu fuir pour retourner à Anjouan. Nazim , libre grâce à vous, est parti et doit être à cette heure près de notre père. Merci pour lui !

— El quoique libre, tu es resté, loi, demanda George ; c'est étrange.

— Vous allez comprendre cela , dit le nègre en souriant.

— Voyons, répondit George, qui malgré lui commençait à prendre intérêt à celle conversation.

— Je suis fils de chef, reprit le nègre. Je suis de sang mêlé arabe et zanguebar, je n'élais donc pas né pour être esclave. »

George sourit de l'orgueil du nègre , sans songer que cet orgueil était le frère cadet du sien.

Le nègre continua sans voir ou sans remarquer ce sourire.

i Le chef de Querimbo m'a pris dans une guerre et m'a vendu à un négrier, qui m'a vendu à M. de Malmédie. J'ai offert, si l'on voulait envoyer un esclave à Anjouan , de me racheter pour vingt livres de poudre d'or. On n'a pas cru à la parole d'un nègre, on m'a refusé. J'ai insisté quelque temps,

— Sur ces quatre-vingt mille, vingt mille an moins sont en élat de porter les armes; tandis qo? les blancs , y compris les huit cents soldais anglais en garnison , peuvent à peine réunir quatre mille hommes.

— Je le sais encore, dit George.

— Eh bien ! devinez-vous ? demanda Laiza.

— J'attends que lu l'expliques.

— Oh ! nouB sommes décidés à nous débamwr des blancs. Nous avons assez soullert pourïToir, Dieu merci ! le droit de nous venger.

— Eh bien? demanda George.

— Eh bien! nous sommes prêts, répondit bain

— Qui vous arrêic alors , et pourquoi ne tob vengez-vous pas ?

— Il n i mis manque un chef, ou plutôt , on no* en propose deux ; mais ni l'un ni l'autre de ces dm hommes ne convient à une pareille entreprise.

— El quels sonl-ils?

— L'un est Antonio le Malaî. »

George laissa errer sur ses lèvres un sourire dt mépris.

t El l'autre? demanda-l-il.

— L'autre est moi , » répondit ï-aîza.

George regarda en face cet homme qui donnait

aux blancs cel exemple étrange de modestie de reconnaître qu'il n'était pas digne du rang auquel il était appelé.

< L'autre est toi ?... reprit le jeune homme.

— Oui , répondit le nègre ; mais il ne foui p«

puis... il s'est fait un changement dans ma vie , et i deux chefs pour une pareille entreprise : il en faut

je n'ai plus pensé à partir.

— M. de Malmédie l'a traité comme tu mérilais de l'être ? demanda George.

— Non, ce n'est pas cela, répondit le nègre. Trois ans après , mon frère Nazim fui pris à son tour cl vendu comme moi , et par bonhetir au même maître que moi ; mais n'ayant pas les mêmes raisons que moi pour rester ici , il a voulu fuir. Tu sais le reste , puisque tu l'as sauvé. J'aimais mon frère comme mon enfant, el loi , continua le nègre en croisant ses mains sur sa poitrine el en s'inclinanl , je l'aime maintenant comme mon père. Or voilà ce qui se passe ; écoule, cela l'intéresse comme nous. Nous sommes ici quatre-vingt mille hommes de couleur cl vingt mille blancs.

— Je les ai comptés déjà , dit George en souriant.

— Je m'en doutais , répondit Laiza.

un seul.

— Ah ! ah ! fit George , qui crul comprendre q«< Laiza ambitionnait le suprême commandement.

— Il en faut un seul suprême, absolu, el dont la supériorité ne puisse être discutée.

— M .1 i s où trouver cet homme? demanda George-

— Il est trouvé, répondit Laiza en regardant fixement le jeune mulâtre ; seulement acceptera t-il-

— Il risque sa lête , dit George.

—El nous, ne risquons-nous rien? demanda Ijua.

— Mais quelle garanlic lui donnerez- vous?

— La même qu'il nous offrira , un passé de persécution et d'esclavage , un avenir de vengeance et de liberté.

— El quel' plan avez vous conçu ?

— Demain, après la fêle du yamsé, qoaml >rt blancs, fatigués des plaisirs de la journée, se seront retirés après avoir vu brûler le goulin , les b**

GEORGE

resteront seuls sur les bonis de la rivière des Latanters, alors de tous côtés arriveront Africains, Malais, Madécasses, Malabars, Indiens, tous ceux qui «ont entrés dans la conspiration, enfin là ils éliront un cbef , et ce chef les dirigera. Eh bien ! dites un mot, et ce chef ce sera vous.

— Et qui ta chargé de me faire celle proposition ? » demanda George.

Laïza souril dédaigneusement, c Personne, dit-il.

— Alors l'idée vient de toi ?

— Oui.

— El qui te la inspirée ?

— Vous-même.

— Comment! moi-même?

— Vous ne pouvez arriver à ce que vous désirez que par nous.

— El qui l'a dil que je désirais quelque chose.

— Vous désirez épouser la rose de la rivière Noire, et vous haïssez M. Henri de Malmédic ! Vous désirez posséder l'une , vous voulez vous venger de l'autre î Nous seuls pouvons vous en offrir les moyens ; car on ne consentira pas à vous donner l'une pour femme, et l'on ne permettra pas à l'autre de devenir votre adversaire.

— El qui l'a dit que j'aimais Sara ?

— Je l'ai vu.

— Tu te trompes! > Laïza secoua tristement la téle.

« Les jeux de la tète se trompenl quelquefois ,

dit-il, ceux du cœur, jamais.

— Scrais-lu mon rival ? demanda George avec un

sourire dédaigneux.

— Il n'y a de rival que celui qui a l'espoir d'être aimé, répondit le nègre en soupirant , et la rose de la rivière Noire n'aimera jamais le lion d'Anjouan.

— Alors tu n'es pas jaloux.

— Vous lui avez sauvé la vie, cl sa vie vous appartient, c'est Irop juste ; moi, je n'ai pas même eu le bonheur de mourir |>our elle, et cependant, ajouta le nègre en regardant George fixement , croyez- vous que j'aie fait ce qu'il fallait pour cela ?

— Oui, oui, murmura George , oui, lues brave; mais les autres , puis-jc compter sur eux?

— Je ne puis répondre que de moi, dil I-tïza, et j'en réponds ; donc tout ce que l'on peut faire avec un homme courageux , fidèle ei dévoué , tu le feras avec moi.

— Tu ni 'obéiras le premier ?

— - En toutes choses.

— Môme en ce qui regardera... George s'interrompit en regardant Laïza.

— Même en ce qui regardera la rose de la rivière Noire, dit le nègre, continuant la pensée du jeune homme.

— Mais d'où te vient ce dévouement pour moi !

— Le cerf d'Anjouan allait mourir sous Ie6 coups de ses bourreaux et tu as racheté sa vie. Le lion d'Anjouan élait dans les chaînes et tu lui as rendu la liberté. Le lion est non-seulemeni le plus fort , mais encore le plus généreux des animaux ; el c'est parce qu'il élait fort el généreux, continua le nègre en croisant les hras el eu relevant orgueilleusement la tête , qu'on a appelé Laïza le lion d'Anjouan. *

— C'est bien, dil George en tendant la main au nègre. Je demande un jour pour me décider.

— El quelle chose amènera votre acceptation ou votre refus?

— J'ai insulté aujourd'hui grièvement, publiquement, mortellement M. de Malmédic.

— Je le sais, j'étais là , dit le nègre.

— Si M. de Malmédie se bat avec moi , je n'ai rien à dire.

— Et s'il refuse de se baltre , demanda en souriant Laïza.

— Alors je suis à vous, car comme on le sait brave , comme il a déjà eu avec les blancs deux duels, dans l'un desquels il a tué son adversaire, il aura ajouté une troisième insulte aux deux instilles qu'il m'a déjà faites , et alors la mesure sera comblée.

— Alors , tu es notre chef, dit Laïza : le blanc ne se battra pas avec le mulâtre. »

George fronça le sourcil , car il avait déjà eu cette idée. Mais aussi, comment le blanc garderait-il le stigmate de honte que le mulàlrc lui a imprimé sur le visage ?

Eu ce moment Télémaque entra , les mains sur son oreille, dont Bijou, comme nous l'avons dit, avait enlevé une partie.

< Matlrc , dit-il, le capitaine hollandais, i demande à parler à li.

— Le capitaine Van den Broek ? demanda George.

— Oui.

— C'est bien ! » dit George ; puis, se retournant vers Laïza : « Allends-moi ici, dit-il, je reviens; ma réponse sera probablement plus prompte que je ne l'espérais. »

400 GEORGE

George sortit de la chambre où était Laiza cl entra les bras ouverts dans celle où émit le capitaine.

« Eh bien ! frère , dit le capitaine , tu m'avais donc reconnu ?

— Oui, Jacques, et je suis heureux de l'embrasser, surtout en ce moment.

— Il ne s'en est pas fallu de beaucoup que tu n'eusses pas eu ce plaisir à ce vopgc-ci.

— Comment?...

— Je devrais être parti.

— Pourquoi?...

— Le gouverneur m'a l'air d'un vieux renard de mer.

—Dis un loup , dis un tigre de mer, Jacques; le gouverneur est le fameux commodore Williams Murrey, l'ancien capitaine du Leyceslcr.

— Du Leyceslerl j'aurais dû m'en douter; alors nous avions un vieux compte à régler ensemble, el je comprends tout.

— Qu'esl-il donc arrivé ?

— Il est arrivé que le gouverneur , après les courses, csl Tenu gracieusement à moi, el m'a dil : c Capitaine Van don Broek , vous avez une bien belle goélette. » Jusque-là , il n'y avait rien à dire, mais il ajouta : < Est-ce que demain je pourrais avoir l'honneur de la visiter? »

— Il se doute de quelque chose.

— Oui , el moi qui comme un niais ne me doutais de rien , j'ai fait la roue el je l'ai invilé à venir déjeuner à bord , ce qu'il a accepté.

— Eh bien?

— Eh bien ! en revenant tout ordonner pour le susdit déjeuner , je me suis aperçu que de la montagne de la Découverte on faisait des signaux en mer. Alors j'ai commencé à comprendre que les signaux pourraient bien être faits en mon honneur. Je suis donc monté sur la montagne , cl ma lunette h la main j'ai inspecté l'horizon ; en cinq minutes, j'ai été fixé ; il y avait à une vingtaine de milles un bâtiment qui répondait à ces signaux.

— C'était le Lexjcetler.

— Justement; on veut me bloquer, mais tu comprends, Jacques n'est pas venu au monde hier, le vent est sud-sud-esl, de sorte que le bâtiment ne peut rentrer au Port-Louis qu'en courant des bordées. Or à ce métier- là , il lui faut une douzaine d'heures au moins pour être à l'Ile des Tonneliers ; moi, pendant ce temps , je fde et je viens te chercher pour filer avec moi.

— Moi ! et quelle raison ai-je de partir?

— Ah ! c'esl juste , je ne l'ai rien dil encore. Ak çà ! quelle diable d'idée as-tu donc eue de couper la figure de ce joli garçon d'un coup de cravache I ce n'est pas poli cela.

— Cel homme , ne sais-tu donc png qui il

— Si fait , puisque je pariais mille louis conlrs lui. A propos, Anlrim est un fier cheval, et tu lu' feras mille complimenls de ma part.

— Eh bien ! lu ne te rappelles pas que ce rota- Il < un de Malmédie , il y a quatorze ans, le jour ds combat...

— Apres ? »

George releva ses cheveux cl montra a son frw la cicatrice de son front.

i Ah! oui, c'esl vrai, s'écria Jacques; nul tonnerres! lu as de la rancune , j'avais oublié ton'.' celle histoire. Mais, d'ailleurs, au i an l que je p me rappeler, cette petite gentillesse de sa pari lui 3 valu de la mienne un coup de poing qui valaiiUw son coup de sabre.

— Oui, cl j'avais oublié celte première insolif. ou plutôt j'étais prèl à la lui pardonner lorsqu'il m e» a fait une seconde.

— Laquelle ?

— Il m'a refusé la main de sa cousine.

— Oh ! tu es adorable, toi, ma parole d'bonnear. voilà un père el un fils qui élèvent une héritière comme une caille en mue, pour la plumer a leur a* par un bon mariage, cl quand la caille estgrjac' point, arrive un braconnier qui veut la prendre p»* lui. Allons dpnc, est-eequ'il pouvait faire autres*»1 que de te la refuser, sans compter, mon cher, <p* nous sommes des mulâtres, pas aulrc chose.

— Aussi n'est-ce point ce refus que j'ai wp* comme une injure; mais, dans la discussion, il » levé une baguette sur moi.

— Ah ! dans ce cas, il a eu tort; alors ni» assommé?

— Non, dit George en riant des moyens de conciliation qui se présentaient toujours en p»*' circonstance à l'esprit de son frère ; non, je 'Ul 11 demandé satisfaction.

— El il a refusé, c'est jusic, DOW mulâtres ; nous ballons quelquefois les blancs, c vrai, mais les blancs ne se baltenl pas avec M» fi donc !...

— El alors je lui ai promis, moi, que je le rais bien de se balirc.

— Et c'est pour cela que tu lui as envoyé en pleine course coram populo , comme nous disions nu collège Napoléon, un coup de cravache à travers la figure ; ce n'était pas mal imaginé , et le moyen a, ma foi! manqué de réussir.

— A manqué ! que veux-tu dire?

— Je veux dire qu'effectivement la première idée île M. de Malmédie avait été de se battre ; mais personne n'a voulu lui servir de témoin, et ses amis lui ont déclaré qu'un pareil duel était impossible.

— Alors il gardera le coup de cravache que je lui ai donné; il est libre.

— Oui , mais on te garde autre chose à toi.

— Et que me garde-t-on ? demanda George en fronçant le sourcil.

— Comme malgré tout ce qu'on pouvait lui dire , l'entêté voulait absolument se battre , il a fallu , pour le faire renoncer à ce duel , qu'on lui promit une chose.

— Et quelle chose lui a-t-on promise?

— Qu'un de ces soirs , pendant que lu serais à la ville , on s'embusquerait à huit ou dix sur la route de Moka , qu'on te surprendrait au moment où tu l'y attendrais le moins , qu'on te coucherait sur une échelle , et qu'on te donnerait vingt-cinq coups.

— Les misérables ! mais c'est le supplice des nègres?

— Eh bien! que sommes -nous donc, nous autres mulâtres? des nègres blancs, pas autre chose.

— Ils lui ont promis cela? répéta George.

— Formellement.

— Tu en es sur?

— J'y étais. On me prenait pour un brave Hollandais ; pour un pur sang , on ne se défiait pas de moi.

— C'est bien , dit Gorge, mon parti est pris.

— Tu pars avec moi ?

— Je reste.

— Écoute , dit Jacques en posant la main sur l'épaule de George; crois-moi , frère; suis le conseil d'un vieux philosophe : ne reste pas, suis-moi.

— Impossible , j'aurais Pair de fuir ; d'ailleurs , j'aime Sara.

— Tu aimes Sara. Qu'est-ce que cela veut dire : j'aime Sara?

— Cela veut dire qu'il faut que je possède celte femme ou que je meure.

— Écoule , George : moi , je ne comprends pas toutes ces subtilités; il est vrai que je n'ai jamais

ALEX ANWIE DIMA5. — TOME VII.

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été amoureux que de mes passagères , qui en valent bien d'autres , crois-moi , et quand tu en auras talé, lu troqueras , vois-tu , quatre femmes blanches pour une femme des Iles Lomorcs, par exemple. J'en ai six dans ce moment-ci dont je te donne le choix.

— Merci, Jacques, mais je te le répète, je ne puis pas quitter l'ile de France.

— Et moi, je te répèle que lu as tort. L'occasion est belle, lu ne la retrouveras pas. Je pars celle nuit, à une heure, sans tambour ni trom pelle ; viens avec moi, et demain nous serons à vingt-cinq lieues d'ici, ei nous nous moquerons de lous les blancs de Maurice, sans compter que si nous en attrapons quelquesuns nous pourrons leur faire administrer par quatre de mes matelots la gratification qu'ils te réservaient.

— Merci , frère , répéta George ; c'est impossible.

— Alors, c'est bien ; tu es un homme : et quand un homme d'il c'est impossible, c'est qu'effeciivemenl cela ne se peut pas. Je partirai donc sans loi?

— Oui, pars; mais ne l'éloigné pas trop, et lu verras quelque chose à quoi tu ne l'attends pas.

— Et que verrai-jc ? Une éclipse de lune...

— Tu verras s'allumer de la passe de Denorne au morne Brabanl, cl du Port-Louis à Manehourg, un volcan qui vaudra bien celui de l'Ile Bourbon.

— Ah ! ah ! ceci c'est autre chose ; tu as des idées pyrotechniques, à ce qu'il me paraît. Voyons, explique-moi un peu cela.

— J'ai que dans huil jours, ces blancs qui me menacent et me méprisent, ces blancs qui veulent me fouetter comme un nègre marron, ces blancs seront à mes pieds, voilà tout.

— Une petite révolte! Je comprends, dit Jacques ; ce serait possible s'il y avait dans l'ile seulement deux mille hommes comme mes cent cinquante lascars; je dis lascars par habitude , car. Dieu merci ! il n'y en a pas un qui apparlienne à celte misérable race : ce sont tous de bons Bretons, de braves Américains, de vrais Hollandais, de purs Espagnols, ce qu'il y a de mieux dans les quatre nations. Mais loi, qu'auras-lu pour soutenir la révolte?

— Dix mille esclaves qui sonl las d'obéir et qui veulent commander à leur tour.

— Des nègres? peuh !... fil Jacques avançant dédaigneusement la lèvre inférieure. Écoute, George :

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mais je les connais bien, j'en vends ; ça supporte bien la chaleur, ça vit avec une banane, c'est dur au travail, ça a des qualités enfin, je ne veux pas déprécier ma marchandise, mais cela fait de pauvres soldais , vois-tu ? Tiens , pas plus tard qu'aujourd'hui, aux courses, le gouverneur me demandait mon avis sur les nègres.

— Comment cela ?

— Oui, il me disait : < Capitaine Van den Broek , vous qui avez beaucoup voyagé et qui me paraissez un excellent observateur, si vous étiez gouverneur de quelque Ile, et qu'il y eût une révolte de nègres, que feriez-vous? »

— Et qu'as-tu répondu ?

— Moi, j'ai répondu : « Milord , je défoncerais dans les rues par lesquelles ils doivent passer une centaine de barrique* d'arrach, et j'irais me coucher ma clef à ma porte. »

George se mordit les lèvres jusqu'au sang.

• Ainsi donc, pour la troisième fois, je te le ré pète , frère : viens avec moi , c'est ce que tu as de mieux à faire.

— Et moi, pour la troisième fois, frère, je te réponds : Impossible.

— Mors tout est dit ; embrasse-moi, George.

— Adieu, Jacques.

— Adieu, frère ; mais, crois-moi, ne le fie pas aux nègres.

— Ainsi, tu pars?

— Pardicu! oui. Oh ! je ne suis pas fier, moi, et je sais fuir dans l'occasion en pleine mer ; tant que le Leyccsier voudra, qu'il vienne m'oiïrir une partie de quilles, et il verra si je boude. Mais dans le port, sous le feu du fort Blanc et de la redoute Labourdonnaye, merci ! Ainsi , une dernière fois tu refuses?

— Je refuse.

— Adieu.

— Adieu. »

Les jeunes gens s'embraRsèrent une dernière fois, Jacques entra chez son père qui, ignorant tout ce qui était arrivé, dormait tranquillement.

Quant à George, il passa dans la chambre où l'attendait Laîza.

t Eh bien? demanda le nègre.

— Eh bien! dit George, dis aux révoltés qu'ils ont un chef. >

l,c nègre croisa ses mains sur sa poitrine, et sans demander autre chose, s'inclina profondément et rorlil.

IRCK.

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